Mot illisible. Cette fin de phrase est iniDlelligiblc
PROMENADE AU LUXEMBOUlUi
AVEC M. ROYEU-COLLARl) ^
M. Iloyer-CoUard, se plaçant à peu près dans le point de vue de Ileid et d'Ancillon, prétendne pouvoir se faire aucune ide'e d'un état de l'être sensitif, tel que cet être fût re'duità de pures affections, sans connaissance d'aucune existence et sans ombre même de personnalité individuelle.
Il observe qu'un tel état, où l'être sentant ne serait modifié que par ce qu'il appelle qualités secondes, tout à fait séparées de la connaissance des premières qualités, est un état purement fictif ou liypothétique, qui ne peut avoir aucun type, dans notre expérience intérieure ou extérieure ; c'est ainsi qu'il considère le point de départ de Condillac comme une véritable abstraction.
Je réponds que la faculté de sentir diffère essentiellement de celle de percevoir ou de connaître, que la première, appartenant essentiellement à tout ce qui a vie, a pu et dû précéder l'exercice de toutes les autres, et par suiLe qu'il y a eu
1. RoYER-CoLLARD (Pieri'e-Paul), philosophe el orateur politique, né à Sompuis en 1763, mort à Châteauvieuv (Loir-et-Cher) en 1845. Ses œuvres philosophiques se réduisent à quelques leçons d'ouverture et à des fragments publiés à la suite de la traduction d£6 œuvres de Reid par Jouffroy. — Maine de Biran connut également sou frère, Antoine- Athanase Roveh-Gollaud, né à Sompuis en 1768, mort à Paris en 1825, médecin de l'Asile de Charent^i en 1806, puis professeur de médecine légale à la Faculté (1816) inspecteur général des Écoles de médecine (1819-1825).
En quelle année eut lieu cette rencontre ? Maine de Biran ne nous le dit pas. Vraisemblablement en 1813. Nous savons seulement qu'elle eut lieu le 24 mai. M Gérard, qui a publié ce texte à la fin de son ouvrage sur la philosophie de Maine de Biran, donne la date du 24 mai 1813, qui ne se trouve pas dans le manuscrit de la Bibliothèque de l'Institut que nous avons consulté. M. Gérard a du avoir entre les mains un autre manuscrit dont nous n'avons pu retrouver la trace. Il y a très peu de différence entre les deux textes ; mais, d'une part, celui de l'édition Gérard ne donne pas les notes marginales de Maine de Biran, d'autre part, il se termine par deus^ paragraphes qui manquent dans le texte de la Bibliothèque de l'Institut.
une époque où l'existence de l'être sentant et pensant se trouvait réduite aux effets physiologiques des impressions reçues par les divers organes, sans conscience du moi et par conséquent sans connaissance. Si l'on dit que la première de toutes les sensations a été accompagnée de conscience, et que le moi est inséparable de toute impression affective, de celles mêmes qui résultent du simple jeu de la vie, je ne vois plus aucune réponse solide à faire contre la théorie de Gondillac et il sera vrai que la sensation comprend toute l'intelligence enveloppée et qu'elle est la base et l'origine de toute connaissance, de toutes les facultés.
On dit qu'il n'y a pas d'état concevable, oii l'être sentant soit uniquement affecté par les qualités secondes. Je conviens qu'il n'y a pas d'état, en effet, oii un être sentant et pensant à la fois, aurait la connaissance toute intérieure de lui-même comme modifié, avec l'idée de quelque cause qui agit sur lui pour produire telle impression, car c'est là tout ce qu'on appelle qualité seconde, qui ne diffère de l'affection pure que par l'association de celle-ci avec le rapport de causalité. J'admets qu'il n'y a point de cause conçue sans espace ou étendue, c'est-à-dire point de qualités secondes sans qualités premières; mais dépouillez l'affection de tout ce qui se joint à elle pour l'élever à la hauteur d'une idée de sensoAion ou d'une connaissance, c'est-à-dire du moi, de la causalité, de l'attribution à un lieu de l'espace ou à un objet, et ce qui vous restera ne sera point une vaine abstraction, m.ais un état réel de l'être sensitif identifié avec chacune des modifications qu'il éprouve ^
Cet état n'est pas en effet conçu seulement ainsi par abstraction, mais par une sorte d'expérience qui est différente de celle de l'intuition et de la réflexion, et tient de l'une et de l'autre en même temps.
Dans certains états de notre être sensitif, tels que le som-
1. Nous avons les preuves d'induction les plus fortes pour croire que la vie sensitivo animale peut subsister sans connaissance ou conscience de moi proprement dit : mais nous n'avons pas également la preuve qu'il puisse y avoir un moi, une vie intellectuelle sans une vie organique et animale; toute notre expérience est contraire à cette dernière indépendance. La condition de la pensée n'est pas uniquement dans ce qui fait la vie, puisqu'il est très possible de vivre et de sentir sans penser ; mais la vie fait au moins partie essentielle des conditions de la pensée. Ce ne sont pas les organes qui font la volonté, mais il faut des organes vivants pour que la volonté naisse ou [s'exerce ?] avec un senlimenl d'elle-même. {Note marginale de Maine de Biran.)
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mcil agile et troublé par quelques impressions, sourdes, ! ■ délire, l'ivresse, la fureur, où il n'y a pas de conscmm m . à l'instant où le moi renait ou s'éveille, il perçoit ces impressions et les localise, mais il ne les perçoit ou ne les sent point comme ne faisant que commencer, il les trouve déjà établies dans son organisation, ou dans l'âme sensitive avec laquelle il correspond, et qui en était déjà aiïeclée sans que le moi y participât ou le reconnût. Cette participation ou cette connaissance du rnoi qui se joint à Vaffeciion et y ajoute de nouveaux éléments, ne la constitue pas, et ne change rien à sa nature a7iimale, puisqu'elle subsisterait également quand elle serait séparée de tout élément intellectuel.
Vouloir que le moi et toutes les notions de cause, de substance, qui forment son apanage, commencent avec les premières impressions de la sensibilité et soient pour ainsi dire contemporaines de la vie, -c'est nier que la connaissance ait une origine. De plus, sil n'y a pas d'affections purement animales sans moi et sans notion de cause, de durée, etc., il ne doit pas non plus y avoir de telles 'notions purement intellectuelles, sans impressions sensibles ou sans souveniis et images de ces impressions, et le wiozpur ne serait comme Fafïection pure, qu'une abstraction sans réalité.'
11 faut nécessairement reconnaître deux parties très di— tincles- dans la nature de Xhomme, l'une animale, l'autie intellectuelle. L'espèce de lien qui les unit ou le comment de leur liaison est un mystère à jamais impénétrable, et il y aurait de la folie à se proposer de l'éclaircir, puisqu'il faudrait pour résoudre ce problème que nous fussions en même temps nous et un autre être supérieur. Il nous est impossible de nous concevoir réduits à la partie purement animale, puisque pour avoir une conception quelconque, il faut avoir un moi, que l'acte le plus simple de la pensée ou de la
1. Des deux parties de notre être sentant et peiisant 1 une s'applique à observer l'autre — la première sent simplement, la seconde perçoit ou juge ce qui est senti ; or !a sensation directe et simple ne pourrait-elle pas avoir lieu sans être observée et par là redoublée, ou sans devenir un phénomène de conscience? Notre expérience et l'obser- Tation de la nature animée nous prouvent qu'il en est ainsi ; resiie à savoir si c'est un même être qui d'abord reçoit les sensations simples, qui les perçoit ensuite par son activité, ou si ce sont deux êtres distincts, intimement unis par des liens ineffables ; peu importe, pourvu qu'on accorde que sentir simplement et percevoir ou savoir qu on sent sont deux lonctions essentiellement différentes, et qui peuvent être séparées ou eonstiluer deux modes réels d'existence. [Note de Maine de Diran.)
réflexion complique déjà cette nature qu'il s'agirait de counaître dans sa simplicité et qu'enfin il est impossible que le moi se rende compte d'un état d'où il se trouve exclu par l'hypothèse.
Mais il me semble que lorsque j'observe le jeu intérieur de mes affections, de mes appétits et de tous ces modes variables qui correspondent aux fonctions vitales, tout cela se fait sans moi et n'en aurait pas moins lieu quand même je ne le saurais pas ou que je n'y assisterais pas comme témoin ou que \ç, je n'y serait pas.
On dit que nous avons toujours conscience de ces sensations ou images obscures, qui deviennent si souvent des principes d'actions ou de déterminations réfléchies, mais que nous les oublions l'instant d'après, ce qui ne prouve point qu'elles n'aient pas été accompagnées de conscience ou jointes c.u sentiment du moi.
Je réponds qu'il y a toujours pétition de principe dar;s tous les exemples semblables qu'on cite, pour prouver que Vâme pensante ou le 7noi participe d'une manière quelconque soit passive, soit active, à des modes ou des mouvements dont il ne subsiste aucune trace dans la réminiscence. Comment, en effet, pouvons-nous nous assurer que telsmod( s ont été dans la conscience y^\ov^(\\xQ nous n'en conservons aucune réminiscence actuelle ni possible? Je suis bien sûr que c'est moi qui ai fait telle action, ou qui ai éprouvé telle modification qui rentre dans la chaîne continue de mon existence et queje rapporte à un temps joasse... mais comment puis-je dire que ce soit moi qui ai agi ou senti quand je suis étranger par mes souvenirs à tout ce qui s'est passé dans mon organisation, ou ailleurs?
L'action que vous faitesavec consciencesuppose, dit-on, des sensations antérieures dont vous avez eu également conscience mais que vous avez oubliées. (R. G.) Si l'action que jo fais est proprement volonlaire, elle ne dépend d'aucune autre cause que ma volonté, et si je me meus ou si mon corps est mu en vertu de certaines impressions affectives ou de quelques déterminations soit d'instinct, soit d'habitude, le moi peut être étranger aux unes comme aux autres, et ne participe point ou ne participe que comme spectateur à ce qui se passe.
Dans la manière do voir connmune aux physiologislos et aux métaphysiciens, les impressions re(;ucs du dehors par les exliéniilés ncj'veuses des sens externes, doivent [être] propagées conLinuement le long de ces nerfs jusqu'au centre du ceroeaii, où la sensation s'accomplit; sans cette transmission la sensation est censée complètement rm//6'; l'âme est ainsi affectée ; umédiatement par l'impression reçue, pour elle la sentir ( jst en avoir conscience, c'est y joindre cet acte d'aperception interne qu'on n'a jamais songé a séparer de la sensation. — Cependant en consultant l'expérience, on pouvait reconnaître aisément qu'il y avait deux états ou deux modes très distincts dans ce qu'on appelle généralement el trop vaguement sentir, l'un où l'être organisé vivant, qui reçoit une impression, donne tous les signes de la sensibilité la plus affective^ et peut être bien véritablement dit la sentir, sans qu'il y ait le consciumsui, le compos sui, ni rien d'équivalent à ce premier acte dépensée : je sens, j'existe, je suis souffrant, jouissant etc., — lautre état, où une conscience distincte, un sentiment d'individualité personnelle, se joint véritablement à Faffection et où lêtre sentant sait qu'il est affecté, fait un retour sur ce qu'il éprouve et se distingue de la modification qu'il attribue aux organes.
Dans le sommeil, les songes, comme dans plusieurs états extrêmes et anomalies de la sensibilité, les impressions sont bien également reçues par les nerfs, transmises au cerveau, où ïâme est dite les sentir, mais s'il ne s'y joint dans ce cas aucun acte d'aperception interne ou de conscience, ni par suite de réminiscence, il faudra bien reconnaître qu'une même condition soit physiologique, soit psychologique, qui fait qu'une impression est sentie immédiatement par l'âme ou par ce qui en tient lieu dans les êtres organisés vivants, ne suffit pas pour que cette sensation soit aperçue, et que cet acte se fonde sur quelqu'autre condition qui est à la sensation sentie ce que celle-ci est à la simple impression reçue par les nerfs.
On pourrait dire que l'âme, en tant qu'elle reçoit passivement la sensation ou est affectée par ce qui se passe dans les extrémités nerveuses aboutissant à son siège dans le cerveau, seyit simplement ou imagine, sans joindre à la sensation ou à l'image aucun sentimentd'elle-même, aucun acte de conscience
OU de pensée, et on expliquerait ainsi ce qui a lieu dans les rêves, dans certains états de délire, de passion, etc.
L'âme dirait-on, n'existe pour elle-même, ou ne se connaît qu'autant qu'elle agit^ ou qu'elle commence elle-même une action, un mouvement, dont la cause n'est qu'en elle, ou n'est qu'elle-même ; elle peut être affectée ou sentir simplement par les organes à qui elle est unie, sans agir, sans mouvoir, et dès qu'elle agit ou réagit sur la sensation, elle y joint le sentiment de son action propre qui constitue la personnalité, le moi dans la sensation, en élevant celle-ci à la hauteur de la perception ou de l'idée.
Cette explication rentre assez bien dans mon point de vue, en tant que l'on accorde qu'il peut y avoir un état où l'âme purement passive serait affectée immédiatement par l'impression que reçoivent les organes, et que dans cet état, il y aurait sensation sans perception ni moi; mais comme les philosophes qui ont poussé le plus loin l'analyse des phénomènes et n'admettent point de sensation sans l'activité de l'âme, que Locke par exemple, établit de prime abord que l'âme ne peul sentir sans s'apercevoir qu'elle sent, c'est-à-dire sans en avoir la conscience, ou le sentiment d'elle-même comme étant dans un tel état ; comme Ch. Bonnet surtout prétend que l'âme est nécessairement active dès les premières sensations qui ne pourraient avoir lieu sans cette activité, comme il paraît bien d'ailleurs que toute impression reçue et sentie entraîne toujours quelques mouvements de réaction dans les organes mobiles; que c'estmême le seul moyen que nous ayons pour reconnaître les affections d'un être sentant qui n'est pas nous, qu'ainsi tout semblerait concourir à prouver que l'acti vite qui nous paraît être une condition essentielle de la percep tion ou de la conscience, serait inséparable de toute sensa tion, tellement qu'on réaliserait une abstraction de l'esprit plutôt qu'on n'exprimerait un fait de la nature, en admettant un état purement affectif ou passif de la part de l'âme, étranger par suite à toute conscience du moi — il importe défaire voir que les conditions sur lesquelles reposent d'une part la sensation simple passive et d'autre part l'acte d'aperception ou de conscience sont essentiellement distinctes, que la première peut être séparée de l'autre et constituer un mode réel d'existence particulier, à part toute intelligence et pensée.
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Si la réaction du centre nerveux, où aboutit l'impression suffisait pour constituer l'activité proprement dite, il serait vrai de dire qu'il n'y a et ptiut-fHi'e qu'il ne peut y avoir aucune sensation sans activité, ou ce qui revient au môme, sans quelque perception ou conscience de moi, mais au contraire dans tous les cas où la sensibilité excitée, exaltée au plus haut degré, s'annonce par les mouvements de réaction les plus énergiques, c'est alors comme dans l'autre extrême où l'impression est trop faible pour être transmise au centre ; c'est alors, dis-je, que le moi est absent, ou comme on dit hors de lui-môme, ou que l'âme sent simplement, sans être dans l'état de conscium sui, sans apercevoir — donc le mode de réaction qui peut être jugé nécessaire pour compléter la sensation, loin d'être le signe ou la condition de cette activité propre de l'àme sur laquelle se fonde l'aperception ou la conscience, lui est au contraire opposé; donc il faut chercher une condition différente.
Dans l'état naturel de l'être vivant et pensant qui a dans sa natuie la faculté d'apercevoir ou de penser, les impressions reçues par les extrémités nerveuses et transmises au cerveau, qui réagit pour mouvoir, commencent la vie et mettent enjeu la double faculté àQ sentir et de réagir, qui peut être en plein exercice avant qu'il n'y ait encore l'ombre de la pensée ou de la conscience, comme dans les animaux, dans l'état du fétus, dans le sommeil, le délire, etc. Gomment la personnalité ressortira-t-elle de cet état purement sensitif ou viendrat-elle s'y joindre? Pour le concevoir, il faudrait pouvoir faire abstraction de toutes les impressions reçues du dehors et de tout ce qui affecte la sensibilité, réduire l'organisation humaine aux seuls instruments de la motilité volontaire, en y joignant une force capable de les mouvoir, de les diriger avec une intention ou un sentiment de sa puissance et de sa liberté K Cette force doit être nécessairement admise dans tous les systèmes, quelque idée qu'on se fasse d'ailleurs de sa nature et de quelque manière qu'on explique son action.
Dans l'hypothèse actuelle, il faut considérer que les or-
i. Quand même on supposerait que c'est l'âme qui meut dans lorigine. il suffirait que son action fût accompagnée de divrrses affections pour en être distraite, et elle ser^U pour eile-ruême coiiime n'existant pas puisqu'elle ne s'apercevrait pas de son action. [Noie de Maine de Biran.)
ganes musculaires ont une manière de recevoir des impressions qui leur est bien particulière et ne ressemble point à la sensibilité nerveuse. Celle-ci n'est excite'e que du dehors par des impressions accideateiles, et sujettes à s'interrompre comme à varier de toutes les manières; celle-là n'est mise enjeu que par une force toute intérieure, irradiée du centre cérébral. Le seul mouvement de la vie dans l'organe musculaire s'accompagne nécessairement d'impressions qui sont transmises directement par les nerfs aa centre organique de la motilité, qui réagit d'abord pour contracter les muscles ; l'effet- de cette réaction contractile est de changer l'état du muscle ; à ce changement correspond la sensation musculaire qui n'est pas encore accompagnée de conscience tant que l'àme est bornée à cette. sensation musculaire; mais d'après les lois de l'organisation, l'instrument de la motilité se trouve sous la dépendance immédiate de l'âme d'une part, en même temps qu'il se lie physiologiquement aux organes sensitifs. Aussitôt que la force motrice se déploie sur son instrument propre, la sensation musculaire est accompagnée d'un effort dont l'aperception propre et indépendante de toute sensation autre que celle qui tient au changement de l'état du muscle, constitue dans la sensation musculaire l'effet d'une action proprement dite, le sentiment môme de cette action qui est la cause du mouvement opéré — voilà la condition propre de l'aperception, bien distincte de la sensation passive etqu'on ne peut trouver dan? aucune circonstance delà sensibilité passive.
En effet, et faisant toujours abstraction des impressions reçues du dehors, le mouvement vital se produit bien nécessairement dans toutes les parties de l'organisation intérieure, mais la physiologie nous apprend d'abord que la plupart de ces impressions ne sont point transmises directement au cerveau, et que leur effet se porte principalement sur certains centres partiels et s'y dissémine, en suivant les lois d'une vie organique, différente de la vie animale, soumise à d'autres lois ou conditions. Si de telles impressions se transmettent au centre cérébral, où se complète la sensation proprement dite, indirectement et par voie de sympathie, il ne peut résulter de ce mode de transmission ou de réceptivité passive, que des sensations simples, sans déploiement d'acti-
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vite, puisque les organes, qui sont les sièges des impressions dont il s'agit, sont hors de la sphère ou de la dc'pendance du centre de motililé cl par suite de la volontf'i motrice; ainsi le moi ne pourra s'unir qu'accidcnLellcment ix des s^^nsalions vagues qui ne sont jamais précisément localisées.
Ces observations tendent à prouver qu'en admettant que c'est le même être, la même substance qui sent d'abord, sans avoir conscience, et qui agit ensuite avec la cor.science ou le sentiment de son identité personnelle, il y a en lui au moins deux états, deux fonctions, ou deux modes d'existence correspondant chacun à deux ordres de lois ou de conditions physiologiques et psychologiques, essentiellementdifférentes, et dont l'un pourrait toujours subsister sans l'autre.
Dans la sensation passive et simple, le sujet et l'objet sont confondus; ils n'y a pas encore de connaissance.
Ce n'est pas l'être purement sensitif qui peut dire : je sens ; ce premier acte d'aperception ou ce jugement primitif suppose déjà une distinction établie par la conscience entre le sujet et l'objet, entre l'être qui sent et perçoit et la modification ou l'impression sentie. Il n'y a de modification ainsi perçue ou distinguée du sujet que dans un lieu de l'espace ou dans un instant de la davée. L'espace et le temps sont inséparables de tout fait de conscience.
Dans ce fait vraiment primitif le corps jjrupre est V objet qui est déjà dans un espace dont le moi se distingue sans pouvoir se séparer ; c'est ainsi que toute sensation qui est unie à la conscience du moi individuel est par là môme localisée dans une partie du corps ; sans quoi elle ne serait point aperçue, ou elle ne serait point, comme dit Locke, une idée de sensation. La dualité primitive est donc ici la sensation localisée. Si l'on veut partir de cette dualité, il faudra dire avec Spinoza que l'objet propre et immédiat de Y âme ou du sujet sentant est le corps propre, auquel se rapporteraient naturellement les impressions affectives ^
Mais il y a aussi un objet que l'âme perçoit ou dans lequel
1. En prenant le corps propre pour l'objet immédiat de l'àme, on ne peut pas demander comment le sujet et l'objet sont liés l'un à l'autre, puisque l'un et l'autre concourent nécessairement dans l'unité d'existence où il y a deux termes distincts, et jamais séparés. Cette question ne peut avoir lieu que lorsqu'il s'agit des corps extérieurs étrangers au nôtre. {Note de Maine de Biran.)
elle perçoit certains modes qu'elle ne se^it point, cet objet est V espace où se localisent les intuitions de la vue et du toucher, comme toutes les autres impressions affectives perçues se localisent dans les parties du corps propre ; ici l'objet change ou s'éloigne, le sujet restant toujours le même, et constitué uniquement par l'activité qu'il exerce sur son corps, immédiatement, et par lui, sur les résistances étrangères qui sont nécessairement dans un espace donné.
Ces deux sortes de dualités admettent néanmoins chacune un élément étranger et qui ne constitue point essentiellement la dualité vraiment primitive et originelle; pour saisir celleci, il faut faire abstraction de toute impression affective accidentelle ayant son siège dans une partie du corps propre, comme de toute intuition rapportée à quelque lieu de l'espace, pour ne concevoir que Vefiort primitif Qi Vinertie musculaire qui sont les deux éléments corrélatifs et essentiellement indivisibles : la résistance musculaire à laquelle l'effort s'applique est déjà dans un espace, où le moi aperçoit immédiatement la contraction ou le mouvement, comme un effet dont il est cause.
Si l'on ne remonte pas jusqu'à ce premier terme, tout ce qu'on dira vaguement sur une autre dualité secondaire réputée primitive ou sur l'union indissoluble du sujet et de Xobjet, en se contentant d'en appeler à la conscience pour fixer ce qu'il faut entendre par le sujet et l'objet, et en affirmant qu'ils sont toujours également et aussi indivisiblement unis dans toute représentation {sensation ou intuition), on s'exposera a affirmer, comme principes, des choses susceptibles de contradiction, à ne trouver aucune origine aux wo/^o??s de cause, de substance etc. La philosophie première n'aura point de base ou flottera dans l'aire
Les faits de notre nature ne se découvrent point à nous dans l'ordre de leur primauté, mais tout au contraire les plus éloignés de l'origine sont ceux qui se manifestent le
1. Le monde intérieur, dans le sens ambigu des philosophes, comprend indistinctement ce qui est rapporté au corps, comme les impressions affectives, les passions, appétits, etc., et ce qui ne peut que s'attribuer au moi comme les notions, les volilions, etc. — Nous rencontrons dans ce monde intérieur des affections et des passions, comme dans ce qui n'est pas nous, un objet de notre activité et des forces constitutives de notre moi. Le monde intérieur est bien aussi celui de la nécessité, qui obéit à un principe autre que celui de la liberté. [Note de Maine de Biran).
Maine dk Bir\n. 5
J.Q MAINE 1)K lllll^N
plus Clairement et se rlistinguent avec le plus de facililc ['homme dislingue très nellemcnl lès sensaUons, qu le modifient, des Muiliom. mais il ne se d.sl,n«uc po.nl 1 - Xe de ses sensations; il distingue le corps qu. m est propre des corps étrangers, mais son mo. ne lu. P"'^'' f» e ZL seul et même tout avec le corps auquel i rapporte les impressions agréables ou douloureuses, et ont « ''^n^^" « mal-être fait sa.joie ou sa peine ; et pourtant le su et et 1 objet Tsont pas plui identiques l'un à l'autre dans la sensation que dans l'intuition.