NATURE DE L'INFLUENCE DE LA VOLONTÉ
sua LE CORPS
Critique des opinions de M. Bonstetten ' sur Vefficace de la volonté.
La volonté est la puissance de mouvoir, et voilà tout. On connaît mal cette puissance, quand on ne la considère pas dans la primauté de son exercice et dans les résultats de cet exercice, quand on en sépare entièrement la formation des idées ou qu'on la confond avec d'autres facultés qui ne sont pas elle — vouloir n'est point préférer ou choisir... c'est agir ou mouvoir.
« La volonté, dit mal M. Bonstetten, fait son choix et se décide pour un parti à prendre; son ouvrage alors est de donner une certaine impulsion à l'idée préférée ; là finit son domaine, et l'opération placée en dehors de la volonté est toute confiée à l'automate. » « Quand je dis, je veux marcher et je marche, ]Q lie l'action finale de marcher immédiatemenlh. Vidée de marcher qui appartient seule à la volonté, et j'omets la cause efficiente placée entre cette volonté qui ne peut agir que sur les idées et l'action de marcher qui ne peut se faire que par les 77iuscles. » Comment la volonté pourrait-elle exécuter ce qu'elle ignore ?
C'est là l'argument employé par tous ceux qui nient, contre l'expérience du sens intime, l'influence immédiate de la volonté comme cause efficiente sur les mouvement du corps ; mais il y a dans cette manière de voir et d'argumenter bien
1. Bonstetten (Charles-Victor de), littérateur et philosophe suisse né à Berne en 1745, mort à Genève en 1832. Parmi ses nombreux ouvrages écrits soit en français, soit en allemand, citons: S'>ir VEducation nationale (1802); Recherches sur la nature et les lois de l'imagination (18Û7); Etudes sur Vhovmie (1821).
52 MAINE I)K mu AN
des choses fausses OU mal vues; d'abord il n'est point essentiel à la volonté ou h la force motrice d'avoir la connaissance objective des moyens de son action mais seulement le sentiment ou l'aperception immédiate interne du terme sur qui cette action se déploie. La connaissance des moyens employés pour mouvoir, appartenant à une autre faculté toute différente, qui pourrait être sans la volonté comme la volonté sans elle.
Dans le déploiement de l'effort volontaire l'ame a le sentiment intime de la résistance organique du terme sur lequel sa force se déploie et ce sentiment comprend d une manière indissoluble celui de l'action exercée, en vertu duquel le moi s'aperçoit.
M. Bonstetten cite l'exemple d'un général qui est dit métaphoriquement faire marcher son armée, et il croit qu'on dit de même que Vâme fait marcher le corps. Cet exemple est tout à fait mauvais. Une volonté qui contribue à mettre en action d'autres volontés ne peut être comparée à l'inlluenee même médiate d'une force intelligente sur les organes dont elle sent et s'approprie les contractions. L'exemple du pilote souvent cité ne vaut guère mieux ; le pilote fait avancer son vaisseau, mais il n'en sent pas les mouvements; ainsi serait l'âme qui connaîtrait objectivement les ressorts employés par le mouvement corporel.
La physiologie s'est proposé ce problème : comment la volonté peut-elle mouvoir ou contracter les muscles? En supposant que le problème fût résolu dans le cas du mouvement purement animal déterminé ou forcé par des appétits ou des impressions extérieures, il ne le serait point et ne saurait l'être pour le cas où une volonté, une force hyperorganique, crée l'effort constitutif du moi; car ce qui constitue la cause, l'efficace de la cause, ne se représente point, mais s'aperçoit intérieurement; et la manière même dont le problème est posé se fonde sur cette sorte d'antinomie des facultés très bien relevée par Kant, qui fait que nous voulons toujours expliquer par l'emploi d'une faculté ce qui est du ressort d'une autre faculté toute différente.
Toutes les recherches sur les causes,, les forces, ou leur manière d'agir supposent également l'ignorance du principe ou du fait primitif qui sert de base à toute idée de force ou de