‹ Mémoire sur les températures de la mer Glaciale, à la surface, à de grandes profondeurs, et dans le voisinage des glaciers du SpitzbergChapitre 3 sur 22 · DIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCE

De 70» 40' à 74»

De 74® à 770

De 77" à 79® 34'

Moyenoes

Le maximum observé à la surface de la mer a été de 7®,3; l'air étant à 5^,3-

Le minimum, o®,o; l'air étant à 2°,îi.

La troisième colonne de ce tableau met très-bien en évidence le décroissement de la température de la surface à mesure qu'on s'approche du pôle ; celui de l'air est moins régulier. On peut encore déduire de ce tableau les conséquences suivantes :

1° Au milieu de l'été, la température delà mer Glaciale est sensiblement égale à celle de l'air.

1^ Toutefois en moyenne celle de la mer est un peu plus élevée, ce qui tient à l'influence du Gul/strearrij courant d'eau chaude dont la source est dans le golfe du Mexique, et qui va se perdre sur les côtes occidentales de la Norvège et du Spitzberg.

3** Cette influence est surtout très-marquée entrie le 74* et le 77* degré de latitude, c'est-à-dire, en pleine mer. La température de l'eau y est notablement supérieure à celle de l'air. C'est pour ainsi dire l'état normal de la mer Glaciale.

4^ Dans le voisinage des terres , les températures moyennes de la mer et de l'air tendent à se rapprocher: cependant l'air est toujours un peu plus chaud. Ce rapprochement tient à deux causes différentes. Sur les côtes du Spitzberg, la mer est refroidie '; mais sa température s'abaisse seulement un peu au-dessous de celle de l'air. Sur celles de la Norvège, la mer est réchauffée; mais l'atmosphère Test un peu davan^ tage.

5® Les observations originales prouvent encore que les différences entre le minimum et le maximum de chaque jour sont très-faibles en pleine mer. Du 74* au 77® degré de latitude , cette différence moyenne a été de 1^,96 pour la surface de la mer, et de 2**,oa pour l'air.

6^ L'écart maximum observé a été pour la mer de 4°,5 ; pour l'air, de 3**,7. L'écart minimum a été de o**,5' pour la mer, et de o**,8 pour l'air.

Ces chiffres n'ont rien d'extraordinaire , si l'on se rappelle qu'en pleine mer la température change peu, et qu'à ces hautes latitudes et dans cette saison le soleil reste toujours sur l'horizon.

Influence des e&les du Spitzberg sur la température de la surface de la mer. — Dans les derniers jours de juillet 1839, la corvette courait des bordées sur la côte occidentale du Spitzberg pour s'élever à la hauteur de Magdalena-Bay, où elle cherchait un mouil-^ lage. Nous résolûmes, M. Pottier et moi, de profiter

* Voyet plus bas, p. a84.

de cette circonstance pour étudier Tinfluence de ces côtes sur la température de la mer. Nous notâmes d'heure en heure les indications du thermomètre plongeur, pendant que nous nous rapprochions de la côte dans la bordée de terre, et que nous nous en écartions dans la bordée du large. Ces séries de températures, prises pendant cinq jours, me paraissent devoir mettre en évidence l'influence générale de cette terre sur la température de la mer, et éliminer complètement les anomalies locales dues à des hauts-fonds, des écueils , des courants partiels et des remous. Dans toutes les bordées de terre, les deux dernières exceptées , la corvette ne s'est jamais approchée à plus de 26 kilomètres de la côte. Celles du large l'en éloignaient souvent à plus de 80.

Le tableau I contient les détails de nos observations. Il montre que la température baissait chaque fois que la bordée de terre nous ramenait vers la côte, et qu'elle montait au contraire à mesure que la bordée du large nous en éloignait. Pour mettre cette influence hors de doute, j'ai rapproché, dans un petit tableau résumé, les températures moyennes prises à des distances de la côte toujours croissantes. Le résultat ne saurait être altéré par la différence de latitude, car la corvette a louvoyé entre 76** 4?' ^^ 79** ^8', ce qui donne une différence de 2® 4i' seulement. D'ailleurs , le tableau I prouve que la surface de la mer était plus froide, à égale distance de la côte, sous le 77® que sous le 79* degré.

2a4 VOYAGES

AGGBOISSEMENT DE LA TBMPÉBATVBE DE LA MEB A SA SUBFAGE, A MESUBE qu'on s'bLOIGNE DE LA CÔTE DU SPITZBEBG.

A moins de 40 kilomètres de la côte i^i70

Entre 40 et 60 kilomètres 2, 66

Entre 60 et 80 kilomètres 3, 7$

Cet abaissement de la température est-il dû à l'in* fluence de la terre? Je ne le pense pas. Les côtes du Spîtzberg sont accores ; or il paraît démontré que ce sont les plages basses et les hauts-fonds qui tendent plus spécialement à refroidir la couche d'eau qui les recouvre* ; mais il ne faut pas oublier que toutes les baies , tous les fiords qui découpent cette ile j sont bordés de glaciers immenses, dont l'extrémité s'avance sur la mer. A la marée haute j l'eau baigne et fond leur partie inférieure. A' la marée basse, des portions considérables de ces glaciers s'écroulent, et deux fois par jour le jusant entraine au large des légions de glaces flottantes. Pour donner une idée de la grandeur de ces glaciers, je me contenterai de rappeler que les sept glaciers {seven ice hills des navigateurs anglais) que nous avons longés le 3i juillet 1 889, ont chacun 1 kilomètres de long sur 60 mètres de haut. Le glacier de Hornsound au Sud de l'Ile, vu

* Ârago, Instructions relatives au voyage de circumnavigation de /a Bonite, [Comptes rendus de V Académie des sciences de Paris, t. I, p. 402. — a3 novembre i835.)

par Scoresby ', occupe le long de la côle un espace de 20 kilomètres, et sa hauteur est de 120 mètres. Au nord du Spitzberg , dans le détroit de Waygatz , par 79® 4oS le lieutenant Foster a relevé un glacier qui mesurait 16,6 kilomètres le long de la côte. Sa hauteur était de 45 mètres ^. Je pense donc que c'est principalement la fusion de ces glaciers qui abaisse la température de la mer.

Je le crois d'autant plus, que la science nous fournit une autre démonstration empruntée à des expériences d'un ordre complètement différent : je veux parler des recherches sur la pesanteur spécifique de l'eau salée dans les mers arctiques. Le docteur Marcet, auquel on doit un grand travail ^ sur ce sujet, avait remarqué que l'eau prise à la surface des mers arctiques , lorsqu'elles sont couvertes de glaces flottantes, est spécifiquement beaucoup plus légère que celle du fond , à cause de son mélange avec l'eau douce, résultant de la fusion de ces masses de glace. Or, il est impossible de supposer qu'une fusion assez considérable pour altérer la densité de l'eau salée ^ n'abaisse pas notablement la température de la mer. En effet , les p; d'une glace flottante étant

■ Account ofthe arctic régions y t. I, p. loa.

' Parry's Attempt to reach the north pole^ p. i33; et la carte intitulée A sarvey of the principal points on the northern coast of Spitzhergen,

^ On the spécifie gravity and température of sea-water in différent parts of the Océan. [Philosophical Transactions for 18 19, p. 162.)

immergés, c'est presque uniquement à Feau ambiante qu'elle emprunte les 79 degrés de chaleur latente qui la font passer de l'état solide à l'état liquide. Le mélange d'eau douce et d'eau salée qui en résulte étant spécifiquement plus léger que l'eau salée des couches inférieures , tend à se maintenir en haut, et à déprimer la température de la surface. Ces résultats sont la conséquence immédiate du tableau de M. Marcet', que je mets sous les yeux du lecteur.

PESANTEURS SPECIFIQUES DE L EAU SiLEE A LA SUBFACE ET A DITBBSES PBOFONDEUHS , LOBSQUB LA MEB EST COUYEBTE DE GLACES FLOTTANTES.

DATES

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