Mémoire sur les tumeurs du périoste dentaire
Parmi les affections dont les dents humaines peuvent devenir le siège , un certain nombre occupent le feuillet fibreux qui revêt la surface des racines, feuillet qu’on désigne sous le nom de périoste dentaire ou membrane alvéolo-dentaire. Ces affections du périoste sont de diverses natures; nous pouvons en distinguer deux genres : 1° des affections inflammatoires, périostite aiguë et chronique, abcès sous-périostaux, kystes purulents, etc.; 2° des affections organiques caractérisées par des modifications de structure intime , avec changements de volume de la membrane périostale.
Parmi ces dernières se trouve une grande classe d’affections du périoste qu’on peut désigner sous le nom de tumeurs.
Nous donnerons donc le nom de tumeurs du périoste dentaire à toute production organique molle, persistante, formant une éminence circonscrite et ayant son siège sur un point quelconque de l’étendue de la membrane périostale.
Les tumeurs du périoste dentaire se divisent enfin en deux espèces, que nous avons cru devoir séparer, au point de vue clinique, en raison des différences qu’elles présentent dans leur siège, leurs symptômes et leur thérapeutique. Ces deux espèces sont :
1° Les tumeurs extra-alvéolaires du périoste, c’est-à-dire celles qui, prenant leur origine au niveau du collet de la dent sur le bord terminal du périoste, font saillie hors de la mâchoire. Elles surviennent toujours comme complication d’une carie dentaire et affectent constamment la forme de polypes, dont le pédicule très délié s’attache au périoste, et dont la masse, flottant dans l’intérieur de la bouche , se
loge ordinairement dans la cavité de la carie. Ces polypes ne causent le plus souvent d’autres symptômes qu’une gêne plus ou moins prononcée de la mastication, et peuvent facilement guérir par excision suivie de cautérisation du point d’attache du pédicule (1).
2° Les tumeurs intra-alvéolaires du périoste , ordinairement dépourvues de pédicule et ne faisant pas saillie à l’extérieur. Nous désignerons celles-ci sous le nom de tumeurs proprement dites , réservant celui de polypes ou tumeurs poly pif or mes pour les précédentes.
Ce sont ces productions, dont le développement s’effectue dans l’intérieur de l’alvéole, entre la surface du cément et la paroi osseuse, qui font l’objet du présent travail.
Dix-huit observations recueillies par nous et correspondant à dixhuit pièces pathologiques de notre cpllection particulière, forment la base de notre mémoire , qui se divise naturellement en deux parties ; la première formant la description de la maladie dans ses symptômes, sa marche, ses différents caractères, etc.; la seconde comprenant les dix-huit observations sur lesquelles repose l’histoire de la maladie.
L’affection curieuse dont ce travail est l’objet ne nous a pas semblé très rare, puisque, pendant l’espace de deux années, nous avons pu en observer dix-huit exemples. Il faut dire cependant qu’elle a paru échapper jusqu’à présenta tous les observateurs, et nous n’en connaissons dans la science aucune description.
Il y a donc là une lacune sur le terrain d’ailleurs si inexploré de la chirurgie dentaire, lacune que nous espérons combler par nos recherches.
Avant d’aborder la partie purement pathologique de notre étude, nous avons cru devoir présenter quelques considérations sur la dispo- f sition et les caractères normaux du périoste dentaire. C’est par ce court exposé anatomique que nous commencerons.
(4) Voyez appendice , note B.