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§ Ier. — Anatomie normale du périoste dentaire.
Lorsqu’on étudie le périoste dentaire chez l’adulte, c’est-à-dire après que le développement de la dent est complet, on le trouve constitué par un feuillet membraneux simple interposé dans l’alvéole entre la dent et la mâchoire, et servant à unir intimement l’une à l’autre. Son épaisseur estenmoyenne de 0mm.l à0'nm.2 ; elle varie avec l’âge; ainsi, considérable dans l’enfance, pendant laquelle le périoste joue un rôle important dans la formation du cément, elle diminue peu à peu pour devenir tellement faible chez le vieillard, qu’elle est presque invisible à l'œil nu. Sa consistance est très grande, et son adhérence aux parties qu’elle unit est telle, que, lorsqu’on cherche à séparer la dent de la mâchoire, le périoste reste fixé tantôt à 1 alvéole, tantôt à la racine. Cette circonstance explique la solidité extrême de l’adhérence de la dent à l’os, et rend la préparation du périoste très difficile chez l’adulte.
Appliquée à la surface du cément qui revêt les racines , la membrane périostale tapisse toute la partie de la dent qui est enfermée dans la mâchoire. Elle est en continuité de tissu avec la gencive et fournit à celle-ci son adhérence au niveau du collet, puis s’étend sur la surface des racines et les tapisse dans toute leur étendue; arrivée enfin au sommet de ces dernières, elle rencontre le faisceau vasculonerveux de chaque racine à son entrée dans le canal dentaire, se prolonge sur lui et se perd dans sa gaine propre, sans se replier, comme on l’a cru , dans l’intérieur de la dent pour recouvrir la pulpe , cet organe étant, comme on sait, dépourvu de membrane propre.
Les vaisseaux du périoste, qui sont extrêmement nombreux, proviennent du faisceau vasculo-nerveux destiné à la pulpe , et se déta-
T l! II EL cia DU PERIOSTE DENTAIRE.
client au niveau de l’orifice du canal dentaire. Les nerfs, également très nombreux, ramifications extrêmes delà cinquième paire, viennent de la même source. Ces vaisseaux et ces nerfs se ramifient dans toute la membrane , et fournissent au cément les éléments de nutrition ; ils s’anastomosent enfin d’une part avec les vaisseaux et nerfs du tissu osseux de l’alvéole, et d’autre part avec ceux de la muqueuse buccale, à son insertion au collet de la dent.
Au point de vue de sa structure , le périoste est constitué par une trame de tissu fibreux extrêmement serrée, composée de fibres si intimement unies les unes aux autres que la dilacération au moyen des aiguilles ne réussit pas à les isoler. Il en résulte que soits le microscope, les faisceaux brisés se présentent avec des extrémités qui, au lieu de rester filamenteuses et de se dissocier sous les aiguilles , se terminent par des sections nettes. Cette constitution extrêmement dense du périoste est surtout manifeste du côté de la surface dentaire, tandis que du côté de l’alvéole , les fibres de la membrane sont plus faciles à isoler par la dilacération, et se divisent en faisceaux dans lesquels l’apparence fibreuse est bien plus tranchée.
La dilacération du tissu met à découvert un assez grand nombre de noyaux embryoplastiques (fibro-plastiques des auteurs), soit isolés, soit rassemblés au nombre de trois ou quatre. Une goutte d’acide acétique rend la préparation plus transparente , et permet de voir plus nettement les noyaux , en même temps qu’elle en isole de nouveaux, invisibles avant l’emploi du réactif. Le même acide décèle aussi la présence de faisceaux de tubes nerveux qu’on peut suivre dans une assez grande étendue, et qui nous ont paru plusieurs fois composés chacun de deux tubes seulement, offrant la constitution propre aux tubes nerveux de la cinquième paire, tant pour la structure que pour les dimensions. On constate également que le long de ces tubes, il existe une couche névrilématique complète qu’on reconnaît, soit à la direction des fibres qui la composent, soit à celle des noyaux embryoplastiques interposés.
Nous avons rencontré principalement des tubes nerveux au voisinage du sommet des racines et à la face dentaire du périoste.
L’étude microscopique du périoste démontre en outre l’existence de cellules myèloplaxes, dont le nombre et les caractères se rapprochent beaucoup de celles qu’on observe dans le périoste osseux lorsqu’on racle sa face profonde après l’avoir isolé par arrachement Ces myeloplaxes du périoste dentaire se rencontrent à peu près égale-
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ment nombreuses dans tous les points de son étendue. Nous avons trouvé aussi, mais assez rarement, dans l’épaisseur du périoste , des éléments anatomiques décrits sous le nom de cijtoblastions (1). Ils se présentaient dans le tissu sous la forme nucléaire et revêtus des caractères qu’on leur reconnaît dans le derme de la peau ou des muqueuses. Çà et là encore , on rencontre au sein du tissu des traînées de granulations et de véritables gouttes de graisse dont le diamètre peut s’élever jusqu’à 0mm.Û2 et 0mra.03.
Les vaisseaux capillaires, plus faciles à isoler vers la face alvéolaire, sont extrêmement nombreux et très fins. Les lymphatiques nont pas été rencontrés et ne sont d’ailleurs signalés par aucun auteur.
La constitution du périoste dentaire semble donc, comme on voit, se rapprocher par les caractères physiques de celle du périoste osseux, dont elle s’éloigne cependant par l’absence complète d’éléments élastiques et le grand nombre de ses filets nerveux.
§2. — Anatomie pathologique des tumeurs du périoste.
Les tumeurs du périoste dentaire observées immédiatement après l’extraction de la dent qui les supporte, se présentent sous l’aspect d’une production molle, fongueuse, dont la surface inégale et mal limitée est ordinairement couverte de lambeaux flottants et dont la face profonde adhère plus ou moins intimement au cément qui revêt les racines. Leur volume, assez difficile à déterminer en raison de l’irrégularité de leur forme et de leur siège , peut varier depuis celui d’un gros pois jusqu’à celui d’une petite noix. Leur forme est extrêmement variable ; tantôt la tumeur est aplatie entre la paroi alvéolaire et la surface dentaire, à laquelle elle est fixée par une portion plus ou moins rétrécie ; d’autres fois la tumeur se développe plus librement ; elle prend alors la forme sphérique plus ou moins régulière, produisant l’écartement des deux surfaces entre lesquelles elle se développe et causant ainsi un degré plus ou moins avancé de luxation de la dent malade. Dans un certain nombre de circonstances, la tumeur
(1) Voyez ce mot, Dictionnaire de Nysten, édition 1858.
prend naissance dans l’intervalle des racines , envahit la cloison osseuse qui les sépare , et trouve ainsi une disposition favorable à son développement. Dans d’autres cas, après avoir débuté sur un point limité du tissu , elle envahit de proche en proche une grande partie ou la totalité de la membrane périostale , et se développe ainsi plutôt en surface qu’en épaisseur, paraissant alors constituer une simple hypertrophie générale plutôt qu’une véritable tumeur. Enfin , mais plus rarement, le périoste offre la production de plusieurs tumeurs indépendantes l’une de l’autre, et développées sur divers points des racines de la même dent.
La couleur de même que le volume est extrêmement variable. Lorsque le périoste est le siège d’une simple hypertrophie, ou que la nature de la production est épithéliale ou fibro -plastique, la coloration est généralement blanchâtre , parsemée de quelques plaques rouges indiquant un certain degré de vascularité et pouvant déceler l’existence d’un foyer inflammatoire localisé. C’est ce qui arrive surtout lorsque l’extraction de la dent malade a été opérée pendant le cours d’une crise douloureuse; la tumeur est alors le siège d’un état congestif plus ou moins considérable; elle présente, soit partiellement , soit dans sa totalité, une teinte rouge violacée . Lorsque les éléments constituants de la tumeur sont doués de caractères physiques spéciaux, ils impriment à la masse une coloration particulière. Il en est ainsi des myéloplaxes, éléments qui donnent à la tumeur une couleur rouge ou brune (obs. 17), et des éléments graisseux, cellules ou granulations qui communiquent une couleur jaunâtre.
La consistance des tumeurs varie suivant que la trame fibreuse qui en forme la base est plus ou moins serrée et contient une quantité plus ou moins grande de matière amorphe ou d’éléments anatomiques divers interposés. Rarement les tumeurs sont dures ; en général , elles sont molles , faciles à déchirer, et se détachent quelquefois pendant l’extraction de la surface qui les supporte : dans plusieurs circonstances , le tissu présente des points considérablement ramollis, indiquant un travail inflammatoire ancien , ayant donné lieu à une fonte purulente partielle du tissu.
Au point de vue histologique , la constitution des tumeurs du périoste présente un certain intérêt. En général, plusieurs éléments anatomiques d’ordre différent concourent à leur formation, mais, presque toujours, une certaine classe de ces éléments prédomine sur les autres et constitue la partie fondamentale ouïes éléments fondamentaux
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du tissu , tandis que les aatres gardent le rôle d’accessoires. Ce sont les éléments fondamentaux qui dans nos observations ont servi à déterminer le nom de la tumeur sans que, par conséquent, les désignations dont nous nous sommes servi impliquent en aucune façon la présence de certains éléments à l’exclusion absolue des autres.
Quoi qu’il en soit , la substance même du périoste plus ou moins modifiée forme constamment la trame et la base principale de l’altération. C’est donc toujours dans son tissu que se trouvent inclus les éléments de la production morbide. Nous devons donc nous attacher dans notre étude histologique à déterminer la nature des éléments qui s’ajoutent à la trame fibreuse primordiale du périoste. Nous distinguerons , à ce point de vue , nos tumeurs sous les cinq divisions suivantes :
IcrGR0UPE. Tumeurs fibreuses ou hypertrophiques (Planche, fig. 1). — Dans cette première division, nous observons que l’altération anatomique consiste en une simple hypertrophie avec multiplication ou hypergenèse des éléments primitifs normaux de la membrane alvéolodentaire. Les parties qu’on y rencontre sont donc principalement du tissu fibreux dont nous ne tracerons pas ici les caractères bien connus, tissu que parcourent un nombre considérable de vaisseaux anormalement développés , et qui contient en outre de la matière amorphe granuleuse ou non , interposée aux mailles fibreuses; des éléments fibro-plastiques, noyaux ou corps fusiformes, puis quelques cytoblastions , quelques myéloplaxes , rares éléments accessoires préexistant d’ailleurs pour la plupart dans le tissu normal , mais qui , sous une même influence pathogénique , subissent un commencement d’hypertrophie qui permet de les observer plus facilement. Enfin ces tumeurs, de même que certaines autres que nous signalerons chemin faisant, peuvent renfermer encore des leucocytes ou globules de pus qui ne résultent pas pour tous les cas, comme on pourrait le croire, d’un travail inflammatoire. On sait en effet, d’après les recherches déjà anciennes de M. Ch. Robin (1), que des leucocytes se trouvent commeéléments accessoires interposés çà et là à d’autres éléments dans un grand nombre de tumeurs n’ayant jamais subi d’inflammation. Tels sont les épithé* liomas du gland , de la mâchoire , de la langue , les tumeurs glandu-
(i) Voyez Dictionnaire de Nysten, articles Leucocyte q t Tumeur.
laires des fosses nasales, du rectum, du col utérin, etc. Nous signalons ce fait avec d’autant plus d’attention que dans d’autres circonstances, quelques-unes de nos tumeurs ont offert l’accumulation dans un point limité des memes leucocytes , correspondant alors à un foyer inflammatoire véritable.
Les hypertrophies simples du périoste ou tumeurs fibreuses figurent dans nos dix-huit observations pour le nombre trois.
IIe Groupe. Tumeurs fibro-plastiques (Fig. 2). — Une seconde division histologique de nos tumeurs comprend un certain nombre de productions voisines des précédentes et constituées par des éléments fibroplastiques, soit simplement nucléaires , soit devenus déjà corps fusiformes. Ces divers états ne sont, comme on sait, autre chose que deux phases successives du développement de la fibre lamineuse, élément fondamental du tissu fibreux, et qui peuvent être pathologiquement le siège d’une aberration organique en vertu de laquelle ils deviennent éléments fondamentaux de certaines tumeurs (1). Parmi nos dix-huit exemples, cinq ont revêtu cette constitution anatomique avec addition, à titre d’accessoires, des éléments qui, dans d’autres tumeurs, peuvent figurer à leur tour comme fondamentaux, myéloplaxes, épithélium, etc.
IIIe Groupe. Tumeurs épithéliales, épithèliomas , cancer des auteurs (Fig. 3). — Dans une troisième division, les tumeurs ont présenté une constitution toute spéciale , et les parties qu’on y trouvait n’étaient autres que des éléments épithéliaux. Ces éléments se sont présentés à nous sous les diverses formes qu’ils peuvent affecter, soit dans l’économie normale, soit dans les diverses tumeurs de l’économie qui en sont composées ; tantôt la tumeur ne renfermait que des noyaux simples, sphériques ou ovoïdes, plus ou moins réguliers, ayant de 0mm.01 à 0mm.008 de diamètre, et contenant un nombre variable de nucléoles ; tantôt elles se composaient de cellules soit pavimenteuses , soit sphériques , à contours plus ou moins réguliers, pouvant atteindre jusqu’à 0mm.l de diamètre , quelquefois parsemées de granulations graisseuses, contenant des noyaux plus ou moins nombreux, et pouvant se rapprocher ainsi, dans certaines circonstances, des caractères assignés à la cellule dite cancéreuse. Disons cependant que, dans la plupart des cas, les cellules épithéliales de nos tumeurs n’ont pas offert tout à fait le même degré d’hypertrophie de leur noyau que
(1) Voyez Dictionnaire de Nysten, édition 1858, au mot Embryoplastique.
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celui qui est offert par les cellules épithéliales pathologiquement modifiées, dites cancéreuses.
Quoi qu’il en soit , et sans vouloir soulever aucune question de doctrine, nous avons rencontré cinq tumeurs offrant la constitution dont nous venons de parler. Parmi elles, nous en avons observé une dans laquelle les éléments épithéliaux nucléaires affectaient une disposition particulière : ils étaient groupés régulièrement autour d’un faisceau fibro-vasculaire, et représentaient exactement, par leur disposition , une véritable papille. Nous avons rangé cette curieuse production parmi celles connues sous le nom de tumeurs épithéliales papilliformes (obs. 13).
Enfin , une autre observation parmi ces dernières porte sur une tumeur volumineuse formée d’éléments épithéliaux pavimenteux et sphériques ayant subi une altération assez commune aux tumeurs dites cancéreuses et fibro-plastiques ; nous voulons parler du dépôt de granulations graisseuses dans leur épaisseur. La tumeur dont nous parlons ,'obs. 16) présentait , sur une grande partie de son étendue , une coloration jaune très prononcée due à l’accumulation de granulations graisseuses au sein du tissu morbide. Cette coloration n’était pas générale, et la tumeur, dans certains points, offrait un degré d’altération moins avancé, de sorte qu’on pouvait, par un examen comparatif, se rendre compte des phases successives de son évolution. Ainsi le périoste dentaire avait d’abord subi une hypertrophie simple qu’on retrouvait isolément sur certains points ; puis au sein des mailles s’étaient développés des élémens épithéliaux qui, de nucléaires qu’ils étaient primitivement sans doute, s’étaient transformés en cellules par suite de la segmentation de la matière amorphe ambiante; enfin ces cellules avaient éprouvé finalement l’altération dite dégénérescence graisseuse, consistant en un dépôt de granulations graisseuses, jaunâtres dans leur épaisseur. On trouvait aussi entre ces éléments des granulations analogues ayant environ 0mm.00i de diamètre, douées du mouvement brownien, et pouvant devenir tellement nombreuses qu’elles masquaient la nature du tissu primitif et lui donnaient la couleur du tissu graisseux lui-même.
Nous avons rencontré encore la présence de granulations graisseuses ou de gouttes d’huile au sein de trois autres tumeurs de nature fibro-plastique ; cette particularité indiquant sans doute, dans ces dernières circonstances, le début de la même superfétation morbide graisseuse dont le tissu allait devenir le siège.
IVe Groupe. Tumeurs à myéloplaxes. (Fig. 4). — Une quatrième forme de tumeurs, à laquelle se rattache la seule observation 17e, a présenté comme parties constituantes une réunion d’éléments connus sous le nom de myéloplaxes. Ces éléments , appelés aussi plaques ou lamelles à noyaux multiples, sont, ainsi que les décrit M. Robin, des masses de granulations fines aplaties , polyédriques , régulières ou dentelées, d’un volume variant de 0mm.020 à 0"m.001, parsemées de noyaux ovoïdes dont le nombre varie de 1 à 30, et dont les dimensions sont de 0ram.005 à 0 l,m.006 sur 0mm.009 à 0mm.011 de longueur. Les myéloplaxes qu’on retrouve dans la composition d’un certain nombre de tumeurs de l’économie, et particulièrement des épulies, se rencontraient comme éléments fondamentaux, dans l’observation 17, au sein d’une trame fibreuse très lâche, et communiquaient au tissu la couleur brune habituelle aux tumeurs principalement composées de myéloplaxes.
Ve Groupe. Tumeurs à cytoblastions (Fig. 5). — Cette cinquième division ne se compose , comme la précédente , que d’une seule observation (obs.18), dans laquelle la tumeur s’était développée sur la racine interne d’une première grosse molaire supérieure droite, chez un sujet âgé de quatorze ans. Celte tumeur, qui s’était rapidement développée , se composait d’une trame fibreuse renfermant , comme partie fondamentale, des éléments anatomiques connus sous le nom de cytoblastions de la variété nucléaire. Ces éléments étaient caractérisés par la forme de noyaux libres sphériques ou un peu ovoïdes de 0mm.004 à 0mm.006, à fines granulations de teinte obscure dans l’intérieur, mais sans nucléole proprement dit. Us se rencontrent normalement, mais en très petite quantité , dans le tissu du derme cutané, dans celui des muqueuses et des séreuses, dans le parenchyme pulmonaire, etc. A l’état pathologique, ils constituent les fongosités des plaques muqueuses syphilitiques, les condylomes, les chancres indurés ou non, les tumeurs gommeuses, les chalazions, etc. On les rencontre souvent, comme dans notre observation 18, joints à des éléments fibreux ou fibro-plastiques , et ils impriment aux tissus qu’ils composent un caractère particulier de développement très rapide. C’est ainsi que la tumeur que nous avons observée avait acquis en un mois un volume relativement considérable.
L’existence, dans les productions pathologiques du périoste dentaire, de tissus à cytoblastions, complète, avec les quatre groupes pré-
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cédents , le cadre des tumeurs dont cette membrane semble pouvoir devenir le siège. Nous retrouvons en effet, dans l’ordre pathologique, la série complète des éléments constitutifs normaux du périoste dentaire, avec cette particularité que l’état morbide a imprimé à ces éléments normaux des modifications variées de nombre , de forme et de volume, modifications qui, pour l’observateur exercé, permettent toutefois de reconnaître sous la forme pathologique les éléments du tissu primitif. Ainsi nous avons vu, dans la constitution normale du périoste, les éléments fibreux , fibro-plastiques , myéloplaxes et cytoblastions joints aux vaisseaux , au tissu graisseux , etc. , et nous retrouvons, soit simultanément, soit isolément, les mêmes parties dans les tumeurs. Une seule exception s’est offerte relativement aux éléments épithéliaux, qui, n’existant pas dans le périoste sain, se sont rencontrés dans certaines tumeurs. Pour ce dernier cas, l’existence de ces éléments ne saurait donc s’expliquer que par la genèse, avec erreur de lieu, de l’épithélium au sein du tissu périostal; particularité dont la physiologie pathologique des tumeurs offre d’ailleurs dans l’économie de nombreux exemples ( tumeurs hètèradéniques, etc.).
Au point de vue clinique, il résulte des considérations précédentes que la pathogénie des tumeurs du périoste dentaire ne paraît pas liée , comme celle d’un certain nombre de tumeurs de l’économie , à l’état de diathèse qui domine d’ordinaire les manifestations morbides de ce genre. Toutes nos observations portent, comme on le verra, sur des sujets jouissant d’une bonne santé, et n’ayant présenté sur aucun autre point du corps des productions pathologiques de composition analogue ou différente. Nous remarquerons seulement que le périoste dentaire, étant un organe non assimilable au périoste proprement dit , en raison de sa structure et de ses usages, est susceptible de devenir individuellement le siège exclusif de tumeurs, de même que, dans d’autres circonstances, on trouve chez un sujet en particulier une série d’altérations organiques affectant exclusivement un même ordre de tissus (tumeurs des glandes, des tissus musculaire, adipeux, etc.). C’est ce qui explique pourquoi, ordinairement, les tissus voisins du périoste dentaire, l’alvéole, la muqueuse gingivale, etc., doués d’une constitution différente, ne sont pas envahis par les tumeurs du périoste. Nous ne voudrions pas affirmer, cependant, que certaines affections organiques de la mâchoire n’ont pas débuté par des altérations de même ordre du périoste dentaire *, les observations manquent à ce sujet, et peut-
être les accidents qui accompagnent ces dernières sont-ils cause que les malades demandent souvent l’extraction de la dent avant que cet envahissement ait eu le temps de se produire.
Ainsi donc, pour nous résumer, l’examen microscopique de nos tumeurs, que nous devons pour tous les cas à l’extrême obligeance de notre maître et ami M. le professeur Ch. Robin , a donné les résultats suivants :
8 tumeurs sont constituées par des éléments fibro-plastiques.
5 sont formées d’éléments épithéliaux ou cancéreux.
3 sont formées de tissus fibreux et représentent une simple hypertrophie du périoste.
4 se compose d’éléments myéloplaxes.
1 d’éléments cytoblastions.
§ 3. — Étiologie.
Les causes de production des tumeurs du périoste sont entourées d’autant d’obscurité que la production des tumeurs en général ; nous nous bornerons donc à signaler les conditions diverses au milieu desquelles cette affection s’est développée dans les observations que nous avons recueillies.
Une première particularité digne d’être signalée, c’est que toutes
les tumeurs que nous avons observées appartenaient à des sujets doués
d’une bonne constitution, et qui, dans leurs antécédents, n’avaient
j amais été atteints de tumeurs développées sur d’autres points du corps.
Dans plusieurs circonstances, toutefois, des malades qui sont venus
nous consulter pour une dent affectée de tumeur nous ont affirmé
avoir déjà éprouvé antérieurement des accidents identiques à ceux
que nous observions, et avoir été contraints de faire extraire la dent
qui les occasionnait, sans que cet organe présentât la moindre atteinte
de carie. Quatre de nos observations tendent à établir cette circon- %
stance; ainsi l’observation 6e est relative à une tumeur fibro-plastique développée sur une dent de sagesse inférieure droite, chez un homme de cinquante-cinq ans, ayant perdu déjà plusieurs dents, parmi lesquelles quelques-unes avaient paru causer les symptômes propres aux tumeurs. L’observation 16 est dans le même cas; enfin les observations 13 et 17 portent toutes deux sur des tumeurs également fibroplastiques et appartenant à des sujets qui ont déclaré, bien plus net-
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tement que les précédents, avoir déjà éprouvé pour d’autres dents des douleurs et des accidents identiques; l’un d’eux même (obs. 13) aurait très distinctement observé qu’une dent antérieurement enlevée présentait sur ses racines une production molle du genre de celle qu’on lui faisait remarquer sur la dent qu’on venait d’extraire. Ces quatre faits tendent à établir la possibilité du développement de plusieurs tumeurs sur le même sujet par récidive, non point surplace, il est vrai, et par envahissement des tissus contigus, mais dans le voisinage, sur le périoste des autres dents. Ajoutons aussi que la circonstance de deux tumeurs développées sur des dents contiguës ne s’est pas observée, et que la récidive a paru pouvoir s’effectuer à de certaines distances, pour des dents soit de mâchoires différentes, soit des côtés opposés de la même mâchoire. La disposition anatomique des dents couvertes de leur périoste respectif, et renfermées chacune dans un alvéole séparé, ne favorise pas d’ailleurs la progression de la tumeur du périoste de l’une au périoste des dents voisines.
Les diverses affections dont l’organe dentaire peut devenir le siège n’ont pas paru exercer une notable influence sur le développement des tumeurs du périoste. Ainsi la carie, par exemple, la plus commune des altérations des dents, nous a semblé y rester complètement étrangère. Les observations que nous avons recueillies portent principalement sur des dents dépourvues de carie, et, dans les autres cas, moins nombreux, où ces affections accompagnaient les tumeurs, nous n’avons pu saisir aucune relation manifeste entre les deux maladies. Sur nos 18 cas de tumeurs du périoste, 8 dents seulement étaient cariées, et parmi elles 3 portaient des cavités très superficielles, n’offrant pas de communication avec la pulpe, et ne pouvant par conséquent causer aucun accident. Les cinq autres dents étaient au contraire altérées dans une grande profondeur; mais la pulpe ayant entièrement disparu par suite de gangrène ou de fonte purulente , aucun accident n’était également possible. Ces dernières cependant auraient pu devenir le siège de périostite chronique, affection qui succède le plus souvent à une carie extrêmement avancée, et qui serait peut-être de nature à déterminer la production d’une tumeur. Or, cinq dents seulement sur dix-huit se seraient trouvées dans ces conditions, et ce nombre est relativement trop faible pour permettre d établir sur ce point d’étiologie une détermination définitive. Aucune affection dentaire ne paraît donc influencer le développement des tumeurs du périoste.
TUMEIRS DU PÉRIOSTE DENTAIRE.
D’autres circonstances également dignes d’intérêt accompagnent encore le développement des tumeurs : ainsi les dents molaires paraissent être exclusivement le siège de ces productions. Les dix-huit exemples que nous avons observés sont dans ce cas. Sur ce nombre, seize tumeurs occupaient les grosses, deux seulement les petites molaires. Sur les seize grosses molaires, il y avait dix premières, quatre secondes et une troisième molaire. Quant aux petites, elles étaient toutes deux de la mâchoire supérieure. Les dents permanentes n’y sont pas exclusivement disposées r car nous en avons observé un exemple sur une grosse molaire temporaire chez un enfant de quatre ans.
Ainsi, dans nos dix-huit observations, les dents affectées par ordre de fréquence sont :