SUR
De L'ORATEUR HYPÉRIDE.
Dans la séance du 4 niai 1866, j'ai eu Thonneur de communiquer à r Académie un rapide aperçu de la découverte dont je viens de nouveau l'entretenir aujourd'hui. Il s'agit de quelques lambeaux d'un papyrus grec provenant de Thèbes, en Egypte, et qui contiennent environ une page inédite du discours d'Hypéride Contre Démosthène, dans l'aflFaire d'Harpalus. De nombreux fragments de ce papyrus, parmi lesquels se trouvaient environ dix petites colonnes, de vingt-huit lignes chacune et à peu près intactes, avaient été acquis en 1847, et publiés à Londres, l'année suivante, en fac-similé, par M. A. C. Harris. Dès 1 848, M. Bœckh et M. Sauppe s'étaient séparément exercés à les restituer et à les remettre en ordre. Puis M. Sharpe, en
Fragments d'Hypéride. i
1 8^9 ^ essayait de les traduire dans le Journal de la Société philologique de Londres. En i85c>, M. Babington en publiait une édition luxueuse, offrant, avec deiix fac-similé du manuscrit, deux textes de tous les fragments, l'un en majuscules typographiques assez voisines des caractères du papyrus, Tautre en caractères courants^. Cette édition, imparfaite à beaucoup d'égards, et pourtant utile, n'a pas profité aux travaux de Bœckh et de Sauppe, qui sont aussi restés inconnus à M. Babington. D'un autre côté, les rapprochements instructifs qu elle renferme et quelques bonnes leçons qu'elle fournit pour la restitution du texte sont restés inconnus à M. C. MûUer, qui donnait, en iSôy, dans le second volume des Oratores Atlici de la Bibliothèque de Firmin Didot, une édition, restéejusqu'à ce jour la dernière, de ces fragments. Néanmoins, et malgré ce défaut de concert^ les efforts successifs de la critique ont réussi à classer et à restituer, autant qu'il se pouvait , tous ces fragments, qui ont bien vite attiré l'attention des biographes d'Hypéride. Aussi les renseignements nouveaux qu'ils nous apportent ont-ils trouvé leur juste place dans le grand ouvrage d'Arnold Schaefer sur Démosthène et son temps (i858), dans les deux mémoires, l'un, encore inédit, de M. Fr. Meunier, lautre, en partie publié, de M. Jules Girard, sur Hypéride^, que TAcadémie couronnait en 1861. Malheureusement, ces fragments sont si incomplets et, à cause de cela même, souvent si obscurs, qu'on désirait fort
' Proceedings qf the philological Society, vol. IV (London, i85o), p. 89-73. Je ne citerai dans ces notrs que les travaux dont ne parle pas M. G. Mûiler, dans son inlroduction aux fragments du discours d'Hypéride dont j*ai k m*occuper. [Oratores Attici, t. 11, p. 397.)
* ^'tirêpi^ïfç Horà ^rffiocdévoMf. The • oral ion of Hyperides against Demosthe-
■ nés respecting the treasures of Harpalus... « wilh a preliminary disscrlation and no-
■ (es. . . by Churchill Babington. » Londres, J. W. Parker el G. Bell, i85o, in-4'.
* Jules Girard : 1' Hypéride, sa vie et son éloquence; — 2* Un procès de corruption chez les Athéniens , Démosthène dans l'affaire (^Harpale. (Extraits de la Hevae nationale.) Paris. i86q, in-8".
qu'un meilleur manuscrit du discours d'Hypéride pût nous être rendu par quelque nouvelle découverte. Ce désir ne sera pas satisfait par l'acquisition des débris qui, des mains d'un propriétaire athénien, viennent de passer dans celles de notre confrère, M. Michel Chasles. Quatre fragments principaux et quelques menus débris, qui ne font pas, en tout, quarante lignes de grec, sont un faible surcroit de richesse. Mais rien n'est à dédaigner de ce qui intéresse des personnages tels que Démosthène et Hypéride. D'ailleurs, quelques traits particuliers relèvent un peu l'importance des nouveaux textes que je vais faire connaître; on y peut rattacher certaines questions de critique générale, qui seront utilement discutées dans l'état actuel de nos connaissances en philologie grecque. On y trouve aussi l'occasion de mieux comprendre et de mieux caractériser le monument d'éloquence dont ils faisaient partie. C'est ce qui me justifiera, je pense, d'étendre jusqu'aux proportions d'un mémoire les observations que je me suis proposé d'écrire sur ces courts fragments.