‹ Mémoire sur quelques nouveaux fragments inédits de l'orateur HypérideChapitre 7 sur 7 · OBSERVATIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS HISTORIQUES

Mon dessein n'est pas de prendre occasion des rares fragments qui viennent de repsiraître au jour pour recommencer l'histoire du procès où Hypéride prononça le discours dont ils ont jadis fait partie. Cette recherche semble aujourd'hui épuisée par les travaux d'Eysell, de Sauppe, de Schaefer et de M. Girard.

Le mémoire de M. Girard intitulé : Un procès de corruption chez les Athéniens : Démosthène dans l'affaire d'Harpale, contient une très-pénétrante analyse de ce procès et une appréciation équitable des divers personnages qui y jouèrent un rôle, notamment de l'orateur qui, jadis et longtemps ami de Démosthène, avait accepté l'étrange devoir de soutenir contre lui l'accusation relative à l'or d'Harpalus.

Après ce travail, une seule chose paraît désirable, surtout pour des lecteurs français, ce serait de mettre en lumière les débris subsistants du plaidoyer d'Hypéride, de traduire ceux qui sont traduisibles, et d'y rattacher, autant que cela se peut, les débris nouvellement découverts : tâche encore difficile, qui

ne saurait conduire toujours à des résultats assurés,. mais qui pourtant ne manque ni d'utilité ni d'intérêt. Pour la remplir, nous avons heureusement un guide, dont se sont déjà servis MM. Bœckh, Sauppe, Babington et C. Mûller: c'est l'auteur, quel qu'il soit d'ailleurs, de l'accusation Contre Démosthène en cette même affaire. Denys d'Halicarnasse conteste l'attribution de ce morceau à Dinarque; mais, quand il donnerait (ce qu'il ne fait pas) de bonnes raisons à l'appui de ses doutes, l'œuvre' ne perdrait rien pour cela de son importance historique.

On sait que dix orateurs furent désignés par les Athéniens pour soutenir la déclaration [dnàÇ^acns) de l'Aréopage qui désignait plusieurs coupables à la vengeance du peuple; et, sur les dix, nous pouvons, encore aujourd'hui, nommer, d'après des témoignages sûrs, Stratoclès, Menésœchmus, Pythéas, Patroclès, gens peu dignes, à ce qu'il paraît, de considération, puis Hypéride, un des grands noms de la tribune athénienne, et Dinarque, auquel Denys n'accorde guère, en son jugement sur les orateurs altiques, que le mérite de s'être approprié, par une imitation assez habile, quelques qualités des maîtres, ses devanciers ou ses contemporains.

Jusqu'ici nous ne possédions que les trois discours de Dinarque composés pour la même affaire : l'un conlre Arîstogiton, célèbre démagogue; l'autre, conlre le stratège Philoclès; le troisième, contre Démosthène.

Ce dernier, le plus long des trois et le plus instructif, est rempli de souvenirs précis, d'allusions aux coutumes d'Athènes, d'expressions spéciales, qui dénotent un homme d'affaires, un Athénien engagé par ses intérêts et ses passions dans le débat même dont il s'agit. On n'en admire pas l'éloquence, on peut en suspecter souvent le témoignage, au même litre qu'on suspecte souvent les assertions de Démosthène et d'Es-

chine dans les débats oh ils sont aveuglés par Tambition ou la haine. Mais ce n est pas moins pour cela un document de grande valeur; nul n'y saurait voir, non plus que dans le discours attribué à Hypéride, un exercice de rhétorique, comme il en reste plusieurs dans la collection des Orateurs grecs.

Or Dinarque, ou plutôt le citoyen pour lequel, selon Tusage athénien, il paraît avoir composé son discours, parlait le second, on dirait volontiers, le troisième, car il déclare, dès le début, que, d'abord, le Sénat avait donné les preuves (diro- Sei^eis) de sa déclaration, qu'ensuite l'orateur Stratoclès avait continué le développement de l'accusation et «qu'il avait lu les décrets relatifs à cette affaire. Aussi avoue- 1- il qu'il lui arrivera de revenir sur quelques idées qui ne seront pas neuves pour son auditoire : l'importance du débat lui servira d'excuse, et il ne craint pas d'ajouter que ce n'est pas trop de dire deux fois les mêmes choses, quand il s'agit d'irriter les juges contre un si grand coupable ^ Étrange préparation oratoire, et qui suppose des juges ou bien convaincus par ce qu'ils viennent d'entendre, ou bien résolus d'avance à ne suivre que leurs préventions aveugles contre l'accusé. Ce qui du mdins en ressort, à notre profit, c'est que, si le même fond d'idées se retrouvait chez Stratoclès et chez Dinarque, il pouvait se retrouver aussi chez Hy péri de; et, en effet, ce fond d'idées reparaît clairement dans les débris du discours d'Hypéride où la comparaison est possible avec ceux du précédent orateur. Non-seulement la même animosité, la même injustice éclate chez les deux accusateurs, plus étonnanle seulement chez Hypéride, qui combattait un ancien ami, mais en-

* s a : tirôAonroy T/iiAÏv.,» vâUnv i(iîv tErapa- tErepnriirTei)fA€y * où yàp ivoL éyo;^Aâ)fAey xiiAds , KeXêÙ€cdat trpôrroy (lèp roTs XonroTs TifiTv iXX' tva fiSXkov àpyliyfaSe ««poSutrôfAevoi* auyyv(S>iiffv é)^êiv, àv tôw ainw èviois Ik *azpi Td>y ainwf époOfiCv.

I^it

core les assertions, des deux côtés, nous semblent également dénuées de preuves positives. En somme, à juger l'ensemble du procès par le dessin que Dinarque nous en présente et auquel s'appliquent assez bien plusieurs pages d'Hypéride, on ne peut admirer assez Tinconsistance et la légèreté de l'accusation contre Démosthène ^ et la singulière situation que faisaient à des accusés ces déclarations de l'Aréopage. D'une part, Yditô^aais n'était, en elle-même, qu'un arrêt de renvoi devant la justice du peuple; de l'autre, à entendre Dinarque, ce serait chose énorme si le jugement du peuple infirmait celui de l'Aréopage, qui cependant semble, à entendre Hypéride (contredit, il est vrai, en cela par une assertion de Dinarque) , n'avoir fourni aucune preuve à l'appui de son arrêt. Il faut dire que Démosthène s'était mis, à cet égard, dans une condition particulièrement étroite. Soit par entière sincérité de conscience, soit par un excès d'audace, qui, vraiment, est peu croyable, il avait réclamé lui-même cette information de l'Aréopage, et il se déclarait prêt à subir la peine de mort si l'arrêt lui était contraire^.

Cela simplifiait beaucoup la lâche de l'accusateur, et cela explique assez bien ce qu'on lit dans le premier de nos fragments : «Juges, ce débat que nous soutenons contre Démos- « thène me paraît simple, car, de même qu'à propos des aEFaires «privées on décide beaucoup de choses par des sommations, « de même est jugée la présente affaire^. Voyez en effet, juges. «Qui t'a accusé, Démosthène? Le. . . » Il était donc naturel

^ Neavix)) &^ori^, comme dit précisément Plutarque (Vie de Démosthène, c. XXV ) , à propos de T instruction de cette affaire.

* Dinarque, $S4, 8, 8A« io4. On voit au paragraphe 86 que celte espèce de

convention {ÈSffto avvBijxas fisrà tov hf* fiov) était déposée dans le Mr^p&ov ou temple de Cy bêle , mère des dieux.

^ Cf. Dinarque, S à : Inr^tv ti)v ^vXii^ vrepi a^^y es aùrp trcérpiôv èalt , etrtv9s siXitÇaun vapà ÀpiréXov ;^9/ov.

de rapporter ce morceau à l'exorde, et je le placerais avant le fragment loi A de l'édition de MûUer (p. 8, édition de Babington). Toutefois, il ne faut pas exagérer cette simplicité du débat. Démosthène, comme dans une affaire privée [éavep éiri r&v iSiayv èyxXrffidrcùv) ^ avait réclamé des productions de pièces et de témoignages à Tappui de la déclaration du Sénat. Après être sorti du droit commun en acceptant ce haut arbitrage des Aréopagites, il y rentrait par une discussion formelle avec les accusateurs nommés d'office par le peuple; et cest à ce titre qu Hypéride lui dit que son affaire va être traitée suivant les règles de la procédure athénienne, procédure souvent complexe et subtile. La simplicité dont parle l'orateur n'est ici que l'égalité du droit commun.

Après les premières lignes, qui déterminaient rétat de la cause, on admettra volontiers que l'orateur lAcontait les événements qui avaient donné lieu au procès; c'était la véritable expo^ siiion. Il n'en reste que des lambeaux, mais où la présence de quelques noms propres suffit à nous révéler le sujet, c'est-à-dire le récit de l'entrée d'Harpalus dans Athènes et des efforts du général macédonien Philoxène pour obtenir du peuple athénien son extradition. (Fragment loi A, édition Mûller; — p. 8, 68 et 4» éd. Bab.) Plus loin était mentionné le décret rendu, sur la proposition de Démosthène, «pour qu'Harpalus « déposât le lendemain , dans l'Acropole, tout l'argent qu'il avait « apporté avec lui. Harpalus devait en déclarer la valeur,,non pas, « dit méchamment l'orateur, pour que Démosthène sût au juste « le chiffre du dépôt, mais pour qu'il sût bien sur quelle somme « il devait se faire payer son salaire. Démosthène se tenait donc « là sous la tranchée du roc\ il ordonnait au choreute » (on ne

' KaâTiiAevoç [x]àTtû intd [vff] xara- légèrement, je croîs « qu il 8*agit ici de la T[o]fA[9j. Les interprètes admeltent , un peu tranchée du roc de T Acropole, au-dessous

sait quel est ce personnage, ia terminaison du nom propre s étant seule conservée dans le manuscrit; M. Babington conjecture, un peu légèrement, qu'il se nommait [Charijsius) «de « demander à Harpalus la valeur du dépôt qu il allait faire, et « Harpalus répondait : Sept cents talents. . . » (i o i B, Mûller ; — p. 9 et 5, Bab.) Malgré cette assertion, confirmée, à ce qu'il paraît (loi C, Mûller; — p. 6, Bab.), par DémosthèneS il ne s'était trouvé que trois cents et quelques talents. Qu'était devenu le reste? Sans doute, il avait servi à payer des traîtres, et au premier rang Démostbène, qui n'avait fait emprisonner Harpalus que pour lui assurer ensuite des moyens d'évasion. Tel. avait reçu quinze talents, tel autre six mille statères d'or. «Et toi, qui, par ton décret, l'avais constitué prisonnier, toi

de laquelle se développaient les lignes circulaires des gradins du théâtre Dionysiaque. Ni Plutarque {Vie de Démosthène, c. uv, zxvi ) , ni les deux inscriptions attiques du Corpus (n** an et ai 4) auxquelles ils renvoient , ne prouvent rien sur ce sujel; et, quant à l'article d'Harpocration (au mot JUaraprofiii) , s*il cite , à côté du texte d'Hypéride , un texte de Philochorus , où il est certainement question de la plateforme située au-dessus des gradins du théâtre , et qui supportait un grand nombre de trépieds choragiques, cela ne prouve nullement qu*Hypéride désignât ici la même Kararoinf. Plusieurs éminences, à Athènes , pouvaient offrir de pareilles tranchées, le rocher du Pnys, par exemple; et , d*accord en cela avec un jeune ingénieur, M. Choisy, qui vient d*étudier sur les lieux cette question, je pense que ¥orateur nous représente Démosthène placé dans une assemblée du peuple, sous la Iranchée qui supportait la tribune, et, de

ce lieu où il était assis, suggérant à son ami le choreute les questions que celui-ci devait adresser à Harpalus. La scène est ainsi facile à comprendre, quel que soit d'ailleurs remplacement «que Ton assigne à cette célèbre colline du Pnyx et à TAgora d* Athènes. (Voir £. Curlius, Atlische Studien, I : — Pi^x and Stadtmauer, Gœttingen , 1 86 a ; — II : Der Kerameihos und die Geschichte der Agora von Athen, Gœttingen , 1 865 , in-4* ; — G. G. Pappadopoulo , \àyoç vrepl nwx6f , Athènes , 1 86 7 , in-4**) ' Texte de Mûller : T37]Aix[(zvra o2h ro]ç èv T& 3[)^fMD] vfpàç (tiAâs el[TFev d>s] év[a]pepofiév[ù}p où Tpia]Ko[a]lùnf ToAày- [rtûv. . ,]xai 'a[e]v[TifKawa, éXXà] i['n7]a-

Koaionf èv T& iii\fi]^ i[ir7a]xé9ia

^}^[or]aff eïv[at] rdtXavra, wv rà ^[fAi]^); âva^épets. En ce passage , au lieu de vrevnjxovra, Sauppe et Babington ont lu et- KOffi^ ce qui semble plus conforme à la leçon du manuscrit (fig. 16, col. a des fac-similé d'Harris).

a qui ne songes ni h rétablir la surveillance /si elle faiblit, ni, «quand elle se laisse tromper,. à poursuivre les coupables, ce « serait pour rien, apparemment, que tu aurais ménagé ces fa- « vorables occurrences! Ainsi Harpalus payait des orateurs mé- « diocres, ceux qui ne savent qu'agiter et brailler [toTç Q-opùSov f xai Kpavyrjs xvplois) ; et toi, qui menais la république entière, « il t'aurait négligé ! A qui le feras-tu jamais croire? D'ailleurs, «juges, Démoslhène a traité si légèrement cette affaire, ou u plutôt, s'il faut parler en toute franchise, il vous a traités si « légèrement, vous et les lois\ que d'abord il crut devoir con- « venir qu'il avait reçu l'argent^, mais qu'il en avait fait usage, tt ayant par avance prêté la somme à la caisse des jeux publics. « Aussi Cnosion et ses autres amis s'en allaient disant que les «accusateurs le forceraient à révéler des choses qu'il voulait « taire, c'est-à-dire qu'il avait prêté au peuple de l'argent pour «les dépenses publiques; et, vu que, en les entendant, on «s'irritait plus encore, comme si ce n'était pas assez pour « Démosthène de s'être vendu [et qu'il voulût ajouter à ses

«torts celui d'incriminer des innocents^] ■ (102 B

et C, Mûller; — p. 26 et 28, Bab.) La suite nous manque, à notre grand regret, car nous sommes là au cœur mémo de l'affaire. Si Déniosthène disait vrai, il n'avait fait que

^ KaraTreÇpàvrpiey est la vraie leçon, très-visible sur le tuanuscrit et qu*y ont lue Bœckh ctBabingtoi). Sauppe, suivi par C. Mûller, avait imprudemment admis xarame^pàvTtxev {de xara^povriiûû) , qui aurait un lout autre sens, comme on le voit dans Aristopliane, Nuées, vers 849, éd. Boiss.

' Ùale rà (lèv trp&fTov é>[eTo ieïv] àfio»

\koyetv êtkrf^£\vûiî rà xjp^yLVca. (MùUer.) Ces trois verbes qui se suivent à Finfinitif

Fragments d*Hypéride.

ne me satisfont guère, et j'admettrais volontiers la première partie au moins de la restitution de Babington : & [Zsv xai d-e II 01, fil) àvaqf}i.al6\uvoç\ , si elle n^etigeait une ligne de plus dans la colonne , qui, à juger sur le fac-similé, paraît n*en avoir eu que vingt-huit.

' Je suppose qu'après Mta^ioKTipUvai les deux lignes suivantes contenaient quelque chose comme àXkà tùw oOx airiùtp Homryopoiif.

prendre gage pour sa créance sur l'argent d'Harpalus, séquestré à TAcropole. Le procédé était fort îrrégulier, mais il n'avait rien de honteux. Là-dessus le Sénat de l'Aréopage ne s'expliquait pas. «Toutes ces déclarations sur l'argent d'Har- « palus, nous dit Hypéride, il les a faites uniformes contre «tous les accusés, et à aucune d'elles il n'ajoute les raisons « de son arrêt; il écrit sommairement combien chacun a reçu,

« et soutenant * qu'il doit la somme » ( io5 A, MùUer; —

p. 17, B^ib.) On comprend que Démosthène trouvât cette façon d'agir trop expéditive et qu'il la soupçonnât de complaisance pour Alexandre, kXe^dvSpcù yapi^ofiévr). (io3, MûUer; où Babinglon a évidemment erré dans sa restitution, p. i5.) La Macédoine, en efiFet, était intéressée à perdre ceux dont le patriotisme lui avait fait une si constante opposition. Mais l'adversaire, avec une aigreur profonde, répondait : « Comme « si vous ne saviez pas tous qu'on ne s'occupe pas à perdre « ceux que l'on peut acheter, mais bien ceux que ne peuvent « corrompre ni la persuasion ni l'argent. . . » ( io3, MûUer; — p. 25, Bab.) «En vain prétend-on qpe la déclaration est illé- « gale. Jamais, au contraire, le Sénat ne traita une affaire avec « plus de patriotisme; ce n'est pas de lui-même qu'il est inter- « venu, c'est forcé par le peuple et tout en reconnaissant qu'il « ne lui appartenait pas de prononcer une punition^. » {io4, Mûller; — p. 33, Bab.) Si quelqu'un ruine les lois de l'Etat, c est bien Taccusé, qui, dans un intérêt personnel, « veut vous «donner le change, en incriminant la déclaration du Sénat,

^ Ligne a6, après [à^é]tXéTù»t on dis- moins heureusement àvofiéurat) voù[ç àfii-

lingue les lettres i<rx^^ et, à la ligne sui- [xovtnroc]? oùx èÇi* ainoïs'ct, . . (MûUer ) Je

vante, évif. Ce sont peut-être le« restes lirais plulôt Tcii[s d]hl[H0vs, d)]s o4x é^'

du moi hiaxvpiio(iévrf( figure 1, colonne i, ainoîs i&r[ap9CTO^{i6yoi , ce qui voudrait

Harris). dire : «mais se refusant* par raison d*in-

* Ta 3é xo]Xàffat (Bobington restitue compétence, à punir les coupables. •

« et vous enlever ainsi tous les moyens de poursuite. Faites-y « bien attention, et que votre raison se tienne en défense contre a ses ruses. (io5 A, Mùller; — p. 1 7, Bab.) Ce que l'Aréopage « a décidé contre plusieurs citoyens à la fois ne saurait valoir « contre les uns et ne pas valoir contre les autres. Vous n avez < pas à décider ici sur une somme de vingt talents, mais sur « trois cents, ni sur une faute isolée, mais sur toutes. La folie 9 de Démosthène est seulement en avant du péril comme elle « Test de Timpudence. » (Ici le texte grec est d'une éloquente énergie de langage : "CspoxtvSvveiiei j zspoavatfrxyvTeV .) « Quant «à moi, je tiens pour suffisante preuve de l'argent reçu lar- « rêt du Sénat, qui te condamne. ■ (io5 B, Mûller; — p. 19, éd. Bab.)

On s'étonne peu de ce que, à l'appui de cet arrêt anonyme et collectif du Sénat, Démosthène s'obstine à demander des preuves et des témoignages précis. Dinarque nous l'apprenait déjà ($6) : «Quand tout cela était fait selon les intentions et «selon l'intérêt du peuple^, voici que nous viennent de Dé- «mosthène des plaintes, des sommations {"UspoHXiicreis)^ des « calomnies ((jtixo^arT/at), parce qu'il a été déclaré détenteur «d'une somme de vingt talents. Ainsi le Sénat, que l'on tient «pour digne de foi quand il a trouvé la justice et la vérité en « matière de meurtre volontaire, le Sénat, qui a plein pouvoir « de décider sur le corps et la vie de chaque citoyen , de ven- « ger après leur mort les victimes de la violence, d'exiler et « même de faire mourir les gens coupables de quelque viola -

' Ce dernier mot manquait jusqu'ici tant de programmes de f Université de

aux lexiques grecs. Ceci me fournit Tocca- Leipxig.

sien de signaler Tutile/iufeâ; grwcitatis Hy- * Ùs iKncBi t^ Sj^fioi nak&s xoi ervfi^e-

pert(2e0 que M. A. Westermann publie, pàrraw. Ce qui rappelle lexpression d*Hy-

depuis 1860, en une série, encore ina- péride (fragm. io4)t d]7fu>rix«(rrflETa , en

cherée, de fascicules in- A*, qui sont au* parlant de mêmes aclcs de TAréopage.

« tion des lois de TEtat, maintenant, à propos de sa déclarar «tion sur l'argent reçu par Démosthène, il se verra dénier sa «juste autorité. »

A l'endroit où nous voici du discours d'Hypéride semble se placer convenablement, si je ne me trompe, l'exemple d'ironie cité par le rhéteur Alexandre et contenu en partie dans notre second fragment. Ce morceau peut être traduit ainsi : «Tu calomnies le Sénat, produisant des sommations « 011 tu lui demandes : D'où as-tu reçu de l'argent? Qui te l'a « donné, et en quel lieu? A la fin tu viendras peut-être lui de- « mander : Quel usage as-tu fait de l'argent reçu? agissant avec « le Sénat comme on réclame les comptes d'un banquier. Puis «ton adversaire... »

La sommation dont il s'agit ici (comme dans le passage de Dinarque, dans un morceau de l'exorde que nous a fourni notre premier fragment, et aussi dans notre troisième fragment) est celle qu'on déférait à son adversaire pour obtenir qu'il produisît des preuves, qui, parleur nature, échappaient à Texamen direct du tribunal, par exemple, le témoignage d'un esclave mis à la torture hors du prétoire, chez le jSa- (7avi(/l7iç^, ou bien le résultat d'une enquête faite sur les lieux où le délit avait été commis^. Cela ressort très-clairement de plusieurs témoignages des orateurs attiques, notamment de Démoslhène, témoignages réunis depuis longtemps par les historiens de la procédure athénienne^. Or l'exemple de Siœcrvpfiàs ou d'ironie emprunté au discours

^ Démosthène, Contre Stephanot, I, SS 1 5- 1 6 , cf. S 43 , et Contre Panténète , SS Sg-^i i éd. Vômel.

* Démoslhène, Contre Ofympiodore , S 48-5o. Cf. Contre Dionysodore , SS 17-18.

^ Voir en particulier la disserlalion de Hudwalcker, Ueber die ŒjfentUchen und Privât' Schiedsrichter (Diàteten) in Athen und den Process vor derselben. léna , 1 8 1 a , in.8'.

d'Hypérîde par le rhéteur Alexandre contient comme le développement du fait simplement indiqué par Dinarque; il nous donne comme un extrait de l'écrit, du ypaii(ia7éiov ^ où Démosthène réclamait du Sénat certaines preuves, absentes jusque-là du dossier de l'enquête à la suite de laquelle il avait été déclaré coupable. A première vue, on inclinerait à croire que l'accusé demandait qu'on lui prouvât « de quelle source il avait « reçu l'argent; qui le lui avait donné; en quel lieu » (ou, selon la variante discutée plus haut, comment on le lai avait donné). Or est-il possible d'interpréter en ce sens détourné l'expression directe : épcoxôr èv raïs ^cspOKkijcrecriv • Uôdev eXaSeç, et ce qui suit? Ne faudrait-il pas, pour obtenir ce sens, èpcôrcAfievoç * Uôdev ëXaSeç àiv, ou quelque tournure du même genre? Mais surtout je ne puis expliquer que par un appel direct au Sénat les derniers mots d'Hypéride que le rhéteur a cités et que le papyrus nous rend textuellement, sauf le peu de variantes signalées dans la première partie de ce mémoire : àcnrep Tpaife^mxdv Xôyov "usapà Tris ^ovXris difaircôv. Démosthène demande au Sénat des comptes exacts, comme un client les demanderait à un banquier. Cela peut-il signifier que Démosthène se plaint de se voir demander de pareils comptes par le Sénat? D'ailleurs, en ce dernier cas, où serait la figure de rhétorique attribuée par le rhéteur Alexandre à Hypéride? En quoi Hypéridc éludait-il alors, par un tour d'ironie dédaigneuse, un argument outré de son adversaire^? Au contraire, admettons, comme le veut la grammaire, que les questions posées dans lasomma-

*^ Lexique d*Harpocration, au mot Upà- Lexicon Tecknol. Rhet, grœc, s. v. Aioavp-

xXrfcrts. fiàç. En sens inverse, c'est quelquefois

^ Itaavpfjiàç è&liv gùreXur^às ^apay- aussi Ta.veivàTr}Tos «4)6791$, cominç le

fiàreùv tnrè râw èvavTiùnf ek &yKOv èvap- définit fauteur du Traité du Sublime

Oévreùv. Phœbammoo, cité par Eroesti, c. xxxviii, S 5.

tion le sont par Démosthène et non à Démosthène; alors Hypéride, pour en détourner TefiFet, les traitera de pure chicane [calumnia, avKo(^av7la^ crvKo(^avreïsriiv ^ovXi^v); s ii parvient à les rendre ainsi ridicules, il aura les rieurs pour lui dans le tribunal. Cicéron prend un rôle analogue, lorsque, défendant Flaccus contre des provinciaux qui Faccusent de puiser trop facilement dans leur caisse, il se moque de ces Asiatiques paperassiers [civitas conficientissima litterarum) , « chez lesquels on «ne peut remuer un sou sans la signature de cinq préteurs, « de trois questeurs et de quatre comptables ^ » Des deux côtés c'est la même dérision des formalités financières par un orateur dont elles gênaient le client. Ainsi, dans une autre affaire, celle de Muréna, Cicéron se moquera (cette page est demeurée célèbre) des jurisconsultes et du jurisconsulte Sulpicius, son ami, et cela uniquement parce que leurs formules offrent contre sa cause des arguments d'une subtilité embarrassante. Il est remarquable que le chapitre xi du discours Pro Murena est précisément cité par les rhéteurs latins comme un exemple de la figure que les Grecs appellent Sicurvpfiàç et dont les Romains ont traduit le nom par elevatio ou irrisio^. On sait, d'ailleurs, par l'auteur du Traité du Sublime, qu'Hypéride excellait en ces petits tours de force oratoires ^.

Bien des vraisemblances et des analogies concourent donc à nous faire croire que, d'une part, Démosthène avait intérêt à réclamer la précision des circonstances et des chiffres, et

* Pro Flacco, c.xa.

* Aquila Romanus, S i5 , p. a6 des Rhetores latini minorei de Halm : Aïoovpfi^f , ■ elevatio vel irrisio , ea figura est qua lu- • dentés que dîcuntur ab adversariis dis- « solvimus. Qualis est iile locus pro Murena « in Sulpicium totus de jure civili. ■ Cf.

ibid. p. 75. Rufiniani Schemata dianoeas,

' Chap. XXXIV, S a : Tè xcnà ràç elpù}vêlas tinréXatalfHnf, <yxà>(iiiara oOx iftowra oiV àvâyoûya xord rot^ k'^txoùç èxeivùvs, âXX' iviHgifievap iteurvpiiàç tc èvi' aboç.

fjue, de l'autre, Hypéride pouvait, à ce titre, l'accuser d'une subtilité trop exigeante envers le Sénat. En cette obscure af- . faire, les preuves formelles manquaient, à ce qu'il semble, contre tous les accusés et particulièrement contre Démosthène.

 défaut de ces preuves, on accumulait contre lui toutes les insinuations qui pouvaient rendre le délit vraisemblable; on faisait surtout grand bruit de ce vénérable nom de l'Aréopage, de l'autorité qui s'attachait aux décisions d'un tel tribunal : c'est là le principal argument deDinarque, comme c'est celui d'Hypéride. Mais l'accusé avait bien le droit de protester contre une autorité sans contrôle et d'appeler la lumière sur les mystères d'une enquête dont le résultat allait lui être si fatal, puisque des deux peines portées par la loi contre la vénalité, une amende décuple de l'argent reçu ou la mort \ c'est la dernière qu'il appelait sur sa propre tête par une imprudente provocation.

11 reste maintenant à savoir de quel argent il pouvait, à son tour, demander compte au Sénat, et comment ces mots argent reçu, recevoir de ïargenly qui se retrouvent à chaque page de Dinarque et d'Hypéride, pour désigner le prix de la corruption des orateurs, comment ces mots peuvent ici s'appliquer à des sommes reçues et dépensées par le Sénat ou par celui de ses agents à qui s'adresse la question au singulier : « tu as reçu...; » car, s'il s'adressait collectivement au Sénat, l'usâge voudrait qu'il employât le verbe au pluriel ^. Là-Dessus nous sommes réduit à de simples conjectures et dispensé d'en proposer aucune, si nous ne pouvons la rendre au moins vraisemblable. Mais, en pareil cas, il est difficile de se résigner abso-

' s. Petit, De Legiliu atticis, V, vu, * Voir les discours 3, ^, 7, 16, a4t at),

p. 5ag, 53o, éd. Wesseling. 3i deLy«ias.

lument, même devant l'impossible. Essayons donc de résoudre tant bien que mal la difficulté.

D'abord, en se plaçant au point le plus obscur de cette malheureuse afiPaire, je veux dire au moment où l'argent passa des mains d'Harpalus entre celles d'un officier public d'Athènes, pour être sans doute séquestré dans le trésor de Minerve, au Parthénon, on peut admettre que Démoslhène demandait une exacte justification du dépôt et de la quotité des sommes déposées : d'où elles étaient apportées; qui les avait remises au magistrat dépositaire; comment on les avait remises; etc.. . . Ce genre de dépôt ne pouvait être réglé d'avance avec la même précision que les autres actes de l'administration financière d'Athènes, qui nous sont attestés assez exactement par un grand nombre de textes officiels, pour les offrandes que conservaient les trésoriers de Minerve [Tafilai t&v iep&v )(^prt(idTa)v Tfi$ kdvvàs^). 11 pouvait, dans la présente affaire, n'offrir pas les mêmes garanties d'exactitude et de bonne foi. Mais, à ce moment du procès, le Sénat n'était pas encore intervenu, au moins le Sénat de l'Aréopage, qui paraît seul ici en question, et l'on ne voit pas quel compte Démoslhène pouvait exiger de cette compagnie; c'est plus tard seulement qu'elle intervient, et bien malgré elle, sur l'ordre formel du peuple athénien, comme Hypéride l'atteste. (Fragm. io4i MûUer; — p. 33, Bab.) D'ailleurs les mots tIs fiv à Sovs ne semblent guère s'appliquer

' C*est le titre qu*ils portent dans la pièce reproduite au numéro 1 5o du Corpus, Cf. surtout n** 76 (n* 53 des Elementa epigraphices grœcœ de Franz, et n* 118 des Antiquités helléniques, de Rangabé).

Barthélémy a le premier commenté (mémoire publié en 179a) une importante inscription de ce genre, celle qui porte le numéro 1^7 dans le Corpus, que M. Bœckb

a ensuite et plus sûrement expliquée dans son Economie publique des Athéniens (t. U, p. a et suiv.de la 2* édition; Berlin, i85i]. M. A. Kirchhoff a complété Tétude de ce sujet dans un mémoire intitulé : Bemerkungen zu den Urkunden der Schatzmeister der andem Gôtter (raiiiai râv SlXXùiv ^sùjv), Berlin, i864, in-4*- Extrait des Mémoires de TAcadémie de Berlin.

à un dépôt II s'agirait donc plutôt, selon nous, d'une somme donnée au Sénat ou à quelque officier placé sous sa responsabilité. Or, ne fût-ce quà titre de cour suprême de justice, le . Sénat ne pouvait pas fonctionner sans quelques dépenses, que devait payer le trésor public. Surtout dans les affaires complexes, comme celle d'Harpalus, où tant d'orateurs étaient accusés de corruption , le Sénat n'exécutait pas sans frais l'instruction dont le peuple l'avait chargé; il devait avoir pour cela un crédit ouvert au trésor public, quelque chose comme des fonds secrets. Plutarque atteste que Périclès avait, au moins une fois dans le cours de sa longue administration, usé d'un crédit semblable ^ On pouvait donc rétorquer contre le Sénat la simplicité commode de son arrêt, et lui dire : « Vous avez payé «les frais de l'instruction, salarié des agents, de prétendus tc- « moins, pour éclairer vos consciences. Eh bien, je vous somme, « à mon tour, de dire de qui et comment vous avez reçu cet « argent, et quel usage vous en avez fait. Qui sait s'il n'a pas « servi à suborner contre moi de faux témoins? » etc. La manœuvre, que d'ailleurs exagère Hypéride, dans l'intérêt de sa cause, la manœuvre était hardie sans doute et peu respectueuse envers ce grave Sénat de l'Aréopage; mais, pour sauver sa vie, Démosthène n'avait plus le choix des moyens et des instruments. En déclarant d'avance (et cela sans qu'on puisse voir dans sa déclaration une simple hyperbole, une figure de rhé-

* Vie de Périclès, c xxiii : ToO II«pix^ovç èv T& T^ff (/Ipanrjyiaç dhroXoytafi^ ^éxa ToXàvTûnf àvàXtûyiOL ypà^pavroç dvtfXcih' yiàvcjv elç rà héov, à ^ffiioç cttfeZéScno (ud)

^ov. Ce n*était pas un usage ; mais Texception même a pu se renouveler dans quelque occasion extraordinaire, lelle que Fragments d'Hypéride.

fut Taffaire d'Harpalus. Si Ton remarquait que, dans tiç ^ d Mts, le verbe Môpat semble indiquer un don, nous répondrions que le mol dnro^iUvai se trouve dans le numéro 147 du Corpus, pour désigner* la restitution à Minerve des sommes avancées par ses trésoriers; ceux-ci les avaient donc données.

torique ^), en déclarant formellement qu il acceptait le verdict du Sénat, le grand orateur avait trop préjugé ou de son innocence ou bien de son audace. Pris au piège, il s'en dégage avec les armes du désespoir. Après tout, nous ne le trouvons ni plus scrupuleux ni plus charitable dans son éloquente invective Sur la Couronne, surtout dans cette page, d'une ironie sans pitié, où il écrase Escbine, le prolétaire, le fils d'une pauvre marchande, par le contraste de sa propre naissance, de son éducation, de sa vie d'opulent aristocrate^. C'est là de l'esprit, c'est de l'éloquence au premier chef, et pourtant on n'y applaudit qu'avec un serrement de cœur, car on sent que la passion n'excuse pas tout ce qu'elle inspire.

Au reste Hypéride, comme Eschine, luttait de talent et de finesse avec cet incomparable jouteur, et quel dommage que, en si beau chemin, nous perdions le fil de son argumentation ! Après une lacune dont nous ne pouvons apprécier l'étendue, l'orateur développait cette idée, que les accusés, en restituant l'argent reçu auraient pu espérer quelque indulgence, mais que, s'ils s'obstinent à garder les présents d'Harpalus, la justice doit avoir son cours : « [Quelques-uns ont profité de l'im-

« munité en restituant l'argent reçu ] et ils ont fait pro-

« clamer la chose parle héraut^. Mais ceux-ci (Démosthène et « consorts), au lieu d'échapper au châtiment par la restitution «des sommes reçues, ont fait décréter contre eux-mêmes une « instruction. Or, que faire à des gens coupables de s'être laissé «corrompre et qui ne veulent pas restituer, quand, à ce prix.

' C'est par une cle ces hyperboles que * Sur h Coaronne , S$ a 56 et suiv.

Oiriarque dit, $ 5i : Kàv ^ ravra àXtfSf^, * Kai [K7f]pMyiia iar«p[i roÙT]wf èvotii-

évoôviiaxêw itoifiàç €1(11. On sent bien là rraro. Après quoi, il faut évidemment un

que Torateur ne voudrait pas être prb au point, et non pas une virgule, comme porle

mol. l'édition de Mû lier.

« on leur offre le salutP Fâut-il les absoudre? Vraiment, juges, « il serait honteux que des crimes personnels compromissent « ainsi la sûreté de TÉtat. Vos suffrages ne sauraient renvoyer

« absous [ceux qui n ont pas craint de se vendre] » (i 06 B,

Mûller; — p. 3o, Bab.^)

Ici Dinarque nous fournit à propos (88 54 à 69) quelquesuns des arguments de la défense. Il n'était pas sans exemple que les déclarations de TAréopage fussent infirmées par le jugement du peuple assemblé en un tribunal, et le tribunal, en ces sortes d'affaires, devait se sentir (Fautant plus autorisé qu il renfermait un grand nombre de citoyens^. Démosthène avait soin de citer plusieurs de ces exemples. Mais, répliquait-on, cela ne voulait pas dire que l'Aréopage se fût trompé; seulement le peuple, usant de son droit souverain, avait absous par indulgence. D'ailleurs, il n'avait pardonné ainsi que pour des fautes relativement légères; ce n'était pas le cas d'un procès comme celui des prétendus amis d'Harpalus, où les plus graves intérêts d'Athènes étaient en jeu. Nous comprenons ainsi les lignes suivantes de notre Hypéride : « Ne croyez • pas qu'il s'agisse d'un médiocre péril. Il est évident, en effet, « que les ennemis de la Grèce réduisent par la force les pe- « tites villes, et les grandes en y achetant à prix d'or les prin- « cipaux citoyens ; que Philippe n'est devenu si puissant que pour «avoir distribué beaucoup d'argent, dans le Péloponèse, en « Thessalie, dans le reste de la Grèce , aux magistrats et à ceux «qui mènent le peuple. » (107, Mûller; — p. 67, Bah.) Lac-

^ O^ yip é[o7i]v iiidç [ro]{nûnf [diro]^- lettre se Ht encore dans le fac-similé, à la

(pi<ra[7]$ai , luf. Après quoi, je suppose fin de la ligne a 3.

que les lettres eÇa, qu*on lit au-dessous * Dinarque, Contre Démoithène, S 52,

de fii^, pouvaient faire partie d'une fin de atteste que le tribunal, pour une afiaire

phrase comme : [àHvrftràineùv h]éÇa[(j$au à*eUToeyy€Xiat se composait de a,5oo ci*

vap' kpnéXov ;^pi^fiaT]a. Cette dernière toyens.

cusé dira qu'il s'est d'abord opposé à ce qu'on reçût Harpalus; « mais ne vois-tu pas, Démosthène, qu'en prétendant parler Q dans l'intérêt du peuple, tu faisais clairement les affaires « d'Alexandre? Et je crois que lu n'as pas agi autrement au « sujet des Thébains et des autres peuples. » ( 1 08 A, Mûller; — p. 34, Bab.^)

Harpalus une fois introduit dans Athènes, l'accusé a obtenu qu'on le mît en prison, mesure patriotique en apparence, et qui pourtant a tourné contre l'intérêt public. Car Harpalus avait amené avec lui une armée de mercenaires, dont les Athéniens auraient pu tirer profit pour leur propre indépendance. En séparant cette armée du chef qui la payait, l'emprisonnement d'Harpalus en amenait la dispersion et privait Athènes d'une ressource précieuse. (108 AetB, Mûller; — p. 34, 36, Bab.) A cela se rattachait l'intervention, demeurée fort obscure pour nous, d'un certain Nicanor de Stagire, ambassadeur d'Alexandre, au sujet du retour des exilés dans leur patrie^. «Tous ces avantages, reprend Hypéride, lu nous les a «ravis par ton décret; en faisant saisir Harpalus, tu as fait « que tous les mercenaires ont député vers Alexandre^, n'ayant

' Je transcris , au moins à iilre de conjecture digne d'attenlion , les suppléments de Babington pour les lignes 1 1 et suiv.

de cette colonne, où il est, d*ail leurs, difficile de croire sans réserve à l'exactitude des fac-similé d'Harr's (fig. 5, col. i"):

eh[oUTeis] So^ivra èx ri^ç [kTltxfji]s, Ôç o-avTû) [awoKrOa] 'srotrftrafié[va)'a Avra dvàp~ ir]a^a.Sur ces el<r^pai de Démosthène, Babington cite Dinarque, S 6g.

* Aux éclaircissements, d'ailleurs peu satisfaisante, des interprètes sur ce pas-

sage je ne puis ajouter que deux renseignements utiles : à ce retour des exilés dans leur patrie , par suite des ordres d'Alexandre, se rattachent deux inscriptions grecques : Tune de Mitylène (Corpus Inscr.

n* a 166, in-8', p. 98-100); l'autre est un décret des Sauiiens , publié par M. Stamatiadis , dans la Chrysallis /]0\XTnd\ atliéoien ,

t. IV, 1866, p. 154.

' Lignes 5-6 , au lieu d<.' (X6Ta[€aA]^^ai , Babington lit, comme avait lu Bœckh :

I9peo']€eôe0>^ai , que justiGe pleinement l'inspection du fac-similé d'Harris , fig. 5,

upas d*autre ressource. Les satrapes aussi, qui avaient Tœil «sur cette petite armée, avec les moyens dont ils disposaient «d'ailleurs en hommes et en soldats, ont tous été empêchés « de faire défection, grâce à l'arrestation d'Harpalus. » (108 C, MûUer; — p. 87, Bab.)

Ainsi Démosthène jouait de malheur. Il avait voulu détourner ses compatriotes de donner refuge au trésorier infidèle d'Alexandre , et il se trouve que l'intérêt d'Athènes étaît plutôt de favoriser un voleur et un traître. Dans ce désarroi de sa politique, l'orateur s'était vu forcé de recourir à d'indignes alliances, appelant à lui de misérables débauchés, qu'il avait jadis accablés d'injures, et faisant accorder indûment à tel et tel le titre de citoyen d'Athènes (109 A, MùUer; — p. 89, Bab.^) ; et c'est ainsi qu'il était réduit, lui le vieil atlilète de la tribune, à recevoir des leçons de jeunes orateurs, meilleurs patriotes que lui. «A ton âge, te voilà accusé de corruption par des «enfants. Au lieu de cela, il faudrait que les jeunes orateurs « allassent à votre école, et, s'ils faisaient quelque étourderie, « qu'ils en fussent repris et punis par vous. Maintenant, ce « sont les jeunes qui mettent à la raison des gens plus que «sexagénaires. Aussi, juges, votre colère est légitime contre

col. 3. Ligne 1 1 : <^épovTsç, de Babington , me semble préférable aussi à la leçon iiro8<^y]Te$ , de MûUer. Les satrapes venaient d*eux-mêmes : fxov ^époiTeç, Èxàvv9Sy que lisait Bœckh« nous donnait le même sens.

\ On rapporte, plus ou moins sûrement, à la partie perdue de celte colonne quelque» mois extraits du discours d*Hypéride par Priscien, InsUl. (framm. XVIIf , XXV; par Âtliénée, Dipnos. XI, p. 483; par Poliux, OnonKUt. VI, XXXIV, et par Athénée,

X, p. 4a4- Il faut, d'ailleurs, avouer que la place même de ces quatre colonnes consécutives, qui forment chez Mùller les fragments log A, B, C et D, est fort douteuse. En tout cas , je compléterais volontiers ainsi la restitution de MûUer, 109 A , lignes aa-'i4 : Oitiévore yàp, oïfiat, [xpeit1o<Tt]v (ce v est visible dans le facsimilé) ctÙT&v fie[réaTat, xai] elxàrojs (^l- [iovç] To^s dm Etip^ov [x^]'nrra{, ef tài.

Babington lit ensuite, mais avec hésitation , le mot infù^\pyl9s.

R ce Démosthène, à qui vous avez donné assez de gloire et de « richesses, et qui , aujourd'hui y sur le seuil de la vieillesse ...» {109 B et C, Millier; — p- 4i et 4^ , Bab.) Une déchirure du manuscrit nous arrête encore au milieu de ce mouvement d'éloquence. Nous en avons du moins le sens général et nous voyons où il doit aboutir. L'orateur va montrer que Démosthène n'est pas un coupable ordinaire : « Autre est la faute « d'un simple citoyen qui a reçu de l'argent d'Harpalus, autre « celle des orateurs et des stratèges. Pourquoi? C'est que, chez «de simples citoyens, Harpalus l'a mis en dépôt, tandis que « les stratèges et les orateurs le gardent pour eux. » ( 1 10 A,

Mûller; — p. 22 et 47» Bab.) «Corameje l'ai déjà dit dans

« l'assemblée du peuple, vous accordez volontiers, juges, que « les stratèges et les orateurs fassent beaucoup de profits, non « pas que la loi le permette, mais par un simple effet de votre « indulgence et de votre bonté; mais c'est au moins sous une « réserve, à savoir que l'argent reçu le sera pour défendre et « non pour trahir l'intérêt public. Or Démosthène et Démade, « par les seuls décrets et collations de proxénie, se sont fait, je « crois, chacun plus de soixante talents \ sans compter l'argent «du roi (de Perse?) et celui d* Alexandre. Et pourtant ni l'un « ni l'autre profit ne les aura satisfaits s'ils ne reçoivent encore « de l'argent pour perdre la république elle-même. Après cela, «n'ont-ils pas mérité d'être punis? Quand un pauvre citoyen « commet quelque méprise ou négligence dans l'exercice d'une «charge, couvert des flots de leur éloquence devant un tri- « bunal, il sera mis à mort ou exilé; et eux, après tant de mé- « faits, ils échapperaient au châtiment I Le pauvre Conon, du

' Je lis aOT«3v ^cxa éf^ovcn, sans mé- lettres. Mais iXkatv et iroerôv, qu*on a connaître qQ*entre 1*a et le r de a^éôv le proposés , me semblent tout à fait inadmanuscrit offre peat-ètre la place de deux missibles.

« bourg de Péania, pour avoir reçu, au lieu de son fils absent, « cinq drachmes sur le Theoricon (ou fonds des jeux publics), «s'est vu condamné, grâce à eux, par le tribunal, à un talent « d'amende; et Aristomaque, épistatc de l'Académie, pour avoir «transporté de la palestre dans son jardin, qui n'était pas « loin de là , une bôche dont il s'était servi. . . » (i i o B et C , Millier; — p. 2 3, 49, 24 et 5i, Bab.) Ici encore le texte nous fait défaut, et cela au milieu d'un exemple qu'il nous est impossible de compléter. Des deux colonnes suivantes il ne reste pas une ligne intacte. Nous ressaisissons le fil du raisonnement à l'endroit où l'accusateur opposait à la prétendue vénalité d'un Démadc ou d'un Démosthène la vertu des orateurs que le peuple avait plusieurs fois honorés de ses récompenses et qui lui devaient en retour la fidélité de leur dévouement. « Privé « de sa couronne par la fortune, le peuple n'a pas voulu nous « enlever celle qu'il nous avait décernée. Aussi , quand il s'est « conduit de la sorte à notre égard, nous lui devons toute es- « pèce de service, jusqu'au sacrifice de notre vie. » (1 1 1 B, Millier; — p. 11, Bab.) Démosthène, au contraire, avait bien mal récompensé le peuple des honneurs qu'il en avait reçus. L'inconséquence de sa conduite est égale à son talent : « Tu n'as « pas cessé de montrer ton éloquence, et alors que tu deman- « dais^ que le Sénat déclarât les détenteurs de l'or (d'Harpalus), «bataillant et faisant tapage pour éluder l'instruction; puis, «quand le Sénat ajournait sa décision, parce que, disait-il, on •4i'avait pas encore trouvé les coupables, proposant alers au « peuple de mettre Alexandre à côté de Jupiter et de Neptune^. »

' Çtov (imparfait â*alréofi(tt,ahovfJL(u) raît pas dû admettre Westermanii . danb

[Babington]. ce qui est certainement la son Lexique cité p1u> haut, au mol A/r^en. leçon du manu>criL 670V, dans'Mùller, * Accus ilion qui se retrouve dans CM-

n'est qu*une erreur de lecture, que n'au- iiarque, S 43.

— ÛO —

(i 1 1 C, Mûller; — p. i q, Bab.) Sans doute, comme Findiquent encore les débris delà colonne suivante, il s agissait ici d'une «statue d'Alexandre» à placer dans un temple de ces deux divinités, (m D, Mûller; — p. i4» Bab.) On croit distinguer ensuite (lia, Mûller; — p. 53, Bab.) que Démosthène sobs^ tinanl à rappeler ses anciens services, Hypéride demande ce qui reste à faire au peuple, s'il faut que sa justice s'arrête devant les souvenirs du passé.

Ici le fragment 1 1 3 de l'édition Mûller (n** xxi des fac-similé d'Harris, page Sg dans Babington) est précisément celui qui se rattache à notre troisième fragment inédit, et je ne vois pas de raison pour ne pas maintenir en cette place le morceau ainsi augmenté. L'appel qui vient d'être fait à la justice du peuple nous ramène naturellement aux efforts de Démosthène pour la conjurer. On lui répète, non sans apparence de raison, qu'il avait conclu avec ses concitoyens une sorte de convention, quMl ne peut accuser ses ennemis d'avoir profité des décrets rédigés par lui-même, adoptés sur sa proposition : il était bien victime de ses propres actes; il l'était aussi de ses aveux, puisqu'il reconnaissait que le peuple n'avait pas reçu les vingt talents. On peut, en cet endroit, comprendre et mettre en français à peu près ce qui suit du texte : « Ni cette «affaire, certes, ne retombe sur Démosthène seul dans cette «ville, si les lois sont en vigueur qui ordonnent de ratifier a toute convention qu'un citoyen a faite contre lui-même ^ ni «les décrets du peuple d'après lesquels vous avez juré de • porter votre suffrage. Et ces décrets, ce n'est aucun des en- « nemis de Démosthène qui les a proposés, c'est lui-même, et « le peuple les a .votés sur la demande de cet homme, non pas

' Dinarqoe, S 61 : Kai ^pa^of xarà <ra\nov rà rfnjÇurfia. (Cf. SS 63 et 83.)

« volontairement [décrets qui sont aujourd'hui la perle de «celui qui les a provoqués].» Après une lacune de treize lignes, dont cinq au bas de la première colonne et huit en haut de la seconde, Toraleur continue : «Ce n'est donc pas, «ô Démosthène, le peuple qui a reçu les vingt talents pour « un usage public et d'une façon légale. Tu n'as pas nié les «avoir reçus, et au décret tu as ajoulé une sommation, en «remettant l'affaire à la décision du peuple, sur la somme «qui faisait l'objet des griefs mentionnés contre toi devant « le Sénat de l'Aréopage. »

Nous avons peine à comprendre ces derniers mots de la seconde colonne ; Démosthène y semble accusé devant le Sénat (a/iiai; êcyes èirl rff |3ovXr?) au sujet des vingt talents, quand ailleurs toute la tactique d'Hypéride semble être de placer l'Aréopage en dehors et au-dessus de toute contestation juridique avec les coupables désignés dans sa déclaration. Mais peut-être n'est-ce là qu'une façon de parler; peut-être s'agit-il simplement, comme dans le reste du discours, de l'instruction accomplie par l'Aréopage contre les citoyens que signalait la défiance publique.

Nous approchons de la péroraison. Dans le fragment 1 1 4 BC de l'édition MûUer (p. 63, 64,Bab.) on voit signalés : i® ce rôle de finstruction préalable; 2** celui des accusateurs patriotes chargés « d'accuser devant le tribunal et de démasquer « les citoyens coupables de s'être laisse corrompre contre leur «patrie;» 3"* le devoir du peuple, qui tient entre ses mains le sort des coupables et de qui il dépend de faire triompher la justice et la loi.

A propos des orateurs qui soutiennent l'accusation, je remarque, en passant, une certaine analogie entre le fragment 1 14 B et le fragment 1 1 1 B, que nous analysions plus

Fragments d'Hypéride. 6

haut. On serait tenlé, à première vue*, de rattacher ces deux morceaux Tun à l'autre comme faisant partie d*un même développement. Mais Tiaspection des fac-similé nous montre qu'il est impossible de les rapprocher. En effet les quatre fragments rangés sous le n° m (A, B, C, D) sont les têtes de quatre colonnes qui se tiennent encore, et le fragment 1 14 B est aussi une tête de colonne, rattachée à une autre qui fait évidemment partie de la péroraison.

De même, j'avais songé un moment à rattacher directement l'un à l'autre le premier et le second de nos nouveaux fragments. En effet, le premier contient les treize premières lignes d'une colonne, le second, les quatorze dernières d'une autre colonne : total, ving-sept lignes, auxquelles il n'en manque qu'une pour compléter le nombre ordinaire de vingt-huit lignes dans chaque colonne de notre manuscrit. Or, entre les deux fragments dont il s'agit les idées se rejoignent si facilement, qu'en insérant une ligne comme serait Sr)(io§ • crv S' aù- 70V èaiç (ou èas sans i adscrit), on a le raisonnement fort acceptable que voici : a Qui t'a accusé, Démosthène? Le « [peuple. Or tu négliges le peuple] et tu calomnies le Sé- « nal, » etc. Mais un indice tout matériel réfute celte conjecture, si séduisante en apparence. Déjà le recto des deux feuillets mutilés laisse soupçonner qu'ils n'appartiennent pas à la même colonne du papyrus; le verso montre plUs clairement encore des différences de teinte qui seraient fort difficiles à expliquer si nous avions là deux débris d'une même page. Comme la conjecture pourrait venir à l'esprit de quelque autre critique, j'ai cru devoir dire ici pourquoi elle me semble inadmissible.

C'est l'occasion naturelle de faire observer au lecteur que l'ordre des idées n'était peut-être pas très*rigoureux chez Hy-

péride. Comme son rival Démosthène, cet orateur aimait à revenir plusieurs fois sur le même argument. On aurait doue tort de vouloir déterminer uniquement par des raisons intrinsèques la disposition des morceaux, souvent détachés, que nous conservent des rouleaux en aussi mauvais état que celui de Thèbes. Au reste, si le discours d*Hypéride pèche par défaut d'ordre, ce défaut est bien plus sensible encore dans le discours de Dinarque. Il est juste d'en faire la remarque à la décharge de l'écrivain que les anciens critiques plaçaient si près de Démosthène.

Après ces observations., nous n'avons plus qu'à parler de la fin du discours d'Hypéride, Celui de Dinarque, comme beaucoup d'autres discours des orateurs attiques, n a pas, à vrai dire, de péroraison ^ Il se termine simplement par ces graves paroles : «Pour moi, j'ai soutenu l'accusation selon la part qui m'en « revient, négligeant toute chose autre que la justice et votre « intérêt. Je n'ai pas déserté ma patrie; je n'ai pas mis la faveur « avant le devoir que me confiaient vos suffrages. Vous priant « d'en être persuadés comme je le suis, je passe la parole (mot « à mot «je transmets l'eau », la clepsydre) aux autres accusa- « teurs. » La péroraison d'Hypéride paraît avoir été plus longue et d'un ton plus oratoire. Il y exposait les conséquences qu'entraînerait pour Athènes l'acquittement des accusés : « Il vous « convient à vous, considérant cette ville et les avantages que a son territoire offre à tous et à chacun, considérant aussi les « sépultures de vos ancêtres, de punir les coupables dans l'in- « térêt de l'État tout entier, de ne pas admettre les suppli- « cations de ceux qui, pour de l'argent, ont trahi leur patrie « et les lois. Ne vous laissez pas non plus arrêter par les larmes

^ Quindlien, Instit Orat. X, i, 107 : lel fortasse epOogos civitatis mos abstu- ■ lerît. »

a d'Hagnonide (démagogue, peu connu d'ailleurs, qui était «enveloppé dans celte accusation), et réfléchissez que, si des « malheurs accidentels [sont dignes de pitié], cet homme n'a « vraiment pas le droit de [vous apitoyer par des prières^]. De •« même que les sots pleurent une fois qu'ils ont mis le pied « sur la planche du navire ^ quand ils étaient libres de ne pas « même y monter; ainsi Hagnonide, ainsi Démostliène, pour- « quoi viendrait-il pleurer ici? Il n'avait qu'à ne pas prendre «l'argent d'Harpalus. » (ii4 C, D, Mûller; — p. 60, 65 et 61, Bab.) Il semble manquer seulement quelques lignes à cette conclusion. On peut le croire du moins d'après la fin du discours Pour Euxénippe, qui nous est parvenu intact, et qui se termine par ces mots : «Je t'ai défendu de mon mieux, Euxé- « nippe. Il ne reste plus qu'à implorer les juges, à faire venir « tes amis et à faire monter ici tes enfants. » Nous connaissons, par maint autre exemple et par une parodie d'Aristophane^, cet appel final à l'humanité des juges. Seulement, tandis que, faisant office de défenseur, Hypéride devait invoquer la compassion des juges, comme accusateur, il écarte, on le voit, ce moyen, et cela en termes assez durs. C'est l'éternelle contradiction où étaient entraînés les locjographes athéniens, comme le sont aujourd'hui les avocats^. Tout dépend, à cet égard, de

' ïxerevcûv remplit mieux qu*ôSvp6(uievos la lacune du manuscrit.

^ Au lieu de : Ù<nrep xcd ol X[Yf<Tlaï\ ol èvi rov Tpo\)(pv HXai\oines, è^dv axnots fiïf èiiÊalve[tv eU] rà ^aXotov, je lis avec quelque conûance : dkrîtep ol â[v6rfT]ot èiri ToO Tpo[irot>, x.T.e. et j*ai traduit sur cette restitution plus facile à justiEer par Tétat des lacunes du manuscrit, et qui donne un sens plus natureV Tpovoç, comme rpairaniipt désignant la courroie

qui attache la rame au bord du navire, peut désigner métaphoriquement ie bord même, puis le navire.

^ Guêpes, vers 976 et suivant^. Cf.. sur le même usage chez les Romains,. la lin du commentaire d*Âsconius sur le plaidoyer de Cicéron Poar Scaurus.

* Voir, dans nos Mémoires de liUéralure ancienne (Paris, 1862), le morceau intitulé : iSi les Athéniens ont connu h profession d'avocat.

rir

la cause qu ils soutiennent. Bijen des choses ont changé depuis deux mille ans; celle-là, selon la triste réflexion de Thucydide, durera sans doute autant que la nature et le cœur hupiains, qui ne changent pas*. Nos avocats toutefois (je l'ai remarqué ailleurs et je suis amené à le répéter ici)» nos avocats n'ont pas la même liberté pour se contredire que les logograplies athéniens. Ils parlent en face d'un tribunal pour leur client et contre leur adversaire; ils ne restent pas dans l'ombre où restait le plus souvent l'orateur grec, rédigeant pour la partie le discours que celle-ci devait prononcer devant le juge. Ce changement des usages judiciaires n'a pas été sans quelque profit pour la morale, et nous pouvons nous en applaudir.

En résumé, les textes nouveaux que j'ai le bonheur de livrer au public comblent quelques lacunes d'un discours mémorable, qu'on a pu croire perdu pour jamais, qui reparaît enfin, bien mutilé, mais appréciable encore pour le dessin général de l'argumentation et pour les qualités du style. A tous égards ce discours était digne d'Hypéride. Peut-être au fond n était-il pas plus concluant que celui de Dinarque, et nous en sommes heureux pour la mémoire de Démosthène; mais il est d'un tour plus éloquent, d'un atticisme plus délicat. 11 apporte quelques faits nouveaux à l'histoire d'un procès qui, vraisemblablement, restera toujours couvert d'obscurité, comme l'affaire de la mutilation des Hermès par Alcibiade^, comme tant d'autres afiPaires politiques, où la passion populaire cherche au hasard des victimes et, le plus souvent, ne rencontre pas les vrais coupables. Surtout, ce discours nous rend quelques pages,

' in, s Lxxxii : Viyvàfisva fiàv xal ieï Diodore de Sicile, Xill, ii. — Plularque,

èfTÔiieva ëù)ç àv i/j aùnif ^9iç dvOpùmcov ^, Vie d'Alcibiade, c. xix, xx. — Cf. A. Na-

* Thucydide , VI . xxvii , xxviii , lui , lx. ber. De fide Andocidis orationis De Myste-

— A ndocide, discours Sur les Mystères. — riis (Lugd. B^tav. i85o).

quelques lignes, qui complètent pour nous Vimâge d'un grand talent oratoire. On regrette que deux orateurs éminents, deux patriotes également sincères, comme le furent Hypéride et Démosthène, se soient trouvés, un jour, de mortels adversaires, en une cause où il semble que, de part et d'autre, chacun eut des torts plus ou moins graves à se reprocher. Mais, de même que, dans une guerre injuste, on se plaît, néanmoins, au spectacle des beaux faits d'armes qui honorent les soldats des deux partis; ainsi, dans cette lutte éloquente, que se livraient deux hommes de génie, sur les ruines de la liberté athénienne, on se laisse aller au plaisir de voir l'habileté des coups qu'ils se portent et l'éclatant courage qui anime ces talents rivaux.

fcf *

Page 1