IX. V
Les restes de trois lignes, où Ton distingue un e à la première, et la fin du mot \6\yov à la seconde. (N"" VL)
Les restes de deux lignes qui finissaient une colonne et dont la dernière laisse voir sans interruption les lettres vov éiri TO. (N° VIL)
Deux lignes qui appartenaient au corps d'une colonne et où Ton distingue (n"" VIII) :
A«xa et ^ixa(7, écrits l'un au-dessous de l'autre et commençant deux lignes qui , elles-mêmes , commençaient une colonne. (N« IX.)
Deux autres petits fragments d'où il est impossible de rien tirer. (N- X et XL)
Un morceau (n*" XII) où figurait, isolé à dessein , le mot iTjirepeiSov^ avec une barre horizontale au-dessus et au-dessous de la dernière lettre; on distingue aussi une barre au-dessus
(fireslau, i838), avec les additions re- nombre des exemples aujourd'hui connus
cueillies , par le même auteur, dans un pro- de Tusage en question. M. Ritschl a encore
gramme de TUniversité de Bonn , i84o- enrichi ce recueil dans ses Opuscala philo-
iSt^ij additions qui portent à ii6 le /o^ica (Lipsiae, i866), 1. 1, n"** 2, 3 et A»
de la première lettre, lettre qui a disparu aujourd'hui. Nous verrons plus bas l'importance de ce fragment, quand, ayant fini l'inventaire des moindres parcelles de notre petit trésor, nous les examinerons en détail. Ajoutons seulement, avant de commencer cet examen, que le rouleau formé par les Arabes contenait aussi quelques lambeaux de ces papiers d'affaires, si communs dans les sarcophages grecs de l'Egypte, où ils servent souvent d'enveloppe et presque de bourre. Les lambeaux que nous avons recueillis à côté des pages d'Hypéride n'offrent que d'informes restes d'une écriture à peu près illisible. En tout cas, nous n'avons point à nous en occuper ici.
A comparer nos divers fragments avec les fac-similé de M. Harris, on se convainc sans peine qu'ils proviennent dti même manuscrit, misérablement défiguré par les injures du temps, peut-être aussi par la maladroite cupidité des fellahs, qui déchirent volontiers les rouleaux de papyrus antiques, pour en tirer par la vente un plus grand profit. La couleur et la qualité du papier, les caractères de l'écriture, suffiraient seuls à démontrer cette provenance commune, même si un heureux hasard ne nous permettait pas de compléter par le xxi* fragment de M. Harris onze lignes dont la fin se retrouve à la seconde colonne de notre troisième fragment. Un fac-similé complet de ces onze lignes, joint au présent mémoire, achèvera de mettre la chose en parfaite évidence.
D'un autre côté, si, en publiant ses fac-similé, M. Harris, qui n'y avait pas trouvé le nom d'Hypéride, n'osait pas placer ce nom en tête du discours Contre Démosthène; s'il se contentait de l'indiquer modestement dans une note préliminaire, les érudits de profession , comme M. Bœckh et M. Sauppe, n'avaient pas hésité à faire cette restitution, car ils avaient retrouvé dans les fragments d'Harris jusqu'à six passages que des gram-
Fragments d'Hypéride. 2
mairiens ou des rhéteurs citent sous le nom d'Hypéride, Cette preuve ne nous manque pas non plus pour les fragments nouveaux, puisque le second se retrouve en partie dans un fragment que le rhéteur Alexandre emprunte formellement au discours dHypéride sur Démosthène, pour faire comprendre la figure de pensée que les Grecs uommentSia(Tvpfi6ç. Un indice plus subtil, mais non moins frappant, ressort des lignes 9 et jo (colonne de gauche) de notre troisième fragment, où j'ai restitué le 6 entre 5<a et i^rai, deux parties d'un même mot, jSiadtfTM, auquel l'inspection du manuscrit ne permet pas de supposer qu'il manque plus d'une lettre. Or le Lexique d'Harpocration, au mot ^iddecris, atteste que l'aoriste Stadécfdai se lisait, comme synonyme de (TwOécrOai, dans le discours d'Hypéri de contre Démosthène. Il s'y retrouve, en efiet, après notre facile restitution.
Voilà déjà des preuves dune identité incontestable. Nous lisons donc désormais sans surprise, sur le dernier de nos fragments, le nom à peine altéré du célèbre orateur, YjnePei- AOY. Mais cette mention, si elle était, à quelques égards, superflue, ne manque pas pour cela d'intérêt. Car, écrit ainsi au génitif et, comme on dirait aujourd'hui, en vedette, avec les petites barres que nous avons signalées, le mot iTTrepelSov était peut-être le titre général du rouleau qui contenait le discours Contre Démosthène, réuni aux deux plaidoyers Pour Euxénippe et Pour Lycophron, En effet, les copies que l'on a retrouvées de ces deux derniers discours sont toutes deux de la même main , et l'on peut ajouter qu'elles sont de la main même à qui Ton doit celle du discours Contre Démosthène, puisque M. Harris avait, sans le savoir, publié, dès 1 848 , sous les numéros IX, XIII et xvii, trois fragments qu'il attribuait, comme les autres, à ce discours, et qui se trouvent appartenir à la première
partie, aujourdMiui perdue, de la défense de Lycophron : il fallait pour cela que rien, ni dans l'écriture, ni dans la couleur du papier, ne l'avertît d'une provenance diflFérente; et, à vrai dire, la seule différence est peut-être dans l'épaisseur des traits de l'écriture', qui s'explique par un simple changement deçàlame. Or ni le titre initial 1Cnèp Eùlet^/irirov elaayyeXlaç âno- \oyla ^pos noXrievxTOj;, ni le titre final, qui reproduit ces cinq mots, ne nous offrent le nom d'Hypcride. Il se trouvait donc probablement, comme titre général, sur le dos d'un seul et même rouleau contenant au moins les trois discours dont nous parlons, mais qui n'est pas, on va le voir, le rouleau contenant V Oraison funèbre , rouleau rapporté, comme les précédents, des environs de Thèbes, en i856, par M, Stobart, et publié, pour la première fois, à Cambridge, par M. Babington, en i858, et plusieurs fois réimprimé depuis'.
Le rouleau dont tant de débris se sont successivement rapprochés, et s'augmentent aujourd'hui par l'heureuse acquisition de M. Chasles, était d'assez bonne condition, au moins en apparence. Le papier, de belle qualité; les marges supérieures et inférieures, hautes de 7 à 8 centimètres; l'espace entre les colonnes, large de 2 centimètres ou environ; l'écriture tracée d'une main ferme, quoiqu'un peu rapide, avec un excellent calame : tout le distingue du rouleau qui contient YOraison funèbre. Des* deux côtés, c'est l'écriture qu'on pourrait appeler, je crois, l'onciale de commerce. Mais , dans notre papyrus, elle a une certaine élégance; dans Y Oraison funèbre, elle est à la fois
' La dernière édition est celle qui a cA^Io^ifiia, septembre et décembre 1 865*
pour titre : Recension nouvelle da texte de et janvier 1 866.J L'éditeur indique avec
rOraison funèbre d'Hypétide et examen de soin, dans lin appendice, p. 42-43, tous
Véiition de M. Comparetti, par H. GilGaux. les travaux auxquels fÈvefépioe a doiiné
Paris , 1 866 , in-8'. ( Extrait de la Revue or- lieu.
lourde et plus carrée, sans espace entre les colonnes, qui ne sont guère séparées Tune de l'autre que par un doublç trait à l'encre; le papier est de mauvaise qualité. On y reconnaît sans peine un de ces livres à bon marché que des libraires sans conscience publiaient, à l'usage des lecteurs peu exigeants. Au contraire, si notre manuscrit ne peut être comparé, pour la netteté de l'écriture, au Traité de dialeclicjae dont les fragments sont un des trésors du Musée du Louvre ^ du moins la finesse du papier et la grandeur des marges permettent d'y voir un livre de prix moyen, fait pour les bibliothèques des lettrés. Et cependant il s'en faut de beaucoup que la correction du texte réponde à l'idée qu'une première vue fait naître. Sans chercher nos exemples en dehors des lignes que nous publions, on s'étonne d'y lire (m* fragment, colonne de droite, ligne i3) T77 OToXiTfi/a au lieu de Tiji zsoXiTeiai , avec l'iota adscrit, ce qui est d'ailleurs, en pareil cas, l'orthographe habituelle du copiste. Par une erreur contraire et plus grave, on y lit encore (ii® fragment, ligne 2 3) èy^pT^CTcoi pour ép(pi}(jûJ, à la deuxième personne de l'aoriste è')(^prj(TdfirjVj et, trois lignes plus bas, Xàyoyov pour Xàyov, sans parler de Tpai^e^eiTiKÔv pour rpaire^iT^h6v (ligne 26), faute commune alors et presque consacrée par l'usage, même sur les marbres. Ce sont là, sans doute, des étourderies de copiste; mais trois fautes pareilles en si peu d'espace témoignent d'une étrange négligence et donnent à réfléchir sur ce qu'on appelle l'autorité des manuscrits anciens.
La même réflexion nous frappera, si nous comparons avec notre papyrus le texte de la citation faite par le rhéteur Alexandre (même fragment) : en trois lignes (21, 22 et 23) nous y trouvons deux variantes importantes, sans compter le
^ Notices et extraits des matiascrits de la Bibliothèijue impériale, t. XVIII, a* partie, p. 77-109. pi. Xï de TAtlas.
mot XoL&ùv (ligne 24)9 absent dans la citation du rhéteur et que nous offre le papyrus. Chez Alexandre on lit ^vs&s au lieu de TSOVy comment au lieu d'où, et el au lieu de Ôt«, qui, luimême, est probablement une faute sur le papyrus. En efiet, le sens exige une locution înterrogative. T/, pris adverbialement, que M. Mûller a substitué à e/, peul, à la rigueur, avoir ce sens; &7i ne le saurait guère avoir. La vraie leçon paraît être efe t/, qui, écrite en lettres onciales, eiCTI, ressemble fort à eiOTI, de sorte qu'on arrive à cette leçon ete t/, eh réunissant Tune à l'autre les deux mauvaises leçons fournies, l'une par les mâ-^ nuscrits du rhéteur, l'autre par le papyrus.
Ailleurs (1*' fragment, ligne 8), le copiste, après avoir écrit yiveTaij a eu des scrupules sur ce qu'il venait d'écrire et, barrant le y initial de ce mot, il a mis au-dessus; en plus petits caractères, mais qui sont évidemment de la même main, les deux lettres xp; et ce qui rend cette correction singulière, c'est que, à la ligne 9, commence le mot xéxpirai, qui s'achève sur la ligne 10. De là une répétition assez choquante, car y/veTM s'accordait sans peine avec 'CToXXûE, que je n'ai pas craint de restituer, d'après les traits encore visibles qui subsistent des quatre dernières lettres.
Voilà bien des variantes et bien des incertitudes dans trois courts morceaux, dont la réunion ne ferait pas une page. Or, si l'on examine 1rs textes des discours sur l'affaire d'Euxénippe et sur celle de Lycophron, on n'y trouvera pas en moindre proportion les fautes de copiste, qui nous laissent souvent incertains sur la vraie leçon de l'auteur. Mais cela est plus frappant encore pour Y Oraison funèbre de Léosthène par notre Hypéride, où l'on croit par moment lire la besogne, j'ai presque dit le pensum, d'un écolier de Thèbes ou d'Alexandrie, forcé, comme les nôtres, de copier un chef-d'œuvre classique en
punition de quelque faute contre la discipline. De tels faits, qu a d'ailleurs suffisamment relevés la diligence des précédents éditeurs d'Hypéride, nous semblent de grave conséquence pour la recension critique des textes anciens. Pendant longtemps, les manuscrits qui nous ont conservé les œuvres de Tantiquité furent, tour à tour, servilement copiés ou corrigés sans méthode par les éditeurs. Ce n est guère que depuis un demisiècle qu on s'est enquis sévèrement de leur origine et de leur filiation, quon les a ramenés à des familles, et quon les a interrogés de façon à faire reluire pour nos yeux la leçon souvent cachée sous les altérations les plus diverses et les plus étranges. Les papyrus d'Herculanum, et surtout les papyrus littéraires que nous rendent, depuis quelques années, les tombeaux de Thèbes et de Memphis, apportent, sur ce sujet, à la critique, de précieux éléments de comparaison; ils justifient les plaintes de quelques auteurs anciens sur la négligence des copistes et sur celle des libraires, qui les employaient sans contrôler avec soin leur travail. Depuis Poiybe, Lucilius et Cicéron jus- ' qu aux Pères de TÉglise , ces plaintes se renouvellent de siècle en siècle. Lucilius le satirique avait écrit tout un livre De Orthographia contra imperhiam librariorum. Cicéron ne se plaignait que des copistes latins : «De latinis libris quo me vertam nescio, «ita mendose et scribuntur et veneunt,» écrit-il à son frère Quintus ^ Il semblait avoir plus de confiance dans les copistes grecs. Mais, cent ans avant lui, Poiybe, défendant Éphore contre les accusations de Timée, rejetait sur les copistes telle faute de chronologie que Timée reprochait à Éphore^; mais,
' Ad QaiiUamfratrem, Epist. UI, ?. gner quarante-deux ans et de le faire mou-
* Histoire, XII, iv. Timée reprochait à rir à soixante et treize ans; c étaient là des
Éphore de faire monter DenjsT Ancien sur erreurs de copistes. Cf. un raisonnement
le trône à vingt (rois ans, de le faire ré- analogue dans Tite-Live, XXXVIII, lt.
cinquante ans après Cicéron, Strabon nous apprend que les textes grecs étaient livrés pleins de fautes au commerce de Rome et d*Âlexandric K Plus tard, c'est le grammairien Philémon, cité par Porphyre^ qui relève de nombreuses erreurs dans les manuscrits d'Hérodote et de Thucydide ; c'est saint Justin ^, qui explique l'incorrection des vers sibyllins par la maladresse des copistes; c'est Galien^, qui signale les méprises causées par le changement de l'ortliographe; c'est Longin*^, qui, de Phénicie, écrit à Porphyre, alors habitant en Sicile, et se plaint de n'avoir sous la main ni un bon manuscrit de Plotin, ni un scribe capable de copier convenablement les écrits du célèbre philosophe. Au iv* siècle, c'est Libanius, qui fait coUationner quelques livres sacrés sur les exemplaires plus corrects qu'en possédait un de ses amis ^. Saint Jérôme, dans la préface de sa version de la Chronique d'Eusèbe, adjure ceux qui la transcriront un jour de la collationner scrupuleusement, et d'avoir
' Xlll, I, p. 608, éd. Casaubon, où, après avoir attesté les altérations du texte d*Aristote, il ajoute : 6irep xai tvl râv iX- Aftw ovyL^aivet x6sv els 'mpêUrtv ypaÇofiéiwp fiiSXiùnf xcd èvdéHz (ce»t-à-dire a Rome) xcti èv kXe^avipelf. Cf. les textes réunis par Cobet, HyperidU Oratio funebris (Lugduni Bat. i858). p. 26, 37.
* Chap. VIII des Qaestions komériqaes, imprimées à la suite de THomère avec les petites scholies qui portent le nom de Didjfme, notamment dans Tédition do BÂle, i54i« in-folio.
' Exhortation aux Gentils, c. xxxvii; témoignage confirmé par celui de Suidas , au mot 2/€vAAa XcMaia
* Sur les Epidémies (THippocrate , II , XLi , où il remarque que les anciens écrivaient par un seul signe la brève e et la longue rf ,
troXAi yiyop€v ifiapriffiatra r6h èyyptKipo- (lévav où xarà rifv ywbfiifv r&v ypwpévrav ri/v fieràOsaiv tôv ypa^ifiéxù^v vrotvf' aafjLévùâv, Cf., dans le même sens, une observation du scholiaste d'Euripide sur Les Phéniciennes, vers 68a.
• Fragment VI , lettre à Porphyre , conservée par ce dernier, dans sa Vie de Plotin, c. XIX : Tcûv yàp ypwffévrùjv totrai/ni ^vàvis èvravSa xaOéalrfKev, é&le 'aàmiL xbv xjpàvov ro^JTOv rà XetvdfUva rch DAait/ihw 'mapamtevéLiànf (làXtç a^wt» évsHpà-
rrfaa xoi xéxtTjiiau (lèv 6<rct doxs2v
tràvTûL Koi rà wv itvà aoM vefi^évra, xénrrffiat V iifureXùiç * où yàp fxrrp/ai« iiv ^trffioLpTTfiiiva.
* Lettre 63o, à son ami Celsus. Cf.
letlre 544, où il recommande le (aient d*un bon ^i€Xtoypàpoç.
surtout raltentîon de ne pas omettre sa prière même aux futurs copistes de son ouvrage ^ On pourrait multiplier les témoignages de ce genre ^ Si, de notre temps, Timprimerie n assure pas toujours une exacte reproduction des textes^, que ne devaient pas craindre les auteurs anciens? Aussi comptait-on parmi les devoirs du grammairien celui de corriger les manuscrits à Tusage de ses élèves et à Tusage du public^. Aussi arrivait- il quelquefois que des critiques imprudents prenaient sur eux de changer le texte même des ouvrages classiques, partout où ils y soupçonnaient quelque corruption. Porphyre, dans l'ouvrage cité plus haut, relève précisément une bévue de ce genre chez le critique Philémon, et déjà Quîntilien éprouve le besoin de protester contre ces hardiesses : il craint qu'on ne corrige trop souvent, pour ne l'avoir pas compris, tel passage qu'il suffisait de bien comprendre pour n'y plus voir rien à corriger ^.
^ Traduclion de saint Jérôme : « Adjuro «te, quicumque hos desciipseris lîbros.,
• per Dominum nostrum Jesum Christum et
■ ejus gloriosuiu adventum, ut conféras « quod scripseris et emendes ad exempla- .rrja ea de quibus scripseris diligenter, « et hoc adjurationis genus transcribas et
• transféras in eum oodicem quem descri- « pseris. ■ Et, à la fin de là même préface, prévoyant les attaques dont il pourra être Tobjet : « Calumniabuntur lempora , con- 'verlent ordinem, res arguent, syllabas «ventilabunt, et, quod accidere plerisque
■ solet, neglîgentiam librariorum ad auc-
■ tores réfèrent. »
' Ginsulter sur ce sujet, en général, la dissertation d*£ckhardt. De Editions librth ram apud veteres (Eisenach, 1767, in-/r), ouvrage qui , par une fatalité singulière , fourmille de fautes d'impression ; le grand
ouvrage de J. Le Clerc, Ârs critica (4* éd.
Amsterdam , 1712,3 vol. in- 1 a ) ; celui de Graefenhan, encore inachevé. Geschichte der klassischen Philologie (Bonn, i843i85o , in-8*) ; l'intéressante préface d*Hofman Peerikamp à son édition des Odes d'Horace (Harlem, i834« in-8'^). L'éminent critique F. Jacobs préparait une Diatrihe de re critica, dont il n'a publié que deux chapitres , à Gotha, à Toccasion d'un congrès de philologues allemands.
^ M. V. Le Clerc en a réuni de piquants exemples dans un article inséré au Journal des Débats du a 4 février i838.
* Voir les témoignages formels du commentateur de Denys le Thrace, dans les Anecdota Grœca , de BeLker, p. 689 et 736.
(Cf. p. 669 et 671.} C'est ce que l'on appelait ^lopâouv, itdpdù)trt$,
* Instit. Oral. IX, iv, S 39 : «Quiedam
Le conseil du judicieux rhéteur n'a rien perdu aujourd'hui de sa justesse; mais, dans la pénurie où nous sommes de copies très-anciennes et dûment autorisées, il a perdu quelque chose de son à -propos. Avouons au moins, avec Téminent grammairien et critique M. Cobet, que des manuscrits comme ceux d'Hypéride sont faits pour encourager bien des témérités ^
Il est difficile, à cet égard, de poser des principes généraux. Chaque auteur, selon le nombre, l'ancienneté, la qualité des manuscrits qui nous ont transmis ses ouvrages, veut être traité d'une façon particulière par ses éditeurs.
Quant à Hypéride, il est certain que^ dans les conditions actuelles, il aurait fait étrange figure devant les hommes de goût, si les éditeurs n'avaient montré quelque courage à rétablir par conjecture la leçon évidemment fautive des manuscrits.
Une dernière remarque, assez importante peut-être, nous est suggérée par l'inspection du rouleau dont proviennent toutes ces pages.
Non-seulement dansle discours Contre Démosthène, mais dans la partie non mutilée du plaidoyer Poar Lycophron et dans le plaidoyer, à peu près intact, Pour Euxénippe, il n'y a nulle trace des témoignages et citations de décrets, d'oracles, etc. qui abondaient dans les plaidoyers civils ou politiques des orateurs athéniens, et dont il s'est conservé dans quelques-uns une rédaction plus ou moins authentique. Ce n'est pas qu'on n'y puisse retrouver et noter les endroits où ces pièces offi-
• in veteribus libris reperta mutare impe- \ Oraison funèbre, lieu cité ci-dessus p. i5,
«ritt soient, et, dum librariorum incusarî note i. Comparez un jugement dans le
■ volunt inscitiam , suam profitentur. • même sens de G. Dindorf. ( De dialecto He-
' Commentaire critique sur le texte de roioli, p. 3, éd. de la Bibl. F. Didot]
Fragments d* Hypé ride. 3
cielles auraient été utilement citées; mais elles a y figurent plus aujourd'hui , même par leurs titres. Notre rouleau appartenait donc à une classe particulière de manuscrits qui ne contenaient pas les pièces justificatives. Or les critiques paraissent s'accorder jusqu'ici à le considérer comme de date antérieure à l'ère chrétienne; ils le supposent volontiers écrit cent ou cent vingt ans environ après la mort d'Hypéride. Si cette conjecture n'est pas trompeuse, les copistes auraient commencé de très-bonne heure à dégager les textes oratoires d'un appareil d'érudition judiciaire et historique qui semblait peu utile aux lecteurs simples hommes de goût et aux professeurs commentant ces discours dans leurs écoles.
Quoi que l'on pense à cet égard, on ne supposera pas que le discours Contre Démosthène, dont les fragments viennent de nous être rendus, fut une œuvre de rhéteur, une pure déclamation. Cette idée, qui paraît avoir traversé l'esprit de M. Harris et de M. Sharpe, ne peut soutenir un instant Fexamen. D'abord la lecture du nom d'Hypéride fournit plus qu'un indice que les trois discours ont une même origine; elle confirme l'autorité des citations, que l'on trouve dans les rhéteurs et les grammairiens, de mots et de phrases conservés dans le rouleau de papyrus. Mais, en dehors de ces preuves presque matérielles, le discours Contre Démosthène se recommande par les mêmes caractères que les deux plaidoyers Pour Lycophron et Pour Euxénippe. L'analyse que nous allons faire des raisonnements encore appréciables et la traduction des morceaux assez bien conservés pour être mis en français montreront suffisamment la logique d'un orateur sérieux, l'émotion d'un auteur contemporain des personnages qu'il met en scène et des événements qu'il raconte. On y verra surtout mainte difficulté tenant de trop près aux institutions juri-
diques et aux mœurs d'Athènes pour se retrouver sous la plume d'un élève ou même d'un professeur de rhétorique écrivant loin des réalités de l'histoire. Heureusement, les éléments de comparaison ne nous manqueraient pas pour résoudre une telle question, si elle était posée; on n'aurait qu'à rapprocher de notre Hypéride les déclamations sophistiques' qui portent le nom d'Alcidamas, de Gorgias, de Polémon, d'Aristide, etc. pour sentir là des différences sérieuses dans les pensées comme dans le style.