Mémoire sur quelques papyrus du Louvre
Les Egyptiens avaient l'habitude de déposer sur les momies un certain nombre d'amulettes, vautours, colliers, tats f , chevets Y' destinés à équiper le mort, à le garder d'accidents fâcheux, ou même à lui procurer certains avantages dans l'autre monde. Le Putuel funéraire ordonnait d'y graver une prière ou plutôt une formule magique qui donnait plus d'efficacité au charme; mais l'exiguïté des objets et la nature des substances dont ils étaient composés ne permettaient pas souvent ;iu\ fidèles l'accomplissemenl de cette prescription. La plupart de ces amulettes sont muets; quand, par hasard, ils portent des caractères, ce sont toujours des lambeaux détachés, des fragments plus ou moins longs, rarement un morceau
Papjnu <lu Loin n, >
— «.( 2 incomplet. Le texte officiel des prières qu'on devait y inscrire serait donc, sinon impossible, au moins fort difficile à établir, si les différents exemplaires du Livre des morts ne nous l'avaient conservé l.
Parmi ces amulettes, un des plus communs est le Va-t, nœud ou boucle dç ceinture. Fait tantôt en or2, tantôt en biscuit et en terre émaillée, tantôt en une pierre de teinte rouge, jaspe, cornaline, porphyre, que les Egyptiens désignaient sous le nom de JL,^*. 3, ou en bois de sycomore noirci4, parfois bordé d'un filet d'or, parfois entièrement doré, les Egyptiens le plaçaient au cou des momies. On trouve souvent deux Va placés l'un à côté de l'autre; quand ces Va, généralement en terre cuite, ont une inscription 5, ils portent le chapitre vi du Rituel, comme les statuettes funéraires si nombreuses dans nos musées °. Les Va simples sont rarement écrits. Sur une trentaine que possède le musée du Louvre 7, quatre seulement ont été gravés; encore l'un d'eux ne donnet-il que le nom de son possesseur, et un autre la légende suivante :
Chapitre de la boucle : Salut à la boucle qui te fait reposer en paix dans ton corps, prophète d'Astarté, Habrabina surnommé Abi 8.
1 Todtenbuch , pl. LXX V et LXX VI , cliapilres glv-glx.
2 Rituel hiéroglyph. de Leyde , pl. XIV, 1. 297.
3 Todtenbuch , ch. clvi, 1. 1.
4 là. 1. 2.
5 Ainsi , au Louvre, les amulettes .^706 ,
6 Voir dans Chabas , Sur le ch. vi du Patuel funéraire , la traduction de ce chapitre.
7 Louvre, Salle religieuse , vitrine L.
8 Louvre, amulette 4568.
Le groupe mal gravé, est méconnaissable sur l'original; mais la restitution en est aisée, par analogie avec les nombreuses formules analogues dont fourmillent les textes sacrés de l'Egypte. Le nom ^ J - \ ^ est une faute du graveur pour lZlT^b> rnneto. Le prêtre de cette divinité sémitique était lui-même un Sémite, dont le nom présente quelques difficultés de déchiffrement. Le » — <^ final sert d'ordinaire à rendre la flexion \. Dans le groupe «=>]jf^p, rabpïï [sep sen), le signe de la réduplication p, sep sen, indique que le mot ^J!?^, rabpïï, écrit une seule fois sur l'amulette, se répétait dans le langage et se prononçait *=>J!?^'Œ>J!?^i rabpïïrabpïï ou rabprabpïï : le J b, y, a, doublé du a p, 2, servait à noter le b
dur qui n'existait pas en égyptien. Le nom -=> \ ,
répond donc a un pluriel pxia"! ou à un singulier JTiai, qui signifie le prince. Le surnom égyptien de ce personnage était
\1\\,au.
Le grand Rituel hiéroglyphique de Leyde nous a conservé lui aussi un chapitre du t'a, qui n'est ni le chapitre des papyrus, ni le chapitre de l'amulette 4->68 du Louvre :
Chapitre du nœud d'or. A dit l'Osiris A , l(; veridique, fils de la dame 2 la véridique : Les charmes d'Osiris, les incantations du souverain de l'Klernité, gravés sur du cœur de sycomore, mis au cou du défunt
Pop, luér. de Leyde, pl. XIV, L 297, 3 I -0 nom do la more du dolnnl n'a |>.i>-
été écrit
L'incorrection bien connue de ce manuscrit ne me permet pas de saisir d'une manière exacte les derniers groupes du chapitre. Peut-être les signes sont-ils pour J^2I®, dil le dieu Râ, auquel cas il faudrait traduire : «Les charmes d'Osiris, «les incantations du souverain de l'Eternité, gravés sur du « bois de sycomore, mis au cou du défunt, dit le dieu Râ. »
Enfin le papyrus 3 2 83 du Louvre donne un texte qui diffère par endroits, et par endroits se rapproche du texte ordinaire de notre chapitre :
rHisi^*>Av;»iài,vîiî+ïSiTa
X M I Il M I ™ A~~A Awwwv — *♦— • Jr% Aw«A I | | Jf\ I I I
Chapitre du Tat de cornaline. — Copie : Nephthys a fait (iitt. a construit) , Isis a récité les formules qui sont au milieu de l'œil mystique, puisset-il être derrière moi pour me garder. — Réciter sur un Tat de cornaline, oint d'essence de fleur an^-amû, ou fabriqué en cœur de sycomore, qu'on met au cou du défunt vénérable, pour qu'il soit au nombre des serviteurs d'Horus.
Le chapitre du ]7I» t'a-t, se trouve aux papyrus 3079, 3o8i, 3o84, 3o86, 3o88 i, 3089, 3091, 3099, 3i 28, 3129, 3i4a (époque romaine), 3 1 44 , 32/;8, 32Ô7, 366 1 , 545o,
1 Le papyrus appartenait à une femme, d'où la forme )J pour le pronom de la première personne.
6i3o, au Todtenbuch , pl. LXX\, chap. clvi, et sur les deux amulettes du Louvre, nos 4364 et 4556 l. Les deux amulettes, ainsi que les papyrus 6i3o, 3099 et 366 1, ne comprennent que l'invocation proprement dite, la prière qui fait le fond du chapitre2; les papyrus 3 1 ^2 ? et 3 1 2 1 contiennent, en plus, les prescriptions à employer pour la confection de l'amulette, mais s'arrêtent en cet endroit. Il ne reste d'utiles que quinze manuscrits, les papyrus 3079, 3o8i, 3o84, 3o86, 3o88, 3089, 3091, 3099, 3128, 3129, 3i4/i, 3 2 48 , 3267, 545o, et le Todtenbuch. Ils suffisent pour établir le texte du chapitre.
Au premier examen, on s'aperçoit que le chapitre du t'a-t existe dans les manuscrits sous deux formes assez différentes, que je me suis efforcé de déterminer. Le titre commun des deux versions est :