‹ Mémoire sur quelques papyrus du LouvreChapitre 20 sur 21 · AUTRE CHAPITRE D'ENVOYER DES SONGES · texte numérisé non relu

AUTRE CHAPITRE D'ENVOYER DES SONGES

(Ligne 1 1 ) « Récite la formule : « Lève-toi, esprit, mâne vé-

« nérable de Xent-Ament (?) que Kaber a Fait (I. 12)

« viens à moi, agis pour moi sur une telle, par la vertu de la «voix de Râ; car je t'invoque en ton nom [de qui est] (1. i3) «dans Abydos, de qui repose dans la demeure du chef; or ce

« nom c'est Celui qui repose, en vérité, variante, celui qui

« [est ton nom] (1. 1.4) vrai; enfant essence des dieux, achevé «de forme, Oernun, est ton nom vrai. ... (1. i5) Shalbiliunu- « li[iïlû] est ton nom vrai. » Suit une liste de noms magiques dont quelques-uns ont été transcrits en lettres grecques pour la plus

grande commodité du magicien. « Nuntuiauâàûbili'uhân

« (1. 16) ddûûrnûn [est] ton [nom] véritable! Âme des âmes,Ze/»-

«zabï (1. 17) nâ est ton nom [véritable] ! Âme des âmes,

•< Skalbinuh'ul est ton nom véritable (1. 18) naùââûbih'ûh'

« nûnnaûâaûurnîin [est ton nom] 1 véritable ! Lève-toi

« (1. 19) màyaber-ew, seigneur, esprit, génie vénérable

«de Xent-Ament (?)! Car je suis. . . (I. 20) de ton nom de. . .

« iariaus, laralhama ! Car je suis (1. 2 1 ) la terre ! Oh !

« Sual[pfi , Nebou]tosualph, I ami huma! Car je suis (1. 22)

« Oh! SnaWanu, ÎVcboutosouajlllultuma! Eveille (?) pour

«moi i'à[mc ] (1. 23) esprit vénérable après une

«telle » La formule est suivie dune recette pour la fabrication de l'amulette indispensable au succès de la conjuration. Il fallait «[tracer] (I. 25) ces noms avec le sang d'un

1 Le» mots est ton nom «.ont |>ns*(> dans le manuscrit.

«animal» dont le nom écrit RTF au moyen d'un alphabet secret se retrouve au papyrus A 65 de Leyde sans que je sois parvenu à le déchiffrer. Il fallait le tracer sur « la feuille

«de la plante anzir (?.) Tu mets un. (1. 26) d'homme

« mort. Tu poses [un] d'argile sur le sommet du tout

«et (1. 27) tu récites la conjuration ci-dessus. Après que tu «as [attendu un] moment (urs/m), tu mets cela dans un lieu « [obscur consacré au dieu] (1. 28) grand de cœur; tu [ajoutes] «de la corne d'âne, ïab n ââ. » Il fallait ensuite poser «sur le « sol (1. 29) » et accomplir d'autres cérémonies dont les lacunes m'empêchent de saisir la signification.

A la fin de la première ligne de la page 3 commence une nouvelle incantation destinée à « envoyer des songes. » Elle débute par « (1. 2)0 génie vénérable du Nuter-^er. » Il y est question « (1. 3) d'Osiris, d'un serviteur d'Horus dans son lit funéraire, » et (1. 4) du tombeau d'Osiris à Abydos ^ J j. « Je suis l'âme « (1. 5) [vénérable] qui habite en ses deux yeux et qui rajeunit «ses propres membres dans Xuzâ, éternellement. » Plus loin, le conjurateur s'identifie avec les animaux sacrés : « (1. 8) Je « suis le taureau des [ténèbres] ! Je suis le lion ! Je suis le lion ! Je

« suis (1. 9) . , ,....! Je suis le . de Râ, la peau de

«S'û! Je suis l'œuf du serpent! (1. 10) [Je suis] la pierre

«précieuse (Bnumx, gemma) du 1 ! Je suis le phallus (?)

« du taureau (?) ! Je suis le fluide de Jouvence (1. 1 1 ). [Je suis

«le ] vivant [en vérité (?)]. Je suis la tête vénérable

«du seigneur d'Abydos (?) ! Viens à moi dans la nuit!» La suite est trop mutilée pour que je me hasarde à la traduire. On voit seulement que les songes envoyés par le magicien à la personne endormie étaient des songes amoureux destinés à

1 II y a là, je crois, une allusion à la se trouver dans la tête du serpent et du pierre précieuse que les anciens pensaient basilic.

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iui inspirer de l'affection pour la conjuratrice; car celle-ci dit au dieu : « (1. 17) Dirige son cœur vers une telle ! » L'effet devait durer la nuit, le jour, l'éternité (1. 18). Suit la recette inévitable dont la teneur est fort endommagée. 11 y est question (1. 21) «d'un pot de pommade de lotus, » de feuilles de différents arbres, de blé (1. 2 4). La préparation était fort longue.

« (L. 22) Tu mets les de la tête; tu les lies (1.23)

* Tu les lies sur sa tête, et tu mets sa tête (l. 2 4) .... .

« au matin de la fête Urshà Tu [apportes] des

«grains de blé, tu les mets (I. 25) Tu fais

« jusqu'à ce qu'ils se vaporisent (?) (1. 26) Tu les

«fais. . . jusqu'à ce que. . . tu mets des. . . de la myrrhe. . . « (1. 27) . . . de l'albâtre, de la plante aity-ami , de la plante sen-

« nû-pet ', . . . sept feuilles du roseau aejer. (Pl. IV, 1. 1)

«Tu fais [infuser] dans un vase de métal (l. 2) qui est dans « un vase [de terre?] que tu [laisses au] feu jusqu'à ce que tout « [soit en ébullition ?]. Alors tu retires du feu, et tu fais (1. 3)

« [couler] le tout sur la tête de et tu fais couler le sang

■ do ta jambe gauche et de ta jambe droite2 (1. 4) sur le tout. t Tu fais bouillir (?) , tu [verses sur la] tête d'une [image] deXcnt- • Ament qui a sept doigts de haut (1. 5). Tu l'ensevelis dans « la myrrhe ainsi que le vase [et tu mets une bandelette] de lin « lin autour d'elle. Tu prends du blé pur, tu fais faire un gà-

« teau (1. 6) avec sa farine Tu dresses la figure sur le

gâteau de blé, lu places (1. 7) le sur lui

« après qu'a été enseveli dans la myrrhe, comme ci-dessus, le «vase [enveloppé] d'une bandelette (1. 8) de fin lin qui est de- « vaut lui. Tu traces les paroles qu'il [faut prononcer] sur un « papyrus neuf avec de l'eau (1. 9) fie Lolem; tu le mets sur

1 Sur ers plantes, voir Eludes démo- ' Le mot droite a été passé par le scribe.

tiques, p. a5, no!e a5. 1 M. Brugscli, avait traduit par cuivre le

« la tête de l'image et tu abats le sommet de sa tête (1. 10). Tu « fais passer un lacis de [bandelettes] quatre fois sur sa face [et « tu fais] un bandeau de linge de tissu blanc et noir (1. 1 1 ) au «sommet de la tête. Tu places dans un lieu caché et tu mets

«de ...... , des pierres, (1. 12) des drogues puissantes

« sa face. Tu lui offres 1 des pains , de la bière , du lait par ( l . ] 3 ) « devant lui et tu fais couler du sang de ton doigt sur la flamme;

« tu -coupes un lézard (1. i4) sa face, et tu récites

«cette formule sur lui, sept fois, de nuit, puis, étant dans «un lieu caché2 (1. i5) et pur, tu fais dormir parci devant lui.

« C'est bon , bon. »

L'« autre chapitre de procurer des songes» débute (1. 16) par une invocation au dieu Anubis que les lacunes m'empêchent de comprendre. Après diverses injonctions, le magicien ordonne au dieu (1. 2 1 ) : « Envoie un génie respirant à une « telle pour qu'il se tienne à (1. 22) sa tête par l'ordre du dieu « qui est grand de cœur. » A la ligne 2 3 , il est question des «crocodiles d'Isis la grande; » à la ligne 25, Anubis reçoit la recommandation suivante : « Manifeste le sang d'Osiris-Aah'-

« Thot, la nuit (1. 26) de » Suit la recette : « Sur une

« feuille de papyrus neuf tu traces une image d'Anubis avec du

«sang (1. 27) de vrai. Tu traces la formule sous ses

«deux pieds; tu lui mets sur la bouche (1. 28) un du

«tombeau4. Tu Tu fais fondre au feu (l. 29); tu ar-

« roses de lait ou de rosée jusqu'à ce que ou qu'un

2 Au-mahap. Ce dernier mot a été passé par le scribe. »

3 C~2 | C~3 mot à mol : « La double de- « meure bonne. »

mol que je rends par neuf. C'esl ici un $ i| des textes hiératiques.

' Utennu.

«esprit paraisse devant lui (1. 3o), C'est bon,

« bon. »

Vvec la page 5 commence une autre conjuration destinée encore à envoyer des songes. Les neuf premières lignes sont une prière au dieu Anubis (1. 3) «pour qu'il envoie un esprit «violent» contre un individu. (L. 9) «Prononcer ces paroles «sur un chacal (I. 10) d'argile pure couché [sur] son [ventre], «baigné de lait pour (simuler) les fluides du (1. 11) chacal «du tombeau, et avec un œil symbolique tracé sur la cuisse. « Tu écris tes paroles sur une (1. 1 2 ) feuille de papyrus neuve, «que tu mets dans la bouche du chacal. Tu mets le chacal « sur un bec de (1. i3) lampe dont la mèche est allumée et tu «prononces ces formules sur lui en frappant (I. i4) le sol « du pied.

«Incantation d'Osiris :

«O Jsis! ÔNephthys! 0 âme vénérable (l. i5) d'Osiris Un- « novver ! viens à moi. Je suis le fils qui t'aime, ô dieu ! Odieux « qui résidez dans le ciel ! (I. 1 6) 0 dieux qui résidez sur la terre ! « 0 dieux qui résidez dans le Nûn! 0 dieux qui résidez (l. 17) au Sud! 0 dieux qui résidez au Nord! 0 dieux qui résidez "à l'Occident! 0 dieux (1. 18) qui résidez à l'Orient ! venez à « moi en cette nuit! Ouvrez-moi l'œil de NNN1 par la vertu de «la parole (1. 19) que je vous adresse! Venez [ter)\ Accourez « ( ter) !

«Prononcer ces paroles sur un Phénix tracé à l'eau de «myrrhe, (1. 20) à l'eau de plante uni; frotte? de gomme ton

«doigt et Prononce (1. 21) ces paroles sur le Phénix,

« le soir, la main étendue à la lace de la lune, au moment de

1 Les signes que je rends ici par NNN se trouvent plus bns, ù la ligne 28, employé* pour rendre le mol men, un tel.

« te déshabiller, (1. 22) et mets ton doigt sur la tête jusqu'à « quatre fois.

« Chapitre de faire dormir [un individu].

« (1. 2 3) Dire l'incantation du fer qui perce la coque1 de là

«barque Ne'sem » L'incantation est assez obscure : on

voit qu'il s'agissait d'obtenir un résultat en menaçant du naufrage (1. 2 li, 2 5) la barque Ne'sem. Le fer mystérieux, dont il est question en cet endroit, était mis en mouvement par les jDaroles magiques et (1. 27) «perce [le corps] de celui qui est «dans le disque solaire, perçant sa face (1. 28) de la piqûre «dirigée contre lui, jusqu'à ce que les dieux2 fassent dormir «un tel fils d'un tel, pendant la nuit; jusqu'à ce qu'ils s'in- « quiètent (p. vi, 1. 1) de. . . jusqu'à ce qu'ils. . . de son doigt.

«Dire [sur] une [1. 2] où se tient une arme de métal

« tandis qu'une image d'Osiris est tracée sur elle (?) avec le sang « d'un homme. Tu ... (I. 3) à sa face une [tresse de] fin lin avec « une image d'Anubis dessinée sur la mèche3 avec du sang de

« (J. 4) Tu distilles dans un vase neuf qui est fixé sur une

« caisse qui se tient (i. 5) au bord Tu récites l'in-

« vocation qui est écrite dessus jusqu'à quatre fois. C'est bon, «bon. Ouvre. .,...,» Suit une incantation pleine de noms barbares, que le scribe a transcrits en lettres grecques pour la

plupart (1. 7). «Dire ces paroles : Je t'invoque, ô mâle

«qui renouvelle toute parole! Je te récite (1. 8) tes noms qui « sont grands et qui sont divins : Oh! Alips, Thablips (1. 9), « Satsiblips , Kaka, Repar, Thar, Thanasimat (1. 10) Khaorthômen-

1 Tena , mot à mol : la « partie arrondie « d'un navire, «comme ici , ou d'une lampe, comme à la p. n, 1. 4 (voir p. de notre papyrus).

2 Mot à mot : «jusqu'à ce qu'^i . . . »

3 Sil, cf. COA, M. Linum, Ellychnium.

ukroon, Balea, Alabakhabêl , (1. 11) éveille-toi, ô seigneur de

» vérité ! Dis-moi les paroles véritables qui sont (1. î 2)

« pour une telle par l'énoncé des paroles vraies la

" cuisse d'Osiris cIueje veille, (1. i3) que je la pose. »

Vient la recette habituelle. On prend (1. i3) «une lampe « neuve dont la mèche (1. 1 4) est de fil de fin lin pur; tu la rem- « plis d'une mesure (/tï'ç) d'huile vraie, tu allumes. Tu écris « (1. i5) ton incantation sur une feuille de papyrus neuf; tu la «poses sur la lampe, tu mets un brin de (1. 16) romarin (?) « sur le bec de la lampe. Récite sur lui les noms ci-dessus men- «tionnés, quatre fois. [L'esprit] (1. 17) viendra à toi.

«Composition de l'encre avec laquelle tu dois écrire ton in- « cantation sur le rouleau de papyrus : (1. 18) Romarin (?),

«feuille de Tu les brûles et tu ajoutes [aux cendres]

«de et delà myrrhe, (1. 19) puis tu écris avec.

« Autre chapitre de mettre ton en vie.

« Prononce l'incantation suivante :

« Ouvre-moi ! (1. 20) je suis l'ibis vénérable ! Je suis le !

«Je suis le grand des combats1, (1. 21) le scarabée! Je suis «le gardien du grand sein (?) ! Je suis le serpent des quatre «dieux (?) ! (1. 22) Ouvre-moi; viens pour chercher l'excel-

« lent (?)! Sliapal est le nom de la déesse Le Knsliite

« (1. 2 3) est le nom d'Osiris! Kahakft est le nom de S4û!. . . « . . . . et je m'adresse (?) aux dieux (1. 2/4) tous, pour que «je puisse placer ce par lequel je vis!

«(Ligne Dire ces paroles sur un ibis tracé à l'encre « (1. 25) noire sur la main gauche de la personne lorsqu'elle « voit ce de vie. t

* Le signe frO semble ici avoir été transcrit «O^ ftOit le srribe. Papyrus «lu Louvre.

L'incantation suivante promettait d'être curieuse : « Cha- « pitre de réciter (l. 26) l'écrit pour le sceau. . ...» Il n'en reste plus malheureusement que deux lignes à peu près intactes au bas de la sixième page : «Éveille-toi, (1. 27) éveil le- « toi au ciel inférieur, Osiris (Unnover) v. s. f. » Toute la septième page est à peu près illisible; elle renfermait la fin de l'invocation commencée à la page 6, et une incantation où la lune et certaines étoiles jouaient un grand rôle.

Au revers du papyrus se trouvait jadis un long texte démotique, que le copiste du Livre magique a gratté avec le plus grand soin, mais dont quelques lettres subsistent encore çà et là. Ce texte a été remplacé par une formule magique de vingtquatre lignes fort mutilée, et dont le titre est détruit. C'est à peine si l'on trouve cà chaque ligne deux ou trois mots lisibles, que l'on ne peut relier les uns aux autres : le reste a été enlevé par le frottement ou par l'humidité. A la septième ligne on rencontre le mot « serpent, » à la huitième commence une série de noms magiques dont quelques-uns sont écrits à moitié en caractères grecs. A la ligne 1 5 et à la ligne 16 il est fait mention d'Anubis, probablement d'une image de ce dieu sur laquelle on devait prononcer une incantation. Dans les lignes suivantes le magicien s'identifiait avec Isis et Osiris (1. 17) et avec plusieurs autres dieux. Le tout se termine par une incantation en langue grecque, dont il est impossible de déchiffrer un seul mot.

Tel est en résumé le contenu de ce papyrus. En se servant de procédés chimiques il serait facile d'en raviver l'encre et d'en combler les lacunes : ce qui en reste suffit à montrer qu'il est du même temps que les papyrus gnostiques de Leyde et renferme des formules magiques sans grand intérêt pour la science. Il était pourtant nécessaire de le publier en fac-

simile et d en donner une analyse : c'est un texte de lecture

facile , dont l'examen sera d'un grand secours aux personnes désireuses de se livrer à l'étude de l'écriture et de la littérature démo tiques '.

1 Depuis que ce travail a été lu à l'Institut en mai 1871, le catalogue des papyrus du Louvre a paru. Les papyrus étudiés tout au long dans ce mémoire se trouvent analysés et le contenu indiqué

sommairement dans le travail de M. Devéria. Si parfois les résultats auxquels je suis arrive diffèrent des conclusions de mon devancier, ce n'est guère que sur des points de détail (20 février 1875).

ît Extraits des Manuscrits, tome XXIV, 1" partie.

OSTRACON 696 DU LOUVRE .

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