‹ Mémoire sur quelques points d'anatomie pathologique de la trompe d'Eustachi et de la surdité qui peut en résulterChapitre 2 sur 8 · INFLAMMATION AIGUE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION AIGUE

Elle s’annonce par une douleur vive et piquante dans l’arrière-bouche, un besoin fréquent d’avaler qui résulte de la titillation continuelle qu’exerce sur la muqueuse pharyngienne le mucus anormal qui s’échappe de cette partie de la trompe enflammée. Un sentiment de chaleur se propage dans l’intérieur de la caisse, où il produit un bourdonnement qui n’est point douloureux et qui ressemble beaucoup à celui qu’on éprouve en appliquant le plat de la main sur une oreille saine; il paraît être le résultat de la raréfaction de l’air de la caisse résultant de l’inflammation de la trompe. Ce bourdonnement, dont il est très important d’apprécier le caractère, peut donner, par les nombreuses variations qu’il éprouve, une idée de celles que subit la phlegmasie qui le produit.

Tant que l’inflammation n’a pas déterminé l’engorgement de la muqueuse au point d’oblitérer le conduit, il ne peut y avoir surdité ; mais il y a toujours, à cause de la raréfaction d’air dont nous avons parlé et du bourdonnement qui en résulte, une perturbation dans l’ouïe. Tous les sons arrivent bien à l’oreille ; mais la nature des milieux qu’ils doivent traverser, ayant éprouvé quelques modifications, il y aura confusion plus ou moins grande dans leur perception.

Si l’engorgement de la muqueuse produit l’oblitération de la trompe, les accidens seront bien autrement graves ; car non seulement il y aura nécessairement surdité ; mais les liquides qui s’échappent continuellement de la caisse, ne trouvant plus d’issue par la trompe, s’accumuleront dans l’oreille moyenne et y séjourneront jusqu’à ce que le conduit de la trompe soit rétabli, ou bien, pressant de tous côtés la peau de la caisse, ils finiront par se faire jour au dehors par la portion qui offrira le moins de résistance. Ce point sera, comme on le prévoit, la membrane du tympan. Toutefois, nous devons dire ici par anticipation que l’épanchement survenu, comme dans ce cas, par un simple obstacle de la trompe, et sans

que le liquide ait éprouvé aucune altération dans sa nature, il est rare qu’il produise la déchirure du tympan. La quantité qui ne peut être absorbée exsude à travers une ouverture très petite qui existe au point où la corde du tympan s’engage dans la caisse, et qui n’est fermée que par un peu de tissu cellulaire. Nous devons ajouter que cet accident doit être peu fréquemment la conséquence de l’inflammation idiopathique de la portion cartilagineuse de la trompe, parce que son' oblitération, par le fait seul de l’engorgement, arrive rarement au point de s’opposer au passage d’un liquide aussi limpide que celui qui lubréfie l’intérieur de la caisse. Cet engorgement étant d’ailleurs, comme tous les autres, soumis à des tensions et à des relâchemens plus ou moins fréquens et plus ou moins sensibles, permettra presque toujours aux mucosités situées au delà de s’évacuer un peu par le conduit. C’est à ces alternatives qu’il faut rapporter les changemens quelquefois si subits qu’éprouve l’ouïe dans le courant de celte affection. Ainsi, lorsque la caisse du tympan est saturée de liquide, et que l’obstruction de la trompe ne permet pas le passage même de l’air, il y aura cophose complète. Mais si, après un effort de toux ou d’éternuement, comme cela arrive quelquefois, ou de toute autre cause, le tympan se désobstrue légèrement, si légère que soit la portion du liquide contenu dans la caisse, qui aura pu sortir, elle occasionnera une amélioration dans l’ouïe, dont le degré sera en raison directe de la quantité évacuée. La cophose peut même disparaître entièrement si la caisse est dégagée des liquides qu’elle contenait, les osselets et la membrane du tympan pouvant alors exercer librement leurs mouvemens sous l’influence des sons qui viennent les frapper.

Page 1