PRONOSTIC
Si l’affection de la trompe est locale et qu’elle ne se complique pas de celle des parties environnantes, on pourra espérer, à l’aide d’un traitement rationnel, mais toujours long, sinon une guérison complète de la surdité, du moins une amélioration durable. Il n’en sera pas de même si l’engorgement de la trompe coïncide avec celui de la muqueuse du nez, du pharynx et de la bouche, comme on l’observe souvent chez les sujets lymphatiques, scrofuleux, ainsi que chez ceux dont la constitution a reçu de
rudes atteintes par l'affection syphilitique. On comprend que, la maladie de la trompe n'étant le plus souvent dans ce cas que la conséquence de l’affection principale, il importe d’attaquer celle-ci avant de songer à diriger aucun traitement curatif sur celle de la trompe. Mais la résistance qu’opposent si fréquemment à toute médication les affections qui sont sous la dépendance d’un des vices que nous venons de nommer rend toujours leur pronostic fâcheux, à cause de la facilité avec laquelle elles récidivent. La guérison de la surdité, toujours subordonnée à celle de l'engorgement de la trompe d'Eustachi, ne saurait donc se maintenir sans la guérison de ce dernier. Si le rétrécissement de la trompe n’est que le résultat d’une affection locale, il sera facile, non seulement d’obtenir une amélioration notable de l’ouïe, mais bien une guérison complète, pourvu toutefois que la caisse du tympan soit restée étrangère à l’affection. Il suffira pour cela d’obtenir la dilatation du conduit à l’aide d’une médication autre que les injections gazeuses, seul moyen que les médecins otistes aient osé leur opposer.
Les considérations que nous avons exposées dans ce mémoire conduisent nécessairement aux conclusions suivantes, qui résument les faits principaux qui en font le sujet :
1° La membrane qui tapisse la trompe d’Eustachi n’est pas de même nature que celle qui recouvre les parois de la caisse.
2° Cette différence est démontrée : 1° par l’absence de cryptes dans la membrane de la cavité du tympan , tandis qu’ils sont nombreux dans celles de la trompe ; 2° par les changemens pathologiques qu elles éprouvent et que l’observation a pu faire constater.
3° Cette différence d’organisation doit en entraîner nécessairement une dans la nature des affections qui y établissent leur siège ; d’où la distinction importante des maladies de la trompe d’avec celles de la cavité du tympan, ainsi que dans le mode de traitement qu’elles réclament.
U° Les insufflations gazeuses de toute espèce généralement employées sont la plupart du temps insignifiantes pour le traitement de ces cophoses, puisque dans aucun cas elles ne peuvent rien contre les rétrécissemens de la trompe.
5° Dans le cas de rétrécissement de ce conduit, le seul traitement rationnel et capable d’amener des résultats satisfaisans, consiste à l’attaquer à l’aide des mêmes moyens que la pratique a consacrés contre les affections de même genre des autres conduits muqueux. Je dois dire seule-
ment que la méthode par dilatation m’a constamment réussi pour surmonter les rétrécissemens les plus rebelles, et que dans aucun cas je n’ai eu besoin, comme quelques personnes l’ont conseillé, de recourir à la cautérisation.
6° Que celle-ci ne doit être employée qu’avec la plus grande réserve, si toutefois il est des rétrécissemens qui exigent impérieusement son emploi, ce que nous n’avons pas encore rencontré dans notre nombreuse pratique.