ET RÉDUITE PAR UNE MÉTHODE PARTICULIÈRE
L’histoire des luxations traumatiques des vertèbres, et en particulier des premières vertèbres cervicales, est encore entourée d’une grande obscurité. Les observations consignées dans la science sont aussi vagues qu’incomplètes. La description générale se ressent de l’insuffisance des faits particuliers. On sait à peine quelles sortes de déplacemens peuvent subir les vertèbres ; loin qu’il existe de détermination précise des espèces et des variétés de ces déplacemens, c’est à peine si l’on a donné les caractères propres h faire distinguer les luxations des
fractures. Le cas particulier que j’ai à faire connaître ne suffit pas pour établir les bases de cette distinction ; mais il peut servir à montrer la précision qu’il est indispensable d’apporter dans la détermination des cas particuliers, si l’on veut arriver à constituer une histoire rigoureusement expérimentale de cet ordre de lésions et du traitement qui leur convient. L’observation qu’on va lire n’est donc qu’un document de cette histoire ; elle n’a d’autre but que d’offrir un exemple bien déterminé d’une certaine variété de luxation traumatique de la seconde vertèbre cervicale, d’indiquer ses caractères, son mécanisme de production, et le traitement qui doit lui être appliqué.
Obs. — Amélie L. âgée de 1 0 ans et demi, est née à Saint-Quentin , de parens bien porlans. Elle a trois frères qui se portent bien également. Avant l’accident qui a occasioné sa difformité, mademoiselle Amélie avait joui d’une bonne santé, sauf quelques maladies d’enfance. Elle es! d’une constitution assez délicate, tempérament lymphatico-nerveux, yeux bruns, cheveux blonds, peau blanche avec éphélides.
Le 23 mai 1839, elle fit une chute de sa hauteur, le menton portant sur un pavé. Le résultat immédiat de cette chute fut une plaie contuse au menton, très douloureuse. Les souvenirs de la petite malade ne sont pas assez précis pour permettre d’établir si l’accident a été immédiatement suivi de douleurs dans le cou. 11 se pourrait, du reste, que celle dernière eût été masquée par la violence de celle du menton. Ce ne fut que le surlendemain de l’accident que le cou devint douloureux. Il paraît que dans la même journée la tête commença à s’incliner à gauche et à tourner à droite. Celte douleur fut excessivement vive pendant deux jours; elle parlait de la région cervicale supérieure de la colonne et s’irradiait dans les parties molles du cou, principalement dans les muscles du côté gauche de la nuque. La difformité , suivant d’abord une marche lente et progressive, paraît avoir augmenté tout d’un coup à un point considérable le cinquième jour de l’accident, et la douleur s’est calmée.
On a cherché à combattre les premiers accidens à l’aide de moyens antiphlogistiques, sangsues, cataplasmes, diète, repos. On a fait des frictions avec une pommade narcotique. Plus tard on a tenté, mais sans succès, de redresser la tête ,avec les mains et de la maintenir droite avec des bandages.
Après cinq mois d’essais inutiles, la famille vint soumettre la petite Amélie
à l’examen de plusieurs chirurgiens de la capitale. MM. Marjolin, Sanson et Bouvier, consultés séparément, donnèrent leur opinion par écrit. MM. Marjolin et Bouvier reconnurent la luxation, quoique dans un sens différent ; ils s accordèrent à rejeter toute espèce de tentative de réduction, la déclarant inutile et dangereuse. M. Sanson n’a pas été aussi explicite sur la nature de la lésion ; il a trouvé le cas embarrassant; mais il a conseillé de tenter les moyens orthopédiques. Voici, du reste, les consultations de ces trois praticiens : comme elles doivent être invoquées dans la discussion à laquelle nous nous livrerons, nous nous faisons un devoir de les reproduire textuellement.