‹ Mémoire sur une forme d'encéphalite encore peu connua [electronic resource]Chapitre 2 sur 3 · i RNCKPIIALITE · texte numérisé non relu

i RNCKPIIALITE

îiiissi bien avec sa physionomie syniplonialiquc qu'avec ses caractères analoniiqiies. Nous avons vu en effet que de ces derniers la congestion était le plus consianl, le plus prononcé, qu'elle était à coup sûr le phénomène capital ; que, quel que fût le degré ou l'étendue du ramollissement, de l'adhérence des membranes, de l'apoplexie capillaire, et même de la tuméfaction, la substance corticale était toujours colorée par le sang dans toute l'étendue d'un hémisphère au moins, quelquefois dans la totalité du cerveau; nous avons vu que les altérations qui accompagnaient celte rougeur, étaient toutes la conséquence nécessaire de la congestion.

Maintenant je ferai remarquer que les symptômes que nous avons observés sont précisément ceux de la forme de congestion cérébrale à laquelle on a donné le nom de coup de sang, ou que, s'ils en diffèrent, ce n'est que par leur durée souvent plus prolongée. Afin qu3 cela ne fasse pas de doute, je vais citer une observation de congestion cérébrale, empruntée à M. le professeur Andral, et dans laquelle on verra se reproduire un ensemble de symptômes tout à fait analogues à ceux qui ont été décrits plus haut.

Ohs. VIÏ. — Attaque d'apoplexie survenue pendant le cours d'une affection chronique des organes thoraciques et abdominaux ; hémiplégie ; mort deux jours après cette attaque. Injection vive de la substance des hémisphères cérébraux. Aucune autre lésion dans les centres nerveux (1). Un homme, âgé de 72 ans, atteint d'une affection chronique des organes thoraciques et abdominaux , perd tout à coup connaissance, et le lendemain matin présente l'état suivant : injection vive de la face, yeux fermés; lorsqu'on soulève les paupières et qu'on approche le doigt de l'œil, le malade les abaisse brusquement ; dilatation médiocre, égale, des pupilles ; légère déviation de la bouche à droite ; hémiplégie complète ù\\ mouvement et du sentiment à gauche ; mouvements libres à droite. L'intelligence est complètement abolie , le malade ressemble à un homme qui dort profondément ; le pouls a perdu de la fréquence qu'il offrait les jours précédents. (Saignée, vésic. aux jambes, lav. purg.)

(1) Andral. Loco cit. T. V. Obs. II.

KNCÉ1»H\L!TE.

Dans la journée, le malade donne quelques sicnes de connaissance et parle un peu.

Le lendemain malin, son état s'était sensiblement amélioré, il répondait assez nettement aux questions qu'on lui faisait ;la bouche n'était plus sensiblement déviée ; la langue se tirait droite ; les membres gauches exécutaient quelques mouvements. A onze heures, la fece s'injecta de nouveau, et le malade perdit complètement connaissance. Le jour suivant, il était précisément dans le même élat que l'avant-veille ; il mourut à midi.

Les méninges sont partout assez vivement injectées. Dans toute rétendue des hémisphères du cerveau, chaque tranche de pulpe nerveuse présente un pointillé rouge très remarquable. Il y a quelques endroits où les points rouges, qui sont les orifices d'autant de vaisseaux remplis de sang, sont tellement agglomérés, qu'il en résulte des taches d'un rouge écarlate du diamètre d'une pièce d'un franc. Nulle part, d'ailleurs, la consistance de la substance cérébrale n'est modifiée.

Les symptômes observés dans ce cas sont entièrement semblables à ceux que j'ai décrits précédemment. La seule différence qui existe entre mes observations et celle de M. le professeur Andral, c'est que dans celle-ci la congestion est demeurée à l'état simple , tandis que dans les miennes elle s'est accompagnée de turgescence, et a été suivie d'un commencement d'inflammation ; aussi dans un cas il a pu y avoir une rémission notable dans la marche des symptômes , tandis que dans les autres ils ont dû marcher jusqu'au bout sans éprouver aucun arrêt.

Je n'ai pas besoin, sans doute, d'ajouter que tous les auteurs qui ont écrit sur la congestion cérébrale ont insisté sur la difficulté , même sur l'impossibilité fréquente de la distinguer , à son début, de l'hémorrhagie cérébrale ; et d'un autre côté on n'a pu méconnaître la ressemblance des phénomènes que j'ai décrits, avec les symptômes de l'hémorrhagie , ressemblance telle, que celte dernière maladie a été diagnostiquée dans presque tous les cas.

La congestion cérébrale peut, dès son principe, avant même que le ramollissement et les adhérences des méninges aient eu

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le lemps de se lonnei', s'acconipagnei' de celle luméfaclioii, que les observations précédeiiles ue nous onl encore monlrée qu'à une époque plus avancée. « C'esi au monienl où on enveloppe la congestion sanguine , dil M. Lalleniand , que commence celle turgescence extraordinaire qui produit le boursouflement du cerveau, el (dans le cas de perte de substance du crâne) son expulsion au dehors sous forme de fongus (1). • Or , c'est précisément à celle turgescence que les observations que j'ai rapportées doivenl leur physionomie; c'est à elle qu'il faut attribuer surtout la persistance des symptômes de compression qui en forment le caraclère le plus saillant. L'observation suivante, empruntée au professeur de Montpellier, montre avec quelle rapidité ce phénomène peut se développer (2).

Obs. VIII. Un homme, âgé de 68 ans, imbécile depuis plusieurs années, gardait constamment le lit depuis quelques mois. Un jour qu'il mangeait avec avidité, il fut pris tout à coup d'une espèce de suffocation, tomba à la renverse, et expira au bout de quelques minutes, après deux ou trois agitations convulsives du tronc. Les deux ventricules latéraux étaient considérablement dilatés et pleins de sérosité transparente. Le corps cannelégauche qui faisait une saillie plus élevée que le droit, et toute la substance cérébrale environnante, étaient d'un rouge uniforme assez foncé, dans l'étendue de deux pouces en tout sens.

L'auteur ajoute : « M. Dan de la Vauierie , qui rapporte cette observation, la regarde comme un exemple d'inflammation (3). Le gonflement du corps cannelé, devenu plus saillant que le droit, la rougeur uniforme assez foncée et circonscrite de la substance cérébrale, la promptitude de la mort avec un mélange de symptômes paralytiques el spasmodiques ; toutes ces circonstances annoncent assez le début d'une inflammalion ai-

(1) I.allemand. Let. 3., p. 43?.

(2) Lalleniand. Let. 3., p. 330.

f3) Cette expression n'est pas très juste. Il n'y avait pas encore inflammation, il n'y avait qu'une congestion locale très intense.

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guë, el lelal aniéiieiii" ihi malade explique assez la piùnipiilude de la morl (k). »

Les cas de ce genre sont rares. Ou sait que la cofhgesliou c(;rébrale donne lieu rarenieni à la mort par elle-même , et que M. Roclioux. lui en a même eonleslé le pouvoir, lorsqu'elle est dépourvue de toute complication (l).On conçoit encore que la forme de congestion cérébrale que nous avons décrite, agissant surtout sur la périphérie, doive être en général moins promplement mortelle qu'une congestion qui, ayant son siège dans les parties centrales du cerveau, exercerait une influence plus directe sur les organes essentiels à la vie.

M. le professeur Roslan (2) rapporte l'observation d'une femme de soixante-deux ans qui, à la suite d'une pneumonie , fut prise tout à coup d'un coma profond , d'une hémiplégie gauche, et mourut en moins de vingt-quai re heures. Les circonvolutions de l'hémisphère droit étaient boursouflées et d'un ronge brunâtre, ainsi que la portion du cerveau sous-jacente, et la couche optique el le corps strié de ce côté. « Il y avait commencement de ramollissement, dit l'auteur de l'observation, ou plutôt tonte celte partie offrait l'aspect d'un effort hémorrhagique avorté. » Il n'est pas question d'adhérences des méninges. Cette observation, semblable sous plusieurs rapports à celles que j'ai rapportées au commencement de ce

(4) Le savant auteur des lettres sur I'cncé()halc, après avoir attribué à la tuméfaction du cerveau enflammé d'une façon aij^uë, les symptômes généraux qui s'observent dans l'encéphalite, tels que l'affaiblissement de fÉ|Bs les sens, la somnolence, le coma, une hémiplégie complète.... ajoure : « Ce qui le prouve, c'est que les malades, chez lesquels une large ouverture a permis au cerveau de se dilater librement à l'extérieur, ont

conservé l'intégrité de la vue et de l'ouïe du côté non paralysé C'est

qu'ils ont été exempts de somnolence, de coma, ctc Enfin, ce qui ne

laisse aucun doute k cet égard, c'est (jue toutes les fois que dans des cas analogues on a voulu s'opposer à l'issue du cerveau, les malades sont

alors tombés dans un état comateux et ont perdu l'intelligenco »

Loco cit., p. 434 ) C'est pour cette raison que M. Foville (D/c. de Mrd. et de Ch. P rut. \ veut même que l'on traite l'encéphalite non traumatique par le trépan.

(1) Rochoux. Ar». Coup de sang du Dict. en 25 vol. T. 9.

(2) Rostan. Loco cit., p. 146. Obs. 39.

travail, ino paraît uffrir un exemple delà même maladie, seulement à un degi'é moins avance (3).

Une congestion vive qui persiste quelque temps dans un organe est natui ellenient suivie du développement d'une inflammation dont elle n'était que le premier degré. N'est-ce pas ainsi que se forment et le ramollissement que j'ai décrit, et les adhérences des méninges? Si l'on me reproche de me livrer à une pure hypothèse en déci ivant une semblable succession de phénomènes auxquels je n'ai pu sans doute assister, on conviendra du moins que je ne suppose rien qui s'écarte de l'ordre le plus naturel. Ce qui m'a toujours fait penser que le ramollissement n'était pas nécessairement lié à l'altération de couleur et de volume des circonvolutions , qu'il n'était pas de môme date et de même formation, c'est que sur les points malades, à côté de circonvolutions ramollies, j'en trouvais d'autres aussi rouges, aussi tuméfiées, et ne présentant aucune diminution appréciable de consistance ; c'est que les adhérences delà pie-mère m'ont toujours paru en rapport exact avec les surfaces ramollies, et que la seule observation dans laquelle nous n'ayons pas remarqué plus d'adhérences du côté malade que du côté sain, est celle aussi qui nous a présenté le ramollissement le moins prononcé, puisque, suivant l'expression de son auteur, il n'y avait que tendance au ramollissement; et cependant la rougeur et la turgescence de la substance corticale étaient considérables; c'est qu'enfin une semblable altération de la substance cérébrale peut se rencontrer sans ramollissement. Qu'est-ce donc, encore une fois, que ce ramollissement qui se développe cdjDsécutivement à une congestion cérébrale , qui s'accompagne d'adhérence des membranes, si ce n'est un ramollissement in-

(3) M. le professeur Bouillaud assigne comme c.irjiclère à la congesf tion ou au premier degré de rinflammatioii du cerveau, une augmentation de coiisislaiicc, ou une légère induration de la substance cérébrale (.Traité de l'Encéphalite, p. 229). Uu certain nombre de faits me portent à croire que dans la substance grise, au moins, la congestion amène avec une grande rapidité une d minulion notable de la cohésion de son tissu.

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llamnuuoiro ? Cela ne lerail aucun ùuuie, il laul bien eu couve uir, si les symptômes avaient revèluuue autre l'orme.

Aussi je crois que si deux altérations identiquement semblables donnent lieu à des phénomènes dilïérenls, il faut rechercher à quelles modifications plus ou moins l'aciles à apprécier on doit rapporter ces ditïérences , au lieu de supposer que la maladie a changé de nature , parce que sa forme symptomatique a varié d'aspect. Il ne me sera pas difficile de citer des exemples à l'appui de celte manière de voir. L'hémorrhagie de l'arachnoïde donne lieu quelquefois à des symptômes successifs tout à fait semblables à ceux du ramollissement cérébral, tels que céphalalgie, affaissement graduel de l'intelligence et des sens, raideur des membres, etc. Si bien que M. Rostan ne croit pas possible de distinguer ces deux affections l'une de l'autre (1). D'autres fois, au contraire, elle débute d'une manière foudroyante, absolument comme l'hémorrhagie cérébrale dont elle revêt tout à fait la physionomie. Quelle différence y a-l-il donc entre ces deux formes de l'hémorrhagie de l'arachnoïde, si ce n'est que dans l'une le sang s'est épanché lentement, tandis que dans l'autre l'épanchemcnt s'est produit tout à coup ? Aussi dans ces deux cas frouve-t-on la même altération anatomique, parce que la nature de la maladie était la même. Qui affirmera que dans les cas où l'on rencontre un épanchement considérable de sérosité limpide dans les ventricules ou en dehors du cerveau, sans aucune altération appréciable des tissus qui ont sécrété ce liquide, la maladie est de nature différente, quand il y a eu de la céphalalgie, du délire, des mouvements spasmodiques, etc., ou quand elle a débuté subitement par le coma, la résolution des membres, etc. Je conçois bien que l'on ait donné à l'une de ces formes le nom de méningite, à l'autre celui d'apoplexie séreuse j mais au fond, il serait peu logique de s'appuyer sur ces différences de forme pour

(1) Rostaii. Loco cit. — Andral. Loco cit. T. 5., p. 11 et suÎY. — Longet. Thèse in ug. 185., n" 94.

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élablir qucl'un a euaffaire à deux iiialadiesde nadiro dilléreiiie.

L'allusiun que je viens de faire nie paraîl d aulanl plus juste, qu'elle porte sur des pliénonièiics presque seniblables à ceux dont je discute la valeur.

On opposera peut-être au développement de l'inflammation que j'ai admise, l'absence de tout symptôme inflammatoire comme en contradiction avec une semblable assertion. Mais il est d'observation que s il survient une inflammation dans le cerveau, tandis que cet organe est soumis à une compression forte et générale , les signes qui pourraient la traduire à l'extérieur, tels que la céphalalgie, le délire,les convulsions, etc., doivent manquer; caria production de ces phénomènes, qui ne sont en définitive qu'une modification ou une exagération des fonctions cérébrales, exige nécessairement une condition du cerveau tout à fait différente de l'état de compression qui entraîne, si je puis ainsi dire, la négation des fonctions de cet organe (1). « En effet , lorsque les capillaires sont distendus par le sang, dit le docteur Copland, comme le cerveau est entouré de parois inextensibles, il doit arriver que les veines se laissent proportionnellement comprimer, ce qu'augmente encore la force de la circulation dans les artères. Ainsi la circulation se trouve retardée, la portion du système ganglionnaire qui est annexée au cerveau (the portion of ganglial systefn supplying the brain) se trouve aussi jusqu'à un certain point engourdie par l'accroissement de la pression à laquelle elle est habituée, et les fonctions de l'organe sont abolies, quoiqu'il n'existe pas d'épanchement (2). » Le professeur Lallemand dit que lorsque l'inflammation a son siège dans la substance même du cerveau , la congestion est trop violente , son tissu trop

(1) Si à la suite d'une liémorrbagie cérébrale les signes d'une inflammation consécutive manquent souvent, bien que l'étude des fojers anciens démontre l'existence constante d'un travail inflammatoire, n'estce pas en général à la compression exercée sur le cerveau par le sang épanché qu'il faut l'attribuer?

(2) Copland. Dict. of practical médecine , p. i)3.

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proinplcintiil altéré pour qu'il puisse conlinucr d'ugir (3).

Ce que je viens d'avaueer me paraît susceptible d'iuie sorte de démonstration qui, si je ne m'abuse sur sa valeur, me semble appuyer fortement la manière de voir que j'ai développée dans le cours de ce travail.

En général quand cette même altération des circonvolutions, que nous avons vue donner lieu à des accidents apoplecliformes subits, est circonscrite dans un espace étroit, au lieu d'occuper une large étendue, et par conséquent ne peut produire une compression générale du cerveau, on observe pendant la vie des symptômes d'encéphalite ou plutôt de méningo-céphalite qui ne peuvent laisser aucun doute sur la nature de la maladie. Ceci rentre dans une classe de faits bien connus, et dont l'histoire est assez éclairée ; mais je crois cependant convenable d'en citer plusieurs exemples, afin de rendre plus frappant un rapprochement qui. je crois, n'a pas encore été fait.

Obs. IX. — Pneumonie. Agitation, délire ; puis abattement profond ; mort 2 jours après l'apparition de ces derniers symptômes. Rougeur, ramo/lissement superficiel, et adhérences de quelques circonvolutions.

La nommée Marie Magrod , ftgée de 75 ans , entre, le 1" mai 1838 , au n. 21 , tle la salle Sl-Antoiiie. Cette femme se plaint d'une douleur sous-sternale qui se proloiijje sur le sein droit , et présente en avant et à droite le-; signes d'une piieumonic an second degré. Il y a de la fièvre, un peu d'oppression. (Saignée de 3 pal.)

2 mai. La physionomie est animée d'un caractère étrange ; la malade a eu hier beaucoup d'agitation, de délire, tenant des propos incohérents , quittant son lit à chaque ins'ant ; elle parle sans cesse assure qu'elle est depuis longtemps dans la salle.... Le pouls est petit, assez fréquent. ( Looch blanc avec tartre slibié gr. x.)

Le 3. Abattement *profoi<d, pouls fort petit et fréquent , quelques selles. (Tartre stibié , gr. xv.)

Mort le lendemain malin dans une extrême prostration.

Les méninges n'offrent rien \ noter, si ce n'est quelques adhérences peu inlinus de la pie-mère avec la partie antérieure de l'hénii-

(3) Lallemand. Loco cit. I^ct. 2, |>. 247.

FNCÉrnALlTE.

sphère i^aiiche. A la p;ii lie externe etaniérieure deicel hémisphère, trois 0(1 quatre cirooiivtihiMons présentent une coloration rose assez vive, avec un ramollissement prononcé, mais qui n'occupe comme la rougeur que la partie la plus superficielle de la substance corticale. Cette altération, qui a tous les caractères d'une inflammation récente, ne pénètre pas au fond des circonvolutions. Un peu de sérosité limpide dans les ventricules latéraux.

Les phénomènes cérébraux qu'a présentés cette maladie s'observent souvent dans la pneumonie, sans que l'on rencontre dans l'encéphale aucune lésion qui les explique. Je ne crois pas cependant qu'il soit possible de douter de la relation qui existait dans ce cas entre ces phénomènes et l'altération que nous avons rencontrée dans le cerveau ; d'autant plus que ces symptômes peu prononcés paraissent parfaitement en rapport avec une altération aussi superficielle, aussi peu étendue.

Obs. X. — Démence. Accès e'pileptif ormes suivis d'hémiple'gie gauche ; mort 48 heures après leur première apparition. Ramollissement chronique du lobe postérieur de l'hémisphère droit ; inflammation aigûe des circo?ivolutions voisines.

La nommée Beanfds , âgée de 62 ans, en démence depuis plusieurs années, étaii tombée dans un état d'imbécillité complète. Elle ne présentait aucun signe de paralysie, si ce n'est une légère difficulté de la parole, et depuis trois mois, l'émission involontaire de l'urine et des fèces.

Le 2t août 1838, elle fut prise tout à coup d'une attaque d'épilepsie bien caractérisée; les muscles des membres et de la face étaient agités de^-fortes secousses convulsives , suitout à gauche ; la bouche fortement tirée de ce côté ; la face tuméfiée et violacée; une écume sanguinolente sortait de la bouche. Plusieurs attaques semblables se reproduisirent dans la journée, durant un quart d'heure, une demiheure, et suivies d'un état complet de résolution et d'insensibilité. Le pouls était très petit et d'une grande fréquence.

Le lendemain , coma profond sans aucun signe de connaissance; pupilles immobiles un peu resserrées; hémiplégie gauche sans raideur; insensibilité générale presque absolue; respiration fréquente, râle trachéal, pouls à peine sensible.

Mort le 23 , juste 48 heures après l'apparition des accidents épilepti formes.

Autopsie 32 heures après la mort.

ENCi:i»H\LlTF.. 31

Les sinus conticun(;ul un jieu de sang li quide a eu caiiloîs. Les vaisseaux de la base du crâne sont sains. La cavlié de l'iuachnoïde contient une assfz grande qu intité de sérdiilc; son fendlel viscéral est très transparent. Un peu d'iniiltrationséreuse delà pie-mère, avec une injection sanguine très vive et qui dessine parfailement ses vais seaux les plus déliés. Tout le lobe postérieur de l'hémisphère droit est converti en une bouillie blanche à l'intérieur, d'un jaune fauve à l'extérieur, comme infiltrée d'un liquide blanchâtre, lait de chaux. Les circonvolutions sont tout à fait déforiuées ; le ramollissement s'étend profondément jusqu'à la partie postérieure du ventricule latéral , dont les j)arois elles-mémf s sont intactes.

Au devant de cette altération , on voit plusieurs circonvolutions de la convexité colorées en rose assez vif, volumineuses et largement arrondies, superficiellement ra nollics. Cette coloration rose et ce léger ramollissement n'intéressent que la superficie delà substance corticale. La pie-mère, qui partout ailleurss'enlevaitavecune grande facilité, présentait au niveau du ramollissement blanc du lobe postérieur des adhérences intimes et impossibles à détacher, et au niveau des circonvolutions rouges et tuméfiées, des adhérences nombreuses , molles, et qui en laissaient la surface inégale et comme tomenteuse.

Un peu de sérosité dans les ventricules. Rien à noter dans le cervelet, la moelle allongée et la moelle épinière.

Poumons sains, à part une infiltration sanguine de la base du poumon gauche.

Cette observation offre beaucoup de ressemblance avec l'observation IV de ce mémoire. Dans les deux cas, à un ramollissement chronique de toute une extrémité d'un hémisphère (1), nous voyons tout à coup s'ajouter une altération aiguë des circonvolutions voisines , dont le développement instantané est annoncé par l'apparition soudaine des symptômes. Seulement, dans le premier, le coma et l'hémiplégie se montrent dès le début, comme dans l'apoplexie; dans l'autre ils sont précédés de phénomènes épileptiformes , signe certain d'un état d'irritation des centres nerveux. Faut-il chercher la raison de cette

(1) Il faut rcriiar(|iier que dans le cas où le ramollissement, occupait un lobe antérieur, l intelligence était demeurée intacte; que dans celui où il siégeait au lolje postérieur, lescul symptôme qui eût pu dévoiler sa présence était un état de démence.

32 EiNCÉiH.VLITE.

dirf('MT!;ce dans la marche plus ou moins lYipide de la congostion ct rébrale qui a cl^ sans doule le premier degré del'aUéralion? Il suffira peul-êlre de faire observer que lorsque la maladie avait débuté par des signes d'apoplexie, de compression, l'altération était assez considérable pour avoir aplati, pressé contre la voûte du crâne presque toute la superficie de l'hémisphère malade ; que dans le cas où des signes d'irritation s'étaient manifestés, il n'y avait ni aplatissement ni compression des circonvolutions, bien que quelques unes d'entre elles présentassent un cerlain degré de turgescence. Ce fail vient donc encore confirmer la part que nous avons attribuée, dans la production des symptômes, à la tuméfaction et par suite à la compression des circonvolutions.

Il serait, je pense, inutile de citer un plus grand nombre de faits de ce genre; on en trouvera sans peine dans les ouvrages de MM. Bouillaud (l), Lallemand (2), Andral (3), Abercrombie (i), etc.

§ IV. En résumé, voici comment je conçois la marche de la maladie qui fait le sujet de ce travail.

On peut réduire à trois le nombre d^s éléments qui constituent son état analomique : congestion, turgescence, ramollissement avec adhérences.

La congestion se montre d'abord subitement et sans cause appréciable, ce qui est, on le sait, un des caractères de la congestion du cerveau, particulièrement chez les vieillards. Il est certain que l'on voit souvent survenir, chez les personnes d'un âge avancé, des accidents de formes diverses, que l'on ne peut guère rapporter qu'à une congestion cérébrale , et dont la cause est le plus souvent difficile à apprécier, quels que soient l'état du cœur, l'état de maladie ou de santé, la constitution atmosphérique, etc. Du reste, parmi les cas que nous avons observés et cités, une fois l'existence d'un ramollissement ancien

(1) Bouillaud. Traité de l'encéphalite. — (2) Lallemand. Loco cit. — (3) Andral. Loco cit. — (4) Abercrorabie. Traité des maladies de l'encéphale.

ENCÉPHALirr.. 33

(obs. IV), deux fois une maladie chronique longue cl débilitante (obs. I et II) peuvent être considérés connue cause des accidents qui ont terminé la vie; une fois (obs. III) nous avons vu que la malade avait déjà éprouvé à plusieurs reprises des symptômes de congestion du côté du cerveau. Mais dans un cinquième fait (obs. V), des renseignemenls positifs nous ont appris que l'attaque à laquelle a succombé la malade n'avait été précédée d'aucun accident que l'on pût rapporter au cerveau, et cette dernière observation nous paraît même démontrer que l'invasion de la maladie est réellement aussi subite qu'elle le paraît : car, bien qu'il ne soit pas rare de voir une affection ancienne et chronique se montrer tout à coup par des accidents imprévus, je pense que dans*presque lous les cas de ce genre, au moins, on peut , en remontant dans le passé, s'assurer de l'apparition de quelques symptômes, légers si l'on veut, mais cependant indice certain d'un travail pathologique des centres nerveux.

A la congestion s'imil naturellement la turgescence, et nous avons vu plus hautque ces deux phénomènes, dépendant l'un de l'autre, se produisaient presque en même temps.

Le ramollissement et les adhérences des méninges se forment ensuite : caractères inflammatoires de la maladie à laquelle ils s'ajoutent, ils ne se développent pas au début, mais se montrent consécutivement et au bout d'un temps très court, car les lésions inflammatoires se forment avec une grande rapidité dans le cerveau. Supposera-t-on que ces dernières altérations existaient depuis longtemps, et qu'on ne les rencontre là que comme épiphénomène de la congestion qui a terminé la vie, ou bien encore en fera-t-on une alTeclion chronique cause ellemême de la congestion, dont nous la croyons une dépendance? Quoique nous ayons cru pouvoir établir' précédemment que l'étendue, la forme , la nalure de ce ramollissement, ne permettent pas de le regarder comme une altération primitive, essentielle, nous devons convenir cependant que la date d'im ramollissement est en général une chose diflicile à constater, et dont

34 FNCÉPHALITF.

l'approcialioii esl pcnt-êlre un des vcue'ih de celle parlie si iiiiportanle de la pathologie des centres nerveux. Mais ce que nous affirmons, c'est que les adhérences des méninges avaient tout à fait le caractère d'une lésion récente. Nous avons eu souvent occasion d'observer des adhérences anciennes des méninges au cerveau, soit chez des vieillards, soit chez des aliénés ou des épileptiques , et nous demanderons à tous ceux qui sont habitués à de semblables recherches, s'il n'est pas possible et même facile de distinguer des adhérences chroniques de la surface du cerveau, ordinairement fermes et déchirant la substance corticale, de ces adhérences molles et humides, si je puis ainsi dire, qui caractérisent une méningite aiguë (1). *

On voit que ce tfavail est surtout basé sur l'anaiomie pathologique. Quelques personnes m'en feront peut-être un reproche; mais quand même il serait fondé en principe, et nous ne prétendons pas en discuter ici la valeur, cela ne détruirait pas les résultats auxquels nous croyons être arrivé. Nous sommes convaincu, du reste , par une observation attentive de la symptomatoiogie cérébrale, qu'il est impossible de baser sur sa seule étude l'histoire de la pathologie cérébrale. Nous croyons, avec

(!) Il me paraît exister un rapport assez curieux entre la maladie qui vient d'être décrite et Yérysipcle. De même, en effet, que ce dernier n'affecte que le derme dont la rougeur est le principal phénomène qui le caractérise, de même l'encéphalite superficielle se circonscrit à la couche corticale du cerveau; seulement, comme dans l'érysipèle, l'inflammation s'étend souvent aux tissus sous-jacents, plusieurs fois aussi nous avons vu les parties profondes participer à l'inflammation des circonvolutions. La tuméfaction légère qui dans l'érysipèle résulte d'une sorte d'érectiôn du derme (et qu'il ne faut pas confondre avec l'engorgement sous-cutapé), ne rossemble-t-elle pas parfaitement à la tuméfaction de la substance corticale congestionnée ? Dans les deux maladies, on voit quelquefois la rougeur et la tuméfaction s'arrêter assez brusquement aux limitesdu mal ; enfin notre encéphalite se développe parfois comme l'érysipèle autour d'une altér ation chronique , ce qui paraît ajouter cne analogie de cause à celles qui viennent d'être indiquées. Si ce rapprochement , qu'il ne serait pas impossible de pousser plus loin, est juste, s'il n'est pas seulement le fruit de mon imagination, il me paraît de nature à fixer l'attention , et à fournir un nouvel appui aux idées que je viens de développer dans ce travail.

ENCÉI'H ai lT. ' 3:,

plusieurs praticiens expérimentés, que la syniptoniatologie du cerveau est encore aussi obscure qu'est facile et perfeciionué le diagnostic des maladies de plusieur s autres organes : or, si jamais il convient de recourir aux lumières que peut fournir l'anatomie pathologique, c'est lorsque la scniéiologie nous les refuse aussi complètement ; et je ne veux d'autre preuve de ce que j'avance, que l'histoire de la science pour la pathologie cérébrale, l'ignorance extrême où l'on éiait resté sur ce sujet avant la découverte de l'anatomie pathologique, et ce fiiit incontestable, que l'on n'a pas fait un seul pas dans cette partie de la science sans s'appuyer sur l'anatomie pathologique,

§ V. J'ai cherché à démontrer la nature inflammatoire d'une affection dont les caractères anatomiques et les symptômes forment un groupe d'un aspect assez particulier, pour justifier l'élude spéciale que j'en ai cru devoir faire.

Il eût été sans doute plus logique de commencer par présenter la description complète de cette maladie, et de n'aborder qu'après celte étude préliminaire la question de sa nature pathologique. Mais les faits que je possède, s'ils m'ont paru suffisants pour éclairer cette dernière question, ne sont certainement pas assez nombreux pour qu'il soit possible d'en rien conclure sur l'étiologie , le traitement de la maladie, ses rapports avec l'âge, la constitution, l'état du cœur, etc. Je vais seulement entrer dans quelques détails sur le diagnostic, car je pense que les faits que j'ai rapportés forment un type qui se reproduira sans doute plus d'une fois, et auquel il serait bon de pouvoir assigner des caractères distinclifs. Malheureusement nous allons voir que cette étude ne nous donnera que des résultvits peu satisfaisants.

Dans les cinq observations auxquelles nous avons assisté nous-même, trois fois seulement nous avons pu constater avec précision l'instantanéité du début ; deux fois (obs. I et II) les accidents n'ont été reconnus que lorsqu'ils duraient déjà depuis plusieurs heures, mais probablement ils avaient débuté comme les précédents. Deux l'ois seulement (obs. ÏV et V) on

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a trouvé delà contraciure : mais il faut iiolcr que la maladie était moins étendue, la compression moins forte, que la mort fut moins prompte que dans les trois autres cas ; que deux de ces derniers n'ayant pas été observés à leur début, ce symptôme a pu exister sans être remarqué; il faut noter encore que dans l'observation V , où la contracture fut très forte, presque générale, les circonvolutions étaient moins tuméfiées, et par conséquent moins comprimées que dans les autres cas. J'insisterai d'autant plus volontiers sur cette dernière circonstance , que la malade qui fait le sujet de cette observation fut celle qui donna le plus de signes de connaissance jusqu'à la mort. On se rappelle que nous avons cru pouvoir rendre compte par la compression, résultat de la turgescence du cerveau, de la forme des accidents , et en particulier des phénomènes de compression qui les caractérisent. Dans un cas seulement (obs. II) la résolution fut générale ; c'est que la maladie occupait également les deux côtés du cerveau. Dans les autres, la paralysie ou la contracture étaient à peu près limitées au côté opposé à l'altération du cerveau.

La sensibilité a paru généralement conservée , ce qui rapproche ces cas de ceux oii il y a plutôt compression du cerveau que désorganisation ; l'observation II est la seule qui ail offert une perle absolue de la sensibiliié du côté paralysé. Les sens étaient généralement oblus, sans être complètement abolis. Il semblait le plus souvent rester une lueur de connaissance excepté dans l'observation I où la maladie était très étendue, et la compression énorme.

Quanta l'état général, il offrait de grandes variétés. Tantôt la force et la fréquence du pouls, la chaleur de la peau semblaient annoncer une forte réaction; tantôt au contraire la circulation ne paraissait pas modifiée, ou semblait participera l'état apparent d'engourdissement de toute l'économie. Je n'ai pu apprécier exactement les circonstances qui agissaient ainsi sur l'état général, non plus que l'infiuence que ce dernier pouvait exercer sur la marche de la maladie ; on sait du reste que

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celle tlilTicullé se relrouve dans l'élude de la plupart des maladies des centres nerveux.

Je ne crois pas nécessaire d'insister davantage sur l'analyse des symptômes que nous avons décrits pour démontrer la ressemblance qu'ils présentent avec ceux de l'hémorrhagie cérébrale , et la difliculté et l'impossibilité même de distinguer sûrement ces deux affections, dans l'état actuel de la science. La contracture elle-même, que l'on a donnée comme un signe propre à faire distinguer le ramollissement, inflammatoire ou non, de l'apoplexie, n'aurait que peu de valeur, quand même elle se montrerait dans tous les cas, puisqu'elle est un symptôme ordinaire, comme on le sait, de l'iiémori hagie dans les ventricules ou à la surface du cerveau.

Parlerai-je de ces ramollissements proprement dits du cerveau, que l'on prétend voir débuter subitement, mais dont il serait peut-être plus juste de dire simplement que l'existence s'est montrée par des accidents subits? Je me contenterai de renvoyer aux ouvrages des auteurs qui se sont efforcés d'établir un diagnostic précis entre le ramollissement et l'hémorrhagie du cerveau, mes observations n'étant rien moins que propres à éclaircir cette question, qui est loin d'être résolue aujourd'hui.

Il arrive encore qu'à la suite d'accidents tout à fait semblables à ceux que j'ai décrits, on ne trouve autre chose qu'un pointillé plus ou moins vif de la substance cérébrale avec rougeur des méninges et infiltration séreuse de la pic-mère. J'ai observé dernièrement un cas de ce genre à la Salpêlrière. D'autres foison a seulement rencontré une grande quantité de sérosité dans les ventricules (apoplexie séreuse des auteurs) (1), ou bien quelques plaques d'apoplexie capillaire (2), sans altération générale des circonvolutions.

Je dois , avant de terminer , parler de plusieurs états

(1) Andral, loc. citalo, toin. V,

(2) Diday, Gaz. médicale du 2% avril 1837.

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