DE LA MOITIÉ DE LA DIVISION; L’INDOCILITÉ DU MALADE NE PERMET PAS D’A
CHEVER LA RÉUNION.
Obs. II. — Vers la fin de mai 1836, un jeune homme de 17 ans, ouvrier ébéniste, entra à l’hôpital des Cliniques pour y être traité d’une division congéniale du voile du palais. Trois jours après son entrée dans mon service, je lui pratiquai l’opération de la staphyloraphie, en suivant exactement le procédé de M. Roux.
L’opération fut assez longue, mais s’acheva heureusement. Trois points de suture furent placés à égale distance des bords de la division, préalablement rafraîchis avec le bistouri.
Le malade, d’un caractère vif et impatient, ne supporta que très-difficilement la diète d’aliments et de boisson pendant les deux premiers jours; je lui permis alors de laisser glisser dans sa gorge quelques cuillerées d’eau pour calmer la soif ardente qu’il éprouvait.
Le troisième jour, il fut pris d'une quinte violente de toux, à la suite de laquelle les bords de la division se décollèrent, les fils des points de suture ayant rompu les parties molles qu’ils embrassaient.
Le jeune malade se trouva alors dans un état très-défavorable pour une nouvelle opération de staphyloraphie, dont, au reste, il ne voulait plus entendre parler.
Enfin je le décidai à se soumettre à de petites cautérisations successives, dans le but de recoller graduellement les bords de la division. J’employai le cautère actuel; cinq cautérisations furent pratiquées, à huit jours d’intervalle, et la fente palatine se referma dans la moitié de son étendue. La déglutition se faisait plus facilement; la parole était plus distincte, quand le malade, à mon grand regret, se jugeant assez guéri de son infirmité, voulut absolument quitter l’hôpital.
MM. les docteurs H. Larrey, Godart et Martel suivirent les différentes phases du traitement de ce jeune homme ; ils doutaient d’abord du succès des cautérisations pour réunir une division de ce genre ; mais lorsque le malade sortit de l’hôpital, ils étaient convaincus que la guérison eût été complète s’il eût persévéré encore un mois dans ce mode de traitement.
Obs. III. — Au mois de juin 1851, M. le professeur Nélaton eut l’occasion de traiter un jeune homme affecté d’une division traumatique du voile du palais.
Le 30 avril précédent, ce jeune homme avait été opéré par M. Giraldès d’un polype des arrière-fosses nasales, et ce chirurgien, suivant le précepte donné par Manne, avait jugé indispensable de fendre longitudinalement le voile du palais sur la ligne médiane, pour attaquer plus facilement la tumeur dont il faisait l’extraction.
Les lambeaux se rapprochèrent et se soudèrent spontanément à l’angle supérieur de la plaie ; mais ce rapprochement s’arrêta, et la plus grande partie de la fente resta béante.
Ce fut environ six semaines après l’opération que ce malade fut confié aux soins de M. le professeur Nélaton. Voyant la réunion limitée et les bords libres du reste delà division du voile du palais cicatrisés, M. Nélaton jugea convenable d’employer, suivant ma méthode, les cautérisations successives, dans l’angle supérieur de la division, là où la réunion s’était arrêtée.
Ces cautérisations , faites d’abord avec le fer incandescent , furent pratiquées ensuite avec le cautère rougi par l’électricité. La fente se ferma peu à peu dans toute sa longueur, et le malade se rétablit complètement des incommodités résultant de la division de son voile du palais.
Je tiens de M. Nélaton la fin de cette observation, qui n’a été rapportée qu’incomplétement dans un journal de médecine. (Gazette des hôpitaux, 1851, p. 282.)
Obs. IV. — Le jeune Normand (George) vint au monde avec une division du voile du palais. L’enfant appliqué au sein ne put teter; pendant trois jours on ne le nourrit que d’eau sucrée. Pensant alors que cette impossibilité de teter venait de la présence du filet, ce repli membraneux fut coupé, mais sans succès.
Enfin une consultation eut lieu entre MM. Nauche, Mancel et Guersant fils, et pendant les cris du petit malade, on s’aperçut par hasard de la division du voile du palais.
L’enfant fut élevé au petit pot, et pendant qu’on lui versait du lait dans la bouche, il arrivait souvent que ce liquide refluait par les fosses nasales ; il en fut de même plus tard de quelques aliments solides, quand, en mangeant, le jeune Normand était pris d’un besoin de rire ou de tousser.
M. Roux, consulté sur l’opportunité d’une opération, répondit qu’il fallait attendre l’âge de 15 à 16 ans.
L’enfant était âgé de 12 ans lorsqu’il me fut présenté au mois d’avril 1851 . Voici son état : le voile du palais était divisé sur toute la ligne médiane en deux moitiés parfaitement égales.
Les deux lèvres de la division représentaient une sorte d’ogive, dont le sommet adhérait à l’épine nasale postérieure. Les deux moitiés de la luette, très-prolongées, descendaient derrière la base de la langue, et dans les mou-
vements de déglutition , l’ouverture s’agrandissait par la traction des deux moitiés du voile du palais en dehors, chacune vers ses piliers. (Voy. fig. 3.)
Fig. 5.
Division congéniale du voile du palais. État des parties avant les cautérisations. Les lignes ponctuées indiquent la position des divisions de la luette derrière la base de la langue.
Je voulus employer, dans ce cas, la même méthode de traitement que j’avais suivie sur le jeune malade de la Clinique (obs. n° II), et je fis, avec un cautère étroit, une cautérisation d’environ 4 millimètres dans la commissure, au point de réunion des deux lèvres de l’organe divisé. La douleur fut peu vive, et cinq jours après une cicatrice se formait.
Les cautérisations furent d’abord pratiquées tous les quinze jours avec tout le soin qu’exige cette opération , pour ne pas toucher la langue qu’on déprime, et pour ne cautériser que les 3 ou 4 millimètres du tissu dont on veut provoquer l’adhésion; puis nous mîmes un mois, six semaines et deux mois d’intervalle entre chaque cautérisation.
C’était comme autant de points de suture que nous placions à chaque opération. Le tissu cicatriciel s’avançait successivement entre les deux lèvres de la membrane diviséé, qu’il fixait solidement l’une à l’autre, et à mesure que
l’ogive diminuait de hauteur, les inconvénients de la difformité diminuaient proportionnellement ; la déglutition devenait plus facile, la parole plus distincte.
Enfin, après vingt-quatre cautérisations, la réunion des deux moitiés du voile du palais était complète et parfaitement solide. (Voy. fig. 4.)
Fig. 4.
Les mêmes parties apres la réunion des bords de la division parles applications successives du cautère actuel. La luette a disparu en contribuant à la formation de la cicatrice.
La déglutition se fait très-bien chez le jeune Normand. Il lit très-distinctement; mais il a encore à gagner sous ce rapport : il faut que le travail et surtout une attention persévérante fassent disparaître quelques vices de prononciation que ce jeune homme évite quand il le veut bien, et que l’exercice corrigera bientôt complètement.
Le traitement a été suivi , à ses différentes phases , par MM. les docteurs Toirac, A. Godart, Berton, Mancel, Dequevauvillers et Martin Saint-Ange.
DEUX PERFORATIONS SUCCESSIVES DU VOILE DU PALAIS, GUÉRIES PAR LA MÉTHODE de m. j. Cloquet; parle docteur Dequevauvillers.
Obs. V. — Madame R..., d’une constitution primitivement bonne, mais actuellement détériorée, d’un tempérament éminemment sanguin, âgée de 38 ans, vint, à la fin d’avril 1851, consulter le docteur Dequevauvillers pour une perforation du voile du palais. Elle affirmait n’avoir jamais eu d’affection vénérienne, et n’avoir antérieurement jamais souffert de cette partie. Huit ou dix jours seulement avant sa visite, elle avait, disait-elle, senti une douleur fixe, peu intense, au fond de la bouche. En promenant sa langue sur la région douloureuse, elle avait reconnu une petite élévation, et la veille, tout étonnée de voir les boissons passer en partie par le nez et sa voix fortement altérée, elle avait regardé dans une glace et avait aperçu l’ouverture qui s’était produite.
Il existait en effet vers le bord adhérent du voile du palais , très-près et à gauche du raphé, une perforation ovale de 12 millimètres dans son diamètre antéro-postérieur, de 5 millimètres dans son diamètre transversal environ, qui pénétrait obliquement dans l’épaisseur de l’organe et le perçait de part en part.
La méthode de M. Cloquet fut proposée et acceptée, et le 9 mai, M. Dequevauvillers portait à l’angle antérieur de la division un cautère cylindrique de 4 millimètres de diamètre. L’opération fut à peine douloureuse. La malade se gargarisa immédiatement avec de l’eau froide et ne s’en occupa plus, vaquant à ses occupations ordinaires.
Le 13 juin, il ne restait plus qu’un petit pertuis fistuleux d’un millimètre. Une nouvelle cautérisation fut pratiquée, et le 20, la réunion était parfaite ; mais en même temps il avait paru sur le pilier postérieur gauche du voile du palais une petite tumeur jaunâtre, placée sous la muqueuse, et deux jours après la muqueuse était détruite. La matière qui constituait la tumeur s’écoulait, et laissait à sa place une perforation linéaire de 12 millimètres au moins de longueur.
Avant de tenter une nouvelle cautérisation, M. Dequevauvillers jugea prudent de prescrire un traitement antisyphilitique, et administra l’iodure de potassium à la dose de 2 grammes par jour. La constitution de la malade s’améliora, mais l’ouverture ne s’oblitéra pas.
Quoiqu’il en résultât les inconvénients ordinaires des perforations du voile du palais, nasonnement et passage des liquides par les fosses nasales, la malade, assez négligente d’ailleurs, contente de sa bonne santé, différa de mois en mois de se faire opérer, et ce ne fut que le 20 novembre 1852 qu’une cautérisation fut faite à l’angle supérieur de la division. Quelques jours après elle était presque complètement oblitérée, et les accidents avaient disparu.
Aux cinq observations précédentes , on peut ajouter le fait que
M. Henry de Lisieux communiqua à l’Académie de médecine dans sa séance du 10 janvier 1837.
Obs. VI.—' Un jeune homme de 20 ans se présenta à la consultation de ce chirurgien avec une perforation congéniale du voile du palais. Cette ouverture, de 4 lignes de diamètre, paraissant faite comme avec un emporte-pièce, était située sur la ligne médiane, et semblait résulter du défaut de réunion de la partie moyenne des deux moitiés dont se compose primitivement le voile du palais.
M. Henry recula devant les difficultés de l’opération de la staphyloraphie dans un cas semblable, et pour se donner le temps de réfléchir, il cautérisa provisoirement les bords de la réunion avec le nitrate d’argent, mais sans espoir de succès.
Quel fut son étonnement, huit jours après, quand il examina son malade, de trouver l’ouverture considérablement rétrécie !
Il n’hésita plus alors à continuer ce mode de traitement , et après quatre semaines , il avait obtenu la cicatrisation complète de cette division congéniale.