AVANT-PROPOS
Lorsque je me décidai à publier la découverte de ma méthode prophylactique du choléra-inorbu9 asiatique , je ne me dissimulai pas les préventions auxquelles je serais en butte de la part de quelques-uns de mes collègues , sous le rapport de la science , mais encore les difficultés que j’aurais à éprouver de la part de quelques hommes qui se préviennent contre tout ce qui porte le nom de découverte ou de remède secret. Les exemples de quelques grands hommes en fournissent suffisamment la preuve. Mais , une chose à laquelle je devais d’autant moins m’attendre , puisque je ne demande aucune récompense d’avance , c’est l’obstination avec laquelle les autorités du département , en accueillant favorablement ma proposition , ont refusé de contracter aucune espèce d’engagéinent conditionnel avec moi. Le ministre , qui d’ailleurs a répondu aux différentes lettres que j’ai eu l’honneur de lui écrire , persi ste à me demander en quoi consiste ma méthode , et élude jusqu’ici une récompense en me renvoyant aux dispositions du décret du 18 août 1810, concernant les remèdes secrets : c’est là au surplus la tactite de T insatiable milieu. J’avoue que, si j’avais la fortune de nos modernes Crésus ou de quelques-uns de nos aristocrates npuveaux, j’aurais déjà déclaré quels sont mes moyens préservatifs ; car ma découverte appartient à
tons les hommes , puisque je suis chargé , par les devoirs que mon état m’impose , non-seulement de les guérir lorsqu ils sont malades , mais encore de leur donner mes conseils pour prévenir les maux auxquels ils peuvent être exposés. Si , par réciprocité , les services du médecin doivent exciter la gratitude des malades, combien à plus forte raison de la part d’un gouvernement libéral , pour un service aussi signalé que le mien J Au reste, j’ai annoncé , le 16 et le 20 octobre dernier, aux habitans du Midi , et à la ville de Nismes en particulier , par la voie de deux journaux et par des affiches (1) , que j'étais disposé à leur déclarer ma méthode à des conditions qui seront connues non-seulement de la plupart des départemens de la France , mais encore de l’Europe, malgré les contradictions qu’011 me fait éprouver ; car , comme il est sans doute en France des hommes animés d’un véritable patriotisme , j’espère que ces hommes à sentimens généreux , justes appréciateurs d’une décotfverte aussi importante , induiront nos gouvernans à nous sauver et à se sauver malgré eux-mêmes du fléau qui afflige notre belle patrie , en leur faisant comprendre que , dans une circonstance aussi, déplorable, ils doivent faire abnégation du principe d’égoïsme qu’on peut leur appliquer jusqu'à ce jour. Tantùrn ecc publicis malis sentimus , quantum, ad privatas res pertinet. ( Tite-I.ive. )
(1) M. le maire de Nisrnes s’est refusé à l’apposition des placards , quoique revêtus des formes légales.