‹ Mémoire sur une méthode prophylactique du choléramorbus asiatique proposéeChapitre 3 sur 3 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mclior est inedi ci ha prasservativa t/uàm sanatwa. ( Ex Scholà Saleruitanà. >

Préceptes d'hygiène faciles ci observer à l'approche du choléra.

Les préceptes les plus faciles à suivre, tant par la partie de la population livrée aux travaux de la campagne , que pour celle qui exerce dans les villes des professions reconnues peu salubres , sont ceux que nous allons indiquer. Nous y joindrons quelques avis pour le petit nombre de personnes riches ou aisées , pour lesquelles la conservation de la santé est l’objet de leur premier soin.

Sans avoir des notions bien précises sur la nature et sur la manière d’agir dejta cause efficiente spécifique du clioléra-morbus , on peut , ce me semble , assigner les moyens hygiéniques les plus convenables , et les précautions qu’on doit prendre pour tâcher de s’en préserver. En admettant surtout que cette cause existe dans l’air et les vents régnans , et que la maladie

est déterminée par une émanation miasmatique , on peut penser que tout ce qui est capable de changer ce mode d’action doit détruire cette. cause efficiente , et par là même nous mettre à l’abri de son influence (i).

C’est dans cette affreuse maladie qu’on a pu observer assez souvent combien le moral influe sur le physique ,■ et le physique sur le moral. Il faut, autant qu’il est possible , en évitant toute espèce de sensation forte et pénible , comme la colère , la tristesse , tâcher de se garantir des agens extérieurs qui pourraient , par leur qualité insalubre , favoriser le développement de la maladie. Ainsi les hommes qui se livrent à des travaux forcés, et ceux qui travaillent à la campagne, doivent se prémunir contre une température froide et humide , aVant soin , après le travail et dans l’état de sueur , de ne pas prendre leur repas sans se couvrir comme à l'ordinaire. Leurs vêtemens doivent être propres et autant que possible de laine. Ils doivent éviter soigneusement de travailler les pieds nus et surtout dans l’eau , et même , en fossoyant , ils feront bien de mettre des sabots ou des souliers forts , garnis , en dedans et par dessus, delambeaux de vieux chapeaux , comme quelques-uns sont dans l’usage de le faire ,

(0 L’invasion de la maladie, a dit le célèbre et mal- Jicureux Delpech , tient aux conditions atlunosplicriques.

qui, par leur imperméabilité, les garantissent mieux de l'humidité que des guêtres de toile ou de toute autre étoffe. Ceux qui habitent des rez-de-chaussée doivent , en revenant de leurs travaux , porter un petit fagot de plantes aromatiques pour brûler lorsqu’ils seront réunis autour de leur foyer. Cette odeur , en se renouvelant tous les soirs , est un bon moyen d'assainissement pour leur habitation.

Leur régime doit être sain et nourrissant; ils ne doivent jamais sortir le matin , pendant l’épidémie , sans avoir la précaution , comme on dit , de tuer le ver avec un morceau de pain et un peu de vin. Les œufs , les pommes de terre , les châtaignes et les légumes secs , assaisonnés et apprêtés au gras , doivent être leur principale nourriture. Il convient de boire un peu de vin pur après la soupe , mais il faut en faire un usage modéré ; ils peuvent boire aussi de la bonne piquette, et, sur un verre d’eau , mettre deux cueillerées à bouche d’eaude-vie, lorsqu’ils n’aimeront pas de mettre de l’eau dans leur vin. Il est une classe d’artisans pour laquelle il est plus facile de prendre certaines précautions , attendu que le plus souvent ils travaillent en ville ou dans leur maison. Cependant, comme les forgerons, les serruriers , les boulangers et autres , sont le plus souvent dans un état de moiteur , ils doi-

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vent éviter , surtout lejsoir , «1e rester trop longtemps sur le seuil île leur porte , et encore plus particulièrement dans la rue et sur une place. Leur régime doit être à peu près le même , mais , comme ils sont presque toujours devant le feu et qu’ils sont souvent altérés , ils peuvent boire du vin mêlé d’eau , etc. , et éviter dans le manger et dans le boire tout ce qui pourrait les échauffer.

Les bouchers , les charcutiers et les colporteurs 4’huile , qui ont ordinairement la fibre lâche , doivent éviter plus particulièrement tout ce qui serait capable de trop relâcher soit à l’intérieur , soit à l’éxtérieur ; ainsi l’usage du café , du chocolat , etc. , qui serait contraire aux personnes de certaines professions , peut, jusqu’à un certain point, leur convenir. Ils feraient bien aussi de brûler dans leur boutique des plantes aromatiques ou des substances balsamiques.

Les tanneurs , les corroyeurs et les mégissiers , auxquels un semblable régime pourrait convenir , peuvent trouver peut-être , dans les moyens de préparation des cuirs et des peaux , quelques préservatifs ; mais ils doivent être très-circonspects sur le maniement des uns et des autres , avant qu'ils aient passé par le tannin. Au reste , ce que je rie fais que pressentir à leur égard , peut s’appliquer en gé-

néral à tous les ouvriers qui travaillent dans les ateliers où îles matières, soit minérales , soit végétales, ‘sont en combustion et dans un état d’évaporation : je n’en excepte pas même ceux qui travaillent dans des ateliers à des matières animales réputées insalubres.

La tempérance dans tous les temps , et surtout lorsque le choléra régne , doit être pour toutes les classes une règle dont il ne faut pas s’écarter ; chacun doit par conséquent éviter , avec le plus grand soin , les excès dans le boire et dans le manger. Les personnes sujettes aux maladies de nerfs , telles que la cardialgie ou crampe d'estomac , les céphalalgies ou maux de tête , les migraines par cause de réplétion ou d’irritabilité , doivent savoir désister aux tentations d’un bon repas, à la suite duquel Broussais assure avoir vu des personnes bien portantes être attaquées du choléra et mourir quelques heures après.

Tout le monde sait que les ivrognes et les gens livrés à la débauche ont été des premiers atteints par la maladie. Il faut éviter encore toute fatigue violente et les communications sexuelles trop fréquentes : tous les genres de plaisirs désordonnés sont nuisibles dans tous les temps et pour tous les âges. Les personnes riches, toutes choses égales d’ailleurs, doivent être plus sobres et ne se nourrir qu’avec de

la bonne viande de mouton , du bœuf, de la volaille , et ne pas se gorger de pMsseries ni de viandes noires ; il faut qu’elles s’abstiennent encore de crudités et de charcuterie. En général il faut être très-réservé à l’égard des légumes aqueux , tels que le melon , le concombi’e , la courge , les betteraves , la laitue , les épinards , etc. Sans interdire entièrement l’usage des fruit* , nous rejetterons ceux d’une maturité hâtive, qui n’ont point les principes constituans des bons fruits , ainsi que ceux qui sont trop laxatifs, et nous recommanderons de ne manger des bons qu’avec beaucoup de modération. L’usage du lait doit être interdit, à moins qu’il ne soit d’un besoin indispensable , et qu’on le digère bien. L’abus des boissons alcooliques , telles que l’eau-de-vie , le rhum , le kirsch-wasser , peut devenir dangereux dans tous les temps , mais à plus forte raison lorsque le choléra règne dans le pays. L’usage de prendre , le matin à jeun , quelqu’une de ces liqueurs , est nuisible , à moins qu’on ait la précaution de manger quelque chose pour que leur action sur l’estomac ne soit pas si sensible. Le vin vieux de bonne qualité , et bu avec modération , est la boisson lapins convenable après la soupe et à la fin du repas. Le vin rouge est préférable au blanc ; les vins jeunes et les autres boissons qui n’ont

pas bien fermante, ou qui sont acides, peuvent occasionner des coliques et par suite la diarrhée. Les boissons froides , bues quand on a chaud, peuvent produire les plus mauvais effets, surtout quand elles sont prises en trop grande abondance.

J’ai observé avec assez d’attention que , depuis l’approche du choléra , la plupart des personnes qui mangeaient quelques fruits , ou buvaient dans l’intervalle de leurs repas, étaient dérangées dans leurs fonctions par une augmentation d’évacuations alvines tous les matins , qui quelquefois dégénéraient en diarrhée.

L’eau dont on doit faire usage pour boisson doit être limpide et fraîche , l’eau filtrée et celle d’une citerne bien propre sont préférables. Deux parties d’eau sur une partie de vin, et même par égale partie , forment une boisson très-saine.

Enfin , le pain , la viande et tout ce qui sert à l’entretien d’une population , doivent être l’objet de la plus grande surveillance d’un magistrat. Ajoutez à tous ces préceptes la tranquillité d’esprit et une vie doucement et agréablement active , et vous posséderez , après ma méthode prophylactique , les seuls moyens capables de vous affranchir des dangers de l 'épidémie qui nous afflige.

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