‹ Mémoire sur une nouvelle espèce de grossesse extra-utérineChapitre 3 sur 15 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Je devais à l’amitié du docteur Albers , de Brême, de connaître un cas semblable à celui que je viens de décrire , et ce savant m’avait engagé à faire des recherches sur ce point ; mais jusqu’ici ma propre observation ne m’avait rien appris.

Peu avant sa mort, Albers me manda qu’il avait été appelé auprès de la femme d’un négociant , enceinte de trois mois. Cette dame , après s’être levée en bonne santé, fut inopinément prise, dans la matinée, de douleurs très vives dans l’abdomen. Elle ne les considéra d’abord que comme des coliques; mais leur intensité augmentant, la malade réclama les secoürs de la médecine. Dès sa première visite, Albers soupçonna que la grossesse pouvait être extra-utérine s et que les accidens dépendaient de la rupture de la trompe utérine ou d’un kyste dans lequel le fétus se trouvait renfermé. Ce soupçon fit qu’Albers vint au bout de quelques heures revoir la malade. Il la trouva pâle et froide comme un cadavre, et ses lèvres étaient d’un bleu violet. Le pouls était fréquent et très petit. Cependant, cette femme, couchée sur le côté droit, paraissait tranquille, ne se plaignait que lorsqu’on la questionnait sur son état, et déclarait éprouver des douleurs très violentes dans le ventre , principalement dans la région ombilicale. Ces douleurs persistèrent jusqu’à six heures du soir : elles cessèrent alors ; mais la malade disait aux assistans quelle sentait sa fin approcher. En effet , elle expira au bout de quelques instans.

Albers m’assurait avoir, dès sa seconde visite, reconnu la maladie, de manière à ne pas conserver de doute sur sa nature. Il en appelle sur ce point au témoignage de son ami M. le docteur Olbers, savant astronome de Brême, et à celui de M. le docteur Schmidt, conseiller aulique, qu’il avait fait appeler en consultation.

Albers fit, au bout de vingt-quatre heures, l’ouverture du corps de cette femme en présence de MAI. Schmidt, père et fils. 11 reconnut que l’utérus était déchiré, et qu’un très petit fétus s’était échappé par cette ouverture. Il me dit dans sa lettre , que l’œuf s’était développé d’une manière merveilleuse dans la substance de la matrice, sans que le lieu qui servait de réceptacle communiquât avec la cavité de l’utérus.

Mon ami ne me donnait aucun autre détail sur ce cas fort singulier ; il m’annonçait qu’il allait s’occuper d’en rédiger l’histoire , pour la publier dans les transactions

(i) Ueber das Gebærorgan der Menschen und gern Zustande; von Dr. Joh. Christ. Gottfried derSæugthiereimschwangernundnichtschwan- Jœrg. Leipzig, 1808.

de la Société médico-chirurgicale de Londres. Mais la mort a enlevé le docteur Albers avant qu’il ait fait imprimer ce travail I.

Le cabinet d’anatomie du docteur Albers ayant été acheté par le roi de Prusse pour en faire' présent à l’Université de Bonn, M. le professeur Mayer a été chargé de l’examen de cette collection, et je dois à son obligeance les renseignemens suivans :

«Bonn, sur le Rhin, 20 décembre 1824.

« Monsieur,

« Ayantsu que vous aviez fait un Mémoire sur un e graviditas in substantiâ uteri3 j’ai « pensé qu’il vous serait peut-être intéressant de savoir dans quelles mains se trouve « maintenant la préparation de la pièce anatomique observée par M- Albers, dont «. vous faites mention dans votre Mémoire. Il y aura bientôt deux ans que j’ai acheté « pour notre Université la belle collection anatomique de feu M. Albers. Mais il « n’y a que peu de mois que j’ai découvert la préparation de cette graviditas in sub- « stantiâ uterij parce que le bocal dans lequel se trouvait cette pièce rare n’avait ni « chiffre ni inscription. Le catalogue même n’en fait pas mention. J’attends encore des « renseignemens de Bremen, sur l’histoire de la maladie de la mère, et sur le « Mémoire que M. Albers a voulu publier, pour que je puisse moi-même donner une « description de ce cas intéressant. Je soupçonne d’avance que je ne serai pas d’accord « avec M. Albers sur quelques points de l’anatomie de cette préparation ; je proposerai « aussi le nom de graviditas interstitialis 3 qui me paraît plus court et plus clair « que celui que vous avez donné ( graviditas in uteri substantiâ ).

« J’aurai l’honneur, monsieur, de vous communiquer dans quelque temps mon « travail sur ce point d’anatomie pathologique, et je vous prie, en attendant, d’agréer « l’assurance de la pai’faite considération avec laquelle restera toujours,

« Monsieur,

« Votre très dévoué serviteur,

« Mayer,

« Professeur d’anatomie. »

(1) Dans une lettre que le docteur Roget, se- peu de temps avant sa mort, avait acheté, pour cretaire général de la Société médico-chirurgi- une somme assez forte, une pièce anatomique cale de Londres m’a adressée , il m’assure présentant une grossesse dans laquelle le fétus qu’Albers n’avait envoyé à cette société aucun était dans le tissu de l’utérus, et qu’il en destinait mémoire sur le cas dont nous parlons. Il faut la description et les figures pour les mémoires qu’Albers ait observé deux faits du même genre ; de la Société rnédico- chirurgicale de Londres, car on lit dans l’ouvrage de M. Carus qu’Albers, (Voyez la note (A) à la fin du Mémoire, pag. 22.)

6 G. BRESCHET. — MÉMOIRE

Depuis la réception de cette lettre, le professeur Mayer m’a envoyé, dans le mois de juin de cette année (1825), les notes suivantes sur la disposition anatomique des parties :

« La matrice, qui est ouverte, laisse apercevoir la membrane inflammatoire, con- « nue sous le nom de membrana cacluca Huntëri. Cet organe est gonflé du côté « gauche , près de l’insertion de la trompe. Dans ce même point , on distingue une « ouverture de cinq lignes de diamètre dans l’utérus , ouverture par laquelle sortent « quelques flocons tomenteux du chorion. Dans l’intérieur de la substance de la « matrice, on voit l’ovule avec le petit embryon déformé. La cavité de la matrice « est séparée de l’ovule par une cloison formée par la substance de l’utérus, et qui « a une épaisseur de trois lignes. L’ostium utcrinum de la trompe gauche et de la « trompe droite est fermé. Je ne comprends pas comment Albers a pu dire que « l’embryon avait glissé dans l’abdomen , ce qui me paraît impossible. La trompe « droite est, jusqu’à son insertion dans la matrice, extrêmement gonflée , et dans un « état qui me fait présumer qu’il y avait eu, soit auparavant soit simultanément, une « graviditas tabaria. »

La science ne possédait que deux observations semblables à celles que nous venons de rapporter. Ces observations étant très peu connues, je crois qu’on me saura gré de les rapporter ici.

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