‹ Mémoire sur une nouvelle méthode de cathétérisme et sur son application à la cure radicale et instantanée des rétrécissements de l'urètreChapitre 4 sur 5 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I. — Rétrécissement de l’urètre. — Urétrotomie immédiate, sans dilatation préalable ni consécutive. — Guérison.

Cozette, âgé de 31 ans, entra à l’hôpital delà Pitié le 21 mars 1855, salle Saint-Louis, 18, pour se faire traiter d’un rétrécissement de l’urètre. Depuis huit mois, ce malade éprouvait une difficulté de plus en plus grande à uriner ; depuis un mois, cette difficulté était excessive. L’exploration du canal avec une bougie à boule de très-petite dimension me permit de constater dans la région spongieuse, à 8 centimètres de profondeur, un rétrécissement fort étroit et long de 5 à 6 millimètres que j’opérai immédiatement de la manière suivante :

J’introduisis dans le canal une bougie flexible d’un très-petit calibre, 0,00k millim. de circonférence, et munie d’un ajutage à son extrémité libre. Après quelques tâtonnements, je parvins à franchir l’obstacle et à pénétrer dans la vessie : vissant alors sur l’ajutage l’extrémité de l’urétrotome de M. Civiale , je le poussai lentement, jusqu’à ce que la pointe de l’instrument, guidée par la bougie , eût franchi le rétrécissement. Dès que l’obstacle opposé au passage de la saillie du sécateur m’indiqua que j’étais arrivé sur le rétrécissement, je fis saillir la lame de l’instrument et incisai d’avant en arrière. Puis l’obstacle franchi et dépassé , je ramenai l’urétrotome d’arrière en avant, de façon à explorer de nouveau le canal. Sentant encore un peu d’étroitesse au niveau du rétrécissement, je fis de nouveau saillir la lame pour agrandir 1 incision d arrière en avant. Je retirai alors l’instrument et la bougie conductrice.

Dans ce canal, où quelques instants auparavant les bougies les

plus fines, de 0,00/j millim. de circonférence, pénétraient avec difficulté , je pus immédiatement introduire une sonde métallique de Mayor, n° UO , sans éprouver aucune résistance, et la retirai aussitôt. Il ne s’écoula que quelques gouttes de sang.

Pendant quelques jours, je prescrivis au malade des bains, une alimentation légère. Aucun accident ne vint entraver la marche de la guérison. Le malade ne cessa pas un instant d’uriner avec la plus grande facilité. Je ne passai ni sondes ni bougies.

Le 2 avril, treize jours après l’opération, le malade urinait toujours avec la même facilité; j’explorai le canal avec une bougie à boule, puis avec la sonde Mayor, n° h 8, sans rencontrer aucun obstacle. Le malade quitta l’hôpital le lendemain.

Observation il. — Rétrécissements multiples rebelles à la dilatation progressive. — Urétrotomie immédiate sans dilatation préalable ni consécutive. — Guérison.

Rondin, âgé de 29 ans, vernisseur, entra le 20 mars 1855 à l’hôpital de la Pitié, salle Saint-Louis, 27.

Il raconte qu’en 185A, il séjourna six semaines dans un des hôpitaux de Paris, pour se faire traiter d’un rétrécissement de l’urètre qui ne lui permettait plus d’uriner qu’avec la plus grande difficulté; là, il fut soumis au traitement par la dilatation lente. Des bougies extrêmement fines avaient été introduites avec peine et laissées à demeure, déjà elles étaient remplacées par des bougies assez volumineuses quand le malade quitta l’hôpital.

Dès le 20 mars, lorsque le malade entra dans mon service, le rétrécissement était revenu à son état primitif. L’exploration à l’aide d’une petite bougie à boule me permit de reconnaître en arrière du méat un premier rétrécissement de peu d’importance et un deuxième à 12 centimètres à peu près, d’une étroitesse extrême et qu’il me fut impossible de franchir avec la boule exploratrice.

Immédiatement, sans dilatation préalable, j’introduisis, non sans peine, une bougie fine et flexible, n° 3, jusque dans la ves-

sic. Sur son ajutage, je vissai i’urétrotome de Civiale et incisai les rétrécissements par le même procédé que dans l’observation précédente. Mais l’incision me paraissant trop superficielle, je substituai à ce sécateur l’urélrotome de frère Corne et complétai le débridement. Il me fut facile de m’en assurer par l’introduction d’une sonde d’étain, n° Z18, qui pénétra avec une extrême facilité.

De petits frissons apparurent dans la nuit et le jour suivant ; mais ils cédèrent facilement à l’emploi des bains et des émollients , et se jugèrent par une éruption d’herpes labialis.

Le 28, huit jours après l’opération, j’introduisis une sonde métallique, n° AO. Elle passa avec la plus grande aisance, le canal n’avait rien perdu du calibre que lui avait donné l’incision.

Le 7 avril 1855, l’écoulement urétral avait complètement disparu , l’urine était expulsée à plein canal, sans douleur, le malade quitta l’hôpital.

Observation III. — Rétrécissements multiples de l’urètre, rebelles à la dilatation. — Urétrotomie immédiate sans dilatation préalable ni consécutive. — Guérison.

Mercier, âgé de A6 ans, colporteur, entra, le 8 mars 1855, à l’hôpital de la Pitié, salle Saint-Louis, n° 3.

Au mois de novembre 1853, ce malade fut traité pour un rétrécissement par la dilatation lente. Depuis cette époque, les rétrécissements se sont reproduits, et lors de son entrée h l’hôpital de la Pitié, le 8 mars, il ne pouvait plus uriner que goutte à goutte et avec d’assez vives douleurs.

Je constate un écoulement urétral, blanchâtre, assez abondant. L’introduction d’une bougie de 1 millimètre et demi de diamètre fut suivie d’une bougie à boule à peine plus volumineuse, qui me permit de constater 1 existence d’une série de rétrécissements très-étroits que j’incisai en deux séances.

Dans la première, qui eut lieu le 21 mars, j’incisai seulement les deux rétrécissements les plus antérieurs. Dans la seconde, qui

eut lieu le 3 avril , je terminai l’incision des rétrécissements profonds, puis, introduisant dans l’urètre l’inciseur de frère Corne que j’ouvris à 1 centimètre et demi, j’incisai largement toutes les parties rétrécies. Je pus introduire immédiatement, sans plus rencontrer d’obstacle , une sonde Mayor n° 48. Quelques gouttes de sang à peine s’étaient écoulées.

Aucun accident ne vint entraver la marche de la guérison. La miction ne cessa pas un instant de se faire à plein canal.

Le 7 avril , je passai dans le canal une sonde Mayor n° A8, sans rencontrer aucun obstacle ; le malade sortit de l’hôpital.

Observation IV. — Rétrécissements multiples de l’urètre , permettant difficilement l’introduction des bougies les plus fines. — Urétrotomie à l’aide de la bougie conductrice sans dilatation préalable ni consécutive. — Guérison.

Bardel, Louis, âgé de AO ans, me fut envoyé, le 12 avril 1855, par un de nos plus illustres confrères, pour un rétrécissement de l’urètre parvenu au dernier degré d’étroitesse. Le malade n’urinait plus que goutte à goutte et avec des efforts inouïs.

Je procédai immédiatement h l’exploration de son canal, avec une bougie filiforme, munie d’un ajutage. Je rencontrai coup sur coup trois rétrécissements que je ne parvins à franchir qu’après de longues tentatives. \ A plusieurs reprises, je dus changer de bougie, en tortiller l’extrémité. Enfin, à forcede patience et de douceur , je pénétrai dans la vessie ; un tube cannelé n° 1 , que je vissai sur l’ajutage de la bougie , fut dès lors poussé facilement dans le canal. J’introduisis ensuite dans la cannelure une petite lame munie d’un long stylet, à l’aide duquel je la fis glisser lentement jusqu’au premier rétrécissement, que j’incisai d’avant en arrière. Ce premier rétrécissement franchi , j’incisai de la même manière le deuxième et le troisième. Mais ce débridement étant insuffisant pour assurer la guérison, je retirai la sonde cannelée et j’articulai h la bougie conductrice un instrument sécateur plus volumineux qui me permit de terminer l’opération.

Celle-ci ne fut suivie d’aucun accident et le malade sortit guéri le 5 mai.

Observation V. — Rétrécissements multiples et fort anciens. — • Guérison immédiate sans dilatation préalable ni consécutive.

M. X.., âgé de 58 ans, était depuis trente ans environ, affecté de rétrécissements multiples de l’urètre, dont il avait été traité par les plus grandes notabilités chirurgicales de l’époque. Dupuytren, Dubois, Ducamp, et plus récemment MM. Civiale, Ségalas, Leroyd’Etioles, etc., lui avaient successivement donné des soins. Moimême, il y a deux ans, je l’avais soumis pendant plusieurs mois au traitement par la dilatation lente.

Tous ces traitements n’avaient amené qu’une amélioration passagère , achetée souvent au prix d’accidents fort graves qui plusieurs fois même avaient compromis sa vie.

Depuis un an environ, M. X... avait renoncé à toute espèce de traitement, et la difficulté d’uriner était devenue telle, que cette fonction était l’occupation principale de sa vie.

Sur ces entrefaites, M. X... fut affecté d’une maladie grave du genou qui le retint au lit depuis plusieurs mois et pour laquelle on demanda de nouveau mes soins.

Telle était la position de M. X... quand je proposai de le soumettre à l’urétrotomie d’après ma nouvelle méthode. Cette méthode ayant été agréée par M. X... , et par M. M... , son médecin, j’y procédai de la manière suivante :

Le malade étant préalablement soumis au chloroforme, j’introduisis une bougie, n° 3, sur laquelle je vissai ensuite un petit tube cannelé à peine plus volumineux qu’elle et légèrement courbe à son extrémité. Ce petit tube, poussé lentement et avec précaution, pénétra peu à peu dans le canal en suivant la bougie qui le précédait et parvint dans la vessie. Alors je glissai dans la cannelure du tube une petite lame tranchante avec laquelle j’incisai d’un seul coup tous les rétrécissements ; puis retirant le

petit tube, je lui substituai un lithotome de frère Côme, qui, dirigé parla bougie conductrice, pénétra facilement dans le canal déjà préparé par le premier débridement et me servit à donner aux incisions les dimensions convenables. Pour cela, je l’ouvris à 15 millimètres d’étendue et le retirai ainsi dans toute la longueur du canal en dirigeant son tranchant en bas sur la ligne médiane.

Immédiatement il me fut facile d’introduire une bougie d’étain, du n° A8. La quantité de sang qui s’écoula , après cette opération, ne dépassa pas une cuillerée à café. Aucun accident ne s’est manifesté, sauf un petit accès de fièvre qui n’a pas eu de suite, et depuis lors, le malade qui n’urinait que par gouttes ou par un jet filiforme , urine à plein canal et sans aucun effort.

Observation VI. — Rétrécissement fibreux fort ancien accompagné de fistules urinaires. — Inutilement traité pendant cinq ans consécutifs. — Guérison immédiate.

Roussard Louis-Auguste, âgé de 66 ans, ancien militaire, se présenta à l’hôpital de la Charité, dans le service de M. Velpeau, pour y être traité d’un rétrécissement fort ancien compliqué de fistule scrotale. Il raconte qu’ayant eu dans sa jeunesse de nombreuses blennorrhagies, il s’apercevait depuis plusieurs années de grandes difficultés dans l’excrétion des urines, quand à la suite d’un excès de vin il eut une rétention d’urine qui se termina par formation d’un abcès et la formation d’une fistule urinaire audevant du scrotum. C’est alors seulement qu’il se décida à réclamei les secours de l’art. Il entra h l’hôpital d’Alby où l’on fit de vains efforts pour franchir son rétrécissement. Il séjourna cinq ans consécutifs dans cet hôpital, sans obtenir aucune amélioration dans son état et il en sortit avec un certificat d’incurabilité absolue.

Telle était sa position quand il vint h l’hôpital de la Charité où il fut reçu dans le service de M. le professeur Velpeau.

Je venais de lire mon mémoire à l'Institut, et j’étais bien aise de rendre mon illustre maître témoin du résultat que j’avais annoncé.

M. Velpeau voulut bien me confier ce malade; le 15 avril au moment de sa visite je procédai à l’opération en sa présence et avec l’aide de ses internes.

Je commençai, non sans quelque peine, à introduire une bougie filiforme d’un tiers de millimètre de diamètre; cette bougie, quoique cylindrique, ne cheminait qu’avec une extrême lenteur. Ce ne fut qu’au bout de vingt minutes que je parvins à la faire pénétrer tout entière. Je vissai alors sur son extrémité libre mon scarificateur, n° 1, d’un millimètre de diamètre, je l'introduisis doucement en poussant devant lui la petite bougie qui lui servait de guide, il me fallut encore plus d’un quart d’heure pour exécuter ce deuxième temps à cause de l’excessive rigidité des tissus qui ne permettait presque aucune dilatation.

Dès que l’instrument fut arrivé h destination , je glissai dans sa cannelure la petite lame tranchante à laquelle je fis parcourir facilement toute la longueur du canal.

Le rétrécissement étant ainsi scarifié, je retirai mon instrument et la bougie, je leur substituai une bougie plus volumineuse de 3 millimètres de diamètre qui pénétra sans hésitation, je vissai à l’extrémité de cette bougie mon urétrotome de frère Côme que j avais disposé de manière à pouvoir obtenir une incision de 0,012 millimètres de profondeur, je l’introduisis jusque dans la vessie et, pressant sur la bascule, je le retirai tout ouvert, dans une étendue de 3 centimètres. La quantité de sang qui s’écoula lut a peine d une cuillerée à café. Le malade avait peu souffert; dans la nuit il eut un accès de fièvre qui ne se renouvela pas, et dès le lendemain M. Velpeau put se convaincre que l’urine sortait à plein canal et sans la moindre difficulté; pendant les dix jours que le malade resta en observation dans les salles de l’illustre professeur, aucun accident ne se manifesta, la fistule scrotale se ferma d’elle-même et l’urine continua à couler à plein canal.

Après sa sortie de l’hôpital de la Charité j’engageai Itonssard à venir dans mes salles à l’hôpital de la Pitié où je le gardai jusqu’au 10 mai, jour où il retourna dans son pays, urinant toujours avec une entière liberté et parfaitement guéri de sa fistule.

Ce fait n’a pas besoin de commentaires; il est certain que, dans l’état actuel de la science, aucune autre méthode n’est en mesure de donner un pareil résultat.

Observation VII. — Rétrécissements fort anciens et très-durs. — Urétrotomie immédiate. — Guérison.

Régent François-Marie, A3 ans, maçon, était depuis plusieurs années tourmenté par une difficulté d’uriner, due à des rétrécissements multiples. Il avait déjà séjourné plusieurs fois dans les hôpitaux, où il avait été soumis à des traitements dilatateurs par les bougies.

Le 8 juin 1855, il vint à l’hôpital de la Pitié réclamer mes soins. Le jet de l’urine était filiforme et tortillé, le malade éprouvait dans la vessie et les reins une douleur sourde et comme contusive.

Le malade me dit qu’il existait chez lui trois rétrécissements, dont on avait constaté la présence lors des traitements antérieurs. Le premier existait à 3 pouces de profondeur, ainsi que je pus m’en assurer avec la bougie à boule. Quant aux autres, 1 impossibilité de passer l’instrument ne me permit pas de les reconnaître d’une manière directe, mais je constatai leur présence au 11105011 du doigt promené sur la face inférieure du canal.

J’introduisis alors une bougie, n° 2 (2/3 de millimètre de diamètre), sur Cette bougie armée d’un petit ajutage , je vissai un scarificateur d’un millimètre , que je poussai doucement jusque dans la vessie et qui me servit à scarifier d’un seul coup tous les rétrécissements. Retirant ensuite le tout, j’agrandis l’incision avec mon urétrotomc de frère Côme, ouvert à 0,10 millimètres.

Il s’écoula environ une cuillerée de sang. Cette hémoiragie

légère se renouvela , moins abondante, deux ou trois fois dans la journée, au moment où le malade rendit ses urines, puis elle cessa complètement. Il ne survint pas de frissons, mais il se manifesta un œdème des bourses qui n’avait pas encore disparu, quand sur sa demande le malade sortit de l’hôpital, le 13 juin, urinant à plein jet et pouvant passer , sans obstacle , une sonde d’étain, n° AO.

Observation VIII. — Rétrécissements multiples. — Urétrotomie immédiate. — Guérison.

Sarleux François, journalier, âgé de 56 ans, était depuis le longues années affecté de rétrécissements multiples, pour lesquels il avait subi de nombreux traitements. Le 11 juin , il vint à l’hôpital de la Pitié. Là je constatai que le canal pouvait à peine admettre une bougie de 2/3 de millimètre de diamètre.

Trouvant le cas favorable à l’incision , je le soumis à cette opération, suivant ma nouvelle méthode, le 12 juin.

Il s’écoula peu de sang, mais pendant trois jours de suite , le malade eut le soir un léger accès de fièvre qui disparut sans aucun traitement. Par précaution le malade fut gardé à l’hôpital jusqu’au A juillet. Deux ou trois fois je m’assurai qu’une sonde métallique, n° A8, passait sans difficulté.

Observation IX. — Rétrécissement fibreux très-étroit. — Urétrotomie immédiate. — Guérison.

Baucerf Antoine, âgé de 33 ans, boucher, vint le A juillet 1855 à 1 hôpital de la Pitié, salle Saint-Louis, 18, pour y être traité d’un rétrécissement de l’urètre, qui datait de plusieurs années et rendait la miction extrêmement difficile.

Ce rétrécissement, situé à 3 pouces de profondeur, était dur et calleux. Il admettait à peine une bougie d’un millimètre de diamètre. Je l’opérai le 5 juillet. L’opération fut prompte et facile.

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