‹ Mémoires, 1550-1560Chapitre 18 sur 21 · ÉMOI&ES · texte numérisé non relu

ÉMOI&ES

Finalement qu*en ne voyant provision convenable à toutes ces particularitez^ il àimoit mieux se retirer d'heure que de demeurer Cousjours exposé h tant et tant d*inconvenients qu'il prevoyoit^ et dans lesquels il voyoit assez quoù le vouloit envelopper, pour infirmer ou obscurcir ce peu de gloire et de réputation qu il avoit acquise parmy le sang et les hazards^ et de laquelle il ne vouloit faire si bon marché; là où, par le contraire, en diligemment pourvoyant, tion à un ou deux de ces articles, ains à tous^ et au plustost, quii donneroit encores^ et tres-volontiers ^ le reste de ses vieux jours à Sa Majesté, laquelle il suppliait trèshumblement se souvîenir que tout le bien faict qu il avoit jamais receu du Rôy son père, de tres-glorièuse mémoire, c*estoit la gabelle du Piedmont, qni valoit quinze mille livres par an , et de laquelle il demeuroit privé par la restitution du Piedmont, n'en ayant toutesfois jamais joiiy que deux ans seulemient^ et à quoy son plaisir sera avoir tel regard qu^il luy plaira, s'en remettant du tout à ce qu'elle jugeroit convenable. Et de faict, tout ainsi qu'il avoit prédit, oh ne se Soiicia guieres despuis de satisfaire à pas un de ces articles, et moins à ce qui regardoit les vivres , dont le cardinal luy avoit si expressément escrit; de manière que force luy fut, le premier d'octobre, d'escrire à monseigneur ' de Guise que, puis qu'ainsi estoit que toutes lès instances qu'il avoit diversement faites, et par lettres et par personnes expresses, n'av oient despuis deux mois sceu obtenir aucun solide k^eglement sur le faict des assignations , et qu'estant dans le mesme mois n'en avoit toutestbis nouvelles aucunes, qu'il estoit désormais redoit au bout dt son sens et au dernier poinct

de la patience ^ n ayant moyen de trouver un seul denier en Piedmonty ayant pieça pour ce faict employé sa vaisselle d'argent^ son crédit et ses amis , et qu au lieu de luy en sçavoir quelque gré et de Ten bien traicter^ on faisoit aujourd'huy tout le eonti^aire; que ce qui le regardoit en particulier^ et sa vie mesme^ estoit tort peu de chose, au prix de Fevident hazard joù ToQ avoit reduict tout ce que Sa Majesté tenoit deçà les Monts, avec sept ou huict pièces d'artillerie, et la' mesme réputation et honneur aussi, qui estoit le pis: que d estimer que .dans les villes on peust, par engagement mesmeà, trouver un seul denier, que c' estoit se tromper tout à escient ; qu'à ceste misère s'adjoustoyent aussi les deffences faictes par les ministres de M. de Savoye, de porter vivres dans les cinq villes, sur lesquelles^ pour rendre l'effect de la defieace plus couvert ou plus violent, on y avoit mis. tant et tant de péages, que ce qui ne souloit couster qu'un teston revenoit maintenant à un e$ci|; qu'il Tayoit souvent prédit, mais qu'on n'en avoit jamais tenu conte ; qu'il estimoit que M. de Suze n'avoit faute de volonté pour remédier à ces misères, mais qu'il croyoit que le cardinal estoit plus soigneux de serrer que d'ouvrir les courroyes de la bourse du Roy \ et qu'en si dangereux affaires, il ne falloit pas jetter le manche après la coigflée; et en fin qu'il trou voit fort estrange qu'ayant de ^out temps esté si devotieux serviteur de sa maison, que ses supplications, si souvent répétées, ne fgssent en rien que ce soit exaucées, se traictant toutesfois, non de l'inlerest de luy, mais de celiiy du Roy, et qiie si Sa Majesté et luy ponvoyent voir par ses yeux <"'« que voyent les siens, qu'il ne serait si rudement ny

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indignement traicié qu'il e§i en ce qui regarde le salut

deTEstat.

Pareille despesche fut aussi laicte au cardinal , lequel ne s'en eschaufTa gnieres, n ayant jamais essayé, quant à luy, combien la nécessité estoit inexorable, ny les dangereux eflects qu elle produit souvent, pour prudent que rhomme soit.

Du deuxiesme octobre , le duc de Guise manda au mareschal qu'il y avoît desja quelque temps qu'il avoit eu grande envie de le prier de ne luy rien taire ou des guisér des occurrences de delà , soit jWJur la considération particulière du service du Roy, ou pour celle de luy, ou d'eux-mesmes aussi ; et que la bonne amitié •et intelligence qu'ils avoient de si long-temps nourrie l'un envers l'autre , luy devoit faire croire qu'il avoit pieça aprins à sçavoir taire et retenir^ et à parler aussi en saison convenable, luy |urant, à ces fins, et en son honneur, que quoy qu'il fust pour luy communiquer, iqu'il ne s'avanceroit jamais à en parler au Boy mesme ny à autre, sinon autant qu'il en lascbercnt la bride. Geste semonce, ou soit prière, estonna un peu le marescbal, présumant, comme il y avoit quelque apparence , que c'estoit plustost une plainte couverte sur quelque chose dont il s'estoit confidenfment descouvert à autre qu'à luy. Et, à dire vray, tous ces traictcments que vous avez cy-devant vèus, estoient fort contraires à ceste confiance dont on le recerchoit maintenant ; et neantmoins , pour ne nen gaster ou irriter , ains courtoisement satisfaire «^audit sieur de Guise, il luy manda que les grâces, les faveurs, et Tamitié dont il l'avoit dé long -temps honoré > s'estoyent si fort refroidies despuis la mort du feu Roy, sur tous

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les affiiires qa'il avoit eu à demesler , qu'il ne s*estoit plus osé avancer envers luy avec ceste mesme liberté qa'il*souloit faire jadis ^ et d'autant moins, quil avoit observé que tout ce qu'il avoit jamais escrit, pour ou • contre M. de Savoye, que ce prince Tavoit quasi jiustost sceu que le Roy, et que cela mesme qu'il avoit r'ecentement mandé sur le faict de la prohibition des vivres éntrans dans les cinq places, avoit esté communiqué à ce prince et à Madame, qui luy en vouloîent mal de mort ; que, cela e«tant peutrcstre eschappé de la main d'un des siens, il s'estoit résolu de se contenir désormais , comme le limaçon , en sa seule coquille ; mais qu'estant aujourd'huy plus avant esdaircy qu'il n'esperoit pas lors de la continuation de ses grâces et de son amitié , qu'iUuy feroit cy-apres recognoistre qu'il le tenoit et tiendroit à jamais pour unique seigneur et amy, et que, comme à tel, il ou< vnroit désormais toutes les bondes de son cœur et de ses affections*, et qu'en ceste confiance il le supplioit, dès-maintenant, faire en sorte* ou que le Roy secourust ses propres affaire^, non par parcelles, comme on faisoit puis deux ou trois mois, ains en gros, ou luy fairç donner congé à telle heure que nul sinistre accident ne puisse en rien oflencer la moindre scintille de son honneur et de sa réputation, qui luy estoyent pluis chers que la propre vie ; et que M. le cardinal , son frère , qui n'avoit jamais nagé qu'en grande eau , ne pfouvoit pénétrer si avant que luy dans les dangereuses conséquences et de la nécessité de TEstat, ce qui le rendoit, à son advis, moins crédule sur ce qu'on luy en remonstroit, et moins soucieux à y apporter les remèdes convenables, et mesmes sur

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le propre avictuaillement des places, dont il Tavoit n'aguieres, et de son propre mouvement, fort pressé-

Que le sieur d'Ossun , ayant sceu que Termes .avoit esté faict Keutenant gênerai au gouvernement'de Guyenne, et duquel il dit qu'on luy avoit cy-devant donné espérance , s'est plainct du marescl^al, disant que s*il luy eust donné congé dès -lors qu'il le demanda, que cela ne ,seroit ainsi advenu, et que puis quil se trouvoit mal traicté de toutes parts, qu'il iroit luymesme vers le Roy, ou pour estre honoré, ou pour avoir congé; qu'à la vérité c'estpit un seigneur de grande valeur et de mérita, et qu'il le luy recommandoit, et d'autant plus volontiers, que le bon traictement qu'il recevroit par sa médiation fera recognoistre aux uns et aux autres quç son crédit n*est pas du tout si bassement ravallé que chacun croit, et de laquelle croyance procedoit la désobéissance qu*il trouvoit en beaucoup de gens.

Du jour mesme il envoya au cardinal de Lon^aine les patentes, ou soit quittances, de la restitution du Piedmont , et celle du: Mo^ferrat aussi , selon la reformation qu'il y avoit apportée; le supplia tout d'un train de luy envoyer les patentes que M. de Savoye avoit depeschées sur l'obligation de la fourniture des vivres pour les cinq places, et sur le bon ti^aittement ^es sujects; désire aussi savoir si, M. de Savoye venant en Piedmont, il le devra aller saluer luy- mesme, ou y envoyer, et qu'en tout événement il est nécessaire que commandement soit faict à tous gouverneurs et capitaines qu'ils ayent à retourner en leurs charges.

Eemeicia le cardinal du bon ordre qu'il estoit

lis DuviLLARs; [iSSq] 3^9

après à donner au faict des payemens, et pour le présent et pour Tadvenir; et que si le Roy ne faict tant que M. de Savoye face lever les péages qu'il a mis sur • toutes les denrées qui entrent dans les cinq places, que la cherté que cela y apporte sera cause que les gens de guerre perdront bien souvent la paliéiice et le respect; que quand il en a faict parler aux ministres dudit sieur, qu'ils ont allégué que leur maistre, estant souverain, pouvoît mettre dans ses terrés telles impositions qu'il luy plaisoit. Cela leur fust ainsi concédé pourveu que les cinq places n'y fussent point comprinses: n'en ayânsrien voulu faire, celuy qu'il avoit envoyé vers eifx leur respondit tout en riant , et fort à propos : « Et bien, messieurs , vous serez souverains des péages, et nous de la force pour y remédier. »

Que, par la réduction qui a esté ordonnée du domaine de France, on ne faict point de distinction dé la qualité ny du mérité de ceux qui en tiennent par rémunération, comme il feisoit celuy de Rennes, valant six mille escus par an; que si ceste rigueur se praltiquoit en soii endroit , qu'il àuroit grande occasion de croire qu'il ne le tenoit pas àù nombre de ses humbles serviteurs et amis , sçachaiit assez que tout cela ne se faisoit que sous l'authorité de luy et dû cardinal.

Que par la restitution du Pied mont il demeùreroit privé de quinze mille livres de rente et de la gabelle du sel, que le Roy luy avoit donnée, etdont il li'avôit encor joûy que deux ans; et eh fin qu'il se prômettoit tant de luy, que non seulement il demeùreroit paisible dudit Rennes, mais qu'il keroit aussi médiateur.

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pour luy faire avoir recompense de ladite gabelle; que c'estolt le seul ejt unique bien»faict. qu'il avoit jamais eu du feu Roy à t^nt et tant de grands et recOmmandables services qii*il avoit rendus durant quarante ans y et duq^l par sa médiation il esperoit plustost l'augmenta ti on que la diminution y veu mesmes-ce que Sa Majesté luy ep avoit e^crit et promis par diverses despesches.

Que 9 n'ayant cy devant pourveu à tant d'instances qu'avoit faictes le secrétaire Rusé pour la direction dps afiaires du Rpy, il estoit contraint de depescher le secrétaire Billiad avec nouveaux mémoires, et qu'il supplipit M. de Quise de les luy renvoyer tous deux, avec les meâmes provisions qu'il avoit demandées r et qu'il supplioit encores de nouveau , à sçavoir :

Que, combien que par une apparente courtoisie les ministres^^de M. de Savoy e eussent permis indi&remment à un chacnn de porter vivres dans les cinq places, que ces toit toutçsfois une liberté ^i chère, à calise des daces imposez, qu'il n'y avoit soldat ny^ officier ansquels la paye peustsqfiire pour demy mois seulement; qu'en matière d'Estat il ne^falloit rien faire à demy, car, les cboses demeurons en cèst estât, c'est présenter du pain d'une main, et le bdston dte l'autre pour frapper si on y touche.

Que si M. de Savoye s'obstine à la continuation de la levée de ces péages, il faut. nécessairement qu'il en advienne quelque grand inconvénient, qui sera pent estre irrémédiable.

Que Sa Majesté n'a deu ti*ouver mauvais que le mareschal ait faict plainte sur plainte snr le retardement de ses assignations, puis que, de dix mois en çà^ il n'es-

DE DuviLLAus. [iSBg] 38l

toit jamais venu autre payement que celuy de deux mois tant seulement y de manière qu entrans dans Vhyver il n'y a soldat qui ait seulement de quoy coavi-ir ses nuditez^ et à laquelle misère s'adjoustoit celle des vivres: de manière qu'il luy a esté force que luy^ et de main en main tous les autres officiers , ayenty à faute de crédit , engagé leurs hardes et leurs bagageà pour leur donner quelque secours, et que, cela defikillant, les soldats ont refusé de faire les gardes accoustumées, et meâacé de saccager, et puis Se retirer.

Qu'en adjoustant un mal à l'autpe on ne tient aussi compte de pourvoir au faict des fortifications, payement de la gend'armerie, officiers des guerres et de l'artillerie, et moins encours au payement de la cour de pariement et chambre des conîiptes, et ausquels sept mois entiers sont desja deus, tous lesquels, la plus part anciens et d'aage et de service , ne sçavent que devenir avec leurs femmes et enfans ; chose slpitoyable que les mesmes pierres en pleurent.

Que tant s'en faut qu'on luy eust sceu gré dé ce qu'il n'a voulu, parmy tatrt de pauvrélez et de miseras, quitter le gouveriiail de là navii-e, que par le contï*aire on a enduré^que certaines pet^onnes, péslés de la nature, ayent eu la hardiesse de dire qu'il n'avoit pas oublié, pàrmy tout cela, de bien feiré ses besongnes ; que, pour faire ilientir telle racaille, il estoit sur k poinot de despescher le sieut* du Plessis, avec tous les estatâ de sa recepte et despence de l'elctràordidairé desguetDes, des nmnitions,Hde l'artillerie et de tous les deniers levez et redeus sous divers prétextes, tant du costé des Miianoi^^ de Montfèrrafc ^e du Pied-

3éa [i^Sg] MÉMOiAEs .

mont aussi; que par ainsi il supplioittres^humbleiitent le Roy de deux choses : de si bien faire examiDer tous ces estat$, que la vérité fust reco^uë, et, cela faict, luy donner désormais son congë pour se retirer où bon luy semblei^ » n^estant pieça que trop las d'estre ainsi indignement tr^icté et mesprisé , parmy la candeur de ses actions , et à la veuë de ceux qui se disent ses serviteurs et amis, ayant désormais, quant à luy, apprins à n'assigner son souverain bien qu'en la propre tranquillité de Tame et de la conscience , avec ferme espérance que Dieu, qui estend ses bénédictions sur les bons, et ses malédictions sur les mauvais, luy fera miséricorde.

Qu'il vient tout maintenant d'estre adverty qu'il ne falloit espérer aucun secours du costéde Lyon, soit par emprunt qu autrement : quoy estant, il se dis* çoulpe, dés maintenant, da mal qui en pourroit advenir, et que puis qu'ainsi est que ses remonsti'ances sont si mal receuës, q^u'il a commandé ausdicts Billiad et Ruzé de s'en revenir vers luy, ne «'apercevant de* sormais que trop que la mesme vérité qu'il représente tous les jours arrive si tard aux oreilles du Roy, qu'elle demeure toute debiffée et sans forme pour se faire recognoistre, et, en cela mesme qui regarde ses affaires, que les desastres et les envies s'efforcent en vain de surmonter sa vertu , sa fidélité et son courage.

pu deuxiesme novembre, il eut nouvelles que le secrétaire Ruzé avoit tant crié et tempesté, que on ayoit commencé à donner quelque ordre au faict des payemens^ et que. cependant on iuy envoypit vingtcinq -mille livres pour secourir les gens de guerre, sans toutes-fois luy donner asseurance des trois; mois dens

DE DUVILLÀRS. [i559] 383

àla faDterie, ny des sept de la' geddarmerie el des autres officiers; sur quoy il remonstra que ces façons de faire ne tendoient à autre chose qu'à le faire mourir à petit feu parn;iy des nuageuses et incertaines promesses, qui ne le ruineroieut pas, mais bien le service et la réputation du prince ; pour à quoy remédier il n j avoit qu un seul moyen , qui estoit de tellement disposer et reigler les affaires , que dés le commencer ment des mois le payement fust apporté; que lors^ et non plustost, les gens de guerre seroient contenus en crainte et en discipline, et Sa Majesté deschargée de ces continuelles importunitez , et luy mcsme aussi de la défiance qui faict souvent croire et craindre plus de mal et plus de bien qu il n'y a pas.

Qu'il avoit souvent sommé le duc de Sesse de luy envoyer les quictances et certifications nécessaires sur. les restitutions de Piedmont et Montferrat ; qu'en luy respondant par ses lettres du vingt-troisiesme octobre, iUuy avoit mandé qu'il ne le pouvoit faire qu'auparavatit il ne fust asseuré de celle de Savoye, de la Corsegue et Tuscane : surquoy le mareschal auroit répliqué que ces raisons n'estoient pas soustenables, pais qu'il n'ignoroit pas que son authorité ne s'estendoit point sur ces trois provinces; que, quant à la Savoye, il n'avoit peu ignorer que la restitution n'en fust pieça faicte , et dont il se pourroit esclaircir par M. de Mazin , qui estoit à sa porte , et de mesme dés Genevois, pour la Corsegue (0; que, pour le regard de l'autre, il avoit sceu que le sieur domp Francisque d'Est la luy avoit baillée, et en fin que par ces difficultez il rembrouilleroit les affaires de la Picardie et

^*) Dea GéBois pour la Corse. '

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de la Flandre; si tost qur'il aora faiefc cesponce, elle sera envoyée à Sa Majesté; que s'il en eust este creu , qu'il n eust rien rendu qu'au mesme instant ces descharges ne luy eussent esté fournies : que la volonté de Sa Majesté sera observée en ce qui dépend de M. de Savoye , qui a prins son chemin par la mer pour se rendre à Mice, et non en Piedmont, où il ne viendra qu'après l'hyver : que Sa Majesté ne laisse, s'il loy plait, de commander que les sieurs d'Ossun, de Gondrin et Montbazin, reviennent, en leurs gouvernement^ et lesdits capitaine^ à leurs charges.

Le Roy , ayant en fin receu pour bonnes les plaintes et le$ remonstrances du marescfaaly luy manda y par lettres du vingt-neufiesme octobre , qu'il avoit commandé qu^en toute diligence on luy envoyast deux mois, laissant le trcHsiesme en erouppe, sans lequel les gen^ de guerre n'auroient jamais moyen de s'habiller , car tout ce qu'ik recevroient maintenant leurdesduisant les pre^ts, peu sera ce qui leur restet^.

Sa Majesté luy manda aussi que M. de Savoye luy faisoit tous les jours nouvelles plainctes de luy : sa respoûce fut qu'ai croyoit encores pis, mais que toot cela ne procedoit d'ailleurs que de la rigueur et de la malice de ses officiers , qui prenoient plaisir à dresser nouvelles inventions et rigueurs pour tenir les cinq villes (et Carmagnoles mesme aussi) comme enfermées dans une cage et sans vivres , deffendans d'une part, par dessoubs main y d'y en porter, et d'autre chargeans ce peu qui y vient de tant de daces, qu'il n'y a ordre dé pouvoir vivre en façon quelconque : que d'endurer ces bravades et ces nécessitez, qu'il ne le fera

D& DUVILLAES. [iS^q]* 3S5

jamaisypourneperdrecepeu de places qui restent d'une si grande grâce qu'est celle que il a receuë, et qui est un peu trop mal recogneuë : car, mesme pour le regard de Carmagnoles ( à laquelle on n'y peut aller ny en sortir çà et là sans passer sur ses terres), ils ont aussi mis dace sur tout ce qui sort ou qui entre dans la ville, pensans que le mai*eschal ignore que tout ce qui est à vingt lieues à l'entour n'est qu'usurpation faicte sur les anciens marquis de Saluées, desquels Sa Majesté a le droict , et lequel il ne falloit pas laisser escouler si doucement qu'on a faict, aussi bien que tout le reste. Et à la vérité, qu'il ne pouvoit taire, comme vray François, que la paix en soy estoit bonne et louable chose, mais très-mauvaise quand elle commence par si notables pertes que sont celles que la France a faictes , et qu'il prévoit qu elles ouvriront un jour de grandes cataractes de division parmy elle (0, et tout par faute de prévoyance.

Du mesme jour ayant le mareschal esté fidèlement adverty, par le sécrétait^ Buzé, que toutes les grandes montagnes de promesses qu'on luy faisoit sur le faict des assignations , n'engendreroient que des paroles on quelque riciicule soury, et que tout ce qui regardoit le faict des cinq villes retenues , où il se traictoit de M. de Savoye, estoit mal receu, quelque raison qu'il eust de son costé , ce qu'ayant assez recognu par divers traicts , il manda à Ruzé et Billiad qu'ils demaur dassent leur congé au Roy, et qu'en le prenant ils pro-' testassent tous deux, en son nom, devant Sa Majesté

(0 L'événement ne justifia que tro|> les pressentimens du maréchal : le marquisat de Saluoes excita de longs démêlés entre la France et la Savoie. .

38É t*^^9] MÉMOIRES '

et les seigneurs du conseil , de tous ie& inconvénients qui pourroient advenir par faute de convenable provision.

Que puis qu'ils ^n y veulent autrement pourvoir, qu'il n'est pas délibéré de recevoir ceste honte de se voir chassé du pays , et au hazard de sa vie^ laquelle toutes-fois n'est d'aucune considération au prix de celle du service du Roy ; qu'il les supplie d'envoyer commander en Piedmont quelque autre qui puisse plus paisiblement endurer que luy ne peut faire, ceste honteuse fortune , qui luy serviroit de tres-indigne tesmoignage et recompence à tant et tant de mémorables services par lui rendus en divers temps ; qu'ils redemandent aussi la vieille patente qui fut envoyée par feu Guesdon au cardinal, sur les droicts que les comtes de Provence avoient sur le Piedmont, et poar avoir laquelle il avoit donné gage de. six cens escus que il faudroit qu'il payast; qu'il a depesché le sieur du Plessis vers le Roy, avec lequel ils conféreront, et feront tous tant de sa part envers Sa Majesté, que elle le renvoyé, estant^ comme il estoit, résolu de ne se mes- 1er jatnais des finances du Roy.

Le mareschal, recoguoissant que seç oifFrandes et ses supplications continuelles n'apporloyent aucun at legçment au mal qui le pressoit, manda à la Royne, mère du Roy , que toutes choses estoient reduictes à tels termes, qu'il falloit qu'il se tint plus avant sur ses gardes parmy les François qu'il ne faisoit pas autrefois parmy les ennemis; que puisque les ministres de Leurs Ma j estez faisoîent si peu de conte d'y pourvoir, q^'il se, deschargeoit es mains d'elle du mal qui en adviendroit; pour n'estre spectateur duquel il pro-

DE DUVILLAKS. [ïSSg] 887

testoit quil se retireroit, si dans trois sepmaines les payemens ne luy esioyent envoyez.

Que Sa Majesté n*ayant voulu retenir que vingt compagnies, au lieu de vingt et deux qui estoient nécessaires, qu'il les a desparties, à sçavoir : dans Thurin cinq, à Quiers cinq, à Chivas trois, à Villeneufvé trois, à Pinerol trois, et une seule à Carmagnoles, puisqu'il y a cinquante hommes au chasteau ; supplioit Sa Majesté , que, ce département luy estant agréable , elle le luy vueille envoyer s^né de sa main , pour fuir les desadveux.

Que la marquise de Montferrat, au pris de M. de Savoye, recognoit si avant les grâces que Sa Majesté luy a faictes , qu'elle a commandé à tous ses sujets de librement traffîquer dans les cinq villes, et d'y porter indifféremment toutes sortes de vivres san^rien payer.

Du treiziesme. novembre^ le mareschal fit noJl^elle plainte que du costé de Lyon, ny d'ailleurs , il n'^voit aucunes nouvelles des vingt-cinq mille livres qui dévoient arriver il y avoit quinze jours ( au moins à ce qu'on avoit mandé), et que si ledict sieur du Plessis n'eust en passant emprunté dix mille livres qu'il luy avoit envoyées en posjte, qu'il voyoit les armes levées contre luy , par ce qu'on le trouvoit manquer en ses promesses, faictes toutesfois sur celles qu'on luy faisoit aussi en Cour, et qu'il avoit prins Fesolution de tout quitter pour ne plus demeurer enveloppé parmy les nécessitez et les confusions qui l'assiegeoient de tous costez ; que si, par cy devant, il a avec peu faict beaucoup, la nécessité ayant esté sa propre vertu, et laquelle il ne peut porter plus outre, tout luy défaillant; que la viande de la vérité,- qu'il a tant de fois présentée à

388 [l^^9l MÉMOIRES

Leurs Majestez , estoit propre au salut et à la conservation de TEstat, et lequel on veut renversior par chemins destournez et contraires à ce que l'extrémité recherche; qu'ayant esté adverty par aucuns de ses amis que le vidame de Chartres commençoit à se remettre sur la campagne de ses mesdîsances , et mesmes en ce qu'il avoit le plus cher en ce monde, que cela l'avoit contrainct , avec considération du recullement des afiFaires, de me depescher vers le Roy pour r'abatre ces atantats que Lodun , depesché par le vidame , avoit mis en avant : pour à quoy parvenir , je fus chargé de dire, devant Sa Majesté et tous les seigneurs du conseil, que si M. le vidame ou autres avoient à son préjudice avancé quelque chose qui peut tant soit peu tirer eh doute la fidélité de ses services, que j'avois charge de ftes-humblement supplier 6a Majesté me permettre de dire à sa descharge, et en toute révérence et correction, ce qu'il m'avoit commandé; à quoy elle me respondit que combien qu'elle eust de luy toute la grande et honnorable opinion que meritoit la grandeur de ses services, que c'esloit le moins qu'elle pouvoit faire pour luy que de m'escoutier en ce que j'avois à dire.

Là dessus je fis plaincte de sa part , disant qu'il avoit entendu que M. le vidame , ayant oublié l'amitié dont le mareschaî l'avoit honoré, s'estoit avancé, par la bouche de Lodun , en quelques propos à son desavantage ; que s'il estoit ainsi qu'il l'eust faict, qu'il n'avoit faute de cœur ny d'armes pour faire paroistre, à luy et à tout le monde, l'intégrité et la candeur de ses actions , tant en ce qui pouvoit regarder le service de Sa Majesté que ailleurs. Lors M. de Guise, prenant la

d;b DuviLLA.as. [iSSq] 38g

if me dict : « Prenez garde à ne vous avancer si avant que vous en soyez desadyoué par M. le mareschaly qui est plein de modestie et de douceur. » A quoy je respondis que \e ne serois jamais si mal advisé de porter telles paroles devant mon Boy, sans avoir ladveu qui m*estoit nécessaire, et qui n'estoit pas loing de moy, et que là où il se traictoit d'un seigneur de tel mérite et valeur , qu'il jialloit plustost chastier qu escouter ces âmes impures qui envioient la gloire et la vertu de luy. Lors le Roy, prenant la parole, dict à M. de Guise : « Vous estes Tun de ceux qui pouvez mieux que nul autre tesmoigner de la probité et des grands et recommandables services de M. le marescbal: si le vidame ou autre a mesprins en son endroict , il Ten faut tellem^t corriger qu'il serve d'exemple aux mesdisans. Si je sçavois qu'il se fust ainsi oublié, je * commanderois à vous mesme d'en faire le ressentiment en .mon nom , et à quoy je vous prie prendre d'oresnavant garde de si prés, que ces foUies n'adviennent plus, et au r^ste depescher Boy vin le plustost et le plus favorablement qu'on poun^a •* et vo]us, asseurez de ma pavt M. le marescbal que je l'aime et honore autant ou plus qu'autre seigneur qui soit en mon service. » Voilà comment on a tousjour& plus d'aifaires à se couvrir ^des ennemis de Cour que des armes ennemies.

Du neufiesqfie décembre, le cardinal luy ayant mandé qu'il avoit faict party avec le marchand Obreth, comme il l'avoit asseuré par mpy , sur tous les payements d'une année entière, montant deux: cens soixante mille livres, il fit sçavoir au Boy qu'il ne ppuvoit prendre pied là dessus, puis qu'en passant à Lyon j'avois des-

igo [^559] mémoiuës • •

couvert que le marchand Obrelh abusoit desja de ses promesses ; et de faict que la mesme partie des vingtcinq mille livres avoit est^ envoyée éh or, où il ne s*estoit trouvé escu qui ne fust bas à dix ou à douze grains pi^s : perte très-grande aux gens de guigrre , qui avoient assez de maux h souffrir sans y adjouster celuy-là ; que le mesme commis de l'extra ordinaire, Molle qui se tient à Lyon, luy a mandé que le marchand Obreth&isoit estât de n'envoyer les payements que pièce à pièce, et eu ces mesmes espèces, qu'il va achetant de tous costez; que si cela luy estoit permis, qu'il gaigneroit plus de cinquante pour cent, à la ruine toute évidente des affaires de Sa Majesté.

Que le duc de Sesse, satisfaisant à la réplique sur le faict des restitutions , luy a escrât qu'il avoit envoyé ji madame la duchesse de Parme , gouvernante de Flandres , que les restitutions avoient esié accomplies, tant en Toscane, Corsegue, Montferrat, Piedmont que Savoye, et que, par ainsi, si elle avoit, en la deffiance de cela , suspendu ce qu'elle avoit à accomplir de sa part , qu'elle s'en acquitast ainsi qu'elle adviseroit.

Le Roy ayant cy devant, à là remonstrance du maresçbal, ordonné treize cens livres par mois pour appointer plusieurs gentils-hommes qui avoient, durant tout le cours des guerres, bien et vertueusement servy, furent, à la honte de luy, convertis au payement de la compagnie des chevaux légers de Ludovic de Birague, à la ruine de dix ou douze chevaliers de marque , tous lesquels, selon leur portée, ne dévoient rien à l'antre. Et puis, arrestez vous aux promesses et aux amitiez de ceux qui manient îes rois, tout le passe-temps desquels

ne s'estend qu à remuer mesnage et à dcifavoriser oi^es. Tun ores l'autre, et ceaz mesmes qui n'ont trop de mérite et de' valeur aussi, si ce n'est surmontante, au moins esgallante la leur \ et d'engonler là dessus la patience (0, il n'y a ordre j il faudroit estre quelque statue insensible et mal rabotée pour le foire. .

Parle retour de Ruzé, on luy entoya encôres pleine poche de paroles et de promesses, autant pour luy que pour ces si^trs ainsi indignement desappoincte^ pour la cour de parlement, chambre des comptes, pour l'accélération des payemens de tout le monde, et en particulier pour les sept mil escus à luy deus pour la gabelle, que par commisération il avoit p^estez à tous ceux-cy ; mais tout cela fut remis au dégel dû Montcenis, ou sur le disner des Basques qui ne vivent que d'aisles de mouches , qui ne font jamais le Ventre pointa -, et par ce que ces desappoinctez estoient tous, ou gouverneurs de places, ou capitaines et des plus vaillans qui eussent servy en Kedmont, il manda au Roy que c'esUbit Ir^p rabaisser la foy et les tesmoigaages qu'il avoit rendu dateur valeur, mais plus encor deluy mesme; qu'il n'avoit plus, quant à luy, d'estomac propre à digérer toutes ces fréquentes indignitez , et qae puis qu'on jugeoit si mal et d'eux et de luy, qufil valoit mieux que tous ces cavalliers allassent chercher leur party hors le royaume, et que luy mesme a-ussi s'allast retirer en quelque coing des terrés vénitiennes, plustost que de demeurer contemfptible parmy les siens, suppliant Sa Majesté vouloir ainsi permettre et à luy et aux autres. Aussi, la'franchige de ces reinonstrances estonna du premier abord le Roy et les autres ;

C«) S*armer de patience.

3q^ , [^^^9] MÉlfOlAES*

mais pour tout cela toutesfois , ils ne se hasterent guieres depuis d'y pourvoir, aornoios qu'à basions rompus pour à la fin le matter et descourager du tout, comm'il advint peu après/ Tenvie ne quittant jamais celuy qui nous surmonte ou qui nous esgalle, soit par ,gloire ou par honneur.

Du dixiesme décembre , ayant sceu l'arrivée de M; de Savoye à Nice , il l'envoya saluer et visiter par le sieur de Montbasin> et luy offrir tres-humble service, 1^ suppliant par mesme moyen vouloir, pour les raisons qu'il iuy declareroit de sa part , descharger les cinq villes des daces et imposts mis mir les vivres qui y estoient portez par ses subjects , ou par ceux du Montferrât et du marquisat dé Saluées. Ce ne furent de la part de ce prince que toutes paroles fort courtoises, et qu'en attendant le retour d'un gentilhomme quil avoit envoyé vei^ le Roy ,:il commanderoit que la levée desdictes daces seroit suspendue ^ et neaiitmoins ayans depuis les commissaires qui sont du costé du mai*quisat continué à les lever, le marescbal le luy auroit faictsçavoir, et promis que d'oreshavant pour tous ces demeslemensilnes'en addresséroit à auti^e qu'à luy, sçachant combien il avoit à cœur que les affaires de Sa Majesté' receussent tel establissemeiKt, une fois pour toutes, que Sa Majesté ny luy n'en ouïssent plas parler.

Par une lettre du vingtiesnise d^ ce mois, ce prince respondit qu'il avoit pourveu à sa juste plainte, et qu il reoevroit tousjours à singulière faveur qu'on s'addressast à luy pour toutes sortes d'afiàires où sa personne, son. jugement et ses moyens pourroient servir Sa Majesté : et pour autant que le mareschal se douloit que

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du costé de la Cour, où il n'estoit aucunement festé , on ne trouvast mauvais ce qu'il avoit faict , il envoya à Sa Majesté les informations qu'il avoit prinses sur ces aÛaires , luy ramentevant toutesfois que en cest endroit il n'avoit suivy autre chemin que celuy que Sa Majesté luy avoit tracé par ses lettres du vingtiesme novembre, portants qu'il n'eust à souffrir ny laisser passer aucunes nouvelletez ny entreprkises de la part ny dudit sieur duc y ny de ses ministres , sans s'en ressentir par une douce et honneste remonstrance, et^ en cas de refus, en donner advis à Sa Majeàté.

Qu'au mesme instant que ceste depesche sefaisoit, que l'un des commissaires dudit sieur duc l'estoit venu trouver pour faire rendre l'argent prins sur les marchands y- marctiandises et mulets , allants ou ^ retournants du marché de CarmagnoUes, et que ceste démonstration donnoit espérance de mieux pour l'advenir, et dont il n'a oublié d'humblement remercier ce prince.

Qu'il vient d'avoir nouvelles que le duc de Sesse est aile' visiter Casai ; que delà il est allé, à Yvrée , et puis repassé par Santia et Verceil : ce qu'il a trouvé estrange , ces places n'appartenants à son raaistre , et dont il ne peut faire bonne conjecture ; qu'il n'en fera toutesfois autre bruict si Sa Majesté ne luy commande le contraire.

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