‹ Mémoires, 1550-1560Chapitre 17 sur 21 · partie · texte numérisé non relu

partie

Fut aussi dict que plusieurs grandes levées de deniers a voient 'esté faictes sur le pays^ desquels on disoit qu'il »'estoit aucunement accommode; surqaoj fut respoDdu cfue Je pays avoit à la vérité esté chargé de Tentretenement de vingt-six compagnies de gens de pied/ de deux cens chevaux légers, des munitions, des charrois y de rartillerie, des fortifications^ des codduittes des vivres et autres charges exprès, pour toutes lesquelles le Roy n'avojit jamais, depuis le commence* ment de la guerre jusqu'à la fin, envoyé un seul d^ nier, et que s'il estoit ainsi qu'il y eust eu malversation aucune, qu'il s'en falloit prendre aux thresorien que le pays avoit députez, et non à luy, qui leur avoit cominandé d'en envoyer ou de porter eux mesmes lesdicts estats et les comptes au conseil du Roy.

Aussi qu'il avoit, durant la guérite, fait par inimitié abbattre le chasteaii deGagliani, appartenant au marquis de Masseran. La responce fut que rîen n'avoit esté faict eh cest endroit que Sa Majesté n'eust elle mesme commandé, et qu'il se repentoit de n'avoir encor abatu Jumaglia et Masseran, puis qu'il avoit esté trouvé marchant de biais au service de Sa Majesté, contre la foy qu'il luy avoit donné quand il luy mit l'escharpe blanche au col ; et que quand tout cela ne militeroit pas comme il faut, que c'est le devoir d'an général d'armée de faire deffendre les places tenables et d'âbatre celles qui ne le sont pas, quand il jii^g^i comme il avoit fait, que ceste cy ne pouvoit lore estre competemment fortifiée, et que M. de Termes esloil

DE DUVILLÀRS. [iSSq] 3oS

celuy lequel, par le commandement de Sa Majesté^ ieo avoit providemment dépossédé, et avec beaucoup plus de douceur que ses deportemens ne meritoienl.

Là dessus il commanda à-Billiad de dire à monseigneur le connestable qua toutes ses actions avoient esté si justes et si sainctes , qu*ajant cest honneur de Iqy appartenir, il ne devoit permettre qu^on parlai ainsi à la voilée d'un homme d'honneur , qui valloit mieux au bout du pied que tous ceux qui prenoient l'audace de parler de luy autrement que bien à point, et que s'il les cognoissoit qu'ils s'en ressentiroiçnt (ort rudement ; qu'en la confiance qu'il a que la vertu s'afinera parmi ces impostures, que les traits enflammez qu'elles descocheront , seront receus avec le bouclier de la foy et de vérité; que Dieu la benist tousjours. Le connestable respondit que ce qu'il en avoit discouru avec Billiad estoit en intention de tirer la mesme vérité dc^ choses, et qu'il avoit esté bien aise d'entendre maintenant comme tout estoit passé pour en parler au Roy et à M. de Savoye, et bafouer tous ces porteurs de faux poulets et de rogatons.

Du i5 may le mareschal fut adverti qu'aucuns avoient mis en avant au Roy , à M. et à madame de Savoye, que le mareschal, en di^essiant la Baliere de Cabise, auroit prins les terres par oh elle passoit , non seulement sans payer, mais contraint aussi tous les villages des environs à y travailler à leurs despens et sans aucun payement, et qu'en tout ce faict là il s'y estoit porté fort injustement ; c'est pourquoy il pria deslors le président Birague, et deux conseillers, d'al. 1er, tout le long des^ villages qui sont es environs la Baliere , pour prendre information sur tous ces faits ; 3o. ap

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ce qu'ils avoient faict, et que par leur propre procez vel'bal qu'ils envoyèrent au Roy il ne s'estoît trouvé païsan ny gentil-homme qui en ait faict plainte d'un liard : quoy faict, il supplia le Roy et lesdils seigneur et dame de Savoye , de faire appeller au conseil de Sa Majesté les seigneurs de Raconis de Sanfré de La Nov^aise, et autres du pays qui estoient près Son Altesse, pour sçavoir au vray la vérité des affaires premier qu'en faire plainte, et qu'il avoit Tame et la conscience, ppur le regard de si meschantes accusations, si constamment résolues , qu'il n'en daigneroit parler plus avant, pour n'ofienser les chastes aureilles de Sa Majesté et de Son Altesse de chose si infâme que ceste ci, et que la plus grande faveur et honneur qu'ils luy sçauroient faire, ce seroit de députer commissaires, tant en Piedmont qu'ailleurs , pour examiner le cours de sa vie et de ses actions, toutes lesquelles ont esté si pures, qu'elles démentent tous ceux qui en voudront autrement, parler, soit dict avec la révérence et correction et de l'un et de l'autre prince ; et que , tout cassé qu'il est, vienne à l'assault qui voudra, il a encores du courage et de la force assez pour, sous le congé de Sa Majesté, faire recevoir son dire pour véritable comme il est. Il en escrivit autant à madame de Savoye, qui l'en avoit elle mesme adverty. Tant y a que le Roy s'en fascha fort , jusques a menacer ceux qui s'avancefoient, comment que ce fust, au préjudice d'un si grand, si brave et si intègre capitaine qu'il estoit: aussi est-ce le vray office de prince chrestien et débonnaire de ne detracter ny de jamais n'ouïr les détracteurs, car toutes les flesches qu'ils tirent contre la vérité rejaîlliroDl contr'eux, à leur ruine et à sa gloire.

DE DDVILLÀRS. [iSSq] 3o^

Or, comme un mal est presque touçjours la conséquence et la stfitte d'un autre, lé marescbal eu3t bientost après encor une autre alarme qui le fascha autant que nulle des précédentes ; c'est qtie Ije gênerai CoiflSér, partant de la Cour, donna advis audict Billiad que M. de Dampville avoit quelque mescontentement du marescbal: luy, pour s'en esclaircir, alla visiter ledict sieur de Dampville de la part du marescbal ; mais, Tayant -trouvé plus froid et plus retenu que de goustume, il luy dit qu'il avoit entre-ouy qu'il avoit quelque m.escon lentement de son maistre, duquel toutesfois il avoit commandement de s'adresser à luy pour les plus grands affaires, le tenant pour son plus asseui^é ami. Dampville, qui avoit le cœur franc , luy dit lors: « J'ay tousjours esté et seray tel , c'est pourquoy j'ay trouvé estrange qu'en parlant du gouvernement de Piedmont il ait dit : Que sera-ce ? et l>ien M. Dampville veut revenir de deçà pour me lever le siège , comme s'il eust voulu inférer qu'il ay m oit mieux qu'un autre quemoyl'eust à son reffus. » Billiad, partantde la main , luy répliqua: « Avez vous desja oublié, monsieur, l'amitié et l'intelligence qu'en partant vous jurastes l'un à l'autre, et de ne jamais escouter chose quelconque qui peust altérer ceste société? et vous estes toutesfois celuy qui le faictes contre celuy qui a esté votre capitaine, qui mesme vous aime et chérit comme fils et comme son plus chçr ami, et dont il se falloit accoi:der premier qu^entrer en la croyance toute entière, comme vous avez faict, et sur des soupçons non recevables. Ce bon seigneur vostré parent estoit assez affligé de tous costez, sans y apporter ceste surcharge, en considérant, comme jl eust faict luy mesme pour le

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regai^dde vous, qu'il advient assez souvent qu on tient des propos et des paroUes à bonne intention, lesquelles, tirées hors des familiers devis , sont souvent malicieuse* ment interprétées y comme à ce coup ont esté les siennes: et devant que partir de Piedmont vous sçaviez assez que: ce peu de places que le Roy y retenoit ne l'y retiendroient jamais ; il est à croire qu'il eust mieux aimé de s'en courtoisement defiaire en vos mains qu'en celles de tout t^nt de gens qui le briguent aujourd'huy. Davantage, si telle estoit vostre volonté, n'advoûerez-vous pas que vous luy avez faict tort de ne vous en descouvrir à luy ? » Dampville respondit qu'il Teust ainsi faict si le mareschal n'eust creu, comme on dit qa'il faisoit,. qu'il avoit favorisé le vidame de Chartres cootre luy ; Dampville ajouta que tant s'en falloit qu'3 l'eust ainsi fait, que par le contraire il ayoit retiré de la main d'un capitaine du vidame quelques fascheux mémoires qu'il avoit dressez contre luy; tant y a qu'il nWoit jamais rien tant désiré que l'amitié du mareschal , auquel il rendroit tousjours hontieur et service, et qu'en ceste intention il le conseilloit de s'en revenir en France le plustost qu'il pourroit , pour renverser beaucoup de fascheux propos et de mauvais offices qu'on dressoit contre luy , et à tort , ainsi qu'il feroit recognoistre au connestable son père.

R Le mapeàchal de Brissac , gouverneur et lieutenant général pour le Roy en Piedmont, a esté advcrti qne depuis la paix il y a eu quelques uns qui se sont voulu efforcer d'apporter du soupçon et de l'ombrage sur la candeur de ses actions au service de Sa Majesté, pour desquels se discoulper il avoit esté contraint dépescher en Cour le sièur de Montbazon , cliargé de faire à

DE DUTXLLÂRS. [iSSq] So^

Sa Majesté ces remontrances : à sçavoîr, qu'il avoit tousjoui:s créa que le prince , qui est Timage de Dieu en terre par la pureté et grandeur de seis jugemens, devoit rejeter les calomnies pleines de caquets j de ma* lice et non de preuvesy mesmes estans au préjudice de ceaz dont la foy, la dévotion et la fidélité a voient taDt et tant de fois esté esprouvées, comme la sienne^ en toutes sortes d'actions tant civiles que militairits , et parmi lesquelles il j a eu des faicts d'eux mesmes si recommandables, que la porte ne devroit estre indiffe^ remment ouverte, comme elle est aujourd'huy, à un tas de gens qui sçavent mieux mesdire que bien faire ; et encores que ce soit, selon aucuns , action de singu^ liera prudence et de sagesse, de plustost dissimuler que contester contre telles racailles de gens,, lesquelles, comme vessies , ne sont enflées que àe vetit et de malice, toutesfois le mareschal, comme jaloux de son honneur qu'il préfère à sa vie, ne veut fuïr la lice, ains au contraire se représenter sur les rangs, bravement armé de la pureté, de la conscience et de la propre gloire que les armes, et sa tres-humble et (idelle dévotion au^service de Sa Majesté ont acquise ; et qu'en fin il eust mieux valu pour lùy d'estre tombé sur les picques de ses ennemis, que d'estre tbusjours balotté et censuré par ses emulateurs.

« Sera donc Sa Majesté tres-humblement suppliée d'envoyer commissaires exprès en Piedmont pour informer sur la candeur ou la laideur de ses actions» pour après estre jugées tant pair elle que par tout son conseil, ou par les mesmes pairs de France , avec intention et resolution toutes -fois, et des maintenant ainsi arrestée,' que celuy qui aura mesdict et accusé à

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tort^ et. quel qu*il soit^ sera mulcté des mesmes peines que meriteroît cduy qui est justement accusé.

(c Dira qu'il n'y a rien de plus vrày que le mareschal a mis durant ces guen^es plusieurs, charges et impositions sur le pays par Fadvis du conseil d'Ëstat résident près de luy , et que les peuples ont eu assez d'occasion de s'en plaindre ; mais il est question de recognoislre, mieux qu'on ne veut pas faire auj6urd*huy , à qui la coulpe en doit estre attribuée > et au profit de qui elle eut esté employée^

.'« Le Roy ne secourant le mareschal selon l'urgence des nécessitez que le service de Sa Majesté requeroit, fut contraint y comme il luy donna souvent advis, de mettre par imposition le payement de quatre compagnies de cavallerie et de quinze enseignes de gens de pied , dont les trésoriers de teiTC et ceux de la cavallerie ont eu le maniement.

tt Que Sa Majesté n'ayant ja^mais tenu compte, pour instances que le mareschal luy ait sceu faire, de luy donner l'entretenement de deux ou trois cens chevaux d'artillerie, ny deniers pour l'équipage des vivres, pour les pionniers, pour les fortifications, ny pour les parties inopinées, qui sont toutes choses, ou, pour mieux dire, nécessitez qui se renouvellent tous les jours auxarmées, soit pour les conserver ou pour conquérir, comme on a faict, et si avant, qu'au lieu de cinq ou six places que Sa Majesté tenoit jadis en Piedmont, elle en tenoit le jour de la paix plus de trente, sans quarante assez bons chasteaux ; et ne se trouvera , à qui voudra calculer de près, que pour les uns ny pour les autres, et tout réduit en Hot, que jamais en tout le cours de dix années de guerre que Sa Majesté ait envoyé cin-

DE DUVILLÀRS. [i^Sq] ill

quante mil escus pour fournir à toutes ces parties, lesquelles.toutes-fois d'une sorte ou d'autre en ont cousté plus de quatre à cinq cens mille, sans que Fespargne y ait rien contribué. Les contrerooleurs et les thr^soriers ont mangéjes deniers de ces,. despences ; ils çn ont deu rendre compte ; s'ils ne Tout faict et s'ils ont mal vei^é, que Sa Majesté les face chastiep, et les partisans y gouverneurs et capitaines des villes et chasteguz^ussiy si ouvertement ou à couvert ils ont faict quelque élection ou autre acte qtii inerite correction, n'estant au mareschal à respondre de leur vie, n'ayant que trop d'affaire à manier le juste tymon de la sienne, a Plaira à Sa Majesté commmander à messieurs les secrétaires d'Estat de revoir les depesches et les commandements rigoureusement faictsau mareschal pour se prevalloir du païs sur les dèfiëctuositez dont il ne pouvoit estre secouru par Sa Majesté ; sera aussi trouvé quelle luy fit donner pour argent comptant une imposition de trois cens mil escus, inventée assez inconsidérément par le président Bailly , de laquelle toutesfois, Tespée au poing, on ne sceut jamais tirer que cent vingt mille livres, comme fon|: foy les comptes de l'ex-, traordinaire des guerres : dont s estant reclamé on luy auroit fort rudement mandé qu'il en fist comme il voudroit , mais qu'il n'auroit autre chose. Qu'estoit il donc de faire se trouvant court de deux cens cinquante mil escus? devoit il laisser tout perdre, ou sauver le païs par le propre secours et impositions du païs, comme il a faict, et plustost augmenté que diminué l'Estat, se souvenant de ce qui luy a esté, si .souvent mandé , que rien n'estôit mauvais estant nécessaire , comme a esté ce qu'il a- fait ?

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« Le Boy ôommâtide maintenant fort expressément que, toutes choses postposées ^ le maresdialface diligemment desmoltr toutes les forteresses qui doivent estre rendues par la paiiC ; pour à quoy diligemment iatisfaire il faudroit avoir quarante ou cinquante mille escus comptants et deux ou trois mille pionniers, au lieu de quatre cens qu'elle faict lever en Dauphiné, et des mille cinq cens livres qu'elle a destinez pour ces de molitions; de manière que, tout deffaillant, force a esté de se servir de ceux du païs, encores n'a ce esté sans en protester aux ministres de M. de Savoye, qui en ont ténu peu de compte , et faict couvertement entendre aux sujets de n'obeïr aux commandements qui leur seroient faicts; il a donc fallu user de la force où la prière n'avoit lieu.

c< Et pour autant que le mareschal a entendu quecertainesames esgaréesontdeu mettre en avant qu'il avoit faict quelques exactions particulières qui estoienttour nées à son profit particulier, cela se vérifiera par les commissaires de Sa Majesté ou par les propres ministres de M. de Savoye , tous lesquels , pour ce regard, ne s'endorment pas en sentinelle pour avoir dequoy le calomnier. Sa Majesté sera donc tres-liumblement suppliée ne trouver mauvais qu'il die à sa descharge qae les travaux des armes et les continueAeis nécessitez et misères parmy lesquelles il a esté prévue tousjours agité, sont aucunement supportables quand l'honneur n'y est pas conjoinct ou altéré. Et par ainsi ce sera office digne de la justice et de la debonnaireté de Sa Majesté de faire mettre fin à l'indignité de ces orages , soit par la correction de luy s'il a failly, on par celle de ces âmes détestables qui veulent parler et juger de

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ce qu'Us sçavent le moins. Cependant, que ces satans crient et tempesti^t tant qu^ils Toodrorit, si n'auront ils jamais puissance de brescher ny la gloire ny Thonneur qu'il a vertueusement acquis , et la pureté de sa conscience luy servira tousjours de consolation et de remède à tous maux y tous lesquels prendroient plus* tost 6d s'il plaisoit à Sa Majesté le révoquer dés maintenant et envoyer un autre en sa place, comme il désire quelle face, ne pouvait qu'avec un regret qui tire les chaudes larmes de son cœur, estre luy mesmes le ministre de la privation des choses conquestées avec tant de gloire, de sang , de despences qu'estoient celles-là , mais sur tout celles duMilannois, duMotitfen^t, des Genevois et de la Corse, anciennement appartenant à la France. » Je pourray bien dire, à ce propos, cela mesme que tiennfcmt aucuns, c'est que les grands et les mémorables services sont tousjours récompensez de grandes et de fort detjestables ingratitudes, telles que vous voyez ceux de ce seigneur, qui eut tousjours les mains aussi chastes que le cœur, et dont à jamais je porteray tesmoignage au pris de ma vie.

Voyons maintenant, je vous supplie, quelle forme estoit ceste cy, de prendre , en un faict si mal-aisé que sont les démolitions , un ou deux mois de terme seulement pour abatre une vingtaine de places, avec quatre cens pionniers, qui ne sçauroient toutesfois en six sepmaines abattre un seul bastion : quand bien on en eust envoyé quatre mille , c'est tout ce qu'ils eussent peu faire en six ou sept mois , sans toutes-fois envoyer (contre ce qu'on avoit promis) urf seul denier, ny pour les^demolitions, ny pour les gens de guerre, et neantmoins, se persuader que le ventre afTamé des

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trouppes poun^oit aisément patienter et trouver secours parmy des peuples qui attendent un nouveau maistre y et les ministres duquel luy ont mandé ( par dessous main) y comme nous mesme ferions en pareil cas y de n'en rien faire : de toutes lesquelles façons de faire on pourrait présumer qu'on avoit tout expressément prins ce terme ainsi court, pour servir de couleur aux praticques' qui estoient couvertement dressées pour faire rendre des places toutes entières, comme depuis elles furent pour la plus part, et qu'on estoit de mesme suite aussi bien aise d'envelopper le mareschai parmy tant et tant de misères et de difficultez^ quil.fist quelque escapade sur laquelle on peut bastir son recullement, et le priver de Tamitié dont madame de Savoye avoit tousjours honoré et luy et les siens. Ceux qui se servent de ces masques t^lnbent souvent dans la fosse qu'ils avoient préparée à atilruy; ce bon seigneur de ^lissac , qui avoit le cœur généreux, et qui parmy les adversitez avoit tousjours esté maistre de soy mesme, devint, par la malice d'autruy, serf de mille maux qui coururent depuis au rabais deTEslat et de luy mesme, ainsi que vous verrez dans la suitle de ces Mémoires.

Re venant d'où j'estois party,ledixneufviesme mayle Roy dcspescha vers le mareschal, qui estoit lors à Chivas, les seignçurs de Mandosse et de Boiiillay, chargez de mémoires et d'instructions portans que les coroncls des Suisses et des lansquenets fussent incontinant mandez, comme ils furent, pour traicter et negoticr avec eux sur le faict de leurs payements et congé; et qu à

ces fins les Suisses fussent envoyez à Vulpian, et les langqyvftn^fR à Orbassan , pour plus aisément orendre

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le chemin, du M ontcenis. Ces deux seigneurs fuient aussi chargez de ne faire payel' les uns ny les autres qu'à raison de deux cens hommes pour enseigne; mais, quoy que le mareschal et eux sceussent faire ou dire, il n'y eust jamais ordre de les y faire consentir, voulans resoluëment avoir deux cens cinquante hommes ; de manière qu'ayans les deniers esté seulement calculez à raison de deux cens, tant s'en falloit qu'il y eust assez de deniers revenans bons pour en payer les François, qu'il n'en demeureroit pas seulement dequoy leur faire un prest de hnict jours , de manière qu'il ne falloit attendre de la misère où ils esloient re« duiclsque la propre mutinerie qu'on descouvroit assez en leurs visages. Le mareschal en donna advis au Roy, se plaignant tout d'un train, assez aigrement, du commandement qui avoit esté faict aux trésoriers porteurs de ces deniers, dé ne les distribuer par autre ordre ou commandement que celuy desdits sieurs de Mendosse et de Bouillay ; remonstrant que nul ne pouvoit nier que toutes ses actions, tant au faict de la guerre qu'à une mesnagere distribution des finances, n'eussent esté et si pures et si nettes, qu'il ne cederoit jamais, pour ce regard, à nul autre serviteur de Sa Majçsté; que sa foy ne seroit sujecte à pénitence, n'ayant oncques esté double ny suspecte, et qu'au lieu de la glorieuse corenne qu'il estimoit rapporter de ses fidelles et honnorables labeurs, on luy en presentoit une qui portoit couvertement en soy une tache de deffiance si mal aisée à digérer, qu'il supplioit tres-humblement Sa Majesté luy permettre de se ressentir en cavallier contre ceux qui luy avoient brassé ces soupçons , nonobstant

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lesquels ils ne lairroit d'assister ces seigneurs en toute Texecution de leur charge.

Quen voyant Tinstruction dont Sa Majesté les a chargez, il avoit trouvé fort estrange qu'elle ne voulust retenir que quinze enseignes françoises de trois cens hommes chacune^ pour la garde des cinq places et huict chasteaux , sans y comprendre ce qu'il falloit à Carmagnolles' et au marquisat de Saluces; car si telle estoit l'intention de Sa Majesté, elle n'avoit que faire de luy mander par moy (luy apportant la paix] qu'elle remettoit à la discrétion et prudence de luy de dresser Testât des forces nécessaires pour leur garde, et le mesme choix des capitaines aussi, et qu'en la variation qu'il voybit maintenant pour ce regard, il ny avoit rien qui fust digne ny du maistre ny du serviteur; à propos de quoy je dirois volontiers que turpius ejicitur, quam non admittitur hospes. Et à la vérité, les âmes généreuses et solidement résolues, comme estoit celle du mareschal , constituent la gloire et le contentement de leurs labeurs en la seule gloire de les avoir faicts; que ces hargnes (0 et ces rebuts estoient plus propres à reculer qu'avancer les affaires , à tous lesquels la mdin douce, est tousjours plus propre que le rude esperon , et en fin qu'il n'y avoit ordre que ce qui demeuroit à Sa Majesté peut estre seurement gardé à moins de vingt-sept enseignes et trois cens chevaux, comprenant au total les deux cens Suisses du colonel Apro ; que toutes ces places estans de long intervalle séparées de la France, et enveloppées de tous costeï parmy des gens ausquels il y avoit peu de ftit (^) qu'en n'y pourvoyant autrement qu'on ne faisoit pas,

(0 Tracasserie. — C») Auxqueb on pouvoit peu se fier.

DE DUyiLLA.U5. [iSSq] 3|I7

il falloit nécessairement qu il en advint quelque dangereux inconvénient ou vacai nie.

Que les anciens et les modernes services des seigneurs de Birague ne pouvoient mériter rien moins que Fentretenement de leurs deux compagnies de gens de pied, tant pour leur servi-ce de quelque marque et d'honneur et d'entretenement, comme pour y retirer plusieurs pauvres gentils-hommes milannois mal traictez et de la fortune et de nous ^ demeurans fortclos et bannis de leurs biens, sans espérance de jamais les recouvrer, n'ayans, comm'ils dévoient, esté comprins eo la paix , au mespris de leurs services et de la repu* tation du maistre qu'ils avoient servy. Ce sont des coups de l'indiscrétion Françoise, laquelle, après la nécessité pressée, mesprise tousjours ceux qui l'ont aidée à en sortir. Cest exemple fera doresnavant sages jles estrangers desquels nous pourrions cy après avoir affaire; ce n'est pasestre prudent cavallier que de nourrir le cheval pour une seule cavalcade.

Que les sieurs d'Ossun, gouverneur de Thurin, de Terrides de Pignerol,La Motte Gondrin de Quiers,et Monlbazin de CarraagnoUes , demandoient «d^avoir chacun une compagnie particulière de gens de pied 6n leurs mains, pour pltis seurement commander et gouverner leurs places ; qu'il remettoit le tout h ce que Sa Majesté jugeroit convenable , ne s'en voulant plus mesler quant à, luy, pui^ que l'expérience luy ^▼oit fi^ct recognoistre qu'il n'en estoit pas cru, et que parmy les promiesses françoises il n'y avoit rien de plus certain que ce qui ne l'estoit pas; que cependant il ne laissoit de rudement sentir que les recullémens qu'on luy procuroit luy faisoient perdre terre.

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non tant pour la considération de luy comme pour les propres dangers qui en succederoienl à Fadvenir, et qui Testonnoient plus que les presens.

Tout homme d'Estat ne trouvera-il pas grandement estrange qu un grand roy , assisté de tant de princes et de conseillers , ait depescbé en Piedmont, où le niaresclial commandoit, les sieurs de Mandosse et de Bouillay, sans luy envoyer instruction quelconque, soit pour le licentiement des gens de guerre , des démolitions et restitutions qui se dévoient faire, sur la conduicte de Tartillerie qu'il falloit retirer dans les places retenues, ny sur le payement de ceux qui dévoient demeurer sur pied et estre retenus, ou pour ceux que Ton doit licentier. C'est chose encor bien plus estrange que toutes choses venansàluy deflaillir, comme elles faisoient de tous coslez, qu'on vueille neantmoins qu'il accomplisse diligemment tout ce qui regarde l'exécution de la paix, et lors mesme qu'il est reduict à telle extrémité, qu'il n'a pas seulement dequoy entretenir son train, soulager ny gratifier un seul homme de guerre. Si nous avons en nos mains , ou en celles de nos amis, de quoy pouvoir accomplir la volonté du prince , il n'y faut rien^spargner; mais quand-tout defiaut, la liberté doit demeurer au serviteur de s'en pouvoir discoulper par les plus vifves remonstrances qu'il pourra.

Les bonnes gens du temps passé disoient que nemo ad impossibilin tenelur; et puis en matière de restitutions d'E^tats et de places si importantes qu'estoient celles de delà les Monts, il y falloit marcher avec le pied plombé, et ne se pas laisser emporter au premier, au second ny au troisiesme commandement, ains

aje duvill ars. [ 1 5 59] 3 1 9

suivre ce qui fut jadis practique par le gouverneur d'Auxone, lequel, quoy que le roy François, qui pour lors estoit prisonnier en Espagne , luy sceut faire dire ou commander pour luy faire rendre ladicte place e's mains de l'Empereur, n'en voulut jamais rien faire, respondant que quand son maistre seroit en son royaume et non en pays eslranger, que lors, et non plustost, il obeïroit à son commandement. Et à la vérité, ceux qui marchent fort retenus et resserrez en tels affaires, sont tousjours jugez les plus sages et les plus fidelles ; et toutes-fois on veut, aujourd'huy qu'il setraicte, non d'une place toute seule, mais d'une trentaine de villes, la pluj-part d'importance , et d'autant de chasteaux , qu'il y coure à l'estourdy, et sans avoir encor receu ny les deniers, ny les descharges qui doivent servir d'esperon et de planche à avancer les affaires. Et à la vérité, il n'y a que Dieu seul qui puisse de rien faire toutes choses; et de faict, le maleschal mand^ à Sa Majesté que puis qu'elle n'y vouloit pourvoir par autre manière, qu'il se fust senty fort heureux si de's la publication de la paix elle Teust revocqué et envoyé d'autres en sa place, lesquels eussent esté, non pas plus fidelles, mais plus agréables qu'il n'estoit pas, mesmes prévoyant, comme il faisoit, que Sa Majesté, les duc et duchesse de Savoy e, et assez d'autres, ne luy sçauroient jamais guieres de gré de chose quelconque qu'il peut faire , ores que bonne et honneste toutes fois, tant la passion etl'interest aveuglent les uns et les autres: ilssçavent bjen regarder tout à leur aise, accwistez (0 sur le tapis, la mer immense des affaires, mais non pas ce qui seroit nécessaire pour arres- (») Accoudés.

ter les orages eV les tourbillons qui renversent toat.

Le mareschal manda aussi au Boy que la mère du sieur Tibalde Visconte , qui avoit esté faict prisonnier conduisant les deniers au secours de Casai , se plaignoit qu'il avoit esté mené à Milan et que Ton le menaçoit de luy faire perdre la teste ; que, veu cela, ilsupplioit trèshumblement Sa Majesté qu'il luy plaise de faire dire à l'ambassadeur d'Espagne que , là où on feroit la moindre chose qui en approchast, qu'il feroit soudain coupper la teste à deux gentils-hommes parens de M. de Mazin, qu'il tenoit prisonniers, et dont, dés maintenant, comme pour lors , il protestoit que l'exécution precederoit la notice de la délibération (0 ; que l'honneur et la grandeur dé Sa Majesté le requeroit ainsi, et que M. ^e Savoye y pourveust diligemment s'il vouloit,et qu'en luy faisant renvoyer ledict Visconte seul, quil luy donneroit tous les deux Piedmontois.

Ayant le mareschal finalement récognu que toutes ses instances, ny toutes ses remonstr^nces, soit pour les provisions nécessaires à l'Estat, et en particulier aux sieurs de Birague, ne servoient que de joiietà la, Cour , il se résolut d'envoyer le mesme sieur Ludovic vers le Boy pour obtenir de vive voix ce que les recommandations et le mérite de luy et des siens ne pouvoient atteindre , le chargeant de faire entendre au Roy quelques menéBS et practiques que l'Espagnol dressoit au préjudice de la paix encore toute récente, et que si Sa Majesté ne pourvoyoit diligemment et à cela et à tous les autres affaires, que le mal qui en adviendroit seroithors sa coulpe. Ce furent toutes messes seiches W qui ne furent aucunement exaucées.

(») Le jugement de Tbéobalde Visconti. — («^ Locution fTfrrtthu^-

DE DUVILLARS. [l559] i% l

Levingt-uoiesme mày, le secrétaire Boudet retourna en Piedmont, avec asseurance, de la part du Roy et du connestable, qu'aussi tost que le mareschal auroit envoyé ^u^ intendans des finances les estats de recëpte et despence de l'extraordinaire des guerres , que les deniers luy seroient soudain envoyez, tant pour parachever les licentiements que pour payer tous ^ceux qui seroient retenus. Et pour autant qu'a l'arrivée dudict Boudet le mareschal estoit des-jà çn train pour depescher vers le Roy le jeune Tillkdét pour descouvrir à Sa Majesté quelques conspirations qui se brassoient sourdement , par le desespoir où la nécessite avoit reduict aucuns gens de guerre, il chargea Tilladet des estats demandez par ledict Boudet, et de très humblement supplier Sa Majesté qu'en attendant ceste provision generalle qu'elle promettoit, que elle luy fit diligemment envoyer jusques à cent mille livres , pour redresser les plus importans afiaires et donner dequoy vivre aux soldats , qui ne pouvoient, non plus que luy, trouver aujourd'huy crédit d'un seul pain dans les villes, et pour parachever aussi les démolitions et la retraicte de l'artillerie, qui estoit eh grand nombre; autrement, que l'un et l'autre demeureroit en crouppe, au dommage de Sa Majesté , de M. de Savoye , et des peuples.

Par Tilladet îl fit aussi savoir au Roy que par prières et par remonstrances il avoit tant avancé envers les coronels des Suisses et des lansquenets , qu'ils prendroient leurs payements à raison de deux cens

qui déf ire d^an usage suivi pendant long-temps sur les vaisseaux. Le chapelain récitoit les prières de la messe, mais il ne consacroit pas Tbostie. Cela s^appeloit messe sèche.

virigt-cinq hommes pour compagnie seulement, les François à cent cin(][uante , et les Italiens à cent trente; mais qu'il ne falloit muser là dessus, ains diligemment envoyer dequoy contenter les uns et les autres, de peur qu'ils ne s'en desdisent.

Manda aussi le mareschal , le dernier de may, par Boudet qui s'en retourn oit, qu'il avoit esté luy mesme visiter Yvrée , sur l'impossibilité qu'on luy avoit représentée de la pouvoir desmolir en moins de six ou sept mois, tant elle estoit terre-planée de tous costez, et que, l'ayant trouvée telle, il avoit mis après grand nombre.de pionniers, et que s'iln'eust eu crainte de ruiner beaucoup de maisons et là et ailleurs , qn il eust pieça faict jouer les mines et le feu , pour tirer Sa Majesté de despence, et luy de peine.

Que n'ayant Sa Majesté mandé aux Suisses ny aux lansquenets que la paye de huict jours pour leur retraicte , ils s'en estoient à demy -mutinez, protestants ne partir jamais qu'ils ne l^ussent pour quinze jours, selon l'ancienne coustume; que quant à luy, il est d'advis qu'il plaise au Roy de la leur vouloir accorder ainsi, à celle fin de les rendre plus souples et plus maniables au faict des monstres ; qu'il les a faict sonder s'ils ^e contenteroient de ne recevoir pour maintenant qu'une paye , et faire terme des autres, qui leur seroicnt rendueis au païsavecun honneste inlerest : ils ont respondu en estre contents, pourveu qu'on leur donne caution à leur gré, et que dés*maintenant les interesU soyent raisonnez à seize pour cent ; qu'il en a faict faire le calcul et trouvé qu'il revient à somme si exorbitante, qu'il valoit mieux les payer maintenant tout k faict que de s'arrester au crédit.

DB DUVILLÂ&S.: [iSSq] 3^3

Que les estais 9e ce qui est deu aux chevaux légers, à ceux de lartillerie et aux officiers des vivres, a esté dressé et baillé au secrétaire Boudet , à ce qu*il plaise à Sa Majesté en commander le payement , qui augmentera tant plus on différera. .

Sera par luy mesme remonstré à Sa Majesté , ais nom du mareschal, qu'il n'y a raison ny justice à qe vouloir ordonner aucun payement pour les huict cens payes qui esloient desparties par les çhasteaux , puis qu*en biensei^ant, comme ils ont faict, ils sont dignes^ de la mesme grâce accordée aux compagnies fran* çoises, et qu'il est à craindre , s'ils en ont une fois Todeur, qu'ils ne refusent d'obéir aux restitutions que parla force, laquelle n'y sçauroit estre apportée qu'elle ne revienne à deux fois plus qu*il ne leur est deu , et qu'on ne trouble, par ce moyen, la tranquillité qui est desja fort avancée; qu'il recognoist, et à son très grand regret , que ceux qui sont intéressez aux demeslements de ceste paix , sont bien aises de rejetter sur autruy le trop que pour ce regard ik ont entreprins : ce sont médecines si rudes et si dangereuses, qu'elles apporteront, au parsus le mal présent, la future ruine ou rabaissement de l'Estat, si le bon ange ne veille à le conserver.

Se plaignoit aussi que , quoy qu'on luy eust par plu^ sieurs fois mandé qu'il viendroit un gentil-homme dcr pesché exprès qui l'esclairciroit sur tous les poincts dont il avoit faict instance , qu'il n'en avoit nonobstant eu aucunes nouvelles, de manière qu'il demeuroit tous)ours enveloppé dans le labirinthe de Tincertitude : h sçavoir si toutes les places qui ne sont point comprinses-au roole de celles qui dévoient estre des*

ai.

324 f iSSg]. MÉMOIRES

molies le àeroient aussi ; que pour sortir hors de ces piegels, expressément dressez pour le faire broncher, il en avôit à ces filis athpletneht éscrit à M. et à madame de SaVoye, ,ce que S'a Majesté ne trouvera mauvais s'il luy plaint; que s'il à donné congé à aucuns gentils hbmihies pîedtnontois de les aller saluer, c'a esté sur l'asseurance qu'ils ont tous ^'ufé en ses mains de faire àù^iaravant là revereticé au Roy, et à M. Te conftestàbleén parliculier, pour sûr ce recevoir leur commandement; s'ils ne Tout ainsi feîct, ils sont eh leurs m^iiïs pour en estre corrigez.

Que ne voulàht le mafeschàl faire aucune bï'esclie dans la partie ordonnée pour Tes licentiemeiits, avoit envoyé à Lyon d^e's obligations eh son nom, jùsqnes à la dôncurrerice de cinquante 'mille livres, pour, en attendant le sècoUrs de Sa Sîfaj'estîé , faire vivoter les gens dé guerre,. reduîcts à une misérable nécessité qù'é Bbudét à lûy miesme veùë; èar si la fumée a bien puissance de chasser ïes mouchés, les affres CO delà faim roiit bieh enàbr plus grande à Fendroict de dèUk cjûi rendirent pièçà, et qui espèrent la pouvoir assouvir dans les tnek^^és placés, pour cbhserver lesquelles ils sont réduîcts à ce désespoir qui aveugle souvent les plus sages. Et de faict ledict Sloudet est tesmoittg oculaire que si cèsfe sonime ne fust arrivée ainsi qu^^il pà'rloit, que là tragédie éust esté jouée, et satis reifiede, et que qui ne penserait à fcien-tost les secourir, (^'bii relômberoitaux mésmés i'ncohveniens, estant deàtiïué de tdiis les moyens qui y pôuvoient servir.

Du dernier de tnay , Te maréschàl manda au Roy

(0 Les angoisses.

DE DUVILLARS. [iSSq] 3^5

qu'ayant voulu renger le côronel des Suisses Apro à n avoir que deux cens vingt-cinq hommes entretenus, qu'il avoit faict mill' et mille plaintes et exclamations, disant qu on luyavoit promis, cpmm'il estoit vray, qu'il en auroit deux cens cinquante comme les François, et que, le service rendu en rangeant sa nation au mesme poinct que Sa Majesté avoit de§irç pour le licentiement, il avoit profité plus de trois cens mill^ livres aux finances de Sa Majesté;' quqyvpy ans les sieurs de Bouillay et de Mendozze., iU luy auroient, sous le bon plaisir de Sa Majesté, accordé les deujt cens cinquante hommes, reiglez'aux mesmes reiglements et appointements des François,, dont il s'estoit en fin contenté : c'est pour Fadvenir une planche dressée à la France pour faire des levées à mesme condition que les françoises.

Du troisiesme juin, le maresçhal m?inda au ftoy qu'il tfestoit pas délibéré de licentier les trouppes françoises , que les ministres du roy d'Espagne n'eussent envoyé leis ostages qu'ils estoient tenus fo^rnu' pour l'exécution de la paix; car s'il n'y avoit dans les places qui se démolissent que quelque foible Jrouppe de soldats, on les pourroit aussi effrontément chasser dehors qu'on avoit faiçt ceux qui estoient dans Bourg en Bressç.

Que s'il ne plaisoit au Boy ou à M. de Sayoye de se haster d'envoyer deniers pour les '•démolitions , qu'ai^ lieu de deux piois il en faudra huict, sans le quadruplement de k despenpe; qu'avec tout cela n faut gran4 nonibre de pionniers, qui jae serecouvieront jamais que par la force, si lediçt sieur duc ne depesche expressément quelqaun des siens en Pied-

3a6 [l^^9l MÉMOIRES

mont 9 qu'il n'avoitencofes nulles nouvelles des quatre cens pionniers de Dauphiné ny de leur payement , et que par ainsi toutes choses demeuroient sans l'execu- Cion nécessaire pour Tun et Tautre prince. « Le mareschal , prévoyant toutes ces nécessitez et les mal-heurs qu*ils pouvoient engendrer, manda depuis à Sa Majesté que puis qu'ainsi estoit que tant de places ne pouvoient estre abatuës dans le court terme qui avoit esté prins , et que deniers deffailloient de tous costezy qu'il valloit mieux en gratifier deslors M. de Savoye qu'en s'efibrçant de faire chose qui ne pouvoit estre accomplie faire neantmoins une tacite démonstration de deffiance envers ce prince , et de l'aflection duquel Sa Majesté devoit estre bien assenrée, puis qu'en la faveur de luy elle avoit soudain quitté ce qui avoit cousté cinquante ans à acquérir avec sang et thresors infinis , tirans par ce moyen quelque peu de bien du grand mal qui avoit esté faict contre Topinion et de M. de Guise et de {uy; la proposition duquel fut non seulement trouvée mauvaise , mais elle servit depuis d'argument à ses envieux de dire qu'il avoit en Tame tout le contraire de ce que le cœur couvoit : et à la vérité, si le mareschal eust creu ses amis, il ne fust jamais entré en ce jeu, duquel M. de Savoye ne luy sceut non plus de gré que les autres.

' En traictant des exécutions de la paix , Sa Majest<! ordonna que les chasteaux de Thurin, Quiers, Pignerol , CarmagnoUes, Saluces, Ravel, Versol et Dronier, seroient baillez en garde aux capitaines des villes, lesquels, Fun âpres l'autre, y envoyeroient une esquadre tous les îours : sur quoy le mareschal remonstra que

DE DUVILLAES. [iSSq] 337

ceste praticque apporteroît plastost la ruine que It conservation et de^ villes et dés chasteaux, au parsus les perpétuelles querelle^ qui en adviendroient entre les capitaines et les hahitans des villes; en voicy la raison: Si les chasteaux sont despourveus de capitaines qui eQ ayent charge particulière^ tous les ustensiles que les villes fournissent , et les munitions aussi , iront en perdition y ou bien ce qui devroit durer un an ne durera pas trois mois; et si on ne sçaura à qui se prendre d^ défaut qui s'y ti'ouvera par après : d*^lleurs est encores à considérer que les chasteaux des villes, au parsus la seureté d'elles, servent pour y retirer et gjxrder en seureté les prisonniers, soit de guerre ou criminelz ; ce qui ne se pourra plus faire , s'il n'y a un capitaine particulier sur lequel on se puisse reposer duto«t. '

De mesme suitte il remonstra aussi que Sa Majesté, luy ayant de sa grâce defferé l'honpeur sur le choix des capitaines qui dévoient estre retenus ou cassez, et de luy en envoyer Testât, qu'il n'estoit maintenant Qy juste ny honorable de casser de cest estât aucuns de ses paren^i et amis, tous lesquels, ho^s sa considération ,, avoient autant ou mieux mérité que ceux qu'on avoit couchez en leur place , et entre autres les sieurs de Montfoit, de La Rivière, l'Isle, sergent majeur, et le capitaine Loup, gouverneur de Ceve ; qu'il supplioit très - humblement Sa Majesté avoir pour agréable, là où on le serviroit encor de tels mets, quil quittast tout; et en fin, que ce n'estoit à ceux qui esloient près Sa Majesté à juger ny à disposer des affaires de son gouvernement, duquel, ny du mérite des personnes, ils ne pouvoient avoir telle cognoissance

3u8 [^^^9] KÉM0U1£S

que luy, qui ne jugeoit les choses ny poar leparen* tage ny par lesamitiez, ains selon le mérite et la seareté de TEstat ; quoy subsistant, il s^asseuroit tant de la bonté de Sa Majesté ^ qu'elle feroit coucher ds^ns Testât ces personnages qui en avoient esté cassez plostost à intention de le trarailler que non pas eux-mesmes.

Du sixiesme respondant à une lettre que le connestable luy avoit naguieres escrite, et par laquelle il Texbortoity en parent et en aroy/ne se plqs amuser à répliquer ou contester sur les commandemens que le Roy luy faisoit y mais les dilligemment exécuter tous^ remarquant y comm'il devoit faire, qu'on n'estoit pas moins soigneux de )es bien digérer auparavant que les faire , qu'il pourroit estre luy-mesme sur ceux qu il faitoit pour le service) de Sa Ml^ jeslé ; voylà , à la vérité', une exhortation plus propre à renverser la patience do plus reformé capucin du monde, que pour honorer et contenter caluy lequel, au pris de sa vie, de son sang et de ses biens, surmontoît, d'un courage inflexible, toutes Les indignitez et toutes les traverses qui estoient dressées à sa ruine. La candeur de ceste belle ame devoit par elle mesme faire renverser la fureur des canonnades que ses ^xiulateurs tiroient tous les jours contre sa probité, son affection et ses mérites. Ceste mesme lettre portoit aussi qu'il-faisoit semblant d^ignorer les mesmes choses qu'il sçavoit aussi bien que le Boy, sans toutesfois particulariset>quecestoit. Le mareschal , imaginant que ceste secousse sortit de la ruine des places non comprinses au roolle qui I07 en avoit esté envoya, respondit , avec revêrenoe toutesfois, qu'à le bien prendre c'estoit à luy, et non auRoy, à se plaindre, d'autant que toutes les importunes ins-

DE DÇVÏLLÀUS. [l 559] 321)

tances qu'il avoit faictes par douze ou quinze depesches , n'avoient jamais sceu avoir resclaircissement des choses mesmes que on prçsupposoit devoir estre pieça exécutées , et que par ainsi , demeurant enveloppé , parmy Tobscurité, iï n'y pouvoit avoir de sa coulpe hy en Tùn ny en Fautre endroit 5 nonobstant quoy il n avoit toutesfpis pas laissé de bien faire , et duquel bien faire il estoit plusto^t condemné que loiiangé : de manière que les passions d'autruy, et la mesme pureté de son ame, le forçoient à désirer d^estre desveloppé des affaires du monde, pour s'addonner du tout aux célestes. Et neantmoins il ne laissa de remercier le connestable du particulier soing qu'il avoit eu de |uy ramentevoir le devoir de sa charge ^ adjoustant, aux parsus^ qu'il recognoissoit assez que tout ce qu'on luy imputpit procedoit du jugement mal propor* lionne de ses ennemis ^ qui ne tendoient qu'à renverser la raison q\ki estoit de son costé^ et qui a, toutesfois, tOMtes s^s lignes si droictes , qu'elles ne panchent jamais de costé ny d'autre : que tout ce qui le travailloit plus au jour d'huy, c'^st que, combien qu'on ne recog- Dojisse que trop que les maladies de l'Estat ont besoin d'un prompt medicaniept, que néantmoins chacun le negligeoit ou rejettoit^ afin que la coulpe du desastre en tombast tout sur luy, destitué toutesfois et d'authorité fBt .de salutaires moyens et pour ce faii'e et potur plustost hassiement que médiocrement entretenir sùp train, pendant qi^e ceux qui sont en cour ûagent jparmy la faveui^ et l'abondance y lesquelles il estime avoir aussi bien méritées qu'Jsux. Tant y a qu'il pouvoit bien dire qu'il avoit se,mé.son printemps, son», esté et son automne, sur un fort stérile rivage.

33o ['^^9]' MÉMOIRES

Le huictiesme juin , il manda au Roy^que le sieur Scipion de Vimercat venoit d'arriver de Valence pour luy donner advis que lés trouppes qui tenoient garnison à Valence n'avoient voulu permettre qu'on enlevast l'aitillerié qu'ils n'eussent auparavant esté payez , et que là oCi les prests discontinuei^oient, qu'ils vivroient à*discretion autant dedans que dehors la ville; pour à quoy remédier il avoit soudain envoyé le sieur de Montfort, son enseigne^ à Valence, avec quelques deniers qu'il avoit fourdis du sien pour continuer les prests durant douze jours ; que si entre cy et là il n'y estoît convenablement pourveu, que desmaintenant, ôomme pour lors, il s'en lavoit les mains; et que cy après il ne fajloit pas espérer d'avoir meilleur marché des autres places. Ce sont, lecteurs, des actions de la prudence Françoise; car si elle n'a sceu opportunémentpourvoîr au faict de la guerre, elle a encor faict pis au demeslement delà paix, mesprisant, comme elle faict quasi tousjours, la dame de prévoyance, sans laquelle neantmoins rien ne peut estre demeslé heureusement. Or le mareschal, recognoissant de longue main que les grandes charges telles que la sienne estoient tousjours suivies et d'inimitiez et d'envies, et ne voulant qu'elles prinsent plus grandes racines que celles qu'elles avoient déjà , depescha vers le Roy le coronel Cheramont pour remonstrer à Sa Majesté que là oîi elle n'envoyeroit présentement dequoy parachever les démolitions, retirer l'artillerie, payer et licentier les gens de guerre , qu'il protestoit contre elle, avec toute la révérence convenable, que tout le mal qui en succederoit seroit à la* coulpe d'elle et non de luy, portant d'ailleufs un extrême

DE DtJVILLA.KS. [iSSq]" 33i

regret de voir les gaftîmonds de Qaiers, et assez d'autres mardrands ruinez , pour avoir , sur la parole dé luy, secouru les affaires *de Sa Majesté; quCcest^e misère est ceOe qui a depuis aprins aux marchands de Lyon à resserrer les. moyens et leS envoyer ailleurs.

Par ceste m'esme depesche il supplia le Roy de foire tant que M. dé Savoye envoyast diligemment l'un de ses principaux ministres en Piedmbnt, pour y sous sûh âuthoritéy faire de si grandes levées de pionniers, qu'on peust achever les démolitions avaût le terme, car les quatre cens venus de Dauphiné n'avoient guieres eniichy le banquet; et que ce luy seroit beaucoup de gracie , lorsqu'il faudroit procéder aux restitutions, que Sa Majesté envoyast en Piedmont quelque notable personnage pour les exécuter ; car aussi bien recognoissoît-il que M. de Savoy e le tenoit pour suspect; et que, pour le dire en un seul mot, il ne pouvoit , sans un extrême regret , estre luymesme ministre de la donation et restitution que Sa Majesté faisoit des choses qu elle avoit, acquises par les mains et par les entremises de luy; elles, dis-je, qui dependoient pour la plus part de l'héritage ancien de Milan , des contes de Provence et marquis de Saluées, à tous lesquels la corônne Françoise a succédé, ou doit au moins légitimement succéder. Las ! elle a aujourd'huy l'estomac si desvoyé, que grand médecin seroit cestuy-là qui luy apprendroit à retenir les conséquences de l'Estat.

Du douziesmè juin, le Roy envoya au mareschal un mémoire présenté à Sa "Majesté de la partxdes ministres du roy d'Espagne sur aucuns griefs qu'ils' pretendoient estreprocedez de la part des nostres du costé

33a [^559] MÉMOIRES

d'Italie : à sçavoir, quejie ^ieur de L^ Motte Gondrin gouverneur de Casai , av. oit envoyé des mandements et des contrainçtes sur leurs terres pour avoir payement des coi^tributioi^s jusques au Qq^l accqax{^i$$eme«t de la p£fix; et qu il vouloit apssi praticquer le semblable sur les terres du Montferrat. A cela le mafeschal respopdit, en peu de parolles, qu'^yans le duc dc{ §esse et luy recogn^, dés la pubUcatioa de la paix, qu'auparavant qu'on fust paryenu à l'entière exécution que diapun pourroit avoir de son costé faute d'argent pour y parvenir, ils auroiept mutuellement convenu que toutes les terres qui aypient accoustumé de contribuer à l'une ou h l'autre des parties cqptinueroient indiATeremment ces payemens jvisques à 1^ dprniere pxecut^on de la paix.

Que de cest accord, ainsi gepef-^^. Casai eu ^voit esté e:^cepté, et neanlmoins açcQrdé,.en faveur du siège qu'il avoit sou5|;epii'depiiis \e dixiesïiie/)ctpbre, que les teiTes qui soiiloient cputribuer, payerqi^nt ce dopt elles se trouvproient reflevables ppur 1^ temps que le siège ayoit di^ré.

Que pour les teri'es qui doivent es^r^ ri^stituées au duc de Maptouë, op pe leur dem^pde que ce qui est deu d'octobre susdict en çà ; paais au? ^Vifres qui opt CQptribué ailleur$j depuis Içs pnns^s de Quiers et Yvrée, il ne se trouvera point qu'pyj leur ^i): ^içn demandé, aips par le contraire on ^ mode^^ les seize cens escus qu'ils payoient par mois à quatre cens seulement, dot^t voulants abuçei' ^.ucpuç villages 4p **'" lanois contribuables à Valence , i)^ pjpt ]eyp ]es aripçs coptre les nostres, qui les op]t doucepiepf pb^.stiezjet à la vérité ils le meritoient, puisqu'ils ne se plai*

DE bxjviLLAiis. [1559] 333

gnoient pas de deux, voire de trois coDtribations qu'ils baiHoienl à l'Espagnol ; ils n'en disoient mot, et pour une seule envers nous ils vouloient faire les mauvais.

Du dii-huictîesme juin, les Suisses et les lansquenets avoiebt esté payez et licentiez, et que tout ce qui estoit resté des' cinq cens mille livres venus de France, les cinquante mille empruntez à Lyon, estoit si peu de chose, qu'on n'en sçaûroit tirer qu'environ deux prests pour les François et Italiens ; pour raison dequoy 8a Majesté estoit très -humblement supliée faire envoyer le payement, et pour ceux qui doivent estre lîcentiez, *et pouv ceux qui doivent estre retenus, à fin que, par un renouvellement de discipline, on puisse introduire nouvelle côticfordance et amitié entre lès gens de gueVre et les vîlîes retenues, et qu'au cpmménceûQeht du tàois prochain les restitutions s'acheffiineroïït l'une après l'autre.

Le 24 > les si^rs de Mandosse et dé Bouillay ayants parachevé leuf commission s'en retournèrent en France, chargez de ces remonstrances de la part du mareschal : à sçavoir faire recognoistre à Sa Majesté avec quel naesnage le payement et le licentieriient des Suisses et des lansquenets a esté manié, l'ordre prins sur celuy des François et des Italiens qui doivent éstre licentiez aptes les restitutions des places , et de ceux aussi qui doivent demeurer à la garde des places retenues.

Faire vdir au conseil Testât gênerai de recepte et despence faicte en Pîedmont, à fin qu'on puisse clairement recognoistre de quel pied il a marché à l'entretenement des gens de guerre, à quels termes ils seront bieù tost réduits s'il ne plaist à Sa Majesté faire

334 [^^^9] HÉMOIEES

donner autre ordre à leurs payements que celuy qui a cy devant couru ; sera dit de mesme pour le regard des places retenues, s'il faut qu'elles demeurent privées de leurs finages, des foires , et des marchez qui s'y souloient tenir, et qui apportoient des commodités pour plus doucement couler le temps, et sur tous les habitanSy de la propre disposition d^ leurs maisons et biens qu'ils ont à la campagne, ainsi que ces deux sieurs ont visiblement et pajpablement recogneu,et sur lesquels se remettant, il les pria d'asseurer le Boy que si le. remède aux afflictions présentes estoit autant en sa main qu'est la douleur qu'il en porte, que Sa Majesté seroit relevée et de soin et de ses importunitez; et qu'en obéissant au commandement qu'elle luy a faict par du Plessis, son valet de chambre, de restituer Santia sans le démolir, qu'il sera ainsi exécuté (avec un extrême regret toutesfois) , à csiUSfi que c'est l'œuvre entier de ses mains et de ses labeurs, par la commodité de laquelle beaucoup d'honorables exécutions militaires avoient esté gloi^ieusement mises à fin ; que si Le Coconat arrivoit de la part de M. de Savoy e, comme du Plessis Tavoit asseuré, que toutes choses se disposeroient à leur fin; que cependant Sa Majesté sçaura s'il plaist qu'au préjudice de l'accord faict avec ce prince pour le payement des contributions jusqu'au jour de la restitution, que ses ofiiciers .ont faict par dessous main commander aux peuples de n'en rien faire ; que le duc de Mantoue a faict faire de mesme dans le Montferrat, et parce que si cela devoit avoir lieu , ce seroit réduire les affaires au dernier période d'un dangereux desespoir, le marescbal a résolu de faire semblant de ne rien sçavoir de tout

DE DUVILLARS. [iSSg] 335

cccy, cl de ne laisser cependant de s'en faire croire , sans toutesfois rien excéder doiit ces princes se puissent plaindre.

Le duc de Sesse, sur un fondement incogneu pour encores , tient es environs de Casai presque toutes les mesmes troupes qui l'assiegeoient cy-devant, empeschant ( couvertement par ce moyen) le cours des vivres, le payement des contributions, et le recouvrement des pionniers pour avancer les démolitions; qa'il a prié le duc de Sesse de changer ces façons de faire, et au plustost, sinon qu*il s'aidera des mesmes instruments avec lesquels il a assez souvent faict rudement reculer les Espagnols, et n'entrer aussi jamais dans la restitution de Casai que les contributions û'ayent esté entièrement payées et la forteresse démolie.

Dans les lettres que du Plessis apporta au mareschai de la part du Roy, et par addition, il y avoit qu'il se gardast, pour quelque occasion ou prétexte que ce soit, de toucher aux deniers qui sont envoyez pour donner deux mois entiers aux François et aux Italiens qui doivent estre licentiez. Cela l'ayant mis en quelques altères (0, il manda à Sa Majesté, par le mesme du Plessis, que quand l'Estat se devroit renverser sens dessus dessous, qu'elle sera, puis qu'elle le veut, ainsi obeye, ores que la raison vueille que le ministre s'avance ou se recule en ces obéissances, selon la nécessité et la repentineté W des accidens, a l'exemple du sage médecin qui change les medicamens selon la variété que faict la maladie ; et qu'à le bien prendre, ce n'est pas tout que le prince commande, i\ faut aussi

(') Embarras. — C») I^a rapidité.

336 [iSBg] MÉMOIRES

prendre -garde que ses commatidemens soyent tels, qu'au lieu d'en tirer le profit qu'on esperoit qji'on ne s'enveloppe plus avant dans le propre mal qu'on vouloit fuïr.

Qu'il a faict voir audit du Plessis toutes les places qui ont desja esté démolies, à fin qu'il en puisse faire à Sa Majesté rapport plus certain :

La citadelle d'Avigliahe est abatue.

Moncalier a deux bastions abatus (on est après les autres).

Saviglan est de mesme.

Yvrée,toutcequiavoit esté faict par les roys est abatu.

Santia, selon le commandement de Sa Majesté, demeurera tel qu'il est.

Valence fort avancée.

Cazal de mesme (on poursuit et l'un et l'autre).

Verrue toute abatuë.

Sainct Damian desja demi abatu.

Albe de mesme.

Cairas fort avancé.

Ceve toute renversée.

Courtemille de mesme.

Montdevis , tout ce que les roys y ont faict faire est abatu.

La Roque de Baux, Sainct Alb^n et Sainct Michel, abatus.

La Cisterne (il n'y sera touché, parce que c'est un fief du Sainct Siège).

Busqué abatuë.

Villefranche abatue.

Yen^oleins abatu.

Oo travaille à la retrâicte de rartilletîe, mais'par faute de moyens 00 n'avance guieres$ celle de Va^ lence ^t remontée par le Pau jusqu'à Thurin. Celles de Saniia et d'Tvrée sont desja à Chivas.

La vente des munitions, non de rartillerie, mais des vivres de ces places éloignées de Tliurm^ ont esté vendues pour aider les démolitions et la conduîtte de lartillerie, dont compte sera tenu au profit de Sk

Environ le 5 juillet , il courut de tous costez un bmit sourd que le Roy, courant dans les lices, avoit esté blessé à mort (<) par le conte de Montgomeri : ce qui apporta au marescbal et à tous les autres serviteurs de Sa Majesté des regrets et des desplaisirs qui peuvent être plustost considérez que exprimez, la multitude et variété des affaires qui se traictoient loits considérée. Tandis que ceste inceitaineté angoissoit le monde, le connestable donna advis au maresclial de ceste blesseure, la desguisant h peu de chose, et dont le second appareil donneroit lumière certaine. A ceste nouvelle, prières, oraisons et processions publiques furent faictes pour la guerison et conservation du prince. Le marescbal , toutesfois, estimant que le con^ trecoupdelalance, et dans Toeil, avoit faict plus lourde et plus dangereuse brescbe qu'on n'escrivoit pas, depescha soudain un courrier exprés à M. le connes^ table, le suppliant luy mander fort ouvertement à quels termes les choses eàtoient réduites , à fin qu'en cas si dangereux et si repentin qu'estoit celuy là , il peust réduire TEstat en telle as&eurance qu il ne peust

^') Le a^ juin.

338 [i^^9] HixouEs

courir fortune , pendant que Dieu respandroit ses grâces et ses bénédictions su]> ce bon prince. En ces transes, le mareschal jugea d*autruypar soy mesme, tenant pour tout asseurë qu'à ces tristes nouvelles les Espagnols se jetteroient sur. les armes, pour se couvrir desquelles il commanda soudain aux gens de guerre de se tenir à Terte et faire si bonnes gardes ^ que les lyons et les renards qui les guetteroiént ne les peussent entamer : tout d'un train , il supplia le connestable de n'intermettre Tenvoy des deniers pour les payements et licentiements des gens de guerre, et qu'il les feroit ou reserver, ou distribuer, selon ce que la maladie ou la santé du Roy luy conseilleroient

Que les Milanois, Piedmontois, Montferrins et Genevois, à l'odeur de ce mal'heur, n'ont voulu payer les contributions, et que les uns et les autres ayans levé les armes pour s'en garentir, qu'il les a faictsi bien espousseter, qu'ils apprendront à gai*der une autre fois plus honorable mémoire qu'ils n'ont voulu faire dii gratieuxtraictement qu'ils ont tousjonrsrecen ^e la main des François.

L^ lâ juillet, il receut lettres au nom du Roy, mais non du Roy^ par lesquelles Sa Majesté luy mandoit, et fort expressément, défaire cesser de tous costezles démontions : à quoy il respondit que si le maistre Cocpnatfust arrivé au temps qu'on luy avoit mandé, que les choses ne seroient pas si avancées qu'elles estoieut desja; qu'on se devoit souvenir que, dés le i8 du passé, Sa Majesté luy avoit mandé, coup sur coup, de s'en haster le plustost qu'il pourroit : si donc Sa Majesté avoit deslors en son ame la mesme volonté qu'elle luy declaroit maintenant , il ne falloit espar-

DE DUVILLARS. [i^Sq] iig

gner le voyage d'un courrier exprès pour la luy déclarer.

Par/ceste mesme depesche Sa Majesté ^ ^ui avoit oublié les remonstrances que le mareschal luy avoit faictes sur le faict du conte de Beines, luy mandoit qu il fist razer sa place. Luy, au lieu de ce faire , manda à Sa Majesté qu'il ne croiroit jamais qu'un prince si bon et si juste voulust faire ce tort à un gentilhotume qui avoit volontairement mis sa personne et ses biens entre les mains de Sa Majesté, et lors qu elle en avoit extrêmement besoin , que d'abatre sa place, qu'il avoit luy mesme foitifiée à ses despens , pour le réduire tout à faict à la discrétion de celqy contre lequel il avoit porté les^ armes pour le service de Sa Majesté, au lieu de l'honorer et recompenser comme il meritoit 5 qu'en ceste considération il avoit persuadé le comte de faire eschange de sa place avec quelques autres que M. deSavoyeluy pourroit bailler du costé de la Bresse, proche du Lyonnois ; que non seulenient s'y estoit i-esolu, mais qu'il l'avoit prié de s'en rendre médiateur, sous la faveur et appuy de Sa Majesté* Il fut depuis ainsi exécuté, au contentement de M. de Savoye et à l'avantage du conte.

Ceste depesche du Roy portoit aussi qu'elle envoyoit Gordes-vers le mareschal, tant pour l'aider au feict des restitutions comme pour luy dire et descouvrir plusieurs choses dont elle l'avoit chargé; surquoy il remonstra à Sa Majesté que le secours et l'aidé qu'il desiroit n'estoient pas ceux qu'il pourroit tirer dudit sieur de Gordes, ains le payement des gens de guerre et cavalerie, tous lesquels, estans aujourd'huy destituez du secours de Sa Majesté, et de ce peu qu'on

34o. [1559] MÉMOIII^

tirott des contribùtions^estolent contrains , au grand regret de luy, de ravager la campagne ; que là où Cordes yiendroit sans ces provisions, qu'il verrait d*6stranges desordres , nul ne pouvant , pour courage qu'il ait, dompter les inexorables rochers d*une cruelle faim : et à la vérité, si le maresçhal n'eust quelque fois laissé dqudement couUer la scote (0, plusieurs misères feusscnt desja plus avancées qu'elles ne sont pas; et que M. de Savoy e, qui est près du Roy, devoit luy mesrne ( qui sçait mieux que nul autre comme il faut manier TlLstat), devoit assez considérer que pis adviendroit ençores, puis que la Cour ne lenoit conte d'y pourveoir : et à la vérité, le marescbal estimoit, ces choses çonsideiée^s, que le duc n'auroit rien de plus ,pi:essé que d'envoyer diligemment par Le Coconat un commandement poqr. fournir vivres aux gens de guerre » à fin de leur oster la jubte occasion qu'ils avoieixt d'en chjercher l'espée.au poing, et avec une ruine cent et cent fois plus grande que ne sçauroit estre la contribution de cesvivres : que, pour le regard des autres provinces, oil le sieur duc n'avoit qae voir, qu'il les rengeioit bien, par amour bu par force, â secourir les garnisons qui estoient de leur costé, et qu'il avoit autresfois ouy dire que celuy qui consoloit de paroles, et qui néanmoins se rendoit paresseux aux remedçs qu'il avoi^ en main, estoit plustost ennemi couvert que fidelle ami , pour lequel il vouloit ertre tenu, et que le temps sera celuy qui medecinera beaucoup de choses que la rai$on ne guérît pas tousjours-

Le duc d*Àlve ayant faict plainte au Roy que le

(<} SonfiHr que les soldats allassent en maraude.

DIS DUYILLAR8. [iSSq] 34 1

marescbal avoit refusé aux minisU^es du roy. d'Espagne la restitutiob de Valence, il manda que la ve^ ritéestoit contraire à ce rapf)orty car jusqiies alors le dttc de SessCy ny auti*es pour luy, n'av oient feict' îns*tance quelconque pour ceste restitution , à laquelle il n*apporteroit jamais empesebement , puis qu'il en avoit desja receu les descharges nécessaires, au cas que la blessenre de Sa Majesté n'y apportast mutation de volonté; que, pour preuve de son dir^, il n'y avoit que trois jours seulement que le duc de Sesse avoit envoyé vers luy Perin Bel, auditeur de camp^ pour les mêmes affaires de la paix , duquel le marescbal avoit enquis s'il avoit charge de demander la restitution de Valence, à quoy il auroit respondu que non, mais bien luy avoit on commandé de parler du faict des démolitions, >et, entre autres, de celles de Quiers , de Cairas, d'Albe et Sainct Damian; à quoy luy avoit esté respondu qu'on trouvoit fort mauvaisque le duc de Sesse se voulust entremettre des choses qui ne le regardoient aucunement, et que ceste impertinente solicitation sienne dônnoit un tacite soupçon que le roy d- Espagne eut envie de s'en servir par après : auquel cas c'estoit inviter le maresdial à y pro« céder avec plus de ruine qu'autrement il ne feroit pas. Et de faict, il mit en surceancè tout cela, pour en avoir l'advis de Sa Majesté auparavant que passer plus outre*

Donna âdvis qye M. de Mazin avoit envoyé vers luy lun des. sénateurs de M* de Savoye, pour luy feirè instance à ce que les biens des particuliers , conSsqoez durant les guerres, leur feusseot i^integrez, à com*^ laencer au jour de la paix. La responce du mareschal

fut que par Le Plessis y valet de chambre de Sa Majesté, et tfaguieres renvoyé vers elle, il lùy avoît esté commandé de n'y procéder qu'au mesme instant qu il feroit les restitutions à M» de Savoy e, qui de voit estre plus privilégié que les autres.

Et pourautant que tous ceux qui avoient esté depeschez par le Roy vers le mareschal avec mémoires et instructions pour le demeslement de la paix, ne s'en vouloient dessaisir, il suplia très- humblement Sa Majesté commander que cy après elles demeureroient entre ses mains , pour lûy servir de garand sur ce qu il avoit faict ou entreprins en vertu d'icelles, et cependant commander à messieurs les secrétaires d'Ësiat de le faire ainsi observer, et ne laisser cependant de luy envoyer la copie des précédentes.

Qu'il a esté adverty que M. de Savoye a promis la capitainerie du chasteau d'Aviglans à un certain mauvais garniment, nommé François Bergue, de Thurin, lequel s'estoit pieça révolté, et en ce revoltement commis mille et mille maux dignes du médecin delà corde (0 ; que si Sa Majesté ne renversoit cela, ce seroit mettre un brigand aux portes de Thurin pour •voiler ou dresser quelque pratique sur la place , comme il s'est vanté d'y en avoir une qui eust esté execute'e sans la paix ; que si M. de Savoye n'y pourvoit, que luy mesme en fera bien tost desemparer la terre.

Du quatorziesme juillet, donna advis au Roy que les sieurs de Gôrdes et de Goconat estoient arrivez en Piedmont, l'asseurans, de la part de Sa Majesté, que les deniers nécessaires pour fournir deux mois aux François et un aux Italiens, en les licentiant, estoient

(0 Du bourreau.

DB DUVILLARS. [iSSg] 34^

parleschemios, mais qu'elle vouloit.que sur ces deniers fussent rabattus les cinquante cinq mille livres prins sur ce qui estoit resté du payement des Suisses et lansquenets ; et de mesme suitte tout ce qui leur aura esté preste jusqu'au jqur du payement , qui ne leur sera fourny qu au mesme instant qu'ils sortiront des places. Le mareschal^ qui trouva. ces commande* ments uti peu estranges, manda au Roy qu*en les voulant pratiquer ce seroit rendre (0 la vaillance de ceux qui estoient reduictsaudei^nier desespoir, à s'em* parer des places qu'ils avoient en main, et avec tant de désolation et dexuine, que le repentir en séroît tardif et inutile; que ce retranchement et mords estoient trop rudes et trop indignes à gens qui avoient enduré tant d'extremitez , au lieu de la recompense que la fidélité de leurs services avoit de longue main merite'e;^que si l'intenlion de Sa Majesté avoit esté de joiier ainsi à quitte et au double, ce luy eust esté beaucoup de grâce qu'elle eust choisy d'autres escuyers que luy, et plus propres qu'il ne sçauroit estre à corriger la fureur et la colère de gens privez de la mesme espérance, seul refuge aux misérables; et que prévoyant le mauvais gré qu'on luy sçauroit de ceste remonstrance, qu'il avoit faict appeller les fieurs de Gordes et Coconat , lesquels il auroit conjurez (les inconvénients cy dessus considérez ) de luy dire ce qu'eux mesmes feroient s'ils tenoient son lieu et qu'ils se trouvassent réduits à si dur party qu'estoit le sieh , et que chacun d'eux auroit en fin advoué <{u'il falloit nécessairement que tous ces rabbais apportassent en fin quelque estrange malheur ^ mais beaucoup plus grand WExciiw.

344 [ I ^^ft] HÉMOiaES

encor û éé% maintenant on ne> trouvoit moyea de fournir i4vre$ aux gens de ^erre*) en attendant Tarrivée des deniers et la finale restitution d^s places. Remonstra ans» que les estats et les instructions de Sa Majesté ne faisoyent auoune oveniion du payement des gouverneurs des places, des cappilaineS) ny des autres appointez en Fezercice de la guerre, et quireveno^ent à douze cens livres par mois , combien que Sa Majesté Teust asseuré par le secrétaire Boudet qu'ils seroyent payez de cinq mois- entiers , comme aussi seroyent les commissaires, contreroolleurs, et autres officiers de guerre; et que parmy tout cela on avoit oublié de pourvoir au payement de la cour de parlement et chambre des compta.

Se plaignit aussi , comm*il avoit precedièmment faict par le reto'ur des seigneurs de Mendosse et de Bouillay, quHl n'estoit ny juste ny à propos de faire perdre aux eapitâines des cbasteaux ny leurs appointements ny ce qu'ils avoieot avancé du letir i^ Tentretenement de leurs soldats ; que ceste rigueur engendreroit l'audace de ne rendre les chasteaux que par la force, qni altereroit \e coui*s delà paix, et qui cousteroit dix fois plus qu'il ne leur estoit deu : de les remettre à aller cerclier llur soulagement parmy les aureilles sourdes de la Cour, qu'il ne le leur conseilleroit pas, ny ne l'empescheroit aussi, sçacbant assez, comme dit TIUlien , Passata la festùy e gahbato il santo (0<

Dudit jour il escrivit à M. le connestable que despuis trois jours plusiieurs courriers estoient passes, portans nouvelles qu'on desesperoit de la vie du Roy, et que s'il estoit ainsi, ce que Dieu ne veuille jamais,

(i.) ÏA fév^ postée, le saint est oublié,

DE DP VILLA AS. [ 1 5 Bg] 345

qu'il estoit resolo, attendant plus certaines nouvelles, de se ressteYi-et* dans le» plfi(ce$> et en commander les gardes plus fortes et plus soigneuses que. jamais, ne sçachant que le nouveau roy en pourroit délibérer, et duquel, en tout événement, ilfalloit avoir nouveaux comtnandemeki& et fort amples descharges-, qu'il craignoit tout d'un train que ceuît qui devoyent fournir les deniers des lieentiements n'en facent maintenant les refroidis, et que, cda prenant traict de temps, les gens de guerre ne soyent invitez à feire quelque desordre, comme il advient assés souvent parmy tels ac« cidèns que celny du Roy.

Estant parvenu au dixseptiesme du mois sans que de la Cour il eust nouvelles quelconques, il despescha un courrier exprès vers le Roy pour se plaindre qu'on avoit commande aux trésoriers de Textraordinaire des guerres de ne desbouroer, pouk* commandement qu'il sceost faire ^ aucuns des dèniei^ despeschez pour le licentiemènt, qu'en la mesme forme cy devant discou«rue, Sur peine d'en faire la maille bonne (0; que ceste façon de faire estoit de: toutes parts si estrange et 3i préjudiciable à son bonheur et réputation, que, sans la candeur de son affection, il n'en lairroit couler l'indignitë si doucement qu'il vouloit faire , sçachant assez que ceste farine avoit esté moulue dans l'ame de ceux qcii envioyent l'intégrité et la rondeur de ses actions, desquelles il rcspondroit tousjours devant Sa Majesté ; que les mesmes trésoriers , et non luy, estoient à reprendre, ayans desja distrait cinq mille livres sur les cinquante mille qui marchoyent

Qu'il vient tout présentement d'estfe adverty par La

^0 P'en être responsable.-

346 [iSSq] mémoires

Motte, gouverneur de Casai, que ceux de Pondestore avoyent arresté une barque de marchandée qui descendoit par le Pau, sous le bénéfice de la paix, poar tirer en Italie ; qu'ils faisoyent aussi redresser la pallissade qui traversoit la rivière, sur la. crainte quils avoyent qu'à ces déplorables nouvelles on nç renvoyast l'artillerie à Ca$al et à Valence ^ surquoy il auroit commandé à La Motte Gondj'in d'envoyer un gentilhomme exprès à Pondesture, pour^demander. la restitution de ceste barque, etprotester de ceste.pallîssade, la structure de laquelle monstrpit une tacite- disposition au préjudice de la paix. Selon la respouse qui en sera faicte , et ce qu'on luy man dera aussi de France, il advisera à ce qu'il aura à faire, mais non pas si bien ne si commodément qu'il eust peu faire si de bonne heure on l'eust, comme, on devoit , adverty de cest inconvénient, duquel, par le deportementdçs voisins, il ne se tient désormais que trop asseuré , puis que le duc de Sesse a envoyé r'assembler la cavallerie et les régiments des AUenoims qu'il avoit puis n*agueres li* centiez. Au mesme instant qu'il faisoit ces despeches, il receut une fort courtoise lettre de M. de Savoy e sur le faict des démolitions et des restitutions, la responce de laquelle j'ay bien voulu insérer icy , parce qu'elle porte conséquence d'Estat.

ce Monseigneur , les faveui:s et les grâces dont, par ceste mesme bonté et générosité qui sont nées avec vous, vous m'avez voulu honorer, contiennent en elles mesmes une certaine espèce de gracieuse tyrannie, d'autant qu'elles m'obligent à faire par obligation ce que je desirois faire par eslection volontaire , au faict

DE DUVILLARS. [iSBq] -347

de la restitution de vos Estais, et partout ailleui^où je vous eusse peu rendre tres-Wimble service. Et croyez, s'il vous plaist, monseigneur, que sans les tristes nouvelles de la repentine mort de mon bon maistre que je n'eusse eu rien plus à cœur gue de donner à vous , et à tous vos ministres et sujects , tout le contentement que vous deviez espérer de ht main de celuy qui vous honore et observe ( après son prince naturel ) plus que tous les autres qui sont au monde, et mesmes par la mémoire que je garde des grâces innulnerables dont madame a tousjours félicité tous ceux de ma maison et moy en particulier. Vous donc, monseigneur ( qui cogDoissez mieux que nul autre les chatoiiilleuses conséquences de r Estât), sçavez assez que je ne pouvois ( en ce piteux accident ) moins faire que de surceoir l'exécution des affaires jusques à tant que j'eusse este esclaircy de l'intention du nouveau roy, et 'que je n'eusse aussi , et pour moy et pour tous les particuliers gouverneurs et capitaines , toutes les descharges qui nous sont nécessaires, et lesquelles ne sçauroyent si tost arriver qu'elles ne me trouvent encores plus prest à vous servir et obeïr, et d'un cœur qui ne donna jamais logis à la dissimulation. En ceste volonté , monseigneur, les choses demeureront au mesme estât qu'elles estoyent, croyant, comme je fais, quant à moy, que rien ne sera rabatu, ou tant soit peu altéré, de ce qui vous a esté si saincfeement promis. J'ay entendu , monseigneur, par plusieurs de mes amis, qu'on s'est efforcé, comm0 on faict encores tous les jours, de vous imprimer croyance contraire à celle qu'un cavallier d'honneur vous donne, et dont je me tairois si cela pouvoit passer sans l'embrouillement de vos affaires ^

i^S [lS^9] MÉMOIRES

mais le temps et la propre candeur de mes actions vous fera bien tost recognQistt*e que mon naturel n*est moins libre qu'honorable et véritable ; j'estime que ceux qui en voudront .autrement juger ont^ fouillé dans la boitte de Pandore , qui leurra mis une taye si espoisse et sur les yeux et sur la conscience , quils ne peuvent discerner entre ce qui est vray et ce qui ne Test pas : la malice qui est couvertement par là dedans sera un jour seurement comgée par la main de Dieu^ protecteur des âmes. innocentes et débonnaires. Et par ainsi y en c^e mienne volonté, je vous represenleray que toutes les playes qui ont cy devant pincé plus avant que je n'eusse voulu tous vos sujects , s'augmenteront à veuë d'œil , s'il ne vous plaist de si fort presser ceux qui manient les afidires près du Roy , qu'ils envoyenten toute diligence les deniers promis ^ pour parachever les exécutions de la paix /mais sur tout le pain quotidien poqr les gens de guerre , qui sont pieça réduits à si extrême misère qu'ils font pitié aux pien-es. Si ces messieurs sçavoient aus^i bien exécuter que promettre, il y a long temps que vous, monseigneur et madame, seriez contentsi, et moy au$si hors de peine et de clameur : si les provisions viennent au trot, je courraiy au galop pour désormais «lettre à repos vostre ame magnanime et gefiereuse, sar l'aotel de laquelle j'offre poUr offrande mon très - humble service. »

Il escrivit au mesme instant la lelire cy après représentée •:

« Madame , puis que ceque j',ay bien au long escrit

' DE DUVILXARS. [if-^Bg] 349

à monseigneur de Savoye, fera recoghoistre à vous et à luy rbanorable chemin que j'ay tenu^ et que je tiendray tousjours à la fiualle exécution de la paix, et la tres-hurable dévotion que j'ay par obligation fort mémorable à votre service, je ne vous ennuyeray point d'une longue lecture de lettre, par l'espérance mesmes que) ay, madame, que ceste grande debonnaireté que moy et les miens avons essayé, recevra pour monnoye de bon aloy ce que j'en ay remonslré à mondit seigneur. Par là , je dois tenir pour certain. que celle qui a, d'un cœur libéral et généreux, basty les premiers fondemens de la maison d'où je suis sorty , et qu'elle a tousjour^ continuez envers noa père , mère et nousmesmes, n'aura jamais creu ny ne croira que je sois sidesuaturé, qu'au lieu de luy rendre tres-humble service, que je sois ny pour empescher, ny pour dilayer sur les mesmes choses que la paix vous a données et le Roy commandées. Ce sont les tristes accidens qui sont survenus et qui s'augmenteront tous les jours par la coulpe de ceux qui. manient les affaires, et non de la mienne. Or, puis que la négligence sur l'exécution des ttïoyens promis est celle aussi qui rend toutes choses pleines de tant de misères, que je. prévois qu'il en adviendra , quoy que je sçache fairt , de grands inconveïïients, s'il ne vous plaist donner une si rude esperonnade h ces seigneurs , qu'ils apprennent désormais h marcher au pas, et à la cadence de leurs promesses; et lors, madame , vous et monseigneur recognoistrez que ce que je dis et que j'escrits est inférieur à ce que mon ame conçoit et desîre pour le bien de voslre service et repos. »

35o [1^59] MÉMOIRES

Du vingt-troisiesme y le marescbal receut lettres du roi François deuxiesme, par lesquelles Sa Majesté luy donnoit advis de la déplorable mort du Roy son père, à la couropne duquel non seulement il avoit succédé, mais aussi aux sainctes intentions qu'il avoit de recognoisti^e la grandeur et la fidélité de ses services, comm'elle esperoit luy faire bientost recognoistre , et que cependant il eust Toeil ouvert et diligent à tout ce qui regardoit l'exécution de la paix, et dont elle luy envoyeroit bien-tost ce qu'elle desiroit qui en fust faict.

Le marescbal, pour responce, manda à. Sa Majesté qu'elle n'avoit suject ny serviteur qui participast plus avant qu'il faisoit aux regrets et aux douleurs de la perte d'un si b^ve, si juste et si inagnanime prince qu'avoit esté le feu roy, de la bonté duquel il recognoissoit tous les plus beaux rayons de sa fortune; que s'il avoit esté honoré du père par la fidélité de ses services, qu'il n'en esperoit pas moins d'elle, ayant dédié ce qui luy restoit de bons jours au service de Sa Majesté, laquelle il supplioit tres-humblement vouloir, en cest heureux advenement, tellement tranquiller et disposer l'Estat, qu'il n'y advienne aucun remuement, comme il est sckuvent advenu, par le recullement des anciens serviteurs pour avantager les nouveaux; et en fin qu'il supplie tres-humblement Sa Majesté ne trouver mauvais qu'il luy i^amantoive (0 que cest chose digne et du prince et du serviteur de garder, par proportions différentes toutes-fois, honorable mémoire des services et des grâces receiies , doucement et généreusement mespriser les injures, ne permettre

(*) Rappelle.

DE DVYILLÀRS. [iSBq] 35 1

qae par ambition Thonneur d*autruy soit galoppé ^ soulager et conserver les bons, reculer et rejecter les meschans, qui ne servent que de boute-feux, parmy les cours des princes , comme il a chargé le sieur de CigODgnes, qu'il depesche expressément vers elle, luy remonstr^r, avec le piteux estât où toutes choses sont reduictes en Piedmont.

De mesme suitte il escrivit à la Roine, mère du Roy, que c'estoit neglig-er les conséquences de VEstat que d'avoir attendu )u$ques au vingt-troisiesme du mois à luy donner advis de la repentine (et tres-regrelable mort dd Roy, seigneur à elle, et à luy tres-bon et maistre tres-humain, dont nul des serviteurs de Leurs Majestez n'avoit por^ plus de doulçur et de regrets qu'il avoit faict, et qui poqvoient estre plustost considérez que vivement exprimez , mesme par la propre perte que Sa Majesté avoit faîcte delà plus chère chose qu'elle pouvoit aimer et révérer en ce monde ; qu'il la supplioit tres-humblement qu'en s'accommôdant au vouloir immuable de Dieu, elle mist désormais fin aux larmes et aux tourmen$ qui l'affligeoient. continuellement, à ce qu'on luy avoit maindé, se souvjbnant que la Majesté divine n'afflige jamais que ceux qn'il aime et ausquels il veut faire part de ses grâces éternelles ; que, s'il n'avoit luy mesme besoin de consolation , il s'efforceroit de la donper à celle à qui Dieu avoit donné tant de jugement, de vertu et de pi'udence, qu'elle sçaura mieux mesnager que les nommes les playes de ce lamentable et repentin accident, mesmes par l'assistance de tant de beaux enfa^ns qwe Difeu luy a donnez, et sur tous du Roy, le vert tueux et magnanime naturel duquel apportera , sous

35a 1*559] ]fJtVQIH|B3

le $s\ge consml et conduicte d*elle. mesme^ aajtant de grandeur et de conservatioîi à YE&W universel de la France , qu'ait jamais faict autre roy qui l'ait précédé) qu'en son particulier il esperoit tant de la protection en laquelle elle se daigneroit le tenir h l'epdroict du roy son fils, qu'il gardéroit si favorable souvenance des longs et fidèles services qu'il avqil rendus à se$ prédécesseurs, ayeulx et père, que par cest exemple tous les sujets de Sa Majesté seroient invitez à sacrifier leurs vies et fortunes pour la servir et obeïr.

Le sieur deCigongnes fut aussi chargé, par instruction particulière, de reinonstrw à Leurs Majestez et aux cardinal de Lorraine et duc de Guise , qui estoient entrez au maniement des affaires, que il n'avoitreceu les lettres de Sa Majesté ny les leur^ du douziesme que le vingt- tfoisiesme du mois, portans commande* ment que, conformément au traicté de paix que Si Majesté vouloit observer, il eust à accomplir les restitutions qui dévoient estre faictes à M. de Savoye, on aux députez de luy garnis de convenables précautions, à quoy il satîs-feroit ; cependant qu'il n'avoit fouln faillir de se condouloir avec eux, par la main de Cigongnes, de la repentine mort de son bon maistre et «eigneur, et par mesme suite se resjoûir aussi que le Roy eust remis entre leurs mains tout le maniement de l'Estàt, eh espérance qu'il lecevra d'orçsnavant, par leur entrémise et médiation, to«l le favorable traiotement qui est deu k la longueur et fidélité de ses services.

Que, pour satisfaire aux exécutions de la paix, il avoit mandé au duc de Sesse qu'il deputast t^l$ personnages qu'il voudroit pour venir recevoir )a conà-

DE OUTILLÀRS. [iSSq] 35S

gDaUoQ qu'il estoit prest à &ire de Valence^ comtliâ aussi feroil-il à M. de Masin celles de M« de Savoye^ etdemaÎDeD main oelleà du Montferrat.

Cest chose fort estrange que cent mesmes qui avaient gonei^eoseinent combatt» , et de la maiû et de la voix, pour empescher) comme vous avesj cy devant peu remarquer^ à ce que le feu Roy ne Ée lais*" sast embarquer en eeste desavantageuse paix de 5g, par laquelle ^ d*un seul oonp mal mesnagé^ on quit*» toit plus dé soixante places fortes^ tant en France, Italie et Corsegue (Ot qu'on n'eust sceu perdre eii tretite ans, que ce soyent aujourd'buy ceux là tnesfnefs qui en conseillent et qui en poursuivent TexeCution. If semble que ce soit, à le bien prendre , plus tfimer les éclipses que les beaux rayons du soleil, et que ce sont aussi des frutcts de Tambition , laquelle, ayaût atiaiat le souverain but où elle aspiroit, oublie le pu*blic, ne pensant plus qu'à moissonner de tous costcti^, et se fortifier par nouvelles amitiés et intelligences, les précédentes leur estants devenues suspectes, ef mesmes celles qui soni magnanimes et généreuses : et à la vérité, Texperiencenoùs faict voir assez souvent que toutes aniitiez, toutes charges et toutes conditions, ores que bonnes et honorables en elles mesmes, ne laissent de recevoir le dangereux nyeslange des mauvaises, si la prudence exacte n'y regarde de fort prés.

Le sieur de Cigongnes fust aussi chargé de remons-^ U*er à Leurs Majestez que la résolution que le feu Roy, de glorieuse mémoire, avoit prinse de ne donner aux regtmenis qui sortiroient des places restituables que deux oEiois seulement, et »n aux Italiens, ri'estoit,

(•) Côrte.

,354 [iSSg] MÉMIOIRES '

sous correction, sans quelque injustice, fliesmes si on leur i àbatoit ce qu'ils auroient receu jusques au jour du licentiement, d'autant que si ceste inusitée rigueur devoit estre inexorablement praticquëe, il ny aoroit celny. d'entre eux auquel il peut rien deroencer pour se retirer, ne qui, en cest extrême desespoir, n'entreprenne peut*estre quelque saccagement et au dedans et au ddbiors des villes, dont tout le mal se^'a rejette sur luy , et non à ceste mesme misère où on se veut forcement réduire; quoy qu'il ait sceudire, remonstrer et supplier pai* plusieurs fois, que force sera, n'y pourvoyant, que l'orage tombe sur les sujets de M. de Sâvoye, et dont nécessairement, s'enfilera le retardement, des restitutions; et que pour en demeurer discoulpé envers M. de Savoye il luy en escriroit, à fin qu'à tout le moins on y pourvoye pour l'amour de luy, puis qu'on, desdaigne de le faire pour le propre service de Sa Majesté.

Suppliera aussi tres-humblement Sa Majesté commander que le conseil renvoyé les mémoires et instructions données aux sieurs de Mendosse, de Bouillay, secr^etaire Boudét: et du Plessis,.à fin qu'elle et M. de Savoye recogooissent que les desordres qui ont des-jà couru, et qui pourroient cy après couloir, doivent estre rapportez, au continuel mespris qu'on a faict de pourvoir à la nécessité, des affaires, qui s'augmente de jour à autre à la . ruine et désdite de celuy auquel il nle^t demeuré que ce mesme cœur et ceste mesme affection qui a esté cy devant tellement mesprisée, qu'on a mesmes desdaigné de luy faire entendre si les cinq villes réservées de meur croient en lalibre possession de leurs jurisdictions et mandemens, selon ce

DE DUVILLARS. [iSSj)] 355

qui en avoit esté remonstré par le propre procureur de Sa Majesté.

Que les gens de la cour de parlement et chambre àts comptes ne sont pas moins estonnez et perplexes» que les autres, n'ayants, pour instance que ils ayent sceu faire, peu rapporter aucune resolution du conseil sur ce qu'ils auront à faire et à devenir demetirans pieça privez et de leurs charges et de leurs gaiges.

Du vingt-huictiesme juillet, le mareschai manda au Roy que toute l'Italie, jusqu'aux mesmes ennentis de Sa Majiestë, trouvoient merveilleusement estrange quelle eust accordé à M. de Savoye que les cinq^ places l^etènues demeureroient doresnavant privées de leurs propres fihagesetjurisdictions, qui estoient celles doù elles dévoient tirer leur nourriture «t leur secours quotidien, au lieu d'en passer, comme d'oresnavant.il faudra faire, parla discrétion d'autruy, qui est assez souvent rude et indiscrète, quand le particulier mterest y est conjoinct, comme est en cest. endroict' celuy de M. de Savoye , lequel , au lieu de rendre grâces de ce que la France ne luy redemande^ comme elle devroit, ce qu'il a usurpé en Piedmont sur les comtes de Provence et le marquis de Saluées, qui font des quatre parts les trois, sans les contez d'Ast, de Nice et succession de madame la Régente, abuze tellement de la bonté etfacillité du Roy, qu'il veut extorquer de sa main toutes choses bonnes et belles pour luy, mais «ajustes en ce qui regarde le service du Roy, et dont ilv pourroit succéder tel desordre qu'il s'en pourroit repentir à ladvenir.

A la vérité, celuy est tenu pour tres-sage ettres-

356 [^^^9] MÉMoiRi;s

prudent y qui ne considéré pdiS seulement ce qui (st juste et honneste, mais la mesme dignité des roys, et les choses qui peuvent, par la conséquence de TEstat, apporter des altérations, tousfours dangereuses do grand au laedipci^^' mesmes lorsqu'il cognoitquon Ta embarque à faire ce que moins il devoit : et pourautant que le marescbal recognut asse^ que toutes se^ depesches ne profBleroient non plus à ceste maladie que l'encens aux décédez , il depescha le secre* tftîre Guesdon vers le Roy pour essayer de rabatre ou. amoindrir le mal qu'il prevbyoit ; mais au lieu de tirer quelque proffit des remoastrances du marescbal, il fust, ce nonoI>staiit, à sa barbe resoluêment amsté que les cinq places susmentionnées n'auroient autre finage ou territoire que ce que .pourroit contenir l'estendue d'un mille italique es environs de chacuoe d'elles. Ce fust^ à dire ouvertement ce qui en est, la plus indigne et la plus détestable concession qui fut jamais faicte de prince à autre , depuis que Dien establit les monarchies jusques aujourd'huy.

Cest acte est bien edoigné de la généreuse offre que fit le duc de Guise au feu Roy, lors que je vins trouver Sa Majesté pour l'interruption de la paix, et que j'ay cy devant cottée ; en somme, ce furent des coups deschaînez eu un seul jour, que la France a pleureiet pleurera encor par un longtemps. A oiiir discourir les courtisans, c'estoit une singulière bravade et un mon fort rude pour contenir toute l'Italie en office , que dV voir retenu les cinq places ; et cependant lesbonnesgeps se Laissent embarquer parnqty 4es efiets si abjects et si indignes de la force et de la grandeur des armes françoisea, que . la honte et kt perte nous en sont demea-

ms DUFiLLARS. [xSSq] SS*^

réesy v«rifians par là que Gesar, ayec grand jugement, Dous appeloit benéficiorutn ac injuttàrùm immemo^ ' res ('). Et de faict, n'est-ce pas ravaler la gfa»de«ir et la dignité de TEstat, que ée concéder au prince irsferienr (qui n'est paré que de nos pins belles plumer) et la force et les moyens poor tenir en sa main le sa** lut et la perte des cinq places qu'il estimoit en son cœur luy eatre injustement retenues? Quibailleà garder sa bourse au larron ne trouve jamais son conte : et de fisiict l'audace et Tingratitude volèrent jusques laïque ce mil fut si exactement livellé (O^ que les ministres de M. de Savoy e partagèrent une métairie et un jardin en deux.

Dira aus^i ledict Cigongnes que le màreschal a*a jusqu'à ce jourd'huy peu quitter la possession de la campagne, pour autant que Sa Majesté n'ayant en-cores envoyé un seul denier sur les sept mois qui sont deu« aux iins et aux autres , il estoit impossible àt retirer dans des villes si estroictement emprisonnées, la cavalerie^ gend'armerie ny fanterie ; que Qeantmoins, ayant ck>m{>tssion de la foule que cela apportoit aux affaires de M. de Savoy e, il avoit prié le sieur de Goconat de. trouver bon que tout cela se retirastdans quelques villages, pour y vivre selon la taxe et Testât qu'il en feroit luy mesmé, et le tout seulement jusqu'à tant que leurs payeutens fussent arrivez; mais on l'a trouvé si revesdie qu'il ti'en a ▼oulq rien accorder, r./ le màreschal succomber à son obstination et à l'inconvénient^

Que les Jieutenans des deux compagnies coronnelles de M. le prince de Gondé prétend oient Fautbo-

(0 Ne 9é tcMyenaot ni des bieàfaiti ni des injures. -«(*) Mesuré.

rite du commandement dans les places ( en l'absence du gouverneur) ; que par la praticque jadis obseme, le plus ancien capitaine de gendarmerie, de cava-» lerie ou fanterie, y commandoit ; que pour n irriter ledict sieur prince, il supplioit Sa Majesté en vonloir elle mesme ordonner ce qu elle jugera convenable. La pratique ancienne l'emporta depuis.

. Que si M. de Savoye eust dés le commencement receu les remonstrances qu'il luy avoit faictes pour contenir en office ses subjects sur le faict des restitutions, ceux de Saviglan ne se fussent esgarez, comme ils ont faict, envers les serviteurs de Sa:Maj)esté ; ils n*eussent mis la main à la correction, qui n'a tùutesCôisesté qpe modérée*

t Du quatriesme aoust, il manda à Sa Majesté que parmy les patentes qu'elle a envoyées pour la restitution du Piedraont , qu'on a oublié celles qui s6nt nécessaires pour le Montferrat, et une particulière pour La Motte Gondrin , gouverneur de Casai , lequel s'obstine h ne vouloir rien faire sans cela ; et toutesfois, considérant que Sa Ma)esté pourroit, pour ce regard, estre travaillée de notables plaintes, il luy a donné la foy de les luy faire fournir dans trois sepmaines ; ce qu'il plaira à Sa Majesté f^ire accomplir. Le mareschal , se voyant mal secouru et tous les jours diversement travaillé pour les restitutions, pour l'establissement des cinq places ; et du payement des gens de guerre, et' désormais si atténué qu'il avoit besoing d'aller respirer en sa maison qu'il n'avoit veuë il y avoit onze ans, il print resolution de demander.en un seul coup tout ce qui luy'estoit neces* saire pour l'exécution des commandemens de Sa Ma-

DE ouviLLARs. [i55g] 359

jestë, protestant que^ s*ii n'y estoit promptement pourveuy force luy seroil de tout quicter et se retirer. En voici le sommaire :

Qu'ayant perdu toute espérance de pouvoir recouvrer deniers de Lyon pour la nourriture de la gendarmerie,. cavalerie , fanterie^ officiers de la guerre et de rartillerie, et moins encor dequoy pouvoir soulager la misérable condition où ces pauvres seigneurs delà cour de parlement et chambre des comptes, avec leurs &milleSy estoient indignement réduicts^ qu'il supplioit tres-humblement Sa Majesté pourvoir aux uns et aux autres, ou avoir pour agréable qu'il se retire désormais.

Que le. sieur de Terrides, capitaine, il y à quarante ans, de gendarmerie > et gouverneur de Pinerol, luy avait mandé <{u'il estoit de toutes parts si mal traicté et recogneu , qu'il avbit plus d*envie de tout quitter que de retourner, ne voulant plus manier les moutons s'il nen] a la toisbii ; que les sieiirs d'Ossun et de La Motte Gondrin chaûtent mesme game; qu'il Qest toutes-fois raisonnable qu'estant M. de Savoye sur le train de venir en Piedmont , que les places de*meurent desemparées de leur assistance.

Que les gouverneurs des places veulent aujourd'huy embrasser une authorité qui ne fut jamais pratiquée , à sçavoir de disposer à leur discrétion , et sans appellër les sindics et les fourriers des villes, de la distribution des. logis nécessaires aux gens de guerre : ce qu'il né trottvoit raisonnable , et d'une fort dangereuse conséquence , à cajise des abus et des querelles qui en succederpient; quUl supplie Sa Majesté en' ordonner : ce qu'elle lat depuis selon l'opinion de luy.

Qiie ceux qui avaient dresse Vestfkt de s^ gendarmerie et de la cavaUerie avoi^nt oublié les commissaires et controUeurs ordinairie^ d^ guerreisîy qni ^voient chèrement acbet;é leur$ est? t^ \ que Vaccumulement de tant et tant de desordres e&toil mal propre an service de Sa Majesté e% au soulagement df) luy, sur <)iii tout tomboit y are3 que la cpu}pe fust d'atitruy^^

Et pour^utant que Sa Majesté luy mamia» le septiesme de ce mois, quon faisoit to«it ce qu on pouvoit pour le secourir , il respoadit que ç'estoU, so<i8 cori^ctioP| non luy qu'il falloit secourir, n>iiîa bien les propres, affaires de Sa IVfajeste; que si les affaires ne prenoient pas tel acheminement qu'il eu&t désiré, qu'il n'en falloit tacitemeat rejeUter la coillpe s«f Iny, comme on fai^t |ousjourji«

Qu'il a envoyé ée Ions costez.pour procéder aax restitutions du Piedmopt^ du Moplferrat et à celle de Valence y et de m^e^me quitte procède auK lieentitments des geus de guerre, qui ue poumoie^^t toutesioîs estre parachevés; que les deniers ne fussent arrives , et s»r ï'envoy desquels m^essieui^ lefi financiers av^nt les mains trop gourdes (0*

Qu'il obeïra , mais non îa^uai^ de bon cceur ^ sur œ que Sa Majesté a arresté sur la restriction des finages et jurisdiction des cinq places retenues; puis que reso^ luement elle le veut ainsi , que sa conscience et le $e^ vice propre de Sa Majesté f. qn il a'avoit jamais laiiaé clodier y uon plua parmy les faiicts que les paroUes^ b contir^igaient aujourd'hay de rem^natror k Sa Ma- }a$té çiw c'estoit une piaye ù dangereuse, et de telle conséquence pour l'advenir^ qu'il ne pouvait à moias

«) Gxfuriea : ro^Mtl.

DB BOVILLAAS. [l559] ^^*

qa'ils n'engendrasseot tous les inoonveniens qu il avoit preveus, etqu^on av^t mesprisez, et assez inconsi décrément regrettez par aucuns;, que les gens de guerre et les habitans des "villes, demeurants comme oysôns bride* dans la cage, ne se pourrolent tenir de marcher plus outre, çt mesme lesdicts babitans quivjoudront i^ecaeillir et se servir de leurs bteds, vins, et autres commoditez qui se tirent des champs, et qui seixmt hors lemil; quojr leur-defaillant, et de main en main le pain quotidien fiux gens de gueiTe aussi bien qu'à eux, que les uns et les autres ne demeureront pas vains au recouvrement, qui sera encores si cher, que leur paye ne suffira pas pour quinze jours seulement -, et lors force leur sera de faire comme lé loup que là faini chasse hors des bois, qui en preijd où il en trouve.

De là sortirent les plaintes, les crieries, et les quewAles aussi de monseigneur de Savoye , que, quand bien Sa Majesté augmenteroit le payement des gens àe guerre , et Tenvoyeroit encores à poinct nommé, que pour tout cela ils ne lairront de demeurer enveloppez parmy beaucoup d'incommoditez, et de courir la campagne pour respirer un peu au large. Il adviendra de ceux-cy comme des femmes qui désirent tousjours fort ardammetit les choses defiendues et qu*elles înesprisoient précédemment : les gentils -hommes et les officiers qui auront de la discrétion, se contiendront pour un temps, et en fin la patience leur eschap- P^a contne aux autres, et audict sieur duc la colère dont il aura Itiy-mesrae basty les eschellons pour avoir voulu plus qu'il ne devoit, et qui peut-estre forcera ^n jour la France, si elle devient sage, à revocquer et casser tout : et de là l'amitié et raffeetion s'esgare-

362 [^^^9] MÉMOl&ES

ront. Il falloit apporter à toutes ^es choses un tel tem« peramenty que ce prince ne peust avoir aucun argument pour sortir hors des gonds, ny le François aussi d'insolescer (0 au préjudice de ces resolutions trop restrainctes ; qu'il supplioit^ quant à luy, la divine Majesté, vouloir destourner tous les orages qu il prevoyoit. Et à la vérité, qui observera ce qui advint depuis,'il trouvera que le mareschal avoit esté une autre Cassandre, car et les cinq places et le mesme marquisat furent depuis perdus, avec sept ou huictcens pièces d'artillerie.

Qu il supplioit tres^humblement Sa Majesté ordonner que If^s neuf mille livres qui se souloient lever en Piedmont pour le talion, fussent rejettez. sur la France , à fin que la gendarmerie fust contenue en reigle et en obéissance.

Que le faict des chasteaux avoit esté mesnagé au contentement de Sa Majesté , comme elle pourra faire recognoistre par les estats qui en sont envoyez ; que la copr de parlement et chambre des contes rendent grâces tres-humbles à Sa Majesté de Tordre qu'elle a faict donner à leur payement, et à les pourveoir aussi de pareilles charges que les leurs lorsque vacation en adviendra parmy les parlements et chambres de la France,

Qu'aussi tost que le payement des chevaux legiers sera arrivé , qu'ils seront licentiez et admonestez de se retirer à la desbandade , sans tenir les champs ; mais il est à craindre que le contraire n'advienne, tant les maistres et les chevaux ont faict de jeusnes non çom* prins en leur calendrier.

(0 D'aller au-delà.

DE DUVILLÀRS. [iSSq] 363

Il ny a point de raison que M. de- Savoye ait deo troaver mauvaise' la dernière levée du taillon, puisque ses propres ministres ^ sur ce requis^yont coDsenty, ayans recogneu que c'estoit chose forcée , et qu'en s'y opposants c estoit donner à la gendarmerie grande occasion de courir et de ravager, pour contenter un ventre afiàmé qui n'a point d'oreilles pour esconter sa ruine.

Que Sa Majesté doit rejetter les instances de ceux qui luy demandent la capitainerie de Ravel, n'estant raisonnable d'en priver le capitaine LaGuarigue, vieux soldat qui a tousjours fidellement servy depuis dix ans qu'il fut escbangé de la compagnie de gens de pied des vieilles bandes avec le capitaine Lichaux , basque , pour ledict chasteau de Ravel. ^ . '

Que si les deniers de la gendarmerie estoiént arrivez, qu'il n'eust eu rien de plus pressé que de l'envoyer rafraischir en leurs maisons : que tant s'en falloit que cela fust, qu'il n'estoit arrivé autre payeur que celuy dudict sieur 4le Terrides ; que le sien luy a mandé que l'assignation qu'on luy avoit baillée n'estoit payable qu'au vingt-cinquiesme juillet (0, et qu'il en sera ainsi des antres s'il ne couroit autre remède ; auquel cas il est à craindre que il n'en advienne quelque desordre, s'il ne plaist à Sa Majesté de sévèrement commander aux thresoriers de compte des guerres d'y poui-voir sans plus dilayer. ^

Du douziesme aoust, il manda à Sa Majesté. que Dieu ayant aujourd'huy donné la paix et à elle et à son royaume , et iceluy fortifié du parentage du roy d'Espagne et de M. de Savoye, et ausquels elle, a voit

^*) a5 septembre.

fort courtoisement toutesfois rendu ce qu'elle avoit promis, il esloii à croire que toutes cboses prospëre*roient doresnavant si fort paimy ceste tranquillité, que Sa Majesté ny ses Estats n'auroient par cy après aucun besoin de son service y ny mesme de son assis* tance, et que par ainsi il la i^upplioît très humblement luy donner congé d'aller revoir le lieu desa naissance, qu'il n'avoit veu il y avoit tantost unze ans, et presque autant femme et enfans. La supplia aussi que là où il ne luyauroit rendu tous les gmuds services qu elle eust peut estve desirez , le luy vouloir pardonner et n'en attribuer la coulpe à faute d'affection qui fust en luy y mais à son impuissance, qui avoit toutesfois tousjoârs esté corresponduë par ceste saincte fidélité qui l'accf^mpagneroit jusques au tombeau, et de laquelle il lairroit ses enfans héritiers.

Qu'en attendant ce congé, il la supplioit tres-bomblement choisir quelque honneste et valeureux seigneur pour commander en son absence deçà les Monts, et ne s'en remettre à luy , pour les raÂsûtas quîs le secrétaire Ruzé luy feroit entendre deT ssr part, comme aussi feroit-il plusieurs auti^es affaires dont il Tavoit confidemment chargé, et sur lesquels il suppltott Sa Majesté vouloir pourvoir par les efiècts qui estôient nécessairement nécessaires, et mesme en Ce qui regardoit les deniers pour l'advictuaillement dès cinq villes, qui doit estrç^foumy par M. de Savoye, qiii naVen remae gnieres toutesfois.

Qu'il semble que les ministres de M^ de Savoye ne cherchent qu'embrotiillement et querelles, s'estans pUincts à tort que le mareschal leur avoit refusé la restitution du péage de Suse ; car, combien qu il'soit

Dfi DuviLLARs. [iSSg] 365

dit que Sa Majesté jouïroit de tout. l«v domaine jus* qu'au jocti: de la restitution des places, et qu'il peust parla demander sept mois entiers, il s'estoit toutesfois contente, pour les gratifier, n^enrpi'endreque six seu^ lement.

Qu'il envoyé à Sa Majesté par ledict Ruzë Tordre et le règlement que la cour de parlement a dressé pour la forme du magistrat qui devra rendre justice souveraine dans les cinq placer»; qu'il plaise à Sa Ma» jestéy rayant'faict voir par les gens de son conseil , ordonner que toutes les depesches nécessaires en soyent envoyées, afin de bien estabMr ce qui sera nécessaire pour ce regard.

Du cinquiesme septembre, il aurmt faict entendre au Roy et au duc de Guise qu'il ne pouvoit procéder à la réduction de la gendarmerie , «t'estans encores comparus autres payeurs qne ceux des sieurs de Dampville et de Terrides, et qu'il avoit donné congé aux deux tiers de ceste-cy, et à l'autre pour le tout; que, n'ayant nouvelles desdils payeurs, il leur avoit mandé qails ne vinssent point en Piedmont, et que néantmoins ils gardassent ies deniers pour les délivrer en France^ selon la mofkstre qu'il en avoit faict faire.

Manda aussi audict siecur de Guise qu'il trouvott fort dur. et fort estrange qu en disant la réduction générale de la gendarmerie, que la sienne y eust esté con:kpritise,et non pas celles des autres mareschaux de France qiti estoient tous venus depm& luy, et au se**-vice d^^nels toutesfois il ne cedoit en nen,. comme aussi celles de plusieurs capitaines de gendarmerie, ausquçls il aura tc^utesfois tousjours à commiander par l*authorité de sa* charge ; que combien que «on esto-

mach ait encores quelque vigueur , qu'il n'estoit pas possible toutesfois qu'il peut digérer ces desfaveurs et ces indigniteZy pour Tasseurance qu il avoit en son ame d'avoir si bien et si généreusement sei*vi Sa Majesté, et ses prédécesseurs aussi , qu'il meritoit d'estre l^ustost augmenté que diminué en gi^aces et faveurs : que s'il estoit dict qu'il falloit qu'il en passast toutesfois par là j qu'il aimoit trop mieux quitter sa compaignie que d'endurer que ses ennemis triomphassent de luy, comme il s'essayoient de faire tous les jours; que la France, théâtre universel du monde, porterait tousjours favorable tesmoignage de sa vertu et de la candeur de ses actions.

Ce bon sieur pouvoit bien dire comme du Bellay (0:

$i pour avoir passé ma jeunesse sans crime, Si pour n'avoir cTusure enrichi ma maison» Si pour n^avoir commis larcin nj trahison , Si pour n'avoir usé de harat (») ou finesse, Si pour n'avoir jamais violé ma promesse, Si par les armes la gloire on acquiert , Je dois à l'advenir d'un^and contentement consoler ma vieillesse.

Du 25 septembre, il fit entendre au Roy que la longueur des resolîjtions du conseil sur affaires qui^ne pou* voient porter dilation , l'avoit contraint de despecber les secrétaires Ruzé et Guesdon, l'uti après l'autre^ pour obtenir les provisions ; que n'ayans tenu compte d'y satisfaire, se voyant desja presque au bout du mois et sans provision, force luy fut d'emprunter dequoy entretenir les garnisons des six places, Carmagnole comprinse ; mais que pour cela il n'avoit guieres gai-

(0 Joachim du Bellay, chanoine delà cathédrale de Paris; il étoit dr la même famille que les du BeUay dont les Mémoires font partie de cette ooUection. On a de lui un recueil de poésies. ^-*(*) Tromperie.

DB i>uviLLAas.* [iSSg] 367

gné^ caries soldats, qui avoient ^rins par longue expérience combien valoient les promesses de la Cour, se desbandoient et retiroient parmi les trouppes licentiées, et qu'ils tiroient tous du costé d'Ast, oîi le roy d'Espagne faisoit grande assemblée de gens de guerre ^ pourenvoyer en l'islede Gerbes ou à Tripoli , la licence ou ledespit ayant passé jusques là, qu'aucuns se sont jettez à bas des murailles à cause du bon ordre qu'ils voyoient aux portes, autres qui estoient de la garde, faisants semblant de se joiier à Tentour d'elle pour mieux venir à bout de leur dessein. Le capitaine Fort , qui commande à Quiers, a mandé au maresclial qu'ils ont résolu de faire un gros, et, avec leurs armes, forcer le corps de garde de la porte pour se retirer : c'est un complot auquel , toutos' sortes de moyens defiaillants aumarescbaly il ne peut remédier, puis que la force qui le devroit sôustenir luy est contraire , s'il n'y estoit diligemment ploùrveu en gros et non par pièces descousues; que le mal qui en adviendra sera hors sa coulpe, qui souffre toutes sortes de hazardsetpauvretez pendant que les autres abondent de toutes sortes de

grâces, de biens et de repos.

Que, par le retour de Cigongnes, Sa Majesté luy commandoit de ne parler. pour encores de son congé, l'ecognoissant que sa présence servoit de force, de Dioyens et de conseil à la diversité des desordres où die voyoit les affaires enveloppez, /et qu'aussi tost qu'on auroit peu recouvrer les^noyens qui y pouvoient remédier, qu'à lors Sa Majesté luy permettroit de venir à elle, laquelle le recueilleroit avec toute l'amour et faveur que meritoit la grandeur de ses services : la volonté du Roy avoit bien ce désir, mais elle n'estoit pas

3€8 [l^^9] MÉMOIIIES

encor assez ntzëe pour descoavrir que la CoQr nt craignoit que la vennë du mareschal , au<îttns ayants opinion que la prudence de ce sieur, avec la grandeur de sesservicesy oonduiroieBt Sa Majesté à le retenir près d'elle et luy donner part au gouvernement des affaires, en la crainte dequoy aucuns fai^oient tout ce qa% pouv(Nent pour le réduire a tel accessoire (<) qu'il fist quelquelourde broncbade, etdontla crainte luy ténoit tousjours le pied en Tair comme les grues.

Du 29 âeptambm, le Roy manda au mareadial qu^il estoit nécessaire retirer du roy d^Ëspagne, de messieurg les ducs de Savoye et de Mantooë, quittances particulières des restitutions qui leur avoicnt esté faictes en exécution de la paix , pour «voir lesquelles il depescb courriers vers les uns et les autres y qui les apportèrent à Sa Majesté; sur laquelle occasion il luy fit entendre que la mal digérée restrinction du mil de finage n a* voit pas esté plustost faiçte y que les ministres de M. de Savoye avoient imposé sur toutes sortes de vivres qui venoient dans les cinq villes, tant des daces et des péages ; que si cela avoit lieu comme il avoit preveu, i faudroit qu elles achetassent à dix ou douze sols ce qui n'en valloit que cinq, autant à la ruine des habitans que des mesmesgens de guerre; qu'il avoit envoyé deicouvnr ce qui en pouvoit estre, à fin qu'avec la vérité en main on pieust faire recognoistre à M» de Savoye , et à tout le monde au^si y que c'estoit mal mesnager grâces si notables qu'estoient celles que la bonté du R(7 luy avoit généreusement concédées, et contre l'advisde la plus part de ses minisires , la paix ne Fy obligeant aucunement.

{*) A tel accessoire : à tel embarras.

DE DDVlLLAftS. [ I 559] ^^9

Lç Roy ^ sur Testât qvi'il luj avoit envoyé des capitaines ayants charge, et qui dévoient estre retenus poor la considération ,4a leurs mérites , esta d'iceluy ( par les menées de la Cour^ qui cheminent tons)Ours par passion ou pai* interest) les Ga|>itaines Villambis, neveu d'Ossuu p les capitaines Mus et Bertheville , toui$ trois de v^rtu et de mérite; ce qu'il trouva foit mauvais ; il s'en plaignit au Roy, la majesté duquel, recevant gratieusement son tesmoignage^ les fit remettre.

Qu'il donnera ordre à envoyer tous les mois , comme le Roy désire, les estais de recepte et despence, et^dea deniers qui serdent revenans bons, et que, pour mieux y pourvoir, il seroit nécessaire que les monstres se fissent de mois à autre ; ce seroit l'avantage de Sa Ma* jesté et le bien dés gens de guerre.

Qne le règlement qui luy avoit eâté envoyé sur la forme des payémens dés compagnies et des dpointemens, a e&té réduit à ai petit pied, que c'est ouvrir plus que jatnais la porte aux capitaines pour avoir dès passe volants et des picques sèches au lieu de lances spezades (0; enquoy le Roy sera cent et cent fois plus intéressé qu^il ne sçatii'oit jamais eStre d'une honneste et modérée augmisutation de solde, laquelle il remet à là discrétion d^Sa MnjestéetdeM. de Guise, qui sçait piéça combien vaut l'aune de ceste marcihandise , ne voulant

(') Souyent les capitaines se faisoient payer comme si leurs compagnies eussent été au oomplet, quoiqu'il leur manquât beaucoup de monde. On appeloit pass^voUms ou pitfues lèches ces ptétendus sol- ^ts qui n'existoient que sur les montres ou états de revue.

On a déjà fait remarquer que les lanspessades étoient des gentilshommes qui , trop pauvres pour servir en qualité d'hommes d'armes , Mrvoient dans llâfanterie.

370 [1SS9] MÉlfOIKES

estre dédit «quant à lay, comme il a tousjours esté sur les mesmes choses dont on disoit vouloir demeurer à son seul conseil et advis 5 qu'il soit vray , ayant comprinsy comme il estoit raisonnable , dans Testât des appointez, les sieurs de Caillac lieutenant de lartilleriey du Plessis ÎDtendant des (inances, le truchement Hoster, ilsen avoient tousesté rayeas, à Tindigne misère d'eux et honte tacite de luy , comme aussi avoit esté le capitaine risle, qui avoit rendu si honnprable tesmoignage de sa valeur et de son courage à la prinse de Montcalve, ayant soustenu le combat jusqu'à tant que la multitude des playes l'eussent couché par terre , pour raison dequoy Sa Majesté luy avoit promis, au parsus l4entretenement de sa compagnie y beaucoup d'autres biens et honneurs , et qu'il s'esteit depuis^ouvé cassé du tout , parce que le mareschal afiectionnoit son avancement ; que toutes ces rigueurs et mespris raportés ensemble le conduîsoient à supplier tres^humblement Sa Majesté, ou luy donner toute faictson congé, ou ne plus permettre que luy ni ses amis fussent ainsi bafouei à chaque bout de champ.

Le dernier d'octobre , le cardif^al de Lorraine escrivit au mareschal que le Roy vouloit que les cinq places fussent pourveuës^de toutes «ortes de vivres pour dtxhuict mois; qu'il le prioit non seulement d'en faire dresser un estât, jnais aussi de cotter par iceloy , sur chaque indifférente qualité de vivres, à quoy cela pourroit revenir, et puis réduire le tout en uue somme generalle, à fin que l'ayant digérée et considérée, il regardast par quels moyens on y pourroit parvenir: à quoy le marescbal promit satisfaire, ores qu'il tiot pour asseuré que tout cela se resoudroit en fuméei

puis qtt'oQ ne tenoit compte de pourvoir aux mesmes choses qui requeroient proynpte provision , comme fâisoit ce qu'il avoit n'aguieres mandé sur le violent desbaudement des* soldats ^ et précédemment sur le feict des réparations y la provision des payements de la gendarmerie et de la fanterie qui estoit despartie par les six villes; qu'il ne sçavoit plus à qubl sainct se vouer.

Le conseil faisant contenance de vouloir, une fois pour toutes, pourvoir à tout .ce que le mareschal avoit demandé, ou qu'il cognoissoit nécessaire pour le bien des affaires , Sa Majesté luy commanda d'en envoyer un bien ample mémoire, qui fut dressé de ceste substance, à sçavoir :

Que durant que Sa Majesté avoit tenu le Piedmont on avoit levé tous les ans trente-six mille livres de taillon pour le supplément de la gendarmerie, et qu'il le falloit maintenant rejetter ailleurs, comm'il avoit si souvent mandé, sans toutesfois en recevoir résolution aucune. .

Que le Piedmont souloit contribuer le payement de quarante chevaux d'artillerie qu'il falloit rejetter ailleure.

Que CarmagnoUes, Villeneufve d'Ast, Quiers et Chivas, n'estants fortifiées que de gazons, qu'ils Se sont esbouUez en. beaucoup d'endroits; qu'aussi puis peu de jours la. moitié du bastion dé Nostre Dame, à Thurin, 'estoit tombé, et aussi l'un des espérons de la citadelle de Pinerol, et à quoy il falloit pourvoir auparavant que les ruines fussent plus grandes.

Que, ne voyant aucun reiglement arresté sur le fait des payements de la 'fanterie, de U gendarmerie et

370 f*^*^ UOIRES

csUc dédit <[uaKit à ^^^ adviendroil que'-

les mesmes chosw jj^^ jy service

son sepl conseil d ^ prins, comme '^ \ "^ ? assign-

pointA^ , les '/ % )f am>

duplessis^^ ils en ave et hont ^andcA

tain^ ^aicte des tei.

d^ -, Albe, Sainct-Damia.

c aliere pour M. de La Motte v,

.1 a oy devant mandé, oommander aux sieuts de Terrides, de Gondrin et Montbazin , de retourner en leurs gouvernemenS; et 4Hissi de mesme aux capitaines retenus. ^

Supplia que là réduction de la gendarmerie ne s*es* tende point sur sa compagnie, qui a servi dit ans sans intervalle tiyrafraiscliisàementi etlesquelles réductions ne passèrent jamais jusqu'aux mareschaux de France, qui ont commandement sur la gendarmerie', n'estant raisonnable que les capitaines soient mieux traictez que le gênerai.

La forme de la justice pour les cinq places a de^a esté envoyée^ mais non les patentes nécessaires, ny Tordre de leurs payements.

Commander que les capitaines Mun^ de Bertheville, Mantin , Tlsle sergent majour, et Merevis, des {^ns anciens^ vaillans et expérimentes capitaines cpii àyeot jamais esté en Piedmont^ soient reiote||res9 en leurs charges, et non pas postposez à ceux qui ont plus de faveur et moins de mérite ; autrement ce seroit feir^ tort au tesmoignage qu'il en avoit reildu par le propre

. DE Dr mmandement de -le courage de mander la s rois •

de tlt>averuD seul détour ce faict employé |t ses amis , et qu au . s ^. de l'en bien traic- ^^ ^ ^j ^^nU'aire j que ce mesme, ^ \ent hazard où ^) ienoit deçà

lerie , et la '

4t le pis :

" enga-

'estoit

lus-

^1 les ca^ ^ ^

^ et Ravel lairro ague , gouverneur du me* le plus fort. A propos dequoy , qa'aiasi quç le mareschal avoit to^ ment commandé au marquisat de Saiu conjoint au Dauphiné dont le duc de G u lieatenance générale^ que c'est une action a*^ luy^ et de l'afiection du mareschal à son service n'en pourvoir Birague que par le refus de luy, qui n'en sceut jamais rien qu'en le voyant arriver les depesches an poing : ce fut un acte et demespris et de peu d'amitié envers celuy sous lequel il avoit quelquefois esté à la giTerre; dont «'estant plaii^, les excuses furent gi^andes et honnestes^ mais non pas satisfactions. Et puis adorez ces princes, et vous serez du guet.

Que Iç capitaine Mandn, qui commande à CarmagnoUes, luy escrit qu'il a esté faict deffence, de la part de M. de Savoie, à tous ses sujets qui sont environs de ladicte place , de n'y porter vivres quels qu'ils soient; s^il a faict ceste deffence pour ceste cy^ et sur «aquelle il n'a que prétendre, il est à croire qu'il fera encores pis contre les autres, mesnageant au rebours de ce qu'il devroit les grandes grâces qu'il a receuës. de Sa Majesté. ^ *

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