‹ Mémoires, 1550-1560Chapitre 2 sur 21 · LIVRE SEPTIESME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIESME

LiE liuicûesme janvier i556^ le Roy donna advi^ âà mareschal ({ue rassemblée, n'agueres faide de ses députez avec ceux d<^ FËmpereur, n'estoit à attiré rnten* tion que de traioter des prisonniers prins d'an costé et d'autre^ quoy que le comte dé Palaih (0 eust dict et esoTt au contraire ; et que si le bruit qa'ils: éndesgQi^ seroient passoit ceste borne, qu'il n'y TailoitadjouBtef foy ; et que s'il advenoit que la conférence s'éstendist., comme elle pourroit faire, plus avant ^ qu'il en. ser^Q^rl soudain adverty, et que cependant Sa Majesté.ne lais^ soit de se .préparer à toute sorte d'eveneihent et de fortune , comme ai^ssi devoit il faire dé son costé. . . . Le Roy de mesme suitte se plaint que le niaresdbal est trop indulgent à l'endroit des Franç«ris et des Suisses poui* le faict des monstres ; q^e ciela sera causé que les tins et le^ autres deviendront insolenâ et mal^ traitables ; qu'il doit user en leur endroici de l'anthorité souveraine qu'il luy adonnée : ne considérant 'pas toûteslbis, comme il devoit faire, que ceste sévérité peut esire pratiquée quand on a en niain deqùoy Côhtetiter ^ airmeâttie instant les uns et les antres de ce qui leur est deu, et non pas quand tout défiant pour' ce faire, et que l'ennemy est le plus fort en campagne. Péiiidatit <}ue le mâréschal se t^oinpoit là te^te à remonstrër à

(') Cbarles, iM>rate de Lakia, baron des Cornets^ chevcffîer de hk Imon d'Or, lieutenant, capitaiùe général ât grand Bailli dé Hainatit, n éioit un des fléiri^eittfaîtès de FÉmperear et dé ^ilippé H aur conférences de TanceUes.

/{. [xS56] MÉMOIRES

Sa Majesté les defiauts et les hazards où l'Estat estoit reduict^ on luy fit entendre que les intelligences et les praticques d'entre le Pape et le Roy commençoient à se descouvrir, avec intention d'en faire bien-tost sortir les. esclats ; et que c*estoit à luy à penser de bonne heure comment il s'en demesleroit, pour autant que les plus clairs et les plus chers moyens de la France seroient destinez, non à maintenir l'Estat du Roy, ains à sôustenir sa Saincteté en l'usurpation qu'il avoit faicte des biens des Golonnois, comme pour entreprendre aussi sur le royaume de Naples ; et que M. de Guise et madame de Valentinois estoient tousjours les instigateurs et les médiateurs de ces nouveaux remuemens. Pendant qu'il discouroit sur ce qui en pouvoit advenir ^ il sceut asseurément :

Que le Roy avoit desjà contracté ligue offensive et deflensive avec le Pape (0, et que desjà on avoit commencé à.faire levées de gens de guerre à frais communs, en intention d'attaquer le duc de Florence , qui avoit assiégé l'une des places de Sienne nommée Sartiane ; et que Sa Majesté vouloit que doresnavant ledict sieur mareschal eust bonne intelligence avec le Pape et ses ministres qui estoient en la Romagne.

Que le duc de Ferrare s'estoit mis en la protection et service de Sa Majesté, et que par ce moyen les Impériaux auroient plus d'affaires en Italie qu'ils n'a-

(>) Le traité avoit été signé vers la fin de i555. La France s^engageoit à fournir au Pape douze mille bommes de pied et dnq cents che- Taux; le Pape devoit y joindre dix mille hommea d^infanterie et mille dievaux. Ces forces combinées dévoient se porter sur la Toscane Ou sur Naples, dont on aasuroit l'investiture au deuxième fils du Roi, sauf quelques parties réservées pour le Saint-Siège et pour les Caraffe. a Mais qu^estyce que tout cela, dit Matbieu, sinon disputer la peau de Fotirs et boire sur la prise avant qu'il soit pris ? »

DE DUTILLARS. [l556] 5

soient estimé, mesmes Sa Majesté estant résolue de tourner tous ses efforts de ce costë-là.

Que le Pape faict diligemment toutes sortes de préparatifs pour la guerre, à cause de la consignation qu a faicte M. le cardinal de Lorraine, au nom de Sa Ma f esté, des deniers qu'elle doit fournir pour sa contingente portion de la guerre.

Que Sa Majesté faict visiter aux mesmes fins la gendarmerie, cavallerie et fanterie, tant François, Suisses qu'Ail emans.

Que l'artillerie et les munitions convenables seront fournies par Sa Saincteté.

Que Farmée que Sa Majesté faict dresser pour aller à Borne se joindre au Pape passera par le Piedmont , et qu'en ce faisant elle pourra favoriser l'exécution et dessein de La Trinité (0*

Que les intelligences que le Pape et Sa Majesté ont dans la Toscane et au royaume de IVapIes, sont si grandes et si asseurées , qu'elle s'en promet de grandes prosperitez.

Qu'il y a grande espérance que la seigneurie de Venise et tous les autres potentats entreront en ceste ligue, contre la tyrannie de l'Empereur et de son fils.

Que l'Empereur, n'ignorant pas ces menées, ores qu'il n'en fit semblant, avoit envoyé lé duc d'Alve à Gennes pour entendre avec eux à l'entreprinse de la Corse. Cependant Sa Majesté , pour ne courir perte ou inconvénient de ce costé , faict diligemment fortifier Sainct- Florent, Lajasse (^), Portevechio et Boniface , et munir aussi de tout ce qu'il leur faut pour attendre un siège ^

(0 On trouvera pliu loin des détafli mr mUc négo«wtion. -«- (») Ajaceio.

ff [l556] l^lilO|RE6

pendant que Tsirmée turquesque se^ viendra joindre h la sienne y ainsi que le Grand-Seigneur a promis.

Apres ceste conférence du duc d'Alve avec les (genevois y ledict due se doit embarquer sur les galaires pour aller à Livorne et de là k Florence , où se trou-r vera le cardinal de Bargue (0,qui est à Sienne, pour adviser par ensemble sur les moyens qu'il faudra tenir pour chassi^r le Roy hors du Sieupois et de la Toscane. Cela faiçt, il doit passer à Naples pour commencer le premier la guerre au Pape, laissant açi cardinal de Trente tpute I|i c^rge du duché de Miljan et de la Lombardié et Piedmont : de ma^mere qu*il est à espérer que si ledict sieur m^eschal a sceu paattev dpmp Ferr£^nd, Le Figueroî et le niesme duc d'Âlve, il sçaqr^ çncpr miev^x rembarrer cesluy-cy, à l'adv^aptage du. service de Sa Majesté, qui a p]us, d'espérance eu la prudence (^t valeur dudict iparescha^ qu en sa propre force ; tant graijide est la crainte querebn^my a de soi^ expérience et jugement, etque» p^^leltresipterçeptées. Sa Majesté a recogneu que les ennemis fondoieut leur future prospérité sur cç que Sa Majesté retiroitlç niareschal du Piedmont.

Que toutes ces raisons estoient celles qui Tavoient ^it résoudre à révoquer le congé qu elle luy avoit; |Hrecedem^ent donné poui' la vçnir trouver, ores qu'ellç n eust en son royaunpiç prince ny seigneur qu'eUe dçsirast çlys d'ewbra,sser çt chérir que luy, ppur Is^ grandeur de ses mérites. Voiçy les mesines^ mots quci Sa^ Maj^esté escrivit de sa main, au mareschal : « Vp^ca^QU pçurquoy va ce porteur vers vq^s importe tant A laon service, que je ne fais doute, qu'encores que vous ayez

0 Mendoze, cardinal de Burgos.

DE DUVIXXA.HS. [i556] ^

bonne envie de me voir, qsé vdus teimeitreL vostre ve-» Boë jusqu'à tme autre saison qui sera plus k prdpoe que ceste cy, vous asseurant qu eu quelque tempB que ce soit;, qo^ vous serez toitsjoars bien venh et miens traicté. »

Iki qualriestne fevrieri que l'Empereur av6it diffère sa mraicte en Espagne (0> tant à cause du mauvais temps qui avoit couru et couroit encores sur la mer^ comme pour sonder de près » auparavant que partir, quel vent prendroient tous ces couverts remuements.

Que le comte de Fiesque avoit combattu et prins une hourque datis laquelle il y avoit environ huict ou neuf qens Espagnols ^ qui avoiecft servy à remplir les chiormes de l'armée maritime de Sa Majesté.

Sur ces desseins et sur la facilité de ces espérances , mal-basties pour lors, comm^ il se vérifia depuis, le Roy, cheminant parla mesme erreur de ses majeurs W, qui embrassotent tous}Our$ les nouveaux partis, qui leur estoieat mis en avant, sans considérer qu en la force du Pape, dépendante du crédit spirituel, il ny a aucune asseurance ny utilité à contracter alliance avecluy, et sans vouloir aussi, par un Jugement et un cKscours fort meurs, profonder les matières et les conséquences du futur, se laissa , comme vous voyez, embarquer en une ligue bastie, non pas selon son humeur et utilité, mais ^lon celle du cardinal Carafie, neveu du Pape y qui esperoit (et non sans fondement) que tout aussi-tosi que ce remuement d'armes seroit porté

(0 Charks-Quim:, après son abdîcalioa, resta à Briixellea )te({u'aa anus d^aoftt i$t5rj. Il cwitribita beaucoi^ k la signature de la trêve de Vaacelles.

(') Oa croit que du Yfllars veut désigner ceux qui domtlioient Tesprit du Roi ; el qu» évoitnï yéritabletnent ha luaHres du rojraume*^

8 [l556] MéVOIRES

en Italie sous radyeu du Pape /aussi tost TEuifiereur ou le roy d'Angleterre, pour s'en redimer, luy oâri-roiént pour luy et les siens quelque grand Estât on principauté à Naples ou en Sicille, qui luy donne-^ roient^ renonceant au chappeau, toute commodité pour embrasser et pour jouïr tout à son aise des voluptez que le beau Ascagoe, qu'il aimoit plus que ses yeux ^ luy prepareroit.

Ascagne qui passoit en beauté de yisage

lie beau ooupier troyen qui yerse à boire aux Dieux.

Et que s'en trouvant asseuré, qu'il se defferoit lor» fort dextrement'de^ François, à telle heure peut estre qu'il faudroit qu'ils s'en retournassent avec le baston blanc au poing, aussi bien que firent jadia'ceux que Charles huictiesme laissa engagez à l'etitreprinsë de Naples. Et de faict je diray par incident que lorsque M. de Guise arriva à Rome , où il ixe trouva rien de prést, et que l'ambassadeur qu'il avoit mené avec luy en voulut faire plainte, ce vénérable cardinal s'oublia jusques là' de le menacer et injurier, ne voulant estre picqué en ses couvertes intentions; dont le Pape se courrouça fort. Revenant à nostre discours, Carafie, eault et rusé au possible , se doutoist bien qu'il seroit malaisé dé tirer du premier couple Hoy à sa cordelle : il fut conseillé par le féu cardinal de Lorraine, qui ne luy devoit rien de reste en finesse , de gaigner la Royne et madame dé Yalentinois par les promesses et par les allechements cidevant discourus au cinquiesote livre. Tant y a que la commedie fut depuis si bien^ouée et démenée, que ces dames rendirent le Roy plus désireux qu'elles mesmes de ceste entreprinse f qui fut la ruine de la France ; car le Roy n'eut autre ga^e

BE DU.VILLAES. [l556] g

OU asseurance en main pour embrasser ce voyage, qae les belles parolles du Pape, du cardinal de Lorraine et de M. de Guyse son frère, avec la volage foy d'un Napolitain affiné en cour de Rome, où les plus mattois soQt souvent attrappez.

Quant au duc de Ferrare, tout fin qu'il estoit» si se laissa-il emporter de son costë, aussi bien que le Roy, aux persuasions qui luy furent faictes de la paît du Pape et de tous ceux cy, en la maison desquels sa fille estoit mariée, espérant, par le chatoiiillement d'une ambition mal conceuë qui troubla son repos , de faire comme les autres ses affaires aux despens d'autruy, et dont depuis il se trouva autant reculé qu'il pensoit estre avancé > avec perte et honte tout ensemble -, mais, comme Italien qu'il estoit, qui se sçait precautionner avant le coup , il fit bien tost sa paix avec l'Empereur, se retirant et renfermant dans sa coquille, pour remplacer, par un severe mesnage, tant de beaux escus qu'il avoit tirez de son trésor, et qui furent aussi inu* tilement despendus que ceux du Roy, et ses forces aussi : ayans oublié les uns et les autres que la fin des entreprinses desquelles la justice est séparée est tousjours plus malaisée à desmesler que n'en est le, commencement, n'y ayant dessein, pour bien basty qu'il soit, qui se puisse parachever qu'avec peines,. fâcheries, labeurs et hazards ; car tant plus on s'en approche et tant plus s'avoisine l'on du péril. Et de faict, noqs voyons ordinairement que ceux lesquels se hastent le plus indiscrettement à commencer la guerre , sont tousjours les plus mal pourveus, et consequemment les plus infortunez, comme nous fusmes ; la guerre et la paix ne consistàns moins en l'abondance des deniers,

lO [l556] MÉMDIHBS

dont le Hoy estait fort court , qu à la pi'opi^e valeipr d^$ SQld«U et du gênerai. Mais il faut que noua cou-» riap3 aux nouveautez y et que nous nous monstrions tous|ours iuconsiderez à les entreprendre, et fort las-^ cbes à prudemment poursuivre le ressentiment des in«> )ures générales \ car, quant aux particulières, nous m y courons que trop viste, et à ce faire les an^îs, le corps Bj Tame n'y sont espargnez; et si encores nous pou-» vions imaginer quelque nouveau moyen pour la ven* geance d'icelles, nous ne lairrio&s pierre à. remuer pour y parvenir. Les magies exerx^ées pour ce sujet n'en font que trop de foy. Ce pendant le Roy manda peu après au mareschal :

Que finallement tant avoit este traicté et disputé eutre les ministres de l'Empereur et d elle , que, par Tinspiration de Dieu , n'ayans peu parvenir à la paix genersdle qui s'estoit ti^aictee durant l'an ]55&, on avoît conclu et arresté une trefire qui commenceroit en février i556, à durer pour cinq années ensuivantes. Mais pour autant que fort peu sont ceux qui ayent sceu en quelle disposition estoient les afi|iire8 au temps de ce traicté, ny mesmes les causes qui avaient invité ces princes à y entrer, ny le but où les uns et les autres tendoient, car, comme telles choses demeurent cachées au cœur des hommes. Dieu seul en estant le scrutateur , il est mal -aisé qu'on en puisse GOgnoistre ny juger, si ce n'est autant que les propres efiects qui s'en ensuivent descouvrent à quelle fin ten* doient leurs intentians, et toutes*foîs , à ce qui en fut reco|peu de main en main , et qui sera cy*apres desduiot, les uns et les autres tendoient à tout autre but que celuy qui estoit représenté sur le théâtre. L'Empe-

DE DUVILLA/HS. [-1556] II

rei^trde sa part y consentit^ pour doucement et seurement quitter les affaires et se retirer en Espagne pour y achever ses vieuic fours ^ pour aussi plus assurément installer Sîon. fils en la possession du royaume d*Espagne^ et dans lç$ Païs-Bas, et en ceux d'Italie, et de donner qMelque respit aux armes , et faire toutes sortes de provisiops qecessaiv^ pour recommencer à faire la guerre parla prinse de Mets^ dedans lequel ils avoient de grandes intelligences (0.

Quant an B.oy, eqcores qu'il ^st par ceste tant lioijkorable trefve de tous çostes l'advantage du jeu , si braictoit-elle fort couverteflient la. ligue avec le Pape, et à laquelle Sa Majesté pe pQUvoijt entendre sans au preallable don^teK; qi^elqqe relaache aux peuples, de leurs afflictionS| et asseinble^'^nofiveaux moyens pour i^^is. recommencer la guerrç.

ie femettray le discours de ce qui en succéda à Fun. et Tautire prince , et c^pei;Kiant. jfe traicteray de ce qui se demes^a sqr les exécutions de la trefve : mais pre-^ if^erem^Dt yo: vetix vpiii%dire que», lors de la première e^it^on d^ me$ Meii|pîre$, je n^ea peua pas faire men* tioiv, pour aujtanjt que.du^cant le siège de Paris plu-^ siei^s <^ n^es e$QrlMi la'avoient esté desrobez , et que fay recouverts depuis, et entr^autres ce, qui regardoit

Pes^rai^t donc le Roy que k Pape, les princes d'Italie et le m^ve^çk^l ai^si^ sceqssent le^ conditions de la* trefye a^cofd^e* eatye. T^pereur et luy, et que l'exécution s*en ensuivist aussi > le % Qiars i556 il depes^

(0 Du Yillars veut parler de la conspiration des Gordcliers de Afetz. Ob a pu voir les détails de co^té îconspitation dans les Mémoires de YieilfcTiBc. '

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cha le protonolaire de Noailles avec charge d'en conférer bien au. long avec le mareschal^ pour dé là tirer h Rome. De mesme suitte il depescha aussi lé jeune Tilladet pour donner jusqu'à Milan , pour sommer les Impériaux à la cessation des armes ; commandoit au mareschal d'envoyer vers le marquis de Pescaire pour obtenir passe-port pour la séureté du voyage et de l'un et de l'autre : surquoy il depescha un trompette exprès.

Au mesme temps arriva aussi en Piedmont, de la part du Roy, le sieur de Rambouillet pour tirer à Venise et à Ferrare , pour donner communication de céste avantageuse trefve; pour lequel il falloit aussi envoyer quérir un passe-port dudit marquis, le priant par mesme moyen de donner ordre que les gens de guerre impériaux s'abstinssent de courir, de piller et de ravager, comme ils faisoient, le païs au préjudice de la trefve , et plus insolemineht qu'ils ne faisoient auparavant, de laquelle il devoit estre adverty aussi bien comme Iny ; qu'il rie devoit eh rien ignorer,* non plus que luy, quand et à quelles conditions elleavoit estéfaicte, et que ne le faisant ainsi, qu'il s'en ressentiroit incontinent, avec protestation d'y avoir esté provoqué par les siens.

Au bout de douze jours, le marquis renvoya les trompettes avec les passe-ports , excusant leur retardement sur ce qu'il avoit esté contrainct d'envoyer vers le cardinal de Trente, son supérieur, pour la concession desdicts passe-ports^

Que, quant à la notification de la trefve et à la plaincte des excès commis au préjudice d'icelle, qu'il le supplioit de croire, et sur son honneur, qu'il n'en

DE DUVILL/IRS. [l556] l3

avoit autres nouvelles que celles mesmes qu'il luy avoit envoyées , et que si son plaisir estoit luy en don- . ner plus ample et plus oufverte communication, qu'il le supplioit que ce fust par gentirhomme exprés , le^ quel pourroit venir seurement sur sa paroUe.

Lemareschaly désirant sortir de ces dissimulations et connivences , desquelles il ne pourra advenir que malyluy manda que le mesme protonotaire deNoailles^ qui avoit copie du traicté, et Tilladet aussi, passeroient vers luy pour luy en donner la mesme communication, qu'il ne pouvoit croire qu'il n'eust des-ja, ayant accepté l'offre. Ces seigneurs le furent trouver , ausquels , pour couvrir les invasions des siens , il dict qu'il estoit bien vray qu'il avoit entendu qu'on traîctoit une trefve, mais non pas qu'elle fust accordée, ce qu*ilne pouvoit encores croire , tant il la trouvoit desavantageuse et pour l'Empereur et pour tous ses alliez, et que s'il estoit ainsi qu'elle fust faicte, qu*il ne pouvoit croire qu'elle fust pour longuement durer. Le sieur de N.oailles luy ayant offert de luy donner coppie du traicté , il leur dict en riant qu'il ne s'en souviendroit que trop: lors les seigneurs domp Manuel de Luna et Alvaro de Saude tirèrent à part ledict Noailles , auquel Us advoiierent qu'ils ne sçavoient que trop que la trefve estoit faicte, mais que pour tout cela ils ne quicteroient jamais les armes qu'ils n'eussent nouveau commandement, et que rien n estoit si facile qui ne fust* difficile .à celuy qui le faisoit enuis (0. Cependant ils retindrent soubs belles paroles lesdicts de Noailles et Tilladet, sans. les vouloir laisser passer plus outre, à fin de donner loisir au* cardinal d'en délibérer, comme

(0 Malgré loi. .

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il fist> ordonnant qa'on les laissas! poursuivre leur voyage.

Par la suitte de l«ur& affaires « il esloît stisê à fecog-i* noistre.quela fortifitation de VigHaKO, qu'ils avoi^nt précédemment entreprinse^ ne teiidoit qil*à brider Casai, Montcalier et Verrue: et de faict le marquis 'de Pescaire, ne pouvant digérer Geste trefve, soudain que les sieurs de Noailles^ de Rambouillet et Tilladet fuient deslog^z, il «assembla soudain des forces poui* s'aller saisir de Gatinare^ pour en faire un pfOptign&-> cle (^) contre Ssmtia ^ Yvrëe et Seglany^ ayant coneen cette opinion /par le retour que M. I^ maresohftlàvoit soudain £ftict en Piedmont contre* la voilée qu^il à voit prinse vers la Fraoce ^ que la trefve ne pa^serôit pM plus avant) et que par ainsi ils ne pouvoient miétl3t faire que d'empiéter de tous costez sur nous. Ltiy de sa part fist saisir trois chasteaux du marquis de Masses ran, et La Trinité de celuyde Gervieres^ Et pouï^àu-* tant que le mareschal avbit tous)out*s ïœil et le jugement tendus pour se couvrir des surpriuses , ii a voit Ëiict si fort approcher âes forces des ennemis ^ qu'il eâ-> toit à croire que la paitie ne se demesleroit jamais sans combat*^ il en donna soudain advis au Roy^ PUp^ pliant Sa Majesté ne faire ce tort à sa réputation de rien céder ou rabattre de ce qui luy appartenoit par la trefve^ de luy en donâer nouveaux commaudéuiebs et -asseurance , estant résolu ^ quant à lily^à nir jkttiàis quitter les armes que les Impériaux n^ayent faict réparation et restitutiou de tout ce qu'ils ont eâirepriu^ au préjudice des conditions de la trefve.

Du douzîestnfe marsi , le Roy, satis^faisant à resclair- (>) Yîgaale, dans le haut Moiiiferrat.—(>) Forteresse.

DE DUVILLA&S. [l556] l5

cissement que le marescbal desiroit^ lay manda qu^ le marquis ne pouvoit ignorer la conclusion de la trefVe^ entant qu*il en avoit esté adverty par courrier exprès, qui luy avoit deslors esté depesché.

Que , là où depuis le sixiesme du mois de mars il& auroieut entreprins aucune chose au préjudice de la Uefve, qu'il en tirast sa raison par amour ou pa^ force ; que Tadmiral de Chastillon et le conte de Palain (i) ont accordé que tous prisonniers seront indifféremment relaschez par eschange on par rançon.

Par ceste depescbe M« le connestable pria le marescbal de faire entendre au cardinal de Trente qu'à la favjeur et considération de luy, il avoit fort courtois sèment relasehë un sien neveu , sur sa parole , de la^ quelle il mesprisoit maintenant l'observation ; qu'il ne pouvoit croire que un .tel seigneur qu'il le tenoit, versé parsky toutes sortes d'affaires , voulust permettre qu'il joui jamais aucune ta&cbe de perfidie qui maculast rhonneur d'une si illustre race qu'il tenoit la sienne. Le marescbal ayant depescbe un trompette vers le reverèndissime , la, responce fut que là où son neveu n'accomplirok fort courtoisement sa parole, qu'il l'en^ Yoyeroit pieds et mains liez à M« le connestable.

Dô quin^tjQSQie mars, lès armes que le marescbal avoit fakli appfQcker du marquis de Pescaire le tindrei^ em telle craînte , qu'il pria le premier le mares«^ cbaj que , sans rien entreprendre an pr^dice de la** tr^O) chacun: des* parais se retireroit aux garnisons, avec mutuel serment et promesse dHnvioliablement observer, L'm et l'autre, cequienseroit détermina.

Serayoté que ceste suspension et retrakte fut ainsi

l6 []556] MÉMOIRES

accordée par le mareschal pour deax raisons : la première j par ce que le marquis aVoit faict joug à la re<chercher; la deuxiesine, pour autant que nos forces estoient lors de beaucoup inférieures aux siennes^ et que par ainsi il y avoit du danger à vouloir cruement empescher les ravages de Tlmperial , lequel peut estre eust tout hazardé pour sortir du desavantage de la trefve , qui ne faisoit lors que d'esclorre.

A ce propos sera aussi noté que dés le huictiesme du mois lé mareschal avoit donné advis au Roy que Hierosmé Sac^ le conte de Mazin et le conte Pasles Tourinelavoient assemblé de quatre à cinq mille hommes de pied et cinq cens chevaux es environs de Yerceil^.et qu'ayant crainte qu'ils se vinssent jetter dans le Biel« \q\s et jusques aux portes d'Yvrée , et que là où ils entreprendroient, qu'il estoit résolu de ne pas Fendurcr» Or le mareschal, pour se couvrfr de cest inconvénient , avoit faict partir de Ghivas Carie Birague, auquel il donna quatre enseignes d'ÀUemans, six cens Italiens et deux cens chevaux, avec commandement d'aller trouver Ludovic son frère à Santia, auquel aussi au mesmé instant il avoit ordonné d'assembler, de sa garnison et de celles d'Yvrée et de Gaglani autres douze cens hommes et trois cens chevaux, avec les deux compagnies d'hommes d'armes des sieurs du Xudde et de Burge qu'il luy envôyoit, et qu'avec ce petit camp voilant et deux pièces d'artillerie ils s'allassent loger le plus près de l'enneini qu'ik pourroient, et en lieu toùtesfois si asseuré, que le combattre et la reti:aicte feussent en leur liberté ; et qu'ils s'efforçassent de re-. prendre (aide seur) tout ce dont l'ennemi se seroit emparé, et sur tout les chasteaux du marquis de Masse-

Dfi DVVILLAaS. [x556] I^

ran; et que pour le regard de celuy de Serraval , qui estoit au delà de la rivière de Sezia, qu'ils prinssent garde de près à ne s'engager que bien à poinct. Eux , qui cognoissoient de longue main les avantages du pays, s'allèrent loger à Salussola, lieu avantageux au pied de la montagne de la Serre, qui divise les Suisses et la Val-d'Aouste d'Italie. Les sieurs de Birague n'eurent guieres séjourné en ce lieu, qu'ils aprindrent que les Impériaux tournoient leurs forces à la reprinse de Gatinare avec artilleiie : là dessus ils bâtent aux champs > résolus de secourir la place et de donner une petite attaque si Tennemi s'obstinoit de son entreprinse. Ludovic s'avança le premier avec quatre cens chevaux , quatre cens harquebuziers et six cens Âllemants qu'il avoit choisis, commandant à Carie son frère de le sui* vre avec tout le gros de la fanterie et cavallerie, tous-*jou'rs prest à combatti^e , selon qu'il auroit recognu de le pouvoir faire , ou de se retirer sans desordre.

Ludovic avec sa trouppe arriva sur le midy vers Gati* nai^e, dans lequel il trouva que douze compagnies italiennes, (quatre espagnoles et autant de lansquenets, es* toientdesjaentrçz'dahsle bourg avec un capon et dçux coulevrines pour.battre le chasteau, et lequel il avoit faict advertirde sa venue au secours. Aumesrae instant il manda à Carie son frère dé faire haster la fanterie , et lay envoyer cependant autres deux cens chevaux, es» , tant résolu, comme il estoit, de combattre les ennemi^, lesquels, au mespris de Iviy, qu'ils sçavoient n'estra loing d'eux, commençoient leur, batterie. Et poiirc^ qu'il eut advis qu'ils se renforçoient d'heure à autre de nouvelles forces venants de tous costez, il hasta de nouveau Carie son frère , qui arriva aussi tost. Lors 11 3o. 1

l8 [l556] .MÉMOIRES

fit un gros de tous les AUemants, qu il ti^ouva fort ani-* mez au combat, et avancer trois cens François, joints avec sept cens Italiens soustenus de deux cens chevaux: tout cela donna si furieusement dans les ennemis, qu'ils les firent reculer jusques dans la place de Boucy, où ils firent teste. Les Biragues, ayans recognu qu'il y avoit de Festonnement parmi eux, firent avancer le bataillon des lansquenets, garni d'un corps des plus braves corcelets , tous lesquels donnèrent si courageusement , qu'ils ouvrirent les ennemis et les chas* serent à vau de route, tuans indifTeramment tout. Il en demeura de morts de vingt-quatre à vingt-cinq cens , Altemps, coronnel des lansquenets, prins prisonnier, Hierome Sac mort, avec plusieurs capitaines que morts que prisonniers, et l'artillerie gaignée. Ce fut une demie bataille, autant prudemment que courageusement exécutée, qui aprint aux ennemis à mieux garder la foy de la trefve, et que Dieu chastie tousjours ceux qui mesprisent trop superbement autruy.

Loi^s que la suspension dont il a cy devant esté parlé fut accordée, le marquis de Pescaire n'avoit encor receu les nouvelles de ceste rude secousse que les siens avoient receuë par la trop grossière finesse et de luy et d'eux aussi; et de fait, lors qu'il en fut adverti, il ne se sceut couvrir d'autre manteau, sinon qu'il n'avoit rien sceu de l'entreprinse que les siens avoieni faicte sur Gatinare : et là dessus, craignant de pis , il envoya . lors les saufconduicts si longuement attendus pour les siçurs de Rambouïllet et de Noailles.

Pendant que ces choses se demesloient, le sieur Pierre Strozzi fit encor faire plusieurs remonstrances au mareschal pour l'inviter à entreprendre le secours

DE D.UTILLIRS. [l556] ig

de Sienne (0 : à quoy il respondit que toutes ses propositions estoient fort prudemment digérées , mais que tout de voit dépendre de la volonté et de la disposition du maistre commun ; que quant à luy^ en son particulier, il ne luy falloit point d'esperon pour l'inviter à chose si loiiable et si glorieuse que ceste là.

Et pour autant que sur la finale exécution* de la tre^e plusieurs difficultez se^presentoient, le mareschal depescha le â3 mars le secrétaire Ruzé, fort dextre négociateur, vers le cardinal de Trente et marquis de Pescaire , pour les inviter à une commune et paisible concordance sur le faict de la trefve. Tout ce qu'il en peust rapporter, ce fut que dans trois jours le-marquis de Pescaire se trouveroit à Valence ou à Verceil, tant pour convenir de la. publication de la trefve que des exécutions qui en. dependoient de part et d'autre , priant cependant le mareschal de différer toutes choses jusques à tant qu'ils eussent convenu d'un jour prefix; ce qui luy fut accordé, ores que le cardinal de Trente eust par ledict Ruzé donné asseurarice au mareschal qu'il la feroit deslors publiei^ à Milan, no* nobstant toutes lesquelles^ ch oses il estoit toutesfois résolu de ne rien consentir. ou accorder, que précédemment le marquis.n'eust faict réparation et restitution de tout ce qui avoit esté par luy et les siens entreprins au préjudice de la trefve, et surquoy il estimoit qu'il y auroit nouvelles diOicultez et longueurs, pour au-; tant que durant ces connivences ceux de Casai et de

(0 La ville de Sienne avoit capitulé ; mais Strozzi pressoit le mare* clial de secourir les Siennois retirés à Montalcin , àh ils avoient formé U9e petite république. Ils étoient hors d^état de résister long-temps au dac d« Fbrence qui les attaquoit.

aô [t556] MÉMomvs

McNitcalier avoieot donn^ une autre estrillade à ses trpuppes. Le fakl en est tel : Depuis ladite suspension d'armes^ cent chevaux légers et trois compagnies de ftfyterie espagnole se vindrent loger dans aucuns vil* lages es environs de Casai , et lesquels ^ par ceste inde« cente invasion au préjudice de la trefve, ils s'en vouloient prétendre justes possesseurs , et ne faisoient contenance d'en vouloir desloger, combien que le marquis et leurs capitaines en eussent esté priez et semons par quatre ou cinq fois. Le gouverneur de Casai avait este contraint recourir à la force, qui fut telle, que peu furent ceux qui en allèrent dire lés nouvelles à leurs compagnons, tant les nostres estoieni acharnez contre eux.

Le Roy loua infiniment toutes ces exécutions, et neantmoins commanda an mareschal de luy en envoyer les justifications, pour mettre les ennemis en leurs torts s^ilsen faisoient plainte, et de se tenir de son costé fort sur jses gardes, et à ces mesmes fins ne lîcen«^ lier pour encores les Italiens, qu'elle luy eust peu auparavant ordonne, et qu'elle luy feroit payer, mesme à fin que, là où les Impériaux ne voudroient par l'amiable se ranger à cela mesme h quoy ils estoient tenus , que la propre force le leur fist faire , ne voulant, quant à elle, leur céder en quoy que ce soit, et pour petit qu'il soit Ce fijt, ^à la vérité, une resolution autant digne de la grandeur de Sa Majesté qu*on pouvoit désirer, la saison et la conséquence des affaires considéré.

Estant, à cause de ceste dernière bourasque, survenues nouvelles plaintes et difficultez entre l'ennemy et nous, le mareschal me depescba vers le marquis de

DE DUTlLLÀaS. [l556] %'l

Pescaire, d^avec leqael m'estaat depestré assez à poinct» le maistre de caoap domp Âlvaro de Saude me dit tout haut ': « Nous vous prious tous de dire à M. le mareschal^ la vertu duquel dotls admirons , qae nous nous congratulons tous et de bon coeur awfc luy de la gloire qu'il a acquise en Italie et aux de&* pens de nous, sur lesquels autre prince ny seigneus*^ qui ait depuis cinquante ans faict guerre en Italie n'emporta jamais Fhonûeur ny la réputation qu'il a acquise et par prudence et par une généreuse valesr. Par là nous recognoissons que la vraye vertu et geœ*rosité sont tousjours aimées et révérées , et par amis et par ennemis. »

Il sera^ maintenant temps que nous traictions des occasions qui embarquèrent depuis le Roy à la rout* tare de ceste si saincte et si avantageuse trefve^ à la ruine et de luy et de la France^ comme on pourra re^ cogDoistre de main en rtiain.

Et pour autant que je n'a^ cy-devant donné aucun esclaircissement solvable sur les traitez d'entre le Pape et le Roy , et ppur raisbn desquels la trefve fut depuis rompue, je representeray haïfvement icy ce que j'éii ay aprinsy avec protestation que j'entens de n'ofiencer personne ; je' le dis ainsi pour autant qu'il y a assez de gens qui ont le nez si tendre , qu'ils s'offenoent du seul vol d'une mouche.

Par la suite des précédents livres, chacun aura peu recognoistre que la bénédiction de Dieu, plustost que la prudence des hommes, la force ny la grandeur des moyens, estoit celle qui avoit comblé le diadesme françois de toutes les victoires et de toutes les autres prosperitez cy-devarit représentées au naturel j et toutes-

22 [l556] HÉMOIRES

fois,' au lieu de sainctément mesnagerjcomme on devort, toutes ces grâces , à la seureté et à l'utilité deFadvenir, le Roy fut sollicité par les prières et remonstiances du pape Caraffe (couvertement favorisées par la maison de Guise, grande en crédit et en valeur), de ne se laisser emporter à faire paix ny trefVe avec l'Espagnol , au moins si ce n'estoit pour reprendre nouvelle haleine et se préparer à plus grands efforts qu^iauparavant au secours du Sainct Siège , menacé par les armes de l'Empereur du costé de Naples , à cause de l'usurpation n'agueres faite de l'Estat des Colonnbis rebelles de l'Eglise, recognoissantses forces ti*bp débiles pour contrecarrer celles de l'Empereur ( qui entreprçnoit leur deffence) ; que par ces foibles commencements s'ènflleroient de main en main les conquestes des royaumes de Naples et de Sicile , dont Sa Saincteté investiroit le Roy avec quelque médiocre avantage pour ses neveux.

Le cardinal Caraffe (l'un d'eux , et plus rusé que Fonde) jugea assez que ce n'estoit pas chose facile dé retirer le Roy des espérances qui avoient esté avancées sur la resolution dé paix ou d'une si àdvantageusé trefve qu'estoit celle qui avoit n'agueres esté faite, au moins s'ils n'avoient autres armes en main que lés promesses et les persuasions italiques ( tousjours couvertes et dissimulées à leur propre utilité particulière seulement); que si la propre voix et présence de luy ne donnoient jusques en France, qu'il seroit mal-aisé que ses promesses ny ses propositions peussent prendre racine en l'ame du Roy ny de ses principaux ministres ( ores qu*il eust desja barre sur la maison de Guyse), a cause de je ne sçay quelles prétentions qu'ils disent avoir sur ces royaume^.

DM DUVILLÀRS. [l556] «3

Toutes choses bien digérées parce desguisé prdat, il print resolution de donner jusqu'à la Cour, sous couleur d*apporter, de la part de Sa Saincteté, au Roy cer^ taine roze et espée dont les papes à leur nouveau advenement ont accoustumé d'accaparrer la benevolence de nos princes. Le vénérable cardinal fut, par Tentreinise de ces sieurs de Guise, foit gracieusement receu par Sa Majesté; mais luy ayant donné sonde sur lacheminement de ses intentions , et recognu qu'il auroit les connçstable, chancelier et les mareschaux de France pour contraires, il se resserra du tout avec la maison de Guise, qui avoit le cardinal de Lorraine pour conducteur de leur fortune et de leurs affaires, prélat certes subtil et bien emparlé^Ayants donc fort souvent et secrètement, conféré par ensemble, ils recognurent que la partie seroit mal aisée à demesler s'ils ne tiroient à leur cordelle la Royne et la duchesse de Yalentinois, par des hameçons fort puissants envers les dames , à sçavoir, la gloire (conjoint à Futilité de nouveaux et paissants Ëstats), comme seroit pour la Royne toute la Toscane , doât elle estoit soilie , et par le recouvi^ement de laquelle la guerre commenceroit ; et pour la duchesse et pour M. d'Aumale, son gendre et frère deux^ quelques principautez à Naples, et de main en main pour toute la maison guisienne, laquelle, ainsi agrandie et alîée des papes et des François , serviroit à jamais d'invincible propugnacle à la manutention de )a grandeur et authorité de la Royne et des autres contre toute sorte d'événement futur.

Ces promesses! , quoy que mal basties , chatouillèrent toutes- fois si fort les oreilles de ce sexe naturellement ambitieux et avare, qu'ils embrassèrent le parti,

avec promesse de ne rien espargner pour y embarquer le Roy , et que , pour plu^ aisément y parvenir , elles persuaderoieht de ne retrancher pour cela les intentions qui estoient mises en avant pour faire paix ou trefve avec les ennemis, entant que l'un ou autre serviroit d'instrument pour respirer sur les présents travaux et despences de la guen^e, et pour mieux et plus soigneusement amasser aussi les forces et les moyens pour puis entendre au recouvrement de Naples : que cependant Sa Majesté pourroit, par dessous main^ contribuer forces et moyens au Pape pour maintenir la conqueste de l'Estat colonnois. Or, quoy que sceussent dire ou faire leâdits sieurs connestable, chance* lier et mareschaux, les choses furent, au marhèur du Roy et de la France, reduictes et arrestées à ce mesme poinct, satis neantmoins considérer, comme il estoît nécessaire de faire en ces grands affaires, autant les motifs que la propice conséquence des commencemeiis : car loi's que les mal digérées délibérations nous ont conduict aux exécutions, on ne s'en peut despartir qu*avec ofience et deshonneur , et aussi que d'ailleurs jamais Dieu n'apporte que mal et ruine à ceux lesquels, abusants de la vérité et de la sairïcteté de la trefve , n'y apportent que du desguisement, comme nous fismes depuis.

Avant que passer plus outi^e, il me semble raisonnable de donner aussi quelque esclaircissement des fondements sur lesquels la paix ou la trefve- se traiotoient lors. Vous sçaurez' donc que le pape Jules de Monté, peu auparavant sa mort, avoît destiné le cardinal Polo , anglois , pour s^aller con jouïr de sa part avec l'Empereur et le roy domp Philippes son fils, du

DE uvyiLLÂus. [i556] 'j5

mariage accordé entfe luy et la. royoe d'Angleterre, mais principalement aussi pour conjointement tratc^ ter avec eux, et avec la France , des moyens propre$ à mettre fin , par paix ou trefve^ à leurs querelles et à leurs divisions, toutes lesquelles ne servoient que de planche au Turc pour s'agrandir- aux despens et au déshonneur des Chrestiens, afin de les liguer tous par ceste reunion à poursuivre par armes les Infidelles, à la ruine desquels Tun et Tautre prince s'avantageroit beaucoup , au parsus la gloire de Dieu , qui estendroit ses. bénédictions sur eux et sur le Valeureux exploict de leurs armes généreuses. Â quoy ce bon et ce docte prélat travailla de tous cost^z avec tant de zèle et d affection, que tous ces pi-inces envoyèrent leurs députez à Yauselles, .parmy lesqu^els le ^ainqt Esprit s'y estant meslé, trefves furent accordées pour cinq ans, à commencer en janvier i558 (0, à condition que de part et' d'autre chacun retiendcoit ce qu'il possedoit, tant deçà que delà les Monts, iionobstant les plaintes et les justes querelles dés ducs de Savoye, de Mantouë et des Genevois ati contraire , la plus part des Estats desquels dem^uroient par ce moyen es mains et disposition de la France , laquelle , à dii^ ce qui en est , Dieu favorisa si avant , qu'elle se pouvoit vanter d'avoir elle seule remporté toute la gloire et toute'la gran^leur qu'elle pouvoit désirer pour despr-* mais tenir en bride l'Italie , les Suisses, r41etaagn«, l'Espagne et la Fliindre : et n«antmoins les conseils pas^ sioDdez du Pape , de la Roine , de madanie de Valentinois, de la maisoo de Guise et de tous leui-s adhe-

<^) La iréve ne comm^n^ pas en janvier 1 558 , mais en février i556, «enuaie dtf Vilhrs l'a dit hi-méme plus haut.

rants^ eurent tant de puissance à.rendroict de ce bon prince Henry ^ que il ne sceut gracieusement jouir du repos ny du contentement que ces cinq années , sage7 ment mesnagées , pouvoient apporter et à luy et à la France, et de main en main à toute la republique chrestienne. Sa Majesté se laissa aussi emporter à une autre faute non moins préjudiciable que ceste-cy, c'est qu'elle donna le souverain commandement des forces qui dévoient estre conduites en Italie au duc de Guise, grand et valeureux capitaine à la vérité , mais par trop intéressé en la cause qui devoit estre demesl^ gar les armes. Durant que toutes ces pratiques et tous ces préparatifs se demesl oient, le Boy permit au mareschal de Brissac de venir vers elle , pour diverses grandes considérations , mais principalement pour avoir son advis sur ce qui estoit toutesfois desja quasi comme résolu.

Ce seigneur, qui n'avoit* autre but que la gloire du Boy et l'avancement de la Frailce, estant appelle au conseil, où les choses furent de nouveau proposées, et qui sçavoit neantmoins qu'elles estoient desjà si avancées, qu'en les voulant maintenant contredire c'estoit travailler en vain et acquérir hors de propos des ennemis , se rengea seulement à faire doucement cesté remonstrance, à sçavoir, qu'il croyoit ferjnement qu'il n'y avoit prince en la terre qui surmontast plus que Sa Majesté faisoit, tous ses serviteurs etsubjects, en prudence et valleur, ny qui fùst grand observateur plus qu elle des traitez et des promesses qu elle auroit desja jurées ; qu'estant abondamment douée de toutes ces divines parties, elle sçavoit mieux que nul autre qu'il n'y avoit rien de plus- juste que de bravement

DEDUTILLÀAS. [l556] ' I7

repousser les attentats et les injures des ennemis^ ny rien aussi de plus honnèste que de secourir ses amis et tous les princes indignement affligez ; mais que par sus tout cela il n'y avdit aussi rien de plus religieux ny plus digne d'un grand ray, tel qu'estoit Sa Majesté, que de mesurer tousjours ses paroles et ses promesses avec telle bride et circonspection, que sa grandeur et la seureté y fussent tousjoui*s premièrement conjoinctes: que, cela estant^ Sa Jtfajestédevoit inviolablement. observer ce qu elle avoit promis, et le reigler toutesfois au précepte d'Agesilaiis, lequel respondit à un quidam qui le pressoit d'accopnplir ce qu'il avoit promis : a Si ce que tu dis est juste , je le. t'ay promis ; s'il ne lest pas, je ne le t'ay pas promis; » voulant par là inférer qu'il ne failloit jamais quitter les choses présentes qui estoient bonnes et seures, comme estoît ceste trefve qu'on vouloit violer, pour embrasser les incertaines et pleines d'une infinité de grands et de fort considérables dangers ; qu'ihavoit aussi souvent recognu que la prudence et la valleur que chacun estimoît avoir en soi, nous faisoit vainement entreprendre beaucoup de dioses pour* parvenir à une certaine fin par nous ardemment désirée, et de laquelle toutesfois il n'estoitpas possible de prévoir l'événement, qui estoit en la seule main de Dieu. -

Finalement, qu'il avoit tousjours et leu et ouy dire aussi que le naturel des papes et des Italiens les invitoit tousjours à changer aussi souvent de foy que de fortune , ne tenans rien pour des - honnèste quand il tournoit à leur profit particulier; et de faict qu'ils avoient de tous temps plus favorisé la France de souhaits desguisez que des propres eâecis, plus de désir

28 [l556] MÉMO1RE0

et d'affectioQs simulées que de forces et d^argent^ ne demahdans pas mieux tous que d*estrc sjïectàteurs da jeu qu^ils ont eux-mesmes dressé, pour puis se tourner où il fera meilleur : qne si Sa Majesté s'estoît obligée par serment à rompre la trefye et à sécouvir Sa SaiiK:teté, quil y avoit, sous correction / de 1^ faute et de leur considération, et que pour s'en iir&r avec honneur et seureté &Uoit au moins tellement disposer Tun et Tautre, que Sa Majesté participast et à là gloire et au profit ; qu il n*y avoit autre moyeu pour y parvenir avec sèureté, que de eommahder que M. de Guise e| liiy assaillissent aVec forces communes la duché de Milan , oh il avoit de gra;pdes intelKgeu'ces, et que l'Empereur et le fils, qui e^timoient que ceste seule Saincteté leur faisoit tenir ett-btiile toute* l'Ita*lie, qaitteroient et Pape et Colonois pour ccmrif' au secours; que, le rendant inutile, commie il esperoit qu'x)n feroit,^ce seroit ]>astir la future ruine diç Naplels et de Sicile, sans courir les hasards des rois Charles Yiil etFrançois I. Toutes ces remonstrances, ores que belles et veiitables, neureni toutefois puissance, d-eafoncer les barricades ny la surdité des oreilles pasAonnéçs et intéressées, ou, pour mieux dire, fafcailemènt destinées à nous rejetter dans de plus graiids maUieàrsf que n'estoiënt ceux dont Dieu nous avoit recenteraent et glorieusement sauvez. Tandis que nous pensionâ tenir le loup par les oreilles, l'Ëmpeieur, comme sage et diligent, ne fit semblant d'avoir descouver€ noâfintéations ny nos menées ; maïs cependant iLdbnna couvértement ordre au:x provisions de'la guerre,, et principallement en Italie, où il envoya le dujc d'Âlve, sous prétexte d'<aUer assister les Colonnoîs, ses autres sêr-

DE DUVILLARS. [l556] 2^

?keuFS, spoliez de leur3 Estais. La France, par le éontraire, s^amusa sur les discours et s»r les partages de la peau de l'ours, non encor eslancé ny prins, et qui se trouva depuis de si dure digestion , que la France en cuida estre renversée de tous poincts, comme la suitte de ces Mémoires vous fera recognoistre pied à pied. En aOaii^es d' Estât mal mesnagez , comme furent ceox cj j la nécessité nous presse quelquefois de si près, qu'elle ^Aous eontrainct de poursuivre ce que nous avons inconsidérément commencé, puisqu'il n'y a aucan moyen ny entredeux entre la gloire et l'infamie, ou estre le plus prisé ou le plus desprisé. Et pour autant que Fexecution de tous ces desseins estoit remise ea l'année i556, nous ne laiiTons , en poursuivant ce qui acfvint en Tannée i555 (0 , de vous représenter lescbosesqué j'ai jugées les plus mémorables, soit pour en faire vostreprofit, ou les apparier à la suitte des* autres subséquentes années, né voulans faillir, auparavant que passer plus outre, de toucher un traict de la finesse de l'Empereur sur le traicté de la trefve; qu'il destroit înfinitment. Il envoya, sous colorez prétextes, M. de Savoye en Italie, à fin que la présence et les instances d« luy , le plus intéressé de tous , ne peussent apporter empescbement à la conclusion d'icelle. Et pois vony, princes et seigneurs, quivous embarquez sans biscuit, mettes en vos thresors ce que vous y avez gaigné, on, pour mieux dire, marquez bien ces chasses pour vous garder de faillir une autrefois « et bien vous sera. Par la suite de ce qui succéda depuis, il sera aisé à

(0 Du Yillar», qui suit ordinairement le nouTeau calendrier, çal" cale ici diaprés Fancien ; ce cffti jette un peu de confusion dans son Tédt.

3o [l556] MÉICOIRES

recGkgnoistre que ce fut une trefve sans trefve, et que, quoy qu'accordée et exécutée^ chacun demeurd.sur les armes et sur nouvelles practkjues , et qu'en racontant les choses je suis quelquefois contraint, pour leur donner plus de lumière, den faire répétition; c'est un sucre qui ne gastera poijpt le goust des viandes que je présente.

En ces entrefaictes, le Roy depescha vers le mareschal Derdoy, secrétaire du connestable, pour luy donner coipimunication des nouveaux desseins et intelligences pour rentrer en guerre. Surquoy furent faictes diverses remonstrances parle mareschal audict secrétaire Derdoy, avec charge de tres-humblement supplier Sa Majesté de sonder plus d'une fois autant les intentions que les affaires, pour n'en rapporter les malheurs qu'il prevoyoit eh devoir advenir en s'arrestant sur les forces spirituelles, foibles et fort douteuses ; et mesmes les moyens et tes finances de Sa Majesté estans si fort affaiblies, qu'elles ne-pouvoient aujourd'hoy fournir au soustenement de l'Estat : dont il tiroit ceste conséquence , que tant plus auroit elle ^e dif&culté et d'impossibilité à y satisfaire , et à tant d'armées qu'il faudroit qu'elle eust en France, Piedmont et en Romagne.

Peu auparavant l'arrivée dudit Derdoy, le Roy avoit depesché M. de Ramboiiillet en Piedmont pour luy rapporter Testât des affaires, et l'asseurer qu'aussi tost qu'il seroit retourné vers Sa Majesté, qu'elle pourvoiroit si avant aux nécessitez, que le mareschal auroit dequoy fournir à- toutes choses, à la gloire de Sadicte Majesté et à l'honneur de luy. Mais, ayant assez souvent remarqué que, quoy il eust mandé au Roy sut la dimi-

DB DUVILLÀRS. [l556] 3x

nation et afibiblissement de Tarmée^ et les moyens d!y remédier y que Sa Majesté n'en avoît toutesfois tenu compta, ains qu'au contraire elle ne faisoit que continuerai fM'escher la casserié et le mesnagementy et qu'il estoit par dessous main tacitement accusé d'avoir esté indulgent aux capitaines, et aussi que l'ennemy estoit sur le poinct de se remettre en campagne , il manda à Sa Majesté qu il la supplioit croire qu'il n'avoit pas les yeux si troubles, qu'il ne recognust assez qu'on avoit envie de luy donner tant et tant d'^ttaintes , qu'il fust de luy mesme contrainct de quitter son gouvernement ; qu il n'auroit jamais, quant à luy, regret aie faire que pour deux consideratioqs seules : la première , pour le mal qu'il prevoyoit qui en adviendroitau préjudice du service de Sa Majesté ; la deuxiesme , parce que , se trouvant engagé et pour la prinse de Verceil et pour celle de Casai, et pour le secours de l'armée, à plus de cent . cinquante mil livres , il faudroit qu'il s'en retournast avec une demy douzaine de chevaux pour aller vendre son bien et payer ceux à qui il s'estoit obligé; ne voulant, parmy leâ maladies du corps et de l'esprit, adjouster une charge de conscience et un des-honneur si infâme que de manquer à ceux qui l'avoient accommodé de leurs facultez, l'estimans homme de parole, comme il seroit tousjours au pris de son sang : et toutesfois qu'il nelairroit, en attendant response de Sa Majesté telle qu'il luy plairoit de faire, de se préparer pour partir au premier commandement , et s'en aller, non pas pour se justifier, car il n'àvoit jamais failly, mais bien pour faire recognoistre à Sa Majesté et à tonte la France que ses actions avoient mérité tout autre honneur et traictement que celuy qu'il avoit près-

3^ ^i556] XÉXOI11B6

que toiisjour^ receu, et duquel il ne s'estoit toutesfoi5> lamais voulu plaindre ^ pour TesperaiiGe qu'il avoit d'une meilleure moisson que celle que on luy presen-» toit aujourd'buy, laquelle serviroit de peu honnorable exemple à tous ceux de sa portée: cependant il ne craindroit jama^is dédire fort franchement, souz la correction touteçfois de Sa Majesté, qu'en tout temps et en toutes sortes d'affaires, on l'avoit tousjours repea d'espérances fort foibles et d'un secours si malade, qu'il ne s'estoit jamais sceu lever du lict ; et tontesfois que, s'il ne eust bien sceu tempérer et mesnager avec dévotion et jugement les forces et les propres cornmandemens qu'elle luy avoit diversement faicts, ^s affaires seroient pieça recuUe«i à cent pas plus loin qu'ils n'estoient.pas; que ce luy estoit plustost grandement loiiableque condamnable, lequel, prevpyant les mal- ^beurs qui ponvoient accabler le prince, FEstat et la patrie I y sçavoit opportunément remédier, ores que ce fust contre l'ordonnance du inaistre ; que les choses bonnes d'elles-mesmes, comme estoient toutes ses ac* tiojQSi n'av oient que faire de langage ny de paroles far* dées, sçacbant pieça qu'il n'y avoit rien de si incertain que r^mitié et la félicité; et que de là il avoit aprins à estre tousjours constamment préparé à toutes sortes de disgrac^ telles qu'estoient les siennes, malgré lesqif elles il auroittousiours pour sépulture ceste glorieuse mémoire qui. couronne la vie et qui honore la postérité ; que ceux qui comme luy aijnoient l'honneur et la gloire combatoient tousjours plus courageusement les choses diSIcilles que. les aisées, leur ame estant tousjours et k toute heure plus disposée à mourir honorablement parmy là gloire et la.loiiange, que de

DE DUVILLÀHS. [i556] 3J

vivre parmy les ruines et les infelicitez serviles de }a commune patrie, pour toutes lesquelles raisons il s'estoit résolu à n'entendre des-ormais qu'à purger et po*» lir son ame pour la rendre agréable à Dieu ; ainsi qu'il avoit prié M. de Ramboiiillet, s'en retournant vers SaMajesté,[luy remonstrer, le chargeant à ces fins d'un memoii^e de ceste substance :

« Fera le ^eur Rambouillet recognoistre à Sft Majesté que le mareschal ne peut, quoy qu'elle ait commandé, casser les dou2e.s bandes françoises ny les Italiens, Tennemy estant sur le poinct de se rejecter en campagne, et la ville de Moncalve, qu'elle a voulu qu'on fortifiast, n'estant encores aussi en estât de deffence; et que moins encores pourroit-il, en ce faisant, apporter le contrepoix et la faveur que Sa Majesté entendoit donner aux affaires du Pape : que toutes ces contrariétés, si importantes chacune à part soy, ne pouvoient subsister en un mesme subject, comme le Roy vouloit quelles fissent; qu'il n'y a que Dieu seul qui tienne en sa main l'advancement et le final démeslement des affaires; que le jugement humain les pou voit bien co'n-^ sidérer et manier comme faisoit le mareschal, niais non pas y apporter des advantages et des dispositions qui n'appartiennent qu'à la toute-puissance divine ; et que quand tout cela cesseroit, ceste gloire et ceste re^ patation, pour laquelle les princes généreux, tels que Sa{Majesté, mettent bien souvent toutsur le tablier, re-^ queroit le contraire de cela mesme qu'elle commande ; et en fin que les conséquences de l'Ëstat ne se maaioient pas tousjours par mesmes mouvemens et ressorts, ains le plus souvent par des voyes à demy incertaines, ou io. 3

34 [l556] HÉMOIAES

qui semblent fort extraordinaires et impertinentes à ceux qui jouissent de Taise et qui veulent neantmains censurer et absoluëment juger d'autruy^ ores qu'il soit certain et nécessaire aussi que ceux qui délibèrent des plus importans afiaires de FËstat voyent plus loing et plus profondement que les autres , puisque c'est à eux à rendre raison de ce qui en succède y et que la propre expérience nous aprenoit que les plus lourds jugements et les plus coiiards sont ceux qui se dispensent plus avant à juger et à mal parler d'autry, et, à la vérité , il n y a vertu ny perfection sur laquelle Taudace de telles gens ne trouve à redire ; et de faict. nous voyons ordinairement qu'on n'a pas tant de peine à se maintenir homme de bien comm^ à se deffèndre des envieux , par lesquels sa vertu et ses fidèles services estoyent continuellement assiégez.

« Remonstrera ledict sieur de Rambouillet que ces raison ets ces fondements seront ceux , et non aucun interest particulier j qui tiendront en surceance les cornmandemens de Sa Majesté, avec resolution toutesfois, lorsqu'elle les aura bien digérez, d'en passer par après par où elle jugera convenable ; ce qui ne sçauroitestresi tost ne si heureusement démeslé qu'il est nécessaire , si premièrement Sa Majesté né considère combien de forteresses elle a à garder deçà Les Monts, combien de gens elle y doit entretenir, et de main en main les contrecarrer à ce qu'il faut avoir à la campagne pour entreprendre ou se deffèndre ; que pour relever Sa Majesté de- ceste peine , le mareschal en a baillé un estât au vray audict sieur de Rambouillet. Sa Majesté , l'ayant pesé et considéré, adjoustera ou diminuera ce qu'il luy plaira , et le renvoyera signé de sa main , afin qu'il serve

DE BUVILLAKS. [l556] 35

d'instruction d^uBe part à ce quisérà àfàirèy et d'autre de descharge sur ce qvi en pourroit cy-aprcs advenir. «Sera Sa Majesté tres-humblement suppliée avoir souvenance, à ce propos, que depuis le commencement de ces guerres elle a doané plusieurs commandemens audict marescbàl , à l'exécution desquels s'il n'euàt pratiqué le mesme jugement et discrétion qu'il apporte en cecy mesme ^ il s'en fust ensuivy beaucoup de choses contraiçes à l'intention de Sa Majesté et à ceHe de luymesme , lequel ne faiot rien en cest endroict par opiniâstreté, ny par mescognoissance qui soit en luy de rhonneur, de l'obéissance et delà révérence quî est deuë k son bienfaicteur et souverain "seigneur, et surquoy il prent tousjour^ le consentement et l'advîs des principaux seigneurs de l'armée, tous lesquels, aussi bien que luy, seroient indignes de tenir les charges militaires dont Sa Majesté les honnore, s'i'Iiâ ne les sçavoient mesnager à la gloire et à Futilité de son service. Et, à la vérité', le mareschal a tousjours jugé plus proffitable de craindre lés dangers que de les mesprisér : le premier nous^ tient tousjours sur nos gardes, et nous invite ^ soigneusement caltiver la prévention ; et , l'autre par le contraire nous enveloppé* en des inconveniens qui ne sont pas aLsez à digérer.

« Et pour-autant qu'il y a des princes qui veulent estre obeïs, à quelque prix que ce soit, en ce qu'ils commandent, ledict sieur mareschal desireroit qu'il pleut à Sa Majesté, en semblables affaires, escrire par paroles expresses qu'elle le veut ainsi, quoy qu'il en puisse advenir, soit bien , soit mal ; et si lors elle n'est obeïe, ce sera à elle à corriger ceux qui auront inesprisé l'obeïssance. ' '

36 [l556] MÉMOIRES

« Quant à ropïnion que Sa Majesté a conceuë que ceste casserie de douze enseignes ne s'estendoit qu'aux capitaines, lieutenans et enseignes seulement, et les soldats demeureroient pour remplir les autres, c^est^ soubz correction, se tromper à escient; car il n*y a capitaine si misérable ou chetifqui en ce cas n'estinne trouver meilleure fortune ailleurs, et lequel en ceste opinion n'emmeine avec luy tous les officiers et tous les meilleui^ soldats de sa trouppe, et lesquels au jourd'iiuy ne demandent pas mieux que sortir de Pied* mont, tant ils ont esté mal payez, mal nourris, mal vestus , et incessamment travaillez.

« Quand on admettroit que les soldats ne s'en iroient pas, c'est tousjours un bruict de la diminution de douze enseignes françoises, qui souslevera le courage de Tenneroy, et qui amoindrira le nostre. Gela courra aussi jusqu à Borne et desgoutera le Pape des espérances et des dessains qu'il bastit au préjudice de TEspagnol.

« S'il plaist donc au Roy s'en remettre, comme tl a de sa grâce souvent faict, au jugement du mareschal, il le supplie tres*humbl<Mnent superceder ceste casserie jusqu'à tant que les douze compagnies qu'il doit envoyer au lieu de celles-cy soyent arrivées ; protestant, neantmoins, desmaintenant que si entre-cy et là l'ennemy ne jette point d'armée en campagne, de faire soudain ceste casserie , sans autre commandement de Sa Majesté , et de réduire toutes les forces à cela seulement qui sera nécessaire pour la garde des places, et mesmes d'en faire desmanteler aucunes, desquelles 9 aujourd'huy que la frontière est estenduë, on se peut passer.

DE PUYILLA^RS. [l556] 3^

(c Fera aussi entendre à Sa Majesté que la n#Gesûtë oh les gens de. guerre sont reduicts conduisit dernièrement Valerio d'Aterny , soldat italien , à machiner avec domp Francisque de Mendozze la reddition de Thurin, dont il auroit esté chastié par le dernier supplice : il est à craindre que le semblable n*ad- Tienne en beaucoup d autres lieux , la nécessité rendant toutes choses formidables et suspectes \ c*est en fia une langueur quasi plus misérable que la moit mes me.

« Suppliera aussi Sa Mafesté de faire si exprès commandement an grand maistre de rartillerie, que les poudres et boulets despendus (0 aux sièges et batteries soyent remplacez pour en regarnir les places, mesmes maintenant que Fenoemy se prépare pour sortir en campagne. »

Peu après le partement dudict sieur de Rambouillet , le mareschal donna advis au Roy que Valfenieres estoit réduite à telle nécessité , que le marquis de Pescaire avoit esté contrainct de partir d'Âst avec deux cens chevaux portans chacun un sac de £arine devant eux, et que, cela deschargé, il estoit retourné tout court, veu que ce peu qu'il avoit porté ne pouvoit servir pour un mois.

Que Cairas estoit aussi réduit à telle nécessité, qu'on pourroit en deux mois emporter Tun et l'autre en faisant deux forts, assavoir un à yillefraqche, qui couppe le chemin d'Àst à Yalfenieres , dans lequel il faudroit au moins douze cens hommes , et en outre teuir grosses garnisons à yilleneufve et k Sainct-Da-»

l») Employé».

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