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cotté, rintention dû Pape et du Royr estoit seulement d'une surceance d'armes pour quelques mois, pendant lesquels on prepareroit les moyens, les forces elles intelligences pour, recommancer la guerre, dont il oe nous succéda que maKheur. Et à la vérité le Roy, en faisant ceste trefvç,^avoit de toutes parts emporté l'advantage du jeu , et si grand, qu'en conservant ce qu'il avoit il luy 4iemeuroit.dequoy gourmander les Païs Bas, ITtalie et l'Espagne, comme le marescballuy fît souventefois remoBstrer ; mais, n'y profitant rien, il se résolut d'aller baiser les niains à Sa Majesté, conformément au congé qu'il en avoit obtenu , ayant toùtesfois auparavant donné ordre aux retrancbemens et aux payeipens des garnisons et à la conservation. des places, remettant le gouvernement de toutes choses à, M. de Termes, qull avoit par plusieurs conférences instruit et informé de tout ce qjui i*etardoit la seurete et l'advancement des affaires du Roy , et d'aucunes pratiques qu*il avoit en main , et pour laquelle intention il fut résolu, à mon grand regret, que je demeurerois prés ledict sieur de Termes pour le maniement des affaires d'Estat, comme je fis pendant l'absence du marescbal. %'
De là à quelques jours, le mareschaly^s'acheminant en France , suivy de plusiems seigneurs, gentilshommes et capitaines , fkt recen et^du Roy, et de toute la Cour, avec beaucoup de faVe^ir et- d'honneur, mais avec peu ou point de récompense (0 : l'excuse de laquelle fut fondée sur Textreme Nécessité .où une guerre
.(0 Le maréchal de Brûsac, ne s'etanl attaché à auciin des ^wrtis qui dominoieia à la Cour, n^y étôît soutenu par personne, pas même par la duchesse de Yalenlinois , à laquelle il avoit du autrefois son éléTation, et qii'il avoit négligée depuis long-temps.
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de cinq^ an§ continuels airoit réduit le royaume. Et cependant, ceux qui avoifenÇ perdu souvent et des villes et des batailles, plustost par inconsideration que. par infortune , estoient traictez et recompensez des plus clairs deniers de la France , de laquelle toutefois il ne sc^ut jamais rapporter autre gmce, que le don de la gabelle.de Piedmont, valant quinze mille livres par an, et dont toutes-fois il ne jouît que deux anne'es.
Le mareschal , qui estoit ennemy de fausseté et de parade, et qui avoit le cœur autant noble que généreux, supporta si patiemment ceste ingratitude , que jamais on ne'descpuvrit le regret ny la douleur qu'il en avoit, non tant pG|ur Tenvie des biens comme pour le tesmoignage que la beneScetice eut rendu de sa valeur et de tant de mémorables services : dont à son retour en Piedmont il me fit ses plaintes , par lesquelles je recogneuz assez qu'il estoit vrayementjde ces grands et renommez capitaines au corps desquels toute terrç sert de sépulture, et l'univers d'un glorieux trophée et epitaphe à leur vertu et debonnaireté. " ••
Cestei patience et modestie du mareschal est d aur tant plus recompiandable qu'on a veu assez souvent que^ tout ainsi que plusieurs ^grands capitaines, pour la grande opiaion qu'ils avoient de leur mérite, n'ont sceu modestement mesnager la bonne fortune que Dieu leur avoit communiquée , ains se sont perdus et ruinez, "tout de mesme au^ssi le mespris et l'ingratitude du prince envers ceux qui estoient de si haut mérite, a biea souvient renversé eux et leurs estats. Ce n'est pas suivre, les commandemens de Dieu, qui
commaïKje que rétribution scrit rendue par pào'^qrtioas convenables aux bons jserviteurs ^qui. ont veillé à la multiplication du talent.
Les macbiavelistes tiennent qu*il ne faut jamais, faire de si grands ny de si signiilez services aux. princes ^ qu'ils soyent pour entrer en opipion'que leur gloire et leur graiideur en démeurent ou . ravallées ou appariées, ou qu'ils se recognoissent plus foibles qu'ils ne voudroient à une condigne recompense ; car si tost que l'un ou l'autre de ces soupçons prent racine en leur esprit, ils espient lors toutes sortes de couleurs ou de prétextes pour perdre ou pour ravaller tout à fait ceste trop esclàtante vertu. Dont faict foy le grand Consalve y lequel, après la glorieuse conqueste qu'il avoit faict du royaume de Napjes, fut renvoyé, comme personne priv^e^ en sa maison. S'i) m'estoic permis de parler des princes , je dirois volontiers que ceux qui mesnagent si mal la beneficence , bastissent plustost des argumens à leur ruine^qu'à leur salut etconservation': c'e^ pourquoy l'empereur Charles* cinquiesme disoit qu'il n'y avoit nation au.mtJnde qui fist.plus de choses à sa ruine que faisoit la françoise , et neantmçins que tout leur tournoit à saldt , Dieu ayant en protection particulière et le Roy et le royaume! Vous aurez çy- devant peu assez remarquer que le mareschal de Brissac , estant allé baiser les maiiis au Roy, avoit laissé feu M. de Terrées , qui fut depuis mareschal de France, lieutenant de Sa Majesté en son absence; durant les sept ou huict mois de laquelle absence les choses furent par luy fort justement et heureusement maniées, au contentement de Sa Majesté et des peuples aussi..
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Revenons maintenant à l'armée du mareschal en Coar) et à Fingi^titude qui fut praticquée par aucuns envers si hauts mérites qu'estoient les siens. La résolution sm^ là rupture de la trefve fut encor remise à en délibérer avec luy , pour Texacte cognoissance qu'il avoit des affaires d'Italie; mais luy, qui sçavoit que tout estoit desja conclu et arresté, et que tout ce qu'on en faîsoit aujourd'hui n'estôît qu'une couverte parade (avancée pour dextrement tirer de luy sou consentement et son aprobation) qui serviroit de tacite garand à Tinterést et à la mesme passion qui avoit basti tout cecy , quoy considéré, il se restreignit à cela seulement que j'ay. ci -devant fort amplement discouru ; et DesmtmoinS'y les affaires ayants, à la mesme intention que dessus, esté remises sur le bureau, il considéra que n'en dire la vérité estoit dangereux à TEstat, et ne le taire tout de mesure aussi ^ a cause de ceux qui tenoient la personne et l'Estat du prince en leurs mains. '. ' ^ '
Pour*donc fuyr et l'un^et l'autre inconvénient ,. il supplie le Roy de vouloir recevoir de bonne part tout ce qu'il en diroit, et qu'il vouloit bien, quanta luy, lioaoréP* et ^evere^ tous les amis et alliez de Sa Majesté, mais non jamais toutes -^is despendre d'eux; qu'en une si^dangereuse resolution, il jugeoit premièrement 1res- nécessaire que chacun , par un jugement rassis et par une bonne affection , surmontast ses passions et ses appétits^ parmy lesquels l'obscurité trou voit tousjours q'qelque place ; que la prudence et la prévoyance estoient celles 'qui dévoient conduire les affaires, à fin de ne s'en repentir après le coup; car ne le faire pas estoit une vraye sottise privée de cou-
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rage y d*honneur et de ressource aussi : qu*il trouvolt, quant à luy , que les. choses glorieusement obtenues par conclusion de la trefve volloient si haut , que la France triomphoit seule aùjourd'huy, autant heureusement qu'utilement y d^ toutes les guerres ^ périls et labeurs^ qui avoie^t couru Jusqu'à ce jour-là ; que ce n'estoit pas chose convenable à la grandeur du Roy ny à la seureté de TEstât, de vouloir aujpurd'huy , pour le soustenement des fautes,** des erreurs et des passions d'autrriy, bouleverser, avec un évident et infaillible hazard, tant et tant de glorieuses et très-* utiles conquestes que Dieu àvoit bënigneiâent concedëes'à Sa Majesté :' que nul ne pouvoit nier, sans s'esgarer, que le Pape et ses neveux àvoient assez inconsidérément prins à ourdir une toille qui surpassoit leur portée; mais non pas leur des- réglée ambition; que ces vieilles souches papales estoient attachées à un filet bien deslié, n'ayant ny force ny suitte , pour tenii' coup luy mesmes , lors qu'elles veriôient à deffaillir; et que, par ainsi, il en resultoit que oeux qui s'embarquoient avec eux sans biscuit , mettoient fort vaguement à l'enchereleur vie, leur gloire, leurs fortunes et tout leur estât, au maniement duquel toute faute, pour petite qu'iule soit, tiroit le sang etalteroit les affections' les plus pures: qu'il falloi't en cest endroit rejetter la maxime d'aucuns, qui ^tiennent que c'est une vraye pusillanimité que de rejetter les glorieuses entreprinses qui se présentent, ores que de prime face elles ne soient accompagnées que d'apparences( un peu dout«use&; que c'estoit mal remarquer ' que le» guerves commencent bien quand on veut , mais qu'elles ne s'achèvent jamais comme nous desi-;
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rons^ Dieu s'estant réservé ceste disposition à luy seul; que les histoires mesmes ne nous apprenoient que trop que tous les papes qui avoient cy-devant plustost voulu manier Tespee de sainct Paul que les clefs de sainct Pierre ( propres à fermer les portes de la gaerrç), avoient faict tousjours mauvaise fin ; et finalement que c'est tout à trac sortir hors des gonds que de lever les armes, à la semo^^e de PItaKe, sous les promesses et sermens des papes; sous lesqtfels les dangers ëstoient toujours^ cachez; et^ en affaires de telle Qonsequence, il falloit considérer, avant toute œuvre, si ce*que nous voulons entreprendre estoit selon Dieu, honorable et utile h l'Estatj, si la partie peut estre demeslée avec peu de difficulté et avec moindre despence ; jnais remarquer sur tout si, parmy le conseil qui en est donné ^ la passion et Fint^rest particu* lier ne joiient point le premier rooUe de. la comédie.
Toutes les remonstrances du mareschal , ores que tres-justes et tres-^ainctes, furent par aucuns plustost attribuées à une certaine crainte ou timidité, qu'il ne cogneut toutéfefçis jamais, qu'à une généreuse ailection à Favancement de l'Estat. Mais Dieu, qui cognoit nos intentions, et-selon lesquelles il nous juge, permit depuis que ceux qui contre son opinion firent reprendre les armes , s'en repentirent les premiers ; car ce fut un si grand reculement et une si grande ruine à l'Estat, que nous nous en sentons encore aujourd'huy plus avant qu'il ne seroit nécessaire ny honoraire.
Je veux , auparavant que reprendre le fil de mes Mémoires , repi'esenter icy un petit abrégé q|œ j'eus lors en main'^ur les plaintes du Pape contre le roy (l'Espagne.
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ce Je ne sçaurois croire, disoit le Pape, que ce roy d'Espagne soit ùh de Charles cinijuiesin^y sorty de la race desftrinces catholiques de çq pays, puis qtie sans estre ofiencé il leva les armés contre 1^ souverain pasteur de TEglise.
(c U ne peut estre tenu pour catholique , puis qu'il est déserteur, et non pas conservateur de TEglise, qui Ta honoré de ce tiltre. Il tasche m'attraper pour tirer de mojf la mesmarançon que son père extorqua malignement de Clément septiesme, après avoir durant neuf mois Saccagé Rome.
« Comme successeur de l'ingratitude et de 4a perfidie de son père, qui'a moissonné l'Italie .par Taide de mes prédécesseurs , cesluy voudroit prendre ce me^me chemin, s'il me pouvoit priver delayie eomme il désire.
« Il veut empescher que je ne chaslie les seigneurs colonnoîs, feudataires de l'Eglise, et desquels son père et luy se sont tQusjours sei*vis pour tenir l'Eglise ro" maine en sujection et desordre.
<c Las! s'il faut que l'injure surmonta* l^droict, et la force là raison , et que ma vie soit reduicte à la mercy de ce patricide, encores vaut-il mieux prendre party de la perdre ou de la sauver sous les armes et sous la protection du tres-cfarestien prince françois , premier fils et unique conservateur de l'Eglise ; ce que ne fit jamais Charles cinquiesme, qui a tousjours baillé la main aux conjurateurs et aux remueurs demesnage, au préjudice du repos de la chrestienté et duchrestien royaume françois.
« U voudroit) s'il pouvoit, faire comme son père ,. lequel, enyvré des grâces de sa première fortune, avoit
PP OÛVILLARS. [iS56] 63
enlreprins de gourmandcr^toutle» mondcy comm'il eust faiot sans la« sainct^ et courageuse résistance de la France , qui a tousjours servy d'armes salutaires à FEglise et aux princes affligez aussi. »
Sera noté que pendant que ces pratiques balançoient enU^e espérance et crainte , il advint assez de choses qui en aidèrent beaucoup la resolution, et lesquelles j'ay jugé pecessaire *d'estre raportées \cy à la descharge du Roy, et à \fL coulpe d'Espagne, laquelle, à Vexemple de Lysander, ne tient Jamais foy ny serment s'il ne tourne à son advantage.
En premier lieu le roy' d'Angleterre et le duc de Savoye avoient dressé, pai* le moyen de Coryille Marie, maistre d'hostel du conte de Megue, et ce nonobstant la foy de la trefve, une entreprinse sur Mets, par le moyen de quelques soldats qu'ils avoient corrompys, tous lesquels, Dieu ayant permis qu'elle fust descouverte , furent punis du dernier supplice. Qui considérera maintenant non passionné ces galanteries marranesques (0, excusera les ressentiments francesques : de mesmesuitte n'a voient-ils pasaccaparré le marquis de Masseran, qui, estant n'aguieres, comme vous avez cy-devant veu , entré au service du Roy, et avoit faict fortifier sa maison de Gaillany, assize du çosté de Biellois,. commença à tenir pratique avec les çnnemis pour mettre sa place entre leurs mains, sous certaines grandes et advantageuses conditions, qui ne sceurent estre si secrettement maniées qu'elles ni^ fussi^nt descouvertes à Sa Majesté par le mareschal deBrissac^ auquel elle commanda d'escrire à M. de Termes, qui
(0 Marranesques : mafaométans ; qualification injurieuse que les Fraoçfiis donnoient aux Espagnols.
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estoit demeuré aa gouvernefiieat de Piedmônt; de trouver moyen d<e se saisir de la maison du, marquis , et de fen despouïller avant le coup.
Termes y autant sage et advisé qu'autre que j'aye guieres jamais cogneu, délibéra d'accomplir ce commandement; et pour ce faire il alla^ avec son seul train et sa garde y voir le marquis ji Gailkiny, ayant auparavant commandé à une vingtaine de' gentils-hommes fort déterminez de porter sons ^a cazaque d*homme d*armes un corps de cuirasse j^et d'entrer, dans la place pendant qu'il dîsneroit, sous prétexte de venir parler à luy, et qu'aussi tost qu'il leur diroit qu'ils fussent les bien venus y les six. demeurassent au dehors de la porte de la salle ; et les autres tout le long de la montée; qujs le capitaine de sa garde , accompagné de trente bons soldats portans la mapdille et le coi'ps de cuirasse ^ entrassent dedansîla cour, faisans semblant d'attendre ledict sieur de Termes , lequel devoit monter à cheval si tost qu'il auroit disné ; et que les seigneurs leronime de Birague et Montbazin amenassent trois cens harquebuziers à deux cens pas de la place pour y courir au trot, au moindre, bruict qu'iUouïroient; et, cela faict, qu'ils s'advançassent, faisans semblans de venir saluer ledict sieur de Termes, qui leur avoit commandé que tout aussi-tost. qu'ils auroient représenté ce personnage ils s'en allassent droict au corps de garde de la porte, suivis de ce qui seroit entré, et que saiM bruict ils le desarmassent et se saisissent de main en main de toute la place. ^
Ainsi commandé, ainsi fut-il -dextrement exécute au mesme instant que le disner s'achevoU, ceux delà garde n'atlendans rien moins que cela. Le marquis,
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ayant ouy le bruit, voulut mettre U teste à la fenestre, mm luy et son fils se trouvèrent souclaijï enveloppes de ces vinj^ geotils-bommes qui estoient à la porte de la salle et dans la montée ; et ledit sîeur de Termes luy déclara que pour aucunes grandes considérations Sa Majesté avoit voulu qu'il se saisist de sa place sans neantmoins toucher à sa personne ny à ses biens^ ren-f tes et revenus y et que tout anssi tost qu'il auroit fàict remettre eQ ses mains le chasteau de Jumaglia il luy seroit permis de se retirer à Masseran ou ailleurs où il voudroit. Luy, qui se sentoit coulpable^ ne sceust )an mais rien alléguer à sa deffense, sinon qu'il ne sçavoit avoir mespris au service de Sa Majesté, et qu*il estait content de consigner ledict Jumaglia es mains de qui il ordonneroit. Le sieur de La Mante, lieutenant. de M. de Montbazin, gouverneur d'Yvrée, et moy, fusmes députez pour ep aller prendre la possession par b maia du sieur de Gande , fils dudict inarquis de Mas-^ seran. En visitant et ordonnant dé la seureté de la place, nous ouysmes une voix fort lamentable qui criûit : « Ayez pitié de moy ! » Je demandày lors auf dict sieur de Cande que c estoit ; il me respondit : « C'est un pauvre prisonnier qui deust estre mort il y a dix ans. » Lors ledict sieur de La Mante luy ordonna de faire ouvrir la prison et de nous y laisser entrer seuls; cela le fit blesmir, et piiis il se retira en la salle du chasteau', sous la garde de six harquebuzier^.
Nous Irouvasmes , chose tres-horrible , que c'estoit un pauvre gentil-homme vercellois que le marquis avoit faiot prendre prisonnier, il y avoit dix-huiet ans, par ce qu'il avoit voulu exécuter un arrest contre luy de la part du duc Charles de Savoye, sans que jamais 3o. 5
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ame vivante sceust qu'il estoit devenu ; et de faict, les parens de cestuy-cy ne le trouvans, et estimàns qu'un sien enneniy Favoit tué, ils le poursuivirent si rudement en justice ^ que par les tourmens il confessa le mal qu'il n'avoit pas foit^ pour réparation duquel il fut condamné et exécuta à mort^ ledict marquis estant en la mèsme ville et qui sçavoit ce qui en estoit. Nous mena^mes ce pauvre gentil-homme , qui estoit tout nud et n'ayant que la peau^ devant M. de Termes, auquel il racompta toute ceste cruelle histoire. Il le fit habiller et luy donna quelque escu pour se retirer vers ses parens : de manière que chacun jugea que ceste maudite cruauté avoit conduict et le père et le fils au inâlheur oîi ils estoient reduicts. Voilà des vengeances études cruautez italiques, qui doivent aprendre à chacun' à ne se fier que bien à poinct à leur conscience! Le capitaine Masses, gascon, avec quatre cens hommes, fut laissé gouverneur dudit Gaillany et de Jumaglia aussi.
Du huictiesme novembre. Termes donna advis au mareschal que luy et tous les serviteurs du Roy trouyoientfort estrange que Sa Majesté voulut au jourd'huy entreprendre un nouveau remuement d'armes, puis quelle n'avoit pas 'seulement le moyen de payer les garnisons de Piedtnont, qui crioy^ntà la faim, n'a y ans esté payées il y avoit quatre mois ; qu'il avoit tousjours estimé que celle guen^e estoit juste qui estoit nécessaire; qu'en faisant la considération et conséquence des choses futures par expérience de celles qui estoient passées, il ne trouvoit aujourd'huy rien de plus nécessaire au service de Sa Majesté, ny qui peut plus apporter aussi de commodité et advancement aux affaires du Pied-
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mont; qui estoient véritablement pour lors assez mal en ordre pour la contiiiuelle nécessité où Ton estoit ordinairement, que de penser à bien garder et deflfendre ce quelle avoit acquis avec tant de labeurs, de gloire et travaux diversement soufferts, au lieu de commettre le toutauhazardy comme elle vouloit faire, sur la parole de gens qui n'en avoient sinon autant qu'elle estoit conjoincte à leur utilité; que pour le moin^ devoit elle différer jusques à tant que «es moyens fussent mieux redressez qu'ils n'estoient pas encores, puis qu ayant faiçt faire monstre aux gens de guerre sur Tasseurance que Sa ]Vfa}esté luy avbit donné de toucher .deniers il n'en avoit nouvelles aucunes ; ce qui^ à son regret, leur dorinoit occasion de se desbaiider et de se mutiner, à quoy il n'avOit moyen de remédier sans le secours essentiel de Î5a Majesté ; que les ennemis avoient fait embarquer^ à Livome , le dixiesme dudict mois, six mille AUemans pour aller à Naples; qu'ils faisoient aussi lever quatre nouveaux regimens de fanterie; italienne de trois mille chacun , et autres' deux d' AUemans au lieu de ceux qui estoient partis ; qu'ils avoient délibéré de venir fortifier Caluzé ou Càndyc , pour faire escalle à Yulpian , et réduire Yvrée , Gaillany, Masin et Santia à telle nécessité , qu'avec le temps ils se pourroient perdre , et dans lesquels, en ce cas, il faudroit aussi redoubler les garnisons; qu'il estoit désormais nécessaire que Sa Majesté prévint le coup par la force au moins esgalle à celle des ennemis, autrement qu'il protestoit que le mal qui en adviendroit Jie seroit à sa cou,lpe. . '
Du vingt- cinquiesme dudict mois, le mai'éschal, à la prière de Termes, fit entendre au Roy que ledict
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sîeuf de Termflsn'estoit paMelibertf d!aller en Italie avec M^ de Guin», comipe Sa Majesté avoit ordonné qu'il fisty taiM^ pour estre vieux, goutteux ^ foit pauvre et cassé.y comme aussi pour le peu^honnorable traictemeiil4}tini avoU receii après tant et tantde mémorables semées; sur laquelle plainte' le maréchal de Brissac supplia le Roy de Tboimorer d'ane marescbaussëe de France qui estoit lors vacante : ce qu'il propiit de faire dans qudq«e temps*
. lie Roy, voulant baster les a&ires de la guérie, pour* veut les seigneurs de Gordes et conte de Beines cbacun d'une compagnie de gendarmerie, et donna celles qu'ils avoient de gens 'de pied aux capitaines Laval et Barracy fort braves gentils-bommes«/
Le iiMtfWSchaly partant de la Cour sur la fin de oo*vembre, persuada fort le Roy de faire tous ses efforts pour faire passer en ses mers l'armëe turquesquepour le pouvoir favoriser et seconder en l'entreprinse de Savonne, qu'il avoit délibère d'assaiUin- Au mesme temps que oecy se demesloit, éffvae nouvelles com* pagoies de fanterie françoise s'acheminèrent en Piedmont, oil les ennemis, s estoient desjafort reoforcea par U descouverture de nos nouveaux desseins, lesquels nous bastissoBS presque tousjours à descouvert.
Pendant que le marescbal.,s'arresta à Lyon pour faire advancer.les payemens, tant des garnisons que de la nouvelle armée qu'il falloit dresser, il depescha le sieur Francisque Bernardin en Piedmont', aveé oom-* mandement de sc^iciter M. de Termes pour la retraicte des vivres de la campagne , faire visiter et remonter rarti))e«4e, faire rafraischtr les poudi'es, pourvoira l'assemblée des boeufs et eharrois povr la oonduictey
DE DIJVILLA118. [l55Ç] 69
ordonner le ra(billage des ponts à bateaux ^^ préparer grande quantité dé farines et autres choses itteessaires au futur demeslement des armes.
Il luy bailla aussi Tinstruction de tout ce <{ue Sa Majesté luy avoit commandé à son départ de faire et exécuter pour son service <Ein ceste fntu^ guerre, afin qu à son arrit^ée il trouvast les choses en tel estât et disposition ^ qu'il n'y eust rien plus à faire qu'à vivement battre Tennemy, qui comipençoit desja à se remuer, ayant eu le vent de son retour en Piedmont