‹ Mémoires, 1550-1560Chapitre 4 sur 21 · DE DUVILLARS · texte numérisé non relu

DE DUVILLARS

Faute estoit si'grand^, qu'elle ne pouToit esti^ expiés que parla iuôrt de celny qui Favôit commise, par laquelle chacun aprendrdit à se rendre observateur de ses cornmandemens : toutes-fois ^ que cestuy-cy estant sorty, ores que de travers j de la maison de feu madame sa mere^ il leur en remet toit le jugement, auquel il les prioit tous de procéder hors toute passit^n. Les choses débattues par commune voix y il fut jugé coulpable de mort. Lors le mareschal , lequel peu auparavant m'avoit baillé une chaisne de deux cens escus en garde, me commanda de faire appeller le prevost et Boissy ensemble.

Estans tous deux entrez en la chambre où le conseil se tenoit, il luy tint, ce propos : « Boissy, ta vertu et ton courage, témérairement monstrez à Tassaut de Vignal, sont susceptibles 3e quelque faveur et recommandation ; mais «la loy militaire, qui doit servir de guide et à toy et k moy , et que tu as si inconsidérément violée , a faict que par lés voix de tous ces Seigneurs tu as esté jugé digne du dernier supplice; mais moy, prenant et mesnageant Fentre-<leux de la faute ou deJa grâce, je t'ay faict porter la durfeté d^une ignominieuse prison pour expier ton péché et ta foute; et d'autre costé ettibrassant la miséricorde, et considérant quela valeur, plustost que la malice, t'avoit faict tomber en ceste désobéissance , je te la veux aujourd'huy pardonner, à la persuasion et prière de ces seigneurs , et ilBCognoistre aussi tout d'un train cést intrépide courage que tu as monstre, te jectant à corps perdu dans la-bresche, dpnt Dieu t'a miraculeusement sauvé pour tirer de toy quelque autre signale service à la gloire de sa divine majesté, et, de main en rnain, 3o. 4

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de colfe du Roy^ostre maistre ; voila peurquoy )e to donne ceste chaisne dW (.que je lujr mis mdy-mésme au- col). Vas à mon escuyer^ auquel j'ay commandé de te donner un cheval d'Espagne*^ un courtaut et des armes, pour doresnayant te tenir auprès de moy et seVvir en ce que \e te commenderay. xtToûs des sçigneur^ trouvèrent l'acte de la correction et celuy de la récompense si admirables, qu'il n'y eust çeluy d'eux ny de toute l'armée qui n'en louast infiniement. le mare$chal, et auquel cela ne servist d'esperon à tousjputs mie^x faire et mieux obeyr.

L'ennemi .envoya loîger vingt-.cinq compagnies italiennes au Canavois (0, proches de Cliivas et Caselles ; dont estant le marescbal adverti , il print résolution die partir de Carmagnoles, où il estoit, poujK^les aller desloger sans fourrjer; mais' ayant au mesme instant nouvelles que «vingt-cinq enseignes de lansquenets et six d'Espagnols marchoient vers Foussan , il tint bride en main, ayant opinion que c'estoit une amorce dressée] par l'ennemi pour aller surprendre Carmagnoles pendant qu'il prendroit la routte du Canavois.

En ce mesme temps, l'un de nos capitaines italiens , nommé Michel, de Savonne, surprint dans les Langues une bourgade assez forte, située à deux lieues de la mer, à deux d'Albengne et autant de Savonne ; mais pourautant que le marescbal ne luy peust envoyer secours, l'ennemi tenant la campagne, elle fut reprinse un mois après.

Vous avez cy devant veu que, environ le vingt-cinquiesme janvier, le secrétaire Derdby estoit revenu en Piedmont pour l'advanceme^t de la pratique du-

CO Canayeze.

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dict sî«ur de La Trinité, qui monstroit beaucoup âe disposition à là parfaire ; mais ^u mesme instant qu'ail avoit prins jour de traicter avec le viconte de Gour^ don , qui en estoit rentremeteur, if «dvint que domp Jouan de Guevare elle grand trésorier dé Farmëe espagnole, vindreBl à'CaicaSy Fossan et Cony^ pprter deux payes aux garnisons, et que pour ce faire il faî,bit que le sieur de La* Trinité les aecompagnast task ad venir qu'eau retour; de manière qu'il n^ peutcoa-s fefer avec ledict vicohte de Gourdon comme ils avoienft résolu. Le dixiesme jour d'après il retourna , etlùy manda qu'il ne falloit plus différer Tafiàire , et qu'il m troaveroit avec luy la nuict ensuivante. Or esta noter (j[Qe ledict secrétaire Derdoy atoit appoité un pouvoir particulier au mareschal pour luy promettre» au nom da Roy^'icinquante.homnres d'armes, avec la mesme place et seigneurie de Possan, demeurans au Roy €ony et Cairas avec leûrf mandemeôs » et eûcores quelques autres places (pi|jB je n'ay mis icy pour n'estre de trop grande importance. Il luy donnoit encor ciur^ quante mil escus^ {)ayables en deux termes^ et quatre mil éscus de pension ordinaire.

Davantage y Sa Majesté mesme escrivit une lettre au* dict ftieur de La Trinité, li^y confirmant tout ce que le mareschal luy promettoit, contenant ce qui s'ensuit : «Monsieur de La Trinité , mon cousin le mareschal de %issac m'a aèverti de la honne volonté que vous avez d'entrer en mon service , ejt de ce qu'en cotisant vous promeiez faire pour moy ; chose que j'ay grandement âgreaLle , et dont je vous remercie bien fort, vous priant vouloir persévérer en ladicte affection et mettre vostre promesse à* exécution , comme j'espère qné vous

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ferez; et je^ous promets et asséure par la présente, signée de ma main, que )e ne faudray de vous tenir et accomplir tout ce que mondit cousin vous à pour ce faire promis et accordé , et d'avantage de vous faire tout le meilleur^et le plus favorable traictement que je pourrajr; de façon- que vous n'aurez jamais regret de ce que vous aurez fait , mais plustost juste occasion de vou» en loiier et contenter, ainsi que les èfiects vous le feront cognoistre , cornm^. mondit cousin le vous fera entendre de ma piart, et dont je vous prie comme vous feriez à ma propre personne. Et à Dieu , monsieur de La Trinité, qu'il vous aye en sa sainçte garde. De Vernon, le i6 novembre i556. » ■

Geste lettre et la coppie dudit poijvoir furent envoyez audit viconte de Gourdon,pour les monstrer audict sieur de La Trinité et le mieux disposer. Le mareschal, qui de longue main avoit mauvaise opinion de La Trinité , marchoit fort retenuëment en cest aâairei craignant qge ce ne fu3t, comme on vit depuis, une amorce pour nous enfoncer en quelque qialheur; et .en ce dotite il ténoit toutes les places sur ieurs gardes, de peur de tomber en inconvénient, comme il advient souvent parmi tels traictez à ceux qui les embrassent trop inconsidérément ; qu'il a bien noté que lé Roy et le connestable luy escfivirent n'agueres de ne plus si souvent presser ny requérir Sa Majesté pour tarit de personnes qui l'en pressoient à toutes heures ; q^'il ne desiroit pas moins qu'eux de s'en abstenir , ores que la loy ne luy sembloit que ti*op severe, me§mës en telle saison que ceste cy; car qu'est ce qu'il .ne doit pas faire en cest endroit quand il est question de quelque seigneur, de quelque capitaine ,

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ou autf e qui a bien 'et, généreusement serv [ Sa M^jeîAé ? s*il les en i^fosé il 1^ perdra , et Sa Majesté J^ grands services qvi'il en poarroit tirer ;. que la beneficenee et rhonnenr estans les propres et, uniques salaires de la vertu que les pritices concèdent à leurs bons serviteurs, que c'estoit le moins qu'il pouvoit faire,. les. moyens de la recompense luy defiatUants, que de les recommander au prinee, duquel les gens de bien la doiv^t attendre, et non du.serviteur, tel. qu'irest.'

Le Roy s'estait tellement persuadé que Iç duc cl'Alve s'en iroit à Naples avec tout le corps de l'armée, que }>ar toutes ses depescbes il ne chantoit . autre leçoù au mareschal que de casser et retrancher toutes les forces quiestoienten Piedmont ; et toutesfois de tous les paye** mens qu'il estimoit etfre anîvez pour ce faire dés le vingtiesme décembre 1 5 5.5 , il n'estait encore^ comparu* que vingt-cinq mil escuz au lieu.de deux ceJfs mille; de manière qu'il fut conti^ainct de inander au Roy qil jl ne pouvoit obeïr à: Sa.Majeîité si les n[H>yens sur lesquels cestç oJ)eissance devoit prendre pied n'arrivoient au temps convenable et promis ; qu'il venoit de recevoir lettres de Grenues d'un, serviteur de Sa Majesté , qui luy mandoit qu'il estoit arrivé à* Qeanes un navire chargé d'Espagnols, et qui. avoit laissé* autres onze navires sur la mer quitestoient,au conij^atfavet les galère^ de. Sa, Majesté; qu'à ces nouvelle»^ quinze galères .des ennemis estoient parties de G^nnes.pour aller au. secours des autres, en toutes lesquelles il y avoit six.mil hpmmes ^C^i dévoient' aller hiV«rnoi* dans les Langues ; et'gue oe renfbrt.devoit fgire croire àr Sa Majestp qu'il estoit plustost convenable de s'arnier que de se desarmer, comme elle vDuloit toutesfois qu'oji

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• fist^ né remarquant pas qa*autant fle temps qne' par ce moyen elle donnoit à seii ennemi> autant en perdôit^ elle, pour elle-mesme, et que^.le traicté dadi'ct sieur de La Trinité estoit matière propre au remuement^ noQ de la paix, mais des armes, et duquel traicté il ne se pouvoit prometti^e rien de bon , veu les dilayeraens incertains par oh lediet de La ^ Trinité condnisoit les affaires. En ce temps Grosset et MontalUn (0 cuiderenft estre perclus par la praticque d'un médecin siennois\ nommé André Barata , qui fut descouvert et pendu. , ' ♦

Le dernier janvier , le mareschal eust nouvelles dd vicomte de Gourdon que le sieur de La Trinité estoit .si irrésolu et inconstant en ses demandes , qu^il né sçavoit qu^en juger. Cela est fort commun aux hommes sans^foy ny repos , comme estoit cestuy cy ; là mesmes estant entré en cest humeur qu'il vouloit avoir la comté de Béines^qui appartientà son frère , remettant néantmoins à'^'®^ résoudre le lendemain , quil s'aboudiiroit avec le mureschal, lequel, au mesme instant qu^il se preparôit pour partir^ receuf un* bulletin

* dudit vicomte de Gourdon , par lequel il luy mandoit que la partie estoit remise à huit jours de là. Toutes** lesquelles choses ledit mareschal fit soudain sçavoir au. Roy , suppliant Sa Majesté ne se promettre, ^oinme elle» faisoit , que Ja chose iust reiis^ sible ; mesmes f^'oubliant - jusqu à là que de ilemander que le Roy despoûïllast socr propre fr^re, qui

-n bien et fidellemeût ^ervi Sa*J^ajesté, poun s'en«ac* commoder, luy qui a tousjours (ait le*contraire.Ceux qui jouent ces tours parmi chose si saCrée qu'ett un

(0 Monialcin.

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propre^fr^e, feroient bien pis à d^autres s'ils en trouvoient la conunodite'. ..

Apre^ plusieurs assemblées et traictez faits avec ledict sieur de La Trinité par le viconte de Gourdon, il ne trouva bon de conférer avec le mareschal , pour le danger et les soupçons^ disoit*il, qui en courroient de tous costez , pour secrettement que la chose se fist ; mais bien le prioit-il de luy envoyer deux personnages fort confident y avec lesquels il peust traicter et finalement resoudi^e. Le mareschal^députa le colonnel Bon-! nivet et le président Birague , tous deux fort advisez seigneurs. Eatraictant depuis avecledict de La Trinité, et le sondant de fort près de* tous costez, ils sapperceurent qu'il n*y avoit en son faict que pipe*rie et Irahison, et que c'estoit une menée expressément et malicieusement dressée pour s en advanta* ger, comme il fit, envers l'Espagnol; de manière que tout s'en alla en fumée cQmn^e le mareschal avoit tousjours preveu par l'expérience qu'il avoit souvent faicte du cruel et cavilleuï^CO naturel dudict de La Trinité. La tromperie est\laide, deshonneste et malséante à tout honome, mais principalement à cekiy qui est constitué en dignité telle qu estoit la sienne ; elle n'est pas ri- vituperable quand la violence ^ qui se fait par Fauthorité . que la force donne aux uns sur les autres, l'accon^agne, la tromperie. procédant, comme elle faict , d'une vraye malice et meschanceté pour* pensée.

Au partie de là lés affaires ayant, dès le cinquiesme février i556, prins, non pas le pli de la paix, ains celuy d'une trefv^ sans trefve, ainsi que j'ay cy devant

(0 Fourbe*

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