LIVRE HUICTIESME
Lï premier janvier i557 , le mareschal fit advancer lescompagtâes de gendarmerie de messieurs de Guise , de Nemours et d'Âumale, et eut aussi nouvelles de la mort de M. de Bonnivet, colônnel gênerai^ son cousin germain y le plus gentil , débonnaire; vaillant et gracieux seigoeùr que )e cogneus onc^ et le plus favorizé des daknes de la Cour, aucunes desquelles le menèrent si rudement parmy les champs, qu'il en perdit çt l'amble et lavie tout ensemble. Geste perte l'affligea infiniement, mais bien plus encor quand il sceut que sa charge estpit tombée es msnhs de M. le vidame de Chartres, et non de M. de Dampville , comme il estimoit; et lequel vidame luy donna depuis beaucoup de fascheries par la turbulence de isoti naturel. Il donna advis au Roy qu'il avôit sceu que le duc de Parme ne donneroit aucune traverse au passage de M. de Oui je; et à qtioy^ toutes-fois, il ne se falloitfier que bien à poinct, veale tour qu'il avoit joué au Roy contre sa promesse volontaire , et qu'il trouvoit qu'il demeUreroit trop foiblé de cavalkrie pour pouvoir tout en un temps favoriser ce passage et conserver le Piedmont ; que les six cens pionniers et deux cens chevaux d'artillerie qui estoient arrivez à Lyon s'fen vouloient retourner, n'y ayans trotté leur payement comme il avoit esté promis ; et que par la mort de Bonnivet, les capitaines Aohiaux et Râmbure avoient quitté leurs compagnies , comme
aussi feroieDt assez d'auti^es ; qu'il a veu et aprios à Lyon qu'on avoit esté fort soigneux de bienestahlir et asseurer le payement de M. de Guise, sans se soucier toutesfois de celuy du Piedmont, pour Tentretenement duquel il n'avoit trouvé rien de prest ; et qu'il protestoit, quant à luy, de ne rien commencer, s'il ne se voyoit aussi bien asseuré que l'autre de ses assignations , pour ne bazarder bors de propos l'Estat , rbonneur et^là réputation tout ensemble ; car, à la vérité, la diligence, la valeur ny la fidélité ne pourroient produire aucun notable effect parmy tant de nécessitez qu'il prevoyoit pour l'advenir, puis qu'elles commençoient desja à le fatiguer, et lors que. les affaires requeroient le contraire ; 'qu'il n'y avoit un seul des capitaines qui se voulust advancer à faire ses crues, lie. leur estant fourny que cinquante escus pour chacun, lors mesme qu'il leur estoit den dehuict à neuf mois; et que Testât de l'extraordinaire qui luy avoit esté envoyé, estoit aussi tout au rejbpurs de celuy qui avoit esté dressé luy présent; et que mesmes on avoit obmis plusieurs choses si nécessaires , que sans elles les armes ne pouvoient estre heureuseitieiit exploictées :• suppliant 3a Majesté ou y vouloir faire douner provision convenable , ou donner sa charge à AI. de Termes, ou à tel autre qu'elle adviseroit, aimant trop mieux la quiter avec honneur queia manier avec la perte de l'Estat et de ce peu de réputation qu'il s'estoit efforcé d'acquérir.
Ces remonstrances pleines de vérité estonnerent si fort ceux qui manioient les affaires, que tout soudain çn pourveut au fi^ict des assignations et à l'envoy des deniers pour faire monstre aux vieilles bandes. C'est mal
DE OUVILLAllS. [l557] ']5
entendre, et encor pirement mesnager les affaires , que de réduire un gênerai d^arm^e à ceste nécessité qu'il soit contraiDCt de perdre le temps et les occasions à solliciter ce qui luy est nécessaire , et lors mesme que la guerre le pressede tous postez; et , à la vérité, la prudencevouloit ou qu'on ne la commençast pas, ou qu'auparavant qu y entrer on eust faict provision des choses nécessaire^ pour la démesler avec utilité et honneur : ce sont des inconsiderations et des boutades fort familières aux François; aussi en recueillent-ils les fruicts de mesme. Da vingt-sixiesme janvier, le mareschal donna advis au Roy de l'arrivée de M. de Guise à Thurin (0, et
(0 Noua croyons devoir rapporter ici les détails que donne Mathieu sur le départ du duc de Guise , et sur la force de son armée, n Le Boj, ditr-0, commanda an duc de Guise de passer les Monts, et, prenant oongé^, lui dit qu'il fioit en ses mains la réputation et les principales forces de son royaume. Il partit de Saint- Germain en Laye le 17 novembre i556, avec ordre de joindre Parmée du Roy en Fiemont, passer à Ferrare, et la consigner entre les mains d'Hercule, duc de Ferrare, capitaine général de la sainte ligue : elle estoit des plus belles, non tant pour le nombre, que pour la .qualité des personnes et la générosité des courages. Il y avoit quatre cent quarante lances, cent delà compagnie du duc de Guise, cent de celle du prince de Ferrure , cent du duo d'Aumaie, cinquante du duc de Nemours, cinquante du oonnestable et quarante de Termes ; de quatre cent quatre-vingt che* vanx-légers et soixante arquebusiers à cheval , commandés par le marquis d^Elbeuf , Sipierre , La Roche-Foâay, Biron. Il y avoit outre cela vingt enseignes de Suisses à trois cents hommes chacune ; dix-i^éuf enseignes de gens de pied françois , de deux cent soixante-dix hommes chacune, deux canons, deux moyennes, six bastardes, et tout cela pajé pour les mois de décembre, janvier et février. Le payement d^une compagnie de cent lances montoit, juir mois, à vingt-quatre mille cent soixante-douie livres , celui des chevaux-légers à treize mille six cent dix livres; rarquebusier à cheval avoit quatorze livres; Fenseigne des Suisses revcnoità quatorze cents escus. La solde de Finfanterie françoise étoit de cinquante-trois mille sept cent soixante-trois livres par nx>fs. »
7^ [l 557] MÉMOIRES
qu ils confereroient bieo au loitg sur ce qui esloit à faire de costë et d'au4:re pour le service de Sa lifalesté, aii^i qu^elle leu^ avoit commandé par'la venue de Mé de BouUy ^ maistre d'hosiel du Roy.
£t ^ur-autaM que les conférences qui furent depuis entr'éux, avec Tassistance des sieurs de Termes , président (0, Ludovic et Carie deBirague^ Cordes, Francisque Bernardin et autres, portèrent plusieurs divers advis et disputes, dont ils ne pouvoient bonnement convenir sans Fauthorité du Roy, il fût ardvisé que par commune concordance ils de|N33«dieroient vers .Sa Majesté Fuh de leurs confidens serviteurs, Tinstruction et mémoires duquel seroient signez et de l'un et de Tautre. J'eus cest honneur d'estre esleu pour tel. Or, ayant à negotier au nom âe deux seigneurs qui avoient intentions et desseins tous diiTeretis , j'ay jugé raisonnable de rapporter sur ce théâtre , non seulement ce qui se passa entr'eux , mais la mesme rémonstrance aussi quej'avois à faire au Roy, afin que chacun recognoisse par là combien il faut de soin et d'artifice à bien manier tous les ressers et toutes les conséquences de TEstat , et combien la passion et l'interest ont de puissance sur le jugement des hommes , ores que bien entendus.
Le mareschal donc et tous ces seigneurs remons* trereht à M. de Guise que tant plus ils avoient voulu sonder les fondemens de son voyage, tant plus les avoieut-ils trouvez hazardeux , et san)s apparence d*en pouvoir rapporter ny la gloire ny l'honneur qu'il esperoit, quelque valeur ou jugement qui fust en luy.
(0 Lo^'iieiot préflîëéttt ae se rapporte pas à de Teraws , maù à Bi-
ragiie.
Ue duviluars. [i55^] ^-j
Que puisqu'il n'estoit question que de meltre le Pape à couvert des armes du roy d'Espagne , U estoit à espérer qu'en assaillant la duché de Milan avec, forces et intentions communes, il s'en ferpit ilee si grande et si soudaine diversion , que le Pape n'auroit plus qne craindre de ce costé-là. Mais il n'j eut ordre de vaincre les resolutions intéressées dudict sieur de Gnise, et par ainsi il me fut commandé de partir , avec ceste instruction ou soit remonçtrance que je
« Le secrétaire Boivin, depesché vers le Roy de la part de MM. de Guise et mareschal de Brissac, est chargé de faire en leur hom les tres-humbles remous* trances contenues au memoire<{u'ils en o^t fait dresser, et qu'ils ont v^lii signer par mutuelle délibération.
« Ayant M. le màreschai de Brissac par plusieurs reprinses longuement ruminé et le bien et le mal qui pouvoit advenir du voyage que M. de Guise a entreprinsavec une armée à la faveur du Pape, et meufement considéré aussi Testât auquel les affaires sont aujourd'huy reduicjts, tant du costé de Naples^ que de celuy de Milan et Piedmont , il ne se peut tenir de dëplorer la rupture d'une si bonnorable et avantageuse tre(Ve que estoit celle que le Roy avoit fait avec le roy d'Espagne et d'Angleterre : et toutes-fois, que puisque Sa Majesté avoit voulu préférer 1% guerre à la paix, il luy sembloit qu'en chose si dangereuse Sa Majesté, M. de Guise , luy et tous ses autres bons serviteurs, dévoient avoir l'œil ouvert à si bien mesna» ger ceste guerre, quelle peust apporter au Pape la seureté qu'il desiroit, et conjoinctement à Sa Majesté
^8 [^^^7] S^l^^OlRES
rhonneur et Faclvancement , et non la ruine de ses affaires, qui estoient préférables à ceux d'autruy.
a Que puis qu'ainsi est qu'il n'est principalement ques^n que de secourir le Pape et de porter les armes à la conqueste du royaume.de Naples, infelice toutes- fois aux-FraiiçoiSy que tout cela se pouvoit plus commodément et plu^ utilement faire, tournans par commune concordance toutes les forces contre la duché de Milan , Piedmont et Gennes, qu'on ne feroit jamais du costé de la Romagne, mesmes sans avoir autre gaige ou asseurance en main que la foy et les promesses d'un Pape qui a le pied dans la fosse y et qui n'a autre fqrce ou puissance que les. armes spirituelles, de fort peu d'efficace pour le maniement et advancement des armes temporelles , lesquelles doivent estre remuées de proche en proche , et non si au. loing que l'armée ne puisse recevoir aucun secours.ou assistance des forces de son. prince y comme ceste ne pourra jamais faire du Roy , ayant le duché de Milan, la Lombardie, la Toscane et la Romagne entre-deux, et sans aucun port de mer en Italie,- tous les princes de laquelle , et sur tout les papes, n'avoient jamais faict confédération avec les François que pour les tromper et ruiner après qu'ils avoient, par leurs mains, ac* compli leurs vengeances et leurs ambitions. Le mesme Jovio (0, italien, dict qu'ils sont naturellement ennemis des roys de France [; et^ toutes- fois cecy ne nous peut maintenant arrester.
« Que c'estoit aussi se tromper tout à. escient que d'estimer, comme &isoient aucuns, que le voyage de M. de Guise et la demeure, du mareschal en Pied*
(0 L^faistorien PnulJoTe.
DE DXJVILLARS. [î557] ^Q
mont peussent séparément faire de costé et . d'autre de si adyantageux progrés, que toute la guerre d'entre ces deux grands Rois se transporteroit de France en Italie, et que cependant la France demeureroit en re-. pos, pour commodément fournir à l'une et à Fautive armée les moyens nécessaires pour advancer leur fortane ; qu'il falloit , à position contraire , premièrement considérer que, tout aussi tost que le roy d'Angleterre sesentiroit tant soit peu picqué de l'un ou de l'autre endroict, il ne faudroit (0 soudain de faire aussi diversion par quelque grand effort, soit vers la Picardie ou Champagne, lesquelles il sçaît estre destituées de ses plas vigoureuses forces , et à quoy M» de Savoye, qu'il a faict son lieutenant gênerai , et qui n'a autre espérance qu'en celle des armes, ne faudra pas de l'embarr quer, afin de l'obliger par quelque beau coup à sa réintégration , qui fut mesprisée en la conclusion de la trefvede 55, et par la preuve duquel mespris, et pour n y plus retomber, il est évidemment croyable qu'il bazardera le pacquet à la première occasion qu'il en aura, comme il fîst depuis d'une resolution fort généreuse. « Chacun sçait aussi assez que toutes les places du royaume de Naples sont de toute ancienneté bien fortifiées, et que maintenant elles le seront encores mieux par la diligence du duc d'Alve, soldat vétéran, qui a de longue-main preveu l'orage : de manière qu'il faut anjourd'huy, au moins pour l'entamer à bon escient, d'autres forces et d autres moyens que ceux du Pape ni de M. de Guise. Il y faut aussi une grand bande d'artillerie, de poudres, boulets, cbarroy, vivres, et autres équipages qu'il n'a pas et qu'il espère tirer
(>) Manqueroit.
8o [^^^7] MÉMOIHES
du Pape : c'est un fondement fort douteux et incertain, qui considérera qu'il a afiàire à gens d'Eglise^ avares et pesans de nature y e.t plustost riches de parade que des solides moyeits qu'il faut k la guerre , qui ne se mesure à un certain prix arresté , et à laquelle la pas> sion, plustost que la raison, les embarque tousjours , n'ayans pour but qu'une ambition' mal mesnrée , qu'ils quictent, et leurs alliez aussi, à la première défaveur ou difficulté qu'ils trouvent à Ce, jeu, à eux incogneu quant à la diversité des efiects et à l'excessive despense.
Cl Qu'il |est à considérer qu'«aii cas que M. de Guise ne trouvast rien 4e préparé de la part du Pape , comme il pourroit aisément advenir, qu'il faudra nécessairement que son armée face un long et inutile séjour pour les attendre , dont il pourroit succéder ou la perte de l'armée, ou des desbandeitiens et des maladies fort dangereuses à nations non apprinses aux éxces3ives chaleurs d'Italie; ou qu'il faudra, par tous ces deffauts, qu'elle tourne teste poiir revenir en France, ayant tout le monde pour ennemy sur les bras, comme eust Charles huictiesme à son retour de Naples. Ce sont , à la vérité, inconvenieps qui sont toujours pendus à la ceinture de la fortune, laquelle les niesnage le plus souvent tout au rebours de nostre prévoyance et de nos délibérations, poiir bien ordonnées et digérées qu'elles soyent , et qui n'àdviennent jamais sans tirer après eux de fort dangereuses conséquences, et ausquelles la seule prudence et un exact jugement et ratiocinatioti des affaires de l'ennemy peut apporter quelque remède à ceux, qui se rendent susceptibles de le recevoir d'heure.
DB DUVILLAIIS. [155^] 8l
ff Or il semble au mareschal que Dieu ait A'és maitttenftnt 'mis en nos mains la qualité du remède , qui consiste à premièrement recognoistre que la dachë'de Milan , celle de Gennes, le Mont-Ferrat, et le reste du Piedmont que nous ne possédons pas^ sont séparément aujourd'hui si mal pourveuz contre la conjonction de ces deu-x puissances, qu'ils pourroient eslre fort aisément et utilement esbranlez , et d'autant plus si les entreprinses que le mareschal a en deux de leurs places pouvoient reiissir ; et quand bien le contraire succederoit , il y a , dans ces provinces , plusieurs fort importantes places ^ aisées à forcer , et d'antres à fortifier , toutes lesquelles ne donneroieçt que trop d'occasions au duc d'Alve de tourner Teffortde SCS armes du costé de deçà, et de laisser le Pape en paix , et «accorder avec luy avec conditions advantageuses pour luy et les siens, et hors le preju^ dice des Colonnois (0, qu'il a spoliez de gayeté de cœur, à l'advancement de ses neveux. Le prospère succès de toutes lesquelles entreprinses dépend de ceste conjonction d'arômes, et par la séparation desquelles le mareschal demeure impuissant pour les nues et pour les autres, comme le connestable a pre^ dict, et le Roy, neantmoins, chargé d'une excessive despence pour une armée foible aujourd'huy à l'augmentation del'Estat, mais assez forte pour la conservation d'iccluy. Car de vouloir, ^avec des forces qui ne peuvent suffire que pour se deffendre et conserver ce que l'on a, attaquer ceux qui sont doublement renforcez , tant pour la campagne que pour la conservation de leurs places, il n'y a personne qui ne
(«) Des Colonne^.
8a [^^^7] HÉMOIRES
jugeast cest acte indigne d'un hdmme qui a le faix et le gouvernement d'un grand royaume sur ses espaules.
ce II faut amener en jeu la grandeur des forces que le duc d'Mve a assemblées, et celles qu'il peut encores assembler dans le royaume de Naples , toutes lesquelles sont des*jà , et seront tousjours j quand il voudra y plus grandes que celles ny du Pape ny de M. de Guise. Quoy estant ^ voulons nous croire qu'un si brave capitaine qu'est le duc d'Âlve n'ait sceu^ ny ne sache si bien pourvoir à ses affaires , que, de première abordée, ou-* il arresteraM. de Guise, ou luy jectera au devant quelque place si bien pourveuë , qu'il y consommera inutilement le temps et les forces? et puis il se faudra retirer , et où ? d»ns tes terres de l'Eglise ? c'est traicter de Fimpossible, elle*" ne le permettra jamais. D'espérer que les anciens paitisans que les François av oient à Naples soyent pour s'esmouvoir en nostre faveur, ce sont abus; ils ont de longueniain apprins, au prix de leur sang, de leurs biens, quelle est nostre légèreté : il faut demander combien vaut ceste marchandise aux princes de Saleme, de Melphe^ duc de Somme et d'Àtrie, et plusieurs autres seigneurs que nous avons'veu mendier leur pain parmy nous pour avoir servi la France, tous lesquels leur serviront aujourd'huy d'exemple.
«Par toutes ces raisons, il semble que Sa Majesté ne sçauroit , pour le présent, mieux faire, selon l'opinion du connestable et de luy, pour le soulagement da Pape et pour l'honneur et advancement deS affaires particulières d'elle, que de commander à M. de Guise de s'arrester en Piedmont, afin qu'avec com-
DE DUVILLAILS. [iSSy] 83
munes forces et conseil, luy et le mareschal puissent conquérir de proche en proche ce qui peut apporter la conqueste finale de la Lombardie, <le Gennes^ de Piedmont et M ont-Ferrat , sans aller au loing pour courir les mesmes fortunes et desastres qde fit le roy Charles septiesme 9 le roy Louis douziesme, etconsequemment le roy François premier, pour avoir, par cpnseils incohsiderez, séparé leurs forces, embrassans trop avidement avec l'esprit et le courage ce à quoy les bras ny la force séparée et mal mesnagée ne pûu** voient attaindre. C'est une action de singulière prudence de sçavoir faire son profit des Tau tes d'autruy , et une espèce de manie de vouloir les imiter, comme nous voulons fair^. Et combien qu'il n'y ait rien plus digne du premier fils de l'Eglise , tel qu'est le Roy, que de secourir et soulager le chef d'Jeelle en ses afiliclions, cela se doit toutesfois tousjours entendre, ^ervatis servandis, entant que charité bien ordonnée doit tousjours;<2ommencer par nous-mesmes, et jamais ne qaicter pour autruy la tramontane de nostre honneur et de nostre asseurance aussi*
« Et pourautaut que M. de Guise, teûant le rang qu'iltîent, pourroit faire difficulté de s'arrester de deçà, le commandement souverain en appartenant au mates* chai, par l'opinion qu'il auroit que tous les glorieux succès que les arme$ pourroient apporter seroient rapportez à la scelle gloire du mareschal, et non de luy ÎQÎ y auroit toutes-fois a vaille, Sa Majesté notera , s'il luy plaist, que, çogcnbien que ledict sieur de Guise ait fort souvent esté à la guerre soubs le commandement du mareschal lors qu'il n'estoit que gênerai de Ift cavalerie légère, et que ce commandement soit
64 [i5573 iguÉMoiBiE»
cliose^i précieuse et chatonfllecrsey que le père , où ii se traicte deSl'Estaty ne le quitte jamais à l'enfaDt, si est-ce qu'ayant en luy plus de puissance la prospérité de& aSàtres du maistre que sa gloire ny son honrieur particulier^ il proteste de céder des- maintenant de fort bon cœur à M. de Giiise toute la souveraineté du commaBdeoient, pour ne servir au demeslemeiat de la guerre qrfe de conseiller et de coadjuteur seulemei^t ; et par ainsi demeurants les plus foits par ceste con)onclion, la cause du Pape et celle du Boy seront mieux plaîdées et avec plus d'avantage et de seùreté x|a'il n'y aura à courir au loing sans autre gage que Fesperapce.
« Au contraire de ces remonstrances , M. de Guise ameioe en jeu la ligue offeosite et défensive jurée entre le Pape et le Roy , et de Tobservation de laquelle il est aujourd'huy question ; que ceste liaison et le tiltre de roy tres-chrestîen obligent âé toutes parts Sa Majesté à le secourir^ non par les favorables exploicts qu'elle pourroit rendre ailleurs , tnais par ceux mesmes q«i luy sont proches, et qu'il désire, et qui le peuvent de tous poincis mettre à couvert de l'injure d'Espagne et 4çs Coflonnois, qui sont appuyez d'elle; que l'inobsert'ation des traietex promis et jurez n'est pas si aisée % supporter qu'en est le refus auparavant qu'y entrer ; q.i*e les dioses sont des-^a passées si avant, qu'elles ne peuvent plus estrc reculées ou différées qu'avec l'injure -et l'offence An SainctSiegejque la prudence et la valeur du mareschal sont de longue-niain si cogneueS) qu*il sçaura autant prospérer les affaires dû Roy avec ce peudeforces qu'ilaaujomrd'fauy, qtfîl a cy devant heureusement faict avec des nioindres ; quelâ conse-
DB DUVlLLâAti. {iSS*}] 85
quence du royaume de Naple9 vote si bauty ayaot un pape pour confédéré y qu'elle ne doit esU-e pesbpoaée à> celle de PiedmonI et Milan ,. et d'autant moins que ce sont les plus seuresplanchesque'Sa lM[a)eslé puisse avoir en main pour renger peu à peu toute l'Italie à sa domination : qu'il se sentoit grandement obligé au mareschai de l'honneur du- commandement qu'il luy vouloit déférer y mais qu'il avoit toutes-foiS' en Celle rever^hoe et en telle admiration sa vertu et sa valem* , qu'il recevpoit tousjours à singulière faveur d'estre commandé de luy et d'estre assisté de ses forces et de sa prudence^ comme Sa Majesté luy avoit commandé^ pour travisrser sans empeschement jusques: au dessus de Parâie ; Femettant toutes- foisj le: tout au vouloir de Sa^ Majesté, attendant lequel par le retour du secrétaire Boyvin , ilsiroient assaillir Valence ^^ lax^elle^t en' toute sorte d*evenem«nty il falloit tousjoursempoiter pour facili» ter le passage à luy , et au marescbal l'entrée au Mi- ^ lannois ^ dont ceste place dépendoit »
Le secrétaire Boivin fust aussi chargé d^sfatre- très* humbles supplications et remonstrances au ftoyy à ce qu il pleust à Sa Majesté non seulement faire si bien ordonner lé cours des assignations^ et des payemens des armées, qu'elles peussent dorénavant avec plus de dili* geuce et de courage exploicter les^ai^mes, lesquelles ^ ^anéantissent tousjours parmi la nécessité y pourvoir aussi au faitdelWtillerieet à plusieurs autres choses obmisesen Testai de l'extraordinaire des guerres dressé devant le marescbal ,, et sans lesquelles les afiaires ne pou^oient estime mesnagez* ny conduicls à la perfection qu'ili desiroit.
Je tPouvay le Roy à Sainct Liger , où se tenoiei!il ja^
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dis. les hjarats^ auquel , présent M. leconnestabïe et pIo« sieurs autres seigneurs dés afiaires, qui n'approuvoient non* plus que luy le voyage de M. de Guise ^ )e fis toutes ces vemonstrances^ et asser d'auti'es propres à le degoustet dé ee voyage romain ; mais le cardinal de Lorraine, qui y estoit aussi, me traversa par plusieurs reimonstrances que je rabatois tousjours : toutesfois, quoy quil sceust faire ou dire, si esbranslai-je si avant et Sa Majesté et tous les autf «s , que je les veis disposez à rompre le coup ; et de faict il me fut commandé die cœ tenir prest pour partir le lendemain.
Or faict à noter en cest endroict que M. de Guise avoit, la mesme matinée de mon parlement, depesché un courrier audit sieur cardinal , l'advertissant de tout ce' qui s'estoît passé entre luy et le mareschal, et de ce que j'alois faire, afin qu'il remuast tant dé pratiques par la main de la Royne etde madame de Valentinois, et de leurs autres amis, que mes instances fussent renversées et le voyage romain continué. Ce prélat, autant subtil, cault et rusé, et qui £^voit la persuasion plas prompte et plus belle qu*autre seigneur françois qui fiist en cour, sceut si bien ourdir sa toile, qu'il gaigna la partie , et mit ordre que tout me demeurast caché jusques à tarit que son courrier fust renvoyé, comme il fut sur Fatinuictement • du jour mesme de mon arrivée. Fut aussi, à mesme fin, résolu que le Roy partiroit dés le point du jour pour aller à l'assemblée, afin de rompre coup à la diligence de mes poursuites envers Sa Majesté; mais sur les neuf heures^ du soir le mareschal de Sainct André m'envoya quérir et me descouvrit toute la menée, me conseillant de me trouver devant jour tout botté à la porte du Roy, afin qu'il
DE DtJVILLAKS. [iSS^] 87
ne peust soEtir sans me voir ^ et que « seloa ce que Sa Majesté .me diroit, je me plaignisse du parlement du courrier^ qui mettroit le mareschal de Brissac en soupçon, jusqu'à dire aussi qu'il avoit prins une resolution si dangereuse^ que Sa Majesté seroit celle, et non luy^ qui perdroit le procez, et qui seroit condamnée à la honte et aux despens. Je m'avançay encor jusques là delà supplier de croire que le mareschal pouvoit bien courageusement guporter les desastres qui ne regardoient que lay, mais non jamais ceux de TEstatdeSa Majesté ; quelessiensestoient desappanages de l'huma-nitéy et les autres de la passion et de l'inconsideration. Tant y a que je jouay si bien mon rooUe, que le Roy, me trouvant à ses pieds en sortant, fut toutestonné, mais plus encor quand il cognut par ces paroles etremonstraqces que j'avois tout descouvert , me promettant à son retour de me faire depescher à ihon contentement. En fin tout le fruit que je rapportay de ce voyage y ce furent vingt mil escus qui me furent délivrez pour la fortification de Valence, qui avoit cependant esté prinse , et une favorable expédition sur plusieurs paiticularitez dont j'estois chargé. Pour conclusion , l'interest et la passion des particuliers, fondée sur les fallaces et incertaines espérances , eurent puissance de renverser celles qui estoient solides, utiles et honnorables, à la future raine dçl'Estat, ainsi qu'il perra cy après par la suitte de ces Mémoires.
A ces nouvelles de nouveaux remuements de guerre, Dampville, qui avoit le cœur. fort eslevé, demanda congé au connestable pour estre de la partie. Cel>on seigneur en le lny concédant luy dit : « Souviens toy, trouvant M, de Guise par les chemins, de le saliier de
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nptd^ pai^t» ^t de luy dk*e q^e je suis son serviteur et son smi m^ei, CQ9^iuQ tel y^ desiife et sa gloine et son^ avaocem^Qt,. et qu'eu ces(e Violonté je le fkvoriserayy ei luy et l^ Qhajtge qii'il aprinsp^^le plus que je pourçay; mais que; je. 1q ^uppUe d& ne bastir aucune foy ny asseur^pQe sur l^s prome^e^ des papes et des cardinaux , l9;iquels, par une bravade de paroles courageuses >. luy f(^oi?t une.grahde parade de montagnes toutes ruisselantes d'or et d'argent qui s'esvanouïront en fumée ; dr'uA gifand amas: de forces çt moyens qui se resoudixMit, non enl'esçence nécessaire, mais en nuages; d'une aOection tout^> bouillante d'amour et d'honneur (^i n'auront au dedans que tout; desfuisement et naesprjs y d'une résolue et foi>t. fardée dispositipo à poursuivre la gloire des armes,,mais neantmains; couvecte* ipentarrestée à quitter le parti, selon le ply etL'adr^esse, bonne ou. mauvaise y. que les affaires pourront prendre pai; après: si q'est en mal (que Dieu ne v.ueille), ils sfiront les premiers a luy courir sus> si c'est en bien (pomme j'^pere), tout le secours et toute l'assistance qu'il en recevra , ce. seront force belles, paroles et bénédictions toutes descharnées d amour et de substance pqur le secours et soulagement de l'armée, laquelle par ce moyen aura beaucoup à souffrir, quelque prudence qu'il y sçache apporter: et enfin qu'il se souvienne, s!il luy plaist, de ne commettre jamais le total des affaires au hazard de la fortune, laquelle renverse ordinairement les choses qui ont esté prudemment et meurement délibérées^ etden'appeller aussi ^.se& conseils et délibérations que les.FraDçoiS|,qui*ne peuvent avoir autre passion que la gloire delêur 'maîstre^ » Dajnpville, ayant bien retenu toù$,ces discours^ alla
prendre cooig-ë d«. Roy (duquel il estoit uniquement aimé). Sa Majesté , Le voyant sue l!ardeuu de ce pai'le«ment^ luydtct : « Je lis entaface^.Dafnpville, que tu te lairras. emporter à quitter le^ Piedknont pour suivre M. de Guise ; je t« ledisffeas ^ et. t asseure que . si tu es' si hardi de rentneprendlre^.qtte tu n auras jamais part en ma grâce : Tapprentissage que tU' as > honorablement faicl avec le mareachaï te doit inviter à Taimer et à l'honorer. »
Dampville , s'estant. mis sur le retour en Piedmont^ aiTiva le jour de Noël à Suze, oii il trouva desja M. de Guise, auquel ayant faict tout le discours que son père lay avoit.copimandé, il trouva les portes fermées à tout cela .^.remerciant neantmoins et le père et luy de tous ces bons of&ces. Celafaict, luy ayant donné quel«ques atteintes pour Fesmouvoir à s'embarquer avec luy, il le pria de s'avancer pour aller recognoistre la contenance de l'ennemi et redresser ses trouppes, et que cela faict il allast luy mesme commencer la guerre du costé de Causal. Dampville, recognoissant que c' estoit (encest endroict) enjamber sur Fauthorité du mareschal, ne voulut rien entreprendre que par le commandement de luy, qui fut qu'il s'en allas* à Casai, et qu'ayant bien recognu lies afikii'es, et mesmes quelque cavalerie et fanteiie qui estoit respand'uë es environs de Sartirane, il advisast àî pinidemment; entreprendre ce que k temps et l'occasion lûy pouiroient offrir.
Par tousiles preoedens discours, vous aurez veu.ce qui saidémesla.dd plus notable durantlatrefVe, et les resoluiÎQQs àjla nmipre: en faveur du Piape, par li^ prinse de^Vailentfe^. et de favorisetr le. passage de: M* de? Guise pour tirer à Rome, et s'opposer au marqjuis de
90 [l^^7] MÉMOIRES
Pescaire^ qui s^estoit jectë en campagne avec de g^an-^ des forces pour empescher ce passage. Mais le mares^ chai, qui avoit prévu ce qui en adviendroit, avoit diligemment passé le Pau à Valence avec ses forces , qui estoient de sept à Iiuict mil hommes et deux mil chevaux, et prins le chemin de Milan, espérant, comme il advint , que tout aussi-tost que le nlarquis en auroit la nouvelle^ que , quictant M. de Guise , il tourneroit vistement teste versluy pour empesober la prinse de la ville, laquelle, sans cela, eut peut-estre couru un grand hazard en un si repentin (0 accident. Et de faict, Tespou vante fut telle dans Milan, que chacun commençoit à trousser bagaige et à desloger. Or, pendant que les affaires prenoient cest acheminement, Dampvillcrne s'estoit pas endormi sur la recognoissance de ce qui estoit vers Sartirane 5 il fut adverti qu'ils estoient envjron deux cents chevaux logez àSettimo, au delà du Tanare, et qu'ils faisoient leur compte de venir courir les terres du Roy pour enlever des contributions : là dessus, ayant assemblé deux cents bons cav ailiers, il print resolution de les aller investir pendant qu'ils ne se doutoient de rien. Ainsi qu'il vouloit monter k cheval, Salveson, gouverneur de Ca$al, Testant venu voir, lui demanda où il vouloit aller ; Dampville luy respondit qu'il alloit resveiller quelques trouppes ennemies qui dormoient trop à leur aise; surquoy l'autre lui répliqua soudain : « Vous vous allez perdre, monsieur, si vous n'estes suivi et soustenu par trois ou quati:e cens bons haj:quebiiziers; » ayant eu nouvelles que les ennemis ba«
(0 SllJMt.
DE OUVlL]LARS. [l569J 9^
toieutla campagne avec plus grandes forces qaeVes* toieat les siennes. >
Luy, acquiesçant à ce$te remonstrance^ pria SalvesoD de faire diligemment assembler et marcher après luy ceste troupe d'harquebuziers , et' qu'il les iroit attendant* au pas. S'estant Dampville un peu avancé, il eut nouvelles- qu'enviran deux cens cavaliei-s ennemis s'estoient j^tez sur les^hamps à la mesme intention, que lai avoit faict, et qu'il j avoit un gros d'environ trois cens chevaux qui suivoient ceux cy pour les soustenir , ayants opinion qu'aussi test que les nostres de Casai auroient l'alarme de ceste cavalerie, qu'ils sortiroient tous à l'estourdi, à qui mieux mieux y. sans les recognoistre^ et qu'ils en defTeroient la plus grand part. Dampville , ores que )eune et plein dune valeureuse ardeur , ayant un peu pensé à luy^ se monstra plus ruzé que les ennemis , car tout soudain il divisa ses forces en deux trouppes, l'une commandée par luy, et l'autre par Noailles/ son lieutenant^ sage et advisé cappitaine^ auquel il commanda de donner furieusement dans une trouppe des enne^ mi$ qu'il avoit descouverte vers le haut d*un village , et que Luy donneroit de mesme par le bas, où estoient les autres y pour ne laisser rien eéchapper hors de propos^ et que la trouppe de luy estant la moindre, il ne falloit pas donner le loisir aux ennemis de la recognoistre , ni la fanterie aussi qui s'alloit aprochant. Aussi tost dict, aussi tosi ainsi exécuté , et avec telle valeur, que ces deux trouppes furent renversées à vau de route. Mais ainfsi qu'ils poursuivoient sanguinairement la victoire, ils virent ce gros des ennemis qui avoit suivi leurs compagnons : là dessus^ craignant
921 [^^^7] iti^oiuss
que les fuiards ne: se ralliassent avec ceu% ey qtii estoieqtfraisy et que tout lui tombast sortes bras^ il envoya faire haster Pharqiiebozerief , <îom<iiaiidant que cent ou six vingts d'entre eux gaigtoàssent les hayes delcostë et d'autre du chemin , et que le gros se resserirast pour soustenir et poar cotllbafttré amsi*. * Tout cela ainsi bastivemient préparé , ils dbnYHïreM tout à coup dans les ennemis^ à la^ fâKVenr dc^ harquebuziersy et d*une telle furenr, qu'il» lurent^en^erseft quelqjue résistance qu^ils fissent^ ^^ dénsetiratlf$ ittorto SUIT la place plùS/de deux cens- ,. avec' quai^ant^ oùf cinquante pi^isoniiievs. Sans la crainte dn marqtyii^de Pés* Caire y. qui estoili suc les cbttmps^y la^ victoiret etist esté si chaudement poursuivie ^ qu'un seul ne^ ^eiâ fîis't sauvé. Qui considérera maintenant la soudaineté de l'entrepriase,. Le peu ée foroeS'de nons-tfu prix^ db celles; die l'ennemy y. la prévention et llb hai^diessè de M.' Dampville et des siens, il trouvera' qu'ils y- a^dequoy beaucoup le kruer^^ et à reprendbe anssi' en- l%iy le ju^ment^'la vaiUanee^y et en l'autre Tandace et la confiance qa^il avoit pnnse en si petite trooppe qu'estoit la «ënne; Ê'estponrqtioy le mareschaP, ayant euadvis comme les -eboses estbient passées» lùy manda qne' puis que Dieu Itoy^ avoit donné- la victoire, tjufe tout allott bien ; mais' quec'esttoit un coup d'une trop ardante et inconsidierée' jeunesse , auquel il ne falloit plus retourner; pour ne hasarder le sémite dit Roy, la^ personne de Iny mesme, et la réputation qn'il avoît desja^ acquise: IL en donna advis* au* conneitable , le sttppllantn^nfeire Semblant à l'endroit du fHk, puis qu'anssip bien estèient ce' des' traits de valleur tirez de la gmtereuseplànte d'où il estait sorti ; et pour Pani-
DE TOJV^i.^^illS. {155^] gi
mer à ioosjoitrs «mieux faire , il hry avoit donne le coimiiaïKieDMDt sur Casai, Valence et sar Moncalier, afin de luy apprendre de botme Jieure à se rendre soi* ^neui^ et vigilant au maniement de fEstat.
Ces aocooisses Airent >de grande conséquence en ce nouveau renusement d'armes , par restonnement <|u'eUes donnèrent aux ennemie sur ce passage de M. de Guise y lequel malaisément fùst passe à seuretëy sans ee que 4e mareschal s'avança depuis vers le Milanûis avec son armée. Par ceste diversion /Far mée feançoâse passa seurement et sans empeschement jusfues en la Romaine, ainsi que Sa Majesté futadvertie par le sieur de Mendosse, qui (ut chargé de remonstreî: an Roy qu'il s'estoit desbandé de Tarmée de Piedmont plus de quinze cents François y pour se jecter «n celle >de la Romagne , parce qu^ils Favoient veu payera leur nu>t ^ .'tfans toûtesfois qu^il y eust rien pour «Qx; quece^ui ostoit demeuré se mutinoit, et que les œsuies douze enseignes nouvelles de François ^ et les kaUennes aussi , se desbandoient h veuë d'œihpar faute de payement, dont il snccederoit quelque grand et inremedial^le mal-heur; que ce maUheur sera encor bien plus grand , s'il faut que par ces inconveniens preveas et tant de fois remonstrez, l'armée demeure inutile, et q«*il eslt plus nécessaire d'avoir Fœîl sur Fad- Tenir que sur ce qui est desja passé, [qui est plus aisé i reprendre qu'à amender.
Que les ^glaees de Valence d; de Bassignave (i), qui commandent aux rinrieres du Pau et du Tahare, et à mie des pius ferlilles contrées du Milannois , sont de telle itt|)0rtance, qu'elles méritent d'estre fortifiées en
(0 fiassignano.
o4 [^^^7] MÉMOIRES
toute diligence auparavant que Fennemy se renforce davantage^Ies reduisansàtel estât que elles le pourront amuser jet arrester sept ou huict mois, et au partir de là courir le hazard d'un combat gênerai y duquel dépendra iinalementrentiere conqueste du Milannois.
Que les seigneurs Francisque Bernardin et de Saly«son ont esté laissez dans Valence pour la deflSsndre et en diligenter la fortification , pençlai^t que Sa Majesté prendra resolution sur celle de Baissignave, laquelle on ne sçauroit entreprendre sans plus grandes forces et sans argent aussi pour ce faire , et pour faire porter vivres du^ Piedmont en l'une et en l'autre , d'autant qu'elles ont esté-i^illées, ruinées et les vivres consommez par les deux armées royales et parcelles des enneipis aussi.
Dampville, se ressouvenant que le marquis de Pes- Caire , estant au siège de Santia ^ avpit désiré dé rompre une lance contre luy^ luy manda par un trompette qu'estans aujourd'huy si proches, qu'ils estoient i'un de l'autre, qu'il luy en donneroit l'asseurance et le plaisir. Le mareschal, en ayant eu le vent, luy commanda, ^ur peine de désobéissance, de n'entreprendre ce combat pour les conséquences que cela apportoit quelquefois à tout l'Estat, et que eeluy de M. de Nemours le devoit rendre plus sage. En ce temps domp Hemando de Sylva dressa couvertement en Âst une grande conduite de vivres pour advictuailler Cairas et Foussan ; mais la partie ayant esté descouverte par le mareschal , il luy dressa un banquet pour le defiaire de tous poincts* Sylva d^scouvert, il remit la conduitte à une autre fois ; mais ce fiit tousjours avec la perte de cinquante chevaux qui s'estoient trop advancez , qui
DE DtJYILLARS. [iSSy] g5
furent deffaicts parles sieurs d'Oraison ^ de Cbavigny et Briquemaut y qui estoient par pays. '
Du premier février i557, le mareschal fit entendre au Roy que par faute de payement les nouvelles bandes françoises et italiennes qu'il vouloit tirer des garnisons pour faire un corps d'armée plus solide que nestoit le sien, les unes ny les autres n'avoient voulu sortir isans estre payées : de manière que , se trouvant destitué et de forces convenables et de moyens pour les payer du passé et du piesent^ il seroit contrainct de se retirer aux garnisons, au lieu de faire quelque chose de bon à Tadvantage des affaires de Sa Majesté : que si ceux qui avoient la disposition souveraine de ses finances pouvoient, par un jugement bien affectionné, remarquer en combien de dangers ils enveloppoient FEstat, ils n auroient rien plus pressé que d'y pourvoir; que de sa part il couchera du reste et de luy et de ses amis; mais si cela n y peut suffire, et que le mal preveu et tant de fois remonstré succède, il proteste des maintenant, comme pour lors , que la coulpe en sera à eux et non à luy, qui a tousjours détesté la confusion, et embrassé l'ordre nécessaire à toutes sortes d'affaires pour en tirer soulagement, utilité et plaisir aussi.
Du 4 février, le mareschal manda au Roy que par trois ou quatre divers endroicts, et par personnes notables, il avoit esté adverty, mesmes par Dampville, qui ne cessoit de voltiger le Milannois et le Montferrat, quelesMilannois,craignans les maux que Valence leur pourroit apporter, avoient résolu de contribuer le payement de dix mil' Italiens et AUemans, outre les anciennes forces, pour l'assaillir auparavant qu'elle fust fortifiée; qu'en exécutant par l'ennemy ce dessein, il
g6 [^^^7] M^âOKomis
estait impossible de la sanver qu'avec un grand corps de gens choisis et déterminez ; que d'en entreprendre la deflense il ne le pouvoit faire avec son bonneor, la place estant battaUe et mal pourvenë de. vivres, ayans esté consommez parmy le sac et séjour faict en la ville par les armëes, au moins sans Tasseuranoe certaine de la part de Sa Majesté, qu'elle luy donneroit forces pour la secourir en toute sorte d'événement, elle estant le seul salutaire pivot sur lequel les laSaires doiveiït estre mesurez et appuyez.
Tandis que le mai^escbal faisoit ces depesches à Sàrtirane , oii l'armée estoit logée , j'arrivay de retour de mon voyage de la Cour ; duquel luy ayant rendu raison , et luy l'ayant communiqué aux seigneurs de Farmee , moy présent , ils conclurent tous que l'urgente nécessité des affaires requeroît que je fusse soudain renvoyé vers le Roy : et de faict, tout le loisir qui me fut donné, ce fut du midy jusques à la nuict, que je partis chargé des mesmes sollicitations pour le faict des payemens, que j'avois cy- devant esté, et qui sont cydessus discoùruës.
Je fus aussi diargé de faire tres-importune instance sur le fisiiot de Valence , mesmes estans en ce mesme instant venu nouvelles que le maïquis de Pescaire avoit assemblé toutes ses forces pour venir combattre oufaire desloger le marescbal deLomelline, et en ceste suitte entreprendre le siège de Valence, bour secourir laquelle il foUoit que Sa Majesté hastast le secours qu'elle avoît promis.
<^ue, pour ne rien bazarder hors de propos en attendant les provisions de Sa Majesté, il avoit quitté le logis de Gatinare et repassé le Pau pour se retirer à
DE DUVILLARS. [iSS^] gn
celuy de Basftîgaafr&> ores qu'à demy afikmé par les armées^ entant que le logis estoit advantageux en deux sortes, l'une pour secourir et seconder Valence et Ca-r sal, et l'autre pour tenir les deux rivières en sa main et se retirer sans hazard^ ores d'un costé et ores de l'autre ; et qu'en jojîant ainsi aux barres , il veilleroit pour donner quelque secousse à l'ennemy, mais sur tout pour tellement incommoder Bassignave, que le marquis ne s'en peust servir au siège de Valence ; que pendant que Sa Majesté diligenteroit son secours, elle commandast au capitaine Beauvais, qui avoit fait une description de quatre mil hommes foiiagers (0 sur les bourgades du Daulphiné, qu^il eust à les diligemment aoiimery armez ou desarmez , pour les jetter dans les places , et en tirer les vieilles garuisons pour luy aider à adresser une armée volante qui ne reposeroit ny ne lairroit reposer les autres.
Que Sa Majesté, au lieu de se servir de l'arriere-ban de Daulpbiné, comme elle voulut faire lors qu'il estoit question de secourir Santia, en fist lever les deniers seulement, pour les convertir à l'entreteneinent de ces quatre mil hommes daulphinois.
Le Roy, ayant trouvé toutes les instances et remonstrances que je luy fis et justes et raisonnables, fit commandement de tous costez tant pour le faict deis forces que pour celuy des payemens et pour celuy de l'artillerie aussi, et me renvoya en Piedmont le dix-huictiesme jour de février, sans toutesfois avoir pour encores ordonné les recompenses promises à ceux qui avoiçnt dressé les entreprinsesd'Albe, Verceil et Casai.
Le mareschal, ayant veu que le ï^oy desiroit fort que
(') Etat des hommes à ieycr à raison de tant, par feux.
qS [^^^7] MÉMOTAE5
Bâssignave fust fôttilSé coimn^ Viitencè') manda à Sa Majesté que les afiaires estotent teduîcts à tel p<mïcl, que tout- ce qu'il piouToit en attendant son secours , c'estôit de haster èelle de Valence , et de la si bien munir que l'^nneûay n^la peuaft emporter, ayanft desfa ifnis dedans deu^ mil Frafnçois et mil ^""que Suisses , qu'Italiens, tous bien deîiberez, mais moins pourveux de vivres <ju'il ne voudi*oît, n*eh pouvant recourrer si promptc^ment ; et qu'il espèroit neantmoms d'en empescher la perte, si Sa Màjefté hastoit le renfort promis, se jefttant tântgst de l'iin des costez du Pau, et tantôSt de l'autre du Tanare, avec iont ce qu'il ponri*oit teselïfbler de foirces ; et qu'ît essayeroit strr tout -de rompre ou briisler le pont quMl faMoit que les enfietni^Mfessassent sur le Pau pour estre secouras de vivres ; qu'en sortant de ce faict avec honneur, on entreprendra celuy de Bassignave, selon les moyens totttesfois qije le Roy donnera. Cependant il supplia Sa Majesté commander aux capitaines de gendarmerie, qui éstoicfnj tous çibsens, hormis M. d'Aussun, de s'en venir gouverner leurs compagnies, 'qui' jse desbandoient par faute de chefs.
Du vingt -unieôme'fevi»ier, donna advis an Roy que -le marquis de Péscaire av6fc l'armée s'iestoit allé loger à Bassîgnave, où le débat des vivres, qui se trouvèrent courts , avoit mis les armes au poing aux Espagnols et aux ÂUemans, qui s'esfcoient'si bien entre-frottez qu'il y en avoit plus de quatre cens, que morts, que blessez , et que s'il en eust eu des nouvelles , la charité l'eust invité à les aller despartir. ^Gest'inG^venient:K'SOtidain desloger le marquis, qui s'en alla à Sainct-Salvador, entre Alexandrie et Casai , oh il s'eât mis après à
D£ DDVH.LARS. £ 1.^57] . gg
asseQil4ei* piojioiers et r^adre^ser il'equjpage de Tâuitil* lerie, ayant.CQiniiiandem<pt de 5po jpaaistre de faiire tous ses efforts au recouvrement de Valence , avec JLe r^i^ort de huict ^ oepf mi} bomi^eS;, .qu*AUeioans , qaJ[talie0S^quUtty SQrQientfournjus. *
Du vii^gtr^ei^xiesnoe di;i^k^iPoi$, qu'il a:e$té ady:er:ty qu^le marquis,. ^tan^e» dopie 4e ne po^vaÂr fwjOer c# grand nombre d'bomines qu'il y a dans Valence , a prins résolution d^^ler fortifier Vignal.y qui luy .servira de^c^lle goupr aller du MUaûjciois eii Ast ^t au Fiedii^onJ; ^ et qu'en V^xi et eu l'autre evQneiâent il est tovisjours ^ecessaiçe qu'il plaise 9x1 Koy .de .^ili- ^nter le irejnifQrt , promis, et;le vo,vdQir .es^teiwlre plus avai^t qu'fi deux mil Suisses,, q|. des cpinpagnies des siear3 d'^PQebault, vidasme .de CbarU^es qt de Gqhnort.
Du premier mars , le Roy ^i^an^da au inarcscbal qu U ue falloit pas tant corner ce renfort, duquel toiut^s.ses depekbes e^|èîent pleines, d'autant qu'il estoit gdvei:ty du éosté d'^t^lie que les ennemis ivestoient à beaucoup pr^s si JEcur^ , ny luy si fo^le qu'il aûqit ;.cai' le nombre despay^s destiné ppur le Piedmpnt estoit si grand, qu'il poùvpit commodément tirer à la campagne de neuf à .(lix mil .bomme^ et 4^ quatorze .à q^^nze cçDs cheyayx.
Qu'il trouvoit fort mauvais qu'il ne se fqst an'e^lé à Bassignave pour la fortifier, comme il.pppvoit, §ous la ffiveur des forces qu'il a^voit, excedans de beaucoixp Celles des, epneniis ) et que là où il alleguerpit que les en^j^ig^es 7ue. sont pa^ complettes, que c'e^i^t la propre faute de lny, lequel , ayant puissance ^uyeiraiue ;de la part de Sa:Majesté,.dQit çba§tkrles,larrpns, et remu-
loo [^5^7] mémoires'
neiger les gens de bien ; et qu'on no laisse souvent de bien disner^ encores que les viandes ne soient friandement préparées.
Geste repriuEiende , mal fondée et pirement digérée, ofTença sî fort le maresclial^ qu il fust fort volontiei*s monté à cheval pour desmentir ceux qui domioient ces sinistres impressions de sa ^fidélité; et toutes- fois, faisant joug sous la révérence et obeyssance du maistre, il supplia le Roy de croire que ceux qui luy faisoient ces rapports de Fimpuissance de Fennemy et de la puissance de luy, avoient le jugement tout de travers; car, sans aller plus loing, dés-hier encores, sixiesme mars 1 557, il entra dan« Pavie quatre mil nouveaux AUemans bien armez, et fort advantageusement montez pour la pluspart, sans les cinq mil Italiens qui se lèvent , et sans aussi neuf mil Italiens et Espagnols des anciennes garnisons; qu^il ne s'amùsoit pas aux rapports qui luy estoieht indifféremment faicts, mais aux propres choses qu'il faisoit voir et toucher par personnes expresses qu'il tenoit de tous costez.
Qu'à faute d'argent il ne s'estoit peu. ny ne pouvoit prévaloir des trois mil Italiens qu'il avoit fltict nouvellement lever, comme il avoit desja mandé.
Que des douze nouvelles bandes françoises, assez mal armées, il en restoit encor à arriver trois des meilleures.
Que, combien qu'il fust tout ouvertement combatu de la nécessité des pay^mens,qui enjamboient tousfours trois ou quatre mois les uns sur les autres , quoy que Sa Majesté estimast le contraire , il n'àvoit toutesfois laissé de tenir la campagne avec trois mil neuf cens -Suisses et treize enseignes françoises, tant vieilles
DE DUVILLARS. [l557] lOI
que nouvelles , et n avoit laissé avec cela de tenii; fournis Valence, Casai, Santia, Yvrée, et tout le ï^iedmont, et de favoriser si à propos le passage de M. dé Guise, qu'il n'auroit eu empescbement quelconque, comme sans cela il eust eu, etpeut-estre si rude, qu'il neust pas passé plus outre, pour grand capitaine qu'il fust; qu'il avoit aussi fortifié Valence, et en fin tellement contre-pesé jusques à ce jourd'huy les forces de Tennemy, qu'il n'avoit sceu^ien entreprendre, ains inutilement consommer tous ses efforts et despences, doQt les Milannois estoient aux alarmes.
Que s'il avoit plus advanta^usement fourny qu'il ne devoit vingt-cinq ou trente places qu'il y a deçà les Monts, et que S^ Majesté n'a cy-devan): ordqnné, on pourroit lors dire que ce seroit . un tour de capitaine inconsidéré ou peu affectionné à l'advancement des aiTaires de Sa Majesté^ mais qui faict ce que le maistre commande, après que la remonstrance au contraire a précédé, comme a souvent et souvent faict la sienne, il demeure tousjours hors de coulpe.
Quant à Bassignave, comment vouloit Sa Majesté qu'il la fortifiast , puis qu'il ne donnoit pas seulement le moyen, ny de fortifier Valence, ny de la pourvoir aussi des vivres nécessaires : d'entreprendre deux mariages à la fois, et n'avoir qu'un seul gendre ny autre moyen pour y fournir que des vaines espérances de cour , c'estoit chose qui ne se pouvoit faire : encores esperoit-il que ce ne seroit pas peu faict à luy s'il sauvoit Valence, parmy tant et tant d'incommoditez et de nécessitez inexorables.
Que s'il plaisoit à Sa Majesté d'accarrer (' ) ses actions,
(■) Comparer.
lOa [^557] MÉMOIRES
depuis le commencement dé la guerre jusqu'à ce |ourd'huy, aux forces et aux moyens qui luy avoient esté contribuczCO, et à la longueur et à la contrariété qu*il avo^ apportée, par patience et par artifice et valleur, à ceste guerre „ elle troùveroit. que Tafifection et de luy et de tous les autres capitaines et serviteui'S de Sa Majesté, avoit de loing surmonté le^ mesmes espérances qu'elle en avoit, sans toutes-fois que jamais aucun d!eux s'en fust eslevé, tiy l'eust pressée d'honneurs ny de recompenses, récevans en payement leur propre vertu et valeur, dont l^s. âmes généreuses font plus d'estat qiié des biens xlii mpnde ; et que, quant à luy, il ifîe les avoit jamais mesurez qu^S l'aulne de la réputation et de l'honneur qu'ô^ acquiert en fidèlement servant son prince et sa patrie; et hors cela tout luy esttoit indiffèrent, estiinant peu tout ce qui pouvoit advenir entré la victoire /et, Isi main mes^me.
Qiier.ennemy toiirnpyant, comme il faisoit, lePiedfnont, il s'estoit résolu d'y faire une course; mais qu'il avoit auparavant bien fourny Valence, Casai, Montcalve, Santia, Masin.et Yvrée, et qu'il avoit donné i^rge particulière à M. de Dampyille de combattre etdeffendre Càsal, où il estoit fort aimé, avec sa compagnie, quatre de, Suisses pt/leux, enseignes françoises au parsus la garnison ordinaire , afin qu'il peust favoriser les places qui estoienj autour de luy, selon ce que les affaires le pourroient requérir, lùy semblant qu'il n'eust sceu choisir seigneur dé. marque qui éust plus dé jugement et de valeur que lui. ^
Que les compagnies de gendarmerie destinées pour le Piedmont avoient bien faict monstre à Lyon ; mais
(«) Fournis.
DE DUYILLARS. [iSS-j] lo3
aa$^-tQst qfo'eUes avaient, toiiiché ^^nt> les capi]taifie$ et lie^enans $en estpient retpurœz en leurs maisoi\s> D^faîsaDs marcher que vingt -c^hq qu trente chf vaux pour compagnie ; et. 4e faict que l'enseigne de M. de La Guiscfae qui esloit arrivé n'avoit amené quevingt ceILTr des: de mi^piere qu'au lieu d'estre renforcé d^ -quatre à dnq cens çbevaux^ il j en auroit cent ou sii vingts qui tourneroient bien tost tealesi les capitaines n'j venaient eo propre pei^onne les commander^ CQmme il estoit raisonnable . qu'ils fisseut ; qu'il s' estoit desbandé^dé la cavaller4e légère du PiedmQnt plus de troiVêens chevaux, qui avoient suivy M. de Guise, esperans estrè mien^ traiçtez avec luy qu'en Piedmont ; en sorte que, les assignations en|ambans deux ou tro!$ moisi lés unes sur les autres y chacun perdoit courage , ne pouvant avoir tant en main qu'il se peust fournir de chaussure \ et que de ces nécessites s'engendroient les maladies ^ lesi mal-heurs et les mutineries qu'il avoit tousJQur^ prévenues par l'engagenient du sien propre et d^ $es amis ^ ce que ^e faisoiént pas messieurs les intepdans des finances ny les auti*es, qui mèsur oient assez incpnsidéftsment les actions d'un homme d'honneur, et fi^ délie serviteur de son Roy, à celles d'eux mesmes, qui ne voUoient qu'à pas mesurez parmy le r.epos et IV bondancéi, et hors la peine et le hazard. .
Pourautant que Montcalve n'estoit pas en si bou estât qu'il peut attendre une grande force, les enne- " mis s'en estans approchez, il avoit envoyé dedans les capitaines Masencome et Jeronime de Thurin , et ordonné au gouverneur de Verrue de se jecter dedans si l'ennemy l'attaquoit.
Du premier mars, donna advis au Roy que la for-
îo4 C'^^^?] MÉMOIRES '
tification faictedePondesturepar l'ennemy:, luy avoit couppé le chemin pour aller du Piedmont à Casai, Vailence et Montcalve , et que, pour remédier à ce défaut il avoit mis dans une bourgade de Montferrat, appelée Mon techar(0, une enseigne de gens de pied pour luy servii* d'escalleC^) ; queTennemy, l'ayant recogneu, ' y avoit envoyé quatre mil hommes et deux coulevrines pour les foi'cer ; mais nos gens avoient eu si bon. courage qu'ils avoient tenu quatre jours, et au cinquiesme ils s'estoient retirez sur la minuict bien serrez ensemble , et, ayans forcé les corps de garde , s'estoient sauvez sans perte que d'un seul homme, marchans tousjours ainsi résolus jusqu'à Villeneufve d'Ast-: l'ennemy s*y est arresté quatre jours pour le ruiner de tous poincts , et cependant luy avoit envoyé une bonne trouppe de cavallerie et de fanterie, conduite par le sieur de La Motte Gondriii , pour essayer dé les bouchonner à contre poil s'il les y eust enccH'es trouvez, comme il ne fit pas , ayans eu le vent de sa venue.
Qu'anssi-tost que le marquis a eu faict ce grande ou, pour mieux dire y ridicule exploict, il a départy l'armée par les garnisons, et est après à faire payer le dernier legiment de lansquenets et quatre cens Italiens, pour ]es envoyer à Naples par la mer, si tost qu*un nouveau régiment du comte Aiberic de Lodon(^),qui liiarche, . sera arrivé au lieu de ceux-cy.
Que M. de Chavigny, ayant eu du costé d'Âst trois cens chevaux sur les bras, s'estoit tousjours retiré com> bâtant si vertueusement qu'il s'estoit sauvé dans Sainct
(0 Montechar : Montechiaro. — (») Escalle : point d'appui. — ^^) Lodrone.
DE OVYILLA&S. [l557] Xo5
Oamian avec trois légères blesseures et perte de quinze cçUades> et antres dix de blessiez. .
Rend grâces très- humbles à Sa Majesté.du nouveau, renfort qu elle luy promet, lequel il employeroit voloQtiers, si Sa Majesté l'avoit agréable, à la fortificatioQ desdicts Bassignave et Montechar-, mais que, pour vaincre la difficulté des vivres dudict Bassignave, il iiiudroit aller assaillir .Tortoue (>)> qui n'a rien de fort que le chasteau^ qui fourniroit après de vivres toutes cesplaces^ par la rétention desquelles* Sa Majesté. possederoitla meilleure partie de la plaine milatïnoise, et coupperoit aussi broche W à eux ' et aux Genevois de plus trafiquer les uns avec les autres ; reduiroit aussi Alexandrie, à telle extrémité que bient-tost elle TCr tourneroit à. son premier maistre; qu il.remercioit très humblement Sa. Majesté, de Tasseurance qu'elle luy donnoit de luy envpyerie sieur de Gonnort sonfrere pour coadjuteur.
Que s'estant de longue-main apperceu que Sa Majesté n'adjouste aucune foy aux advei^issemens qu'il donne des nécessitez de l'armée > et du peu d'hommes où elle est réduite, aussi bien que les garnisons, par faute de payement, il la supplie très - humblement vouloir choisir quelque seigneur de marque, auquel elle donne chaire du faict des monstres, des payemens^ du faict des vivres et de l'artillerie , ayec charge de controUer de près toutes choses, et les propres actions du mareschal, et avec puissance de pourvoir à tout se^ Ion l'exigence des. cas, et d'en rendre compte de sepmaine en sepmaineà Sa Majesté; se contentant, quant à luy, que le seul soing des armes et de leur exploict
CO Torlone.— C"^ Intcrccpleroit le commerce.