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I06 [^^^7} MEMOIRES

luy demeure : et lors Sa Majesté et messieui*s ses ministres recognoistroDty plas à clair qii^ils ne vealeiit taire j qae ce n'est pas tout que de donner les assignations, ains que le principal cons^e en ce qu'elles soient bien mesnagëes et a^^ortées à terme; et si lors tout ne va bien, il est content que la conlpe en tombe toute sur luy, comme elle faict aujourd'huy et fera tousjours tandi» que les choses demeureront à la discrétion des trésoriers, et qu^on ne tiendra -foy à ceux lesquels^ plus par dévotion (Oque par gain , ont presté4e leur à sa caution y qui ne sçait avoir ri«n obmis de tout ce qui aj^artient à un tres-fiABUe, vigilant et afieetionné capitaine ; et que si quelqu'un en vent autrement juger , il a assez de justice^ d'armes et de courage pour luy faire rèC^^iioistre sa faute , sons le congé de Sa Majesté, la suppliant luy pardonner si une juste douleur, si souvent irritée, Fa fait entrer plus avant en campagne qu'il ne devoit.

Que l'Estat que Sa Majesté luy a envoyé pour l'extraordinaire de la guerre et pour les assignations , est deffectueux en plusieurs parties et articles qui luy furent accordez devant que partir, et mesmesles appoibtemens dk plusieurs seigneurs de marque et de mérite, et desquels on ne se peut aucunement passer. Que de faire tout luy tput seul, il ne peqt, et qu'en pensant espargner trois mille francs par mois on acquerra pour cent mille livres de déshonneur, et de la perte pour un million ; que s'il ne plaist à< Sa Majesté d'y soudainement pourvoir, il se trouvera bien tost tout seul: de faict, depuis le partementde M. de Guise, il n'a plus trouvé, en la pluspart des personnes, ny des

<<) Dévouement.

9E DUVILLAllS. I1S57] lO^

capitameSy eeste gaillarde disposition qu'Us sduloient toas avoir à bien combattre et à miecrl obéir. Froeedant ce desordre àe trois causée : la première^ de la faute des payemens; la deuxiesme^ dti retrahchenietit des appointemens ; et la.jbroisiesme^ de ce que, coin* bien que tous ceux qui militent en Piedmonl sotts don commandement servent aussi fidellement et coura-' geusement Sa Majesté que font ceux de Franc^r, il^ ne peuvent neantmoitis rapporter les grades, les biens ny les honneurs, dont ils voyent à toutes beilreà^ triompher les autres : et que, puis qu'il est ainsi que son credk voile si bas qu il ne peut moyétiner leur advancemeDty il ne doit pas trouver mauvais qu'ils taschent de s'approcher du soleil , pour en éStre eschauffez comme les autres. Or , puisque Thotinetir et les bienfaictB sont les aiguillons de la vertu , le mareschal lairra considère)* à Sa Majesté si c*est chose propre et convenable à son service" que les choses passent de cette sorte, et siîes inconveniens qui eii pourront succéder seront à la coulpe d'iceluy ou non.

Du dix-neufviesme mars , que le sieur Damanzay, qui va trouver S«i M'a jesté de la part do M. Dandelot , luy fera entendre que le nouveau régiment des Allemans estoit desja arrivé à Casai Major ; que le cardi-^ nal de Trente pressoit fort les Milannois de trouver deux cens mil escus pour le payement de l'armée, et quils avoient accordé de les fournir pourveu qu'ils fussent employez.au recouvrement de Valence, et non autrement; et que par là Sa Majesté devoit estre in* vite'e à faire diligemment marcher le renfort qu'elle avoit promis: que les trois mille Daulphinoîs levez par

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foîiages (0 estoieqt arrivez à Briançon; mais ils ne youloient passer plus outre si Sa Majesté ne commandoit qa^ils fussent payez, suivant ce qu'elle en ayoit précédemment ordonné.

Que, désirant que Sa Majesté recognoisse au doigt et à Toeil tous ces désordres dont le sieur dé Gonport, son frère, luy a parlé amvant vers elle, il a bien voulu charger le capitaine Martin, y retournant, de luy en descouvrir les causes, et la supplier d'y pour? voir , et pareillement sur toutes les particularitez qu'il luy représentera.

Que Teutreprinse d'Ast, qu'il a en main, ne se peut exécuter que Sa Majesté ne soit la plus forte à la campagne, pour les considérations que ledit Martin pourra dire. .

Qu'il tient l'entreprinse de Savonne pour plus reiissible que nulle des autres qu'il ait en main , pourvea que Sa Majesté donne ordre pour estre la plus forte par mer*

Quant à celle de Tortoiie, que Sa Majesté se souvienne, s'il luy plaist, de ce qu'il luy a précédemment escrit, se tenant à luy comme asseuré. de l'emporter , si elle luy donne la force et les moyens pour l'exécuter^ et sans lesquels sa vigilance et son affection ne peuvent produire les glorieux effects qu'il désire: suppliant Sa Majesté de considérer quels seront les efforts que feront les ennemis lors qu'ils se verront pincez de si près, puis que pour Vulpian seul ils despen dirent de trois à quatre cens mille escus, et que pour Valence seul ils en ont maintenant accordé deux cens mille.

(0 Briflsac en ayoit espéré quatre mille. (Voy. page 97.)

DE fiUVILLARS. [^^^7] ÏOfi

Que Sa Majesté n'ayant secondé de ses moyens la diligence que le mareschal avoit afpportée aux sièges de Valfenieres et de Vulpian^ qui estoient réduites à l'extrémité , l'un et l'autre atoit esté perdu avec le temps^ l'argent et la réputation; en fin^ qu'elle pouvoit avoir recogneu qu'il n'estoit pas de ceux qui faisoient de grandes parades pour, embarquer Sa Majesté en despence, et dont on ne recueilloit souvent autre fruict que la prinse de quelque bourgade.

Présentera à Sa Majesté Testât de la recepte et des* pence, par lequel elle recognoistra la faute des assignations, et le mal qui enest advenu : et conjoinctement fera voir qu'il n'y a À)ldat qui ait chausseure ny habillemens , ne vivans que de prests qui sont dens avant qu'estre réceus, et que si , des quatre mois qui lear sont deus, ils n'en touchent au moins deux à la fois, il n'y aura ordre qu'ils se puissent accommoder, nyconsequem ment aussi les tirer encampagne^ comnie il sei*oit nécessaire , soit pour fortifier Bassignave ou entreprendre ailleurs.

Que les officiers de l'artillerie sont aussi de leur part réduits à telle extrémité, qu'il n'est possible d'en tirer, service sans payement, leur estant deu à la fin de ce mois sept mois entiers.

Suppliera finalement Sa Majesté de croire que le mareschal ; ny tous ses autres serviteurs qui sont deçà les Moiits , n'ont faute d'affection , de courage ny de valeur, pour Tadv^ncement des affaires; mais que tout cela ne peut produire les fruicls qu'ils désirent sans avoir en main de quoy y fournir; et que quand éncores ils ne l'auroient que médiocrement, ils ^feroient neantmoins cognoistre qu'ils sçavent utilement

IIO [^^^l] VéMOU^S

inesD3ger le talent parmy toutes sortes dç foitones.

Dira, ledict Martin^ qae le secrétaire Boy via, Be faisant que d'arriver <ie devers Sa Majesté , \e jo^resqbal u'a eu loisir de satisfaire jny de respwdre aux fQmmandemens qu elle luy a faicts par luy., à quoy il j^a^isfera par ile secrétaire JSo^det^vray baïadet^ qt^i ^parjura dans de^si: jours,.

Pli tçjnqi^iesqie avril, le msureschal, respondautàce que Sa Majesté luy .^voit mandé par xaojf luy doQQe .asseurançe de se mettre en devoir de fortifier Bessi- ^nav^ et MoDjteçhia^, toutes les fois que elle prendra jz^plutipn d'estr^ le plus fprjt ^ la caipp^gne , ^t d ordonner ^jassi quçlqi^e .^rgent poiir y fournir.^ avec ce vque le païs pourra «contribuer 3 et qu'à la veiité g^ fortûfiqatipns sopt.pçc^ssaires pour maintc^ii* Valence ^Ca- ^1 ejt Montcalve^.et jetter la guen^e dans le Milannoiç.

Qu.e .si les trésoriers eussent esté ,au^i diligçns à veim^b.Qurser y qu!i^ .ont esté à d^Q)isterjles marchands ,qui ont cy-devisint ipresté, on trouverait enqores quelque secours parmy eux , pour entreprendre ce q«ie Sa .Majesté désire; mais que s'il avoit aupurd'huy aflfaire de cent escus il ne les pourroit tiQUver^iUint qbaçun .c^tQÎt ^eb^tté^ et non sans ca.u3e,4e bon frayeur faisant tousjours le bon presteur.

Que \e règlement des bandes et de^ payemens se <- Unà selon le yQulpir de Sa Majesté , laquelle est fort imal: servie an fait du renfort des Suisses; joinct que lies sept preniière^ enseignes sont arrivées à Su^e sans .qn'il y ait la n^oindre nouvelle de .leur payement, .qui y devoit estre au :mesme temps, et pour eux et pour les .autr^ aussi, qui les isuy voient à deux journées près.

DE 1>TrvniLÀRS. £1^57] III

Pailéiileineiit que', quoy que Sa Majesté luy ayt mandé que lefi .payemens seroîent envoyez pour les François et Italiens, afin de les tirer en campagne, il n'en estoit toutesfois nouvelles ; de manière qu'il a esté contrainct feire fournir aux Suisses ce qu^il y avoil de fonds pour faire un prest aux uns et aux autres, afin de les retenir, sur Fesperanoe qu'il avoît d'y suppléer par la venue du payement dés Suisses : sup-^ pliant très -humblement Sa Majesté le faire haster avec toutes les autres provisions promises, et sans lesquelles toutes choses 'demeureront inutillement suspendues.

Que le sieur de Sanfré, auquel il a donné l'une des compagaies de cavaHerie que le païs a accordées, s'est mis dans Bra , av^c quelque fanterie qu'il luy a ordonnée, ^ don% il tient ceux de -Cairas si à l'eàtroit qu'ils sont ^omme assiégez.

Qu€ *les sieurs Ludovic de Birague et de Sainct- Chaumont es^ans sortis Ae Santia pour aller à la gacrre, renconti'erent , il y a six jours, cinquante chevaux, et environ trois cens hommes de pied, qui alloient saccager quelques villages, qu'ils t^hargerent sans marchander, et eSIrillerent si bien, qu il en demeura plus de six-vingts de morts et autant de prisonniei^; et que le lendemain , ils donnèrent aussi un pareil banquet à environ douze chevaux et cent harquebuziers qui alloient brigandans le pays.

Qu'il avoit aussi ddnné une compagnie de cavallérie au sieurtdeBellegarde, neveu de M. de Termes'^ gentil-bomme de grande espérance, et iceluy mis en garnison à>Ceâtal, dont estantsorti pour dler eeixîher adventure, luy douziesme à cheval seulement , il ren-

lia [1557]. MÉMOlâ:fi8

coQtra le capitaine Pierre Pelazz^iy Heutenaiit du sieur de La Trinité , avec nombre , et montez à Fadvantage. Tout aussi*tost quils s'entrevirent ^ les trompettes commencèrent à s'entresaluër, et luy soudain gagna un pré où il fais oit beau jouer aux barres, se tint ferme et serré attendant Tautre, commandant cependant aux siens de donner dans les chevaux de Tennemy, laissans à luy le combat du capitaine^ qui estoit lors aussi entré au pré ayec mesme ordonnance. Soudain ils partent Y un contre Tautre : BeUegarde , moustrant le chemin aux siens , enferra >si bien le cheval'de Pelazza, qu'il tomba par terre et luy dessous, tellemetit engagé qu'il ne s'en sceut relever; trois autres des siens eurent aussi leurs chevaux si blesses qu'ils ne sceureht combatre ; de manière que tous leurs compagnons estans passez au fil de l'espée, ces trois et leur capitaine furent emmenez prisonniers à Gental. Ledict sieur de BeUegarde donna à cesté première rencontre une fort grande expectation du jugement et de la valeur qu'il monstra depuis en plusieurs autres factions.

Du 2 avril, qu'estoient arrivez quelques deniers de Lyon, avec lesquels, et ce qu'il pourroit empruntersur .gages, il esperoit de faire donner quelque' monstre à la fanterie françoise et italienne, afin de mesnager le nouveau renfort des Suisses, soit contre Valfenieres oa Pondesturç, qu'il avoit envoyé reCognoistre au dedans et au dehors par gens de jugement et fidelles qui ne sont encores retournez, au rapport desquels il tournera teste ; voulant bien , auparavant que passer plus outre, avertir Sa Miajesté que si dans quinze jours après il n'a dequpy faire faire monstre ausdicts Fran-

BE D}3VILLARS. [iSSy] Iî3

cois et Italiens 3^ forée lay sera , malgré qu'ij en dit, dé quicter la partie et reconduire l'armée aux garnisons^ avec des-honneur infiny et perte plus grande.

Le Roy donna àdvis au mareschal qu'il avoit depesché le sieur de Mendozze pour aller faire une levée de cinq mille Suisses,, et celuy de Montoison pour. as-, sembler Tarriereban de Dauphiné ; que il a aussi ordonné que les régiments de Roymendorffet de Rifflemberg marchent en Piedmont avec la compagnie du sieur de La Fayette: que Sa Majesté avoit enfin résolu d'esti^ si forte delà les Monts, que toute la guerre de France sy trausferastj que Poft- Hercules s'estoit recentement perdu par faute de- jugement et de courage; qu'elle estoit résolue d'envoyer M. de Termes en Toscane au lieu du seigneur Strozzy, et d^y envoyer aussi force trouppes françeises pour y redresser la réputation et les affaires.

Que, quant au. conseil que Je mareschal luy demandoit sur le futur demeslement des affaires, et mesmes sur le donner ou non'la bataille aux ennemis , Sa Majesté, rélevant ceste importante proposition, luy manda que luy, qui avoit tousjours si bien et si heureusement exécuté tout ce qu'il avoit entreprins, n'avoit besoin d'autre conseil que de celuy qu'il sçauroit assez prendre luy mesme , et que par ainsi elle remettoit le tout au jugement et discrestion de luy, mais plus encor à sa valeur et 'à sa fidélité, et à celle aussi de tant de gens de bien qui estoient avec luy.

Du sixiesme avril, que, combien que tout le renfort

ne soit encores avrivé, non plus que l'argent, et que

les pluyes luy ayent faict perdre trois ou quatre jours,

il a résolu, par le conseil universel des seigneurs.de

io. 8

Il4 [iSS^l MÉM0IRK8

rarm^e , ^''aller attaquer ValfeDÎeres'^'^qui est la plus proche et la plus ennuyeuse.

Et de faicty environ le huict ou dixiesme dudit mois, aptes $ivoir assemblé , au mieux qu'il peut, un petit corps d'armée, il s'alla camper devant* ledict Valfenieres, à la conquestè .duquel chacun s'obstina de telle façon, que, combien que les pluyes et les fanges incommodassent fort et les hommes et les batteries, si est-ce neantmoins que le vingt-deuxiesme du niesme mois nos gens se preparoi^^t avec un tel courage pour donner l'assaut, que ceux de dedans, estonnez d'une telle resolution, donnèrent la chams^dej mais ils firent si mauvais guet pendant qu'on dijputoit des capitulations, aue nos gens, demy par force et à demy par belles paroles, entrèrent dedans, ^'accagerent «t tuèrent presque tout. Il y avoit deldans six cens Espagnols, trois cens Italiens et cinq cens Allemâns,<soobs le capitaine Retverto, qai apprindrent, à leurs despens, que durant les parlements sur la reddition des places, qu'il faut faire plus soigneuses g^rde».que jamais, et ne se laisser endormir de parolles. .

Or, pourautant que plusieurs se présentèrent au mareschal pour porter les nouvelles au Rôy de ceste prinse, U fut advisé au conseil qu'il y falloit envoyer quelqu'un cogneu et versé aux affaires, pour vivenient i soliciter le Roy à envoyer le payement de l'arufée, la- I quelle, à ce defiaut, demeurera inutile, à la ruine de l'Estat. Je fus choisi pour faire ce voyage , rendre compte del'expngnatîon, porteries drapeaux et discourir au long de ce qui s'estoit passé, mais sur tout représenter au Roy que si en toute extrême' diligence Sa Majesté n'envoyoit dequoy payer l'armée, que la plus-

DE DUVILLAQA. [^55^] ll5

part se desbanderoif , et que le reste ^eroit ramené aux garnisons ; que potir donner quelque loisir à Sa Ma-r jesté de pourvoir à ces nécessitez inexorables^ ilconduî^-. roit Farinée es environs de Cairàs ou Cony pour manger le païs ennemy, en intention , selon ce que les deniers s'advanceroient, d'assaillir l'un ou l'autre. -^

De faire instance sur le faict des poudres et renfort de la gendarmerie^ qui n'estoit enceres toute arrivée p mais venoit à la file seulement.

De remonstrer au Roy le devoir qu'avoient fait en ceste expugnation et aux combats de dehors, les sieurs Ludovic de Birague ^ d'AussUn , Là MoQe Gondrin , viconte Gourdon^ de Chavigny^ Saine t-Chaitmont> CaillaCy de La Curée , de Sanfré et auties.

Qu'ainsi qu'on iaisoit la dépesche dudict Boy vin il estoit venu nouvelles que le marquis de Pescaire s'advançoit, nonobstant la prinse de Valfenières , pour venir au combat; que là dessus ledict sieur mareschal et tous les seigineurs , quoy que fatiguez et lassez , comme aussi estoit l'armée , avœent résolu de prendre le logis deSainctPaul, si fort et si advantageux, qu'il n'y avoit à douter que la victoire ne demeurast^ Dieu aidant , dé nostre costé.

Voilà la principale substance de mon voyage; le reste ce ne furent que particularitez à la recommandation de plusieurs bons serviteurs de Sa Majesté. Or est à noter qu'ainsi que ces commandemens m'estoient doi^ez, on vint adrertir le maresclial que Boudet, secrétaire de M. le connestable, estoit monté à che.val au mesme instant que la chamade se donna par ceux de Valfenières, et qu'il s'estoit vanté d'en porter les nouvelles devant tout autre. Le mareschal, se tournant

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vei^ xnojj me dict: « C'est à vous que ce paquet s'adresse; je te prie, force ta nature pour gaigner le devant, autrement toute l'armée, etmoy en particulier, et toy-mesme aussi , en souffriront. »

Je montay à cheval dix-neuf heures après ledit Boudet , menant avec moy un des chevauclieurs destinez prés du mareschal pour m'accompagner en ce voyageet fis , à la vérité au danger de ma vie , si grande dili^ gence, que, sans dormir ny manger autrement qu*^ che* val, je gaignay Lyon tout d'une traicte, d'911 l'autre ne faisoit que partir; je m'y amusay si peu, qu'arrivant à Bessay, à une poste de Moulins , le maistre d'icelle me dit : « Boudet sçait bien que vous venez, et se Las te fort ; mais il a une malle qui l'amuse (') beaucoup, et vous, qui n'avez que vostre corps, le passerez tout maintenant si vous voulez , car il veut soupper et reposer un peu à Moulins, au logis qui. est devant la poste; je vous conseille de passer outre sans desbrider; sinon, prenez un escu au poing, et laissez aller mon postillon devant à la poste avec son huchet (3), et vous et vostre homme irez à pied : on luy demandera Qui valà; il dira: C'est le paguet.J ectez-YOus lors soudain dans la porte du logis, prenez les clefs et donnez un escu aux garçons ; ils vous bailleront sans bruit les chevaux qui seront tous prests pour l'autre : et ainsi sauvez-vous. » Ainsi dict, ainsi fut-il faict; mais lors que nous fusmes à cheval , je commençay à crier à Boudet , qui souppoit en une salle basse toute de verrières : « Ne vous hastez plus, monsieur, je vous releveray de la peine que vous preniez. » Et de faict, ce

(0 Le retarde. — (») Espèce de cor 5 les postillons s'en servoient ponr annoncer leur arrivée, et pour avertir qu'on lefur pjrëparàt des cbevanZ'

DE DOYILLARsi [l557] ^^1

baudet se voyant cysellé (Oj il s'arresta et se reposa. Si je l'eusse rencontré parmy les champs, j'estois délibéré de luy tuer le cheval entre les jambes et le payer. Le poinôt de la haste ne consistoit pas à aller ou arriver premier ou second , mais bien à prévenir beaucoup de mauvais offices que Boudet avoit faicls et practiquez en Piedmont contre le mareschal, gui n'estoit lors gueres bien aimé de M. le connestable, pour quelques raisons que je veux taire. Tant y a que j'arrivay trois jours devant Boudet à Villiers-Costrels, où esloit le Roy, qui me fit cest honneur de m'embrasser. deux ou trois fois, et de m^'esçouter, et gratuler fort favorablement sur tout ce que je luy- discourus sur le fait des combats et prinse de Valfenieres, nonobstant les interruptions dudit sieur- connestable; avec promesse, par Sa Majesté, de me. renvoyer content pour le regard des deniers. De là M. le connestable me mena à la Roy ne et .au roy Dauphin, et puis ^apres à Madame, sceur du Roy, parlant à laquelle il me print telle foiblesse,<iu^l me fallut porter en la garderobbe de madame de Brissàc , sa gouvernante. Durant vingt-quatre heures je fus si mal, que sans les secours des propres médecins du Roy , que Sa Majesté m'envoya , j'estois mort: tant ceste diligence, qui fut de quatre jours seulement de Thurin à Villiers-Costrets, m'avoit matté! Estant guery, et songeant à ce que je pourrois faire pour remettre en grâce le mareschal avec le connestable , qui m'avoit fort rudement traicté quand je me mis à parler des nécessitez de l'armée, le quatriesme jour, m'estant trouvé en la chambre du Roy ainsi que M. le connestable partoit pour aller disner , je dis

(0 Coupé.

Il8 ,[^557] MÉMOIRES

à Sa Majesté que f avois trouvé l'ouverture à ceste réconciliation sans qu'elle s'en meslast guère avant , et quej'aUois donner feu à la mine devant qu'il fust à table.

ïe courus soudain chez M. le connestable ; je le trouvay qu'il vouloit sortir^ et me dict: « Mon ami, estez-vous de là. » Je luy respôndis : « Je vous sup- ' plie y monsieufy me permettre que je vous die quelque chose qui ne vous desplaira pas. » Il se retira en un * • coing, et lors je luy dî^ : « Monsieur, quand je vins vers le Roy et que je luy i^n^ois compte de ma charge, je m'apperceus fort bien que toutes les interruptions et rabrouëmens que «vous me fistes ne procedoientpas' de mauvaise volonté envers M. le mareschâl , ains pourautant que , ayant cest honneur *d'estre vostre humble, parent et serviteur, vous ne vouliez pas que ^ Sa Majesté ny tous ces seigneurs creussent que vous le favorisez plus avant qu'un alitre. Et de fait, quand je suis venu, il m'a commandé de ne m'advancer ou ^ reculer, sinon autant que vous me commandierez, ne voulant , quant à luy, suivre autre fortune ou tramontane que la vostre, comme il s'efforce de feire çognoistre à M. de Dampville vpstre filz , qu'il honore presque au pair de vous mesikies. »

Lors ce bon seigneur me mit la main sur l'espaule, et me dict : « Vous estes gentil garçon ,^ vous avez aussi avant penetr^ que moy-mesme dans mon cœur ; î'ayme les miens, mais il faut que ce soit avec rétention, comme j'ay faict. Allez vous en m'atteùdreen la chambre du Roy, et je vous feray si bien <Jepescher, que vostre maistre ,se louera infîniement et de moy et de vous. Je sçîty que le Rey a envie de vous advancer,

.DB OtlWLLARS. [iBS»;] IIQ*

et fy. tjendray la màiixoYoïÎJB pouvez penser «i je deslogeay soudf^in pour aller ijeijdre raison au Royde mon. combat, qui en fut si aise, qu'il n'est possible déplus, aimant la mrareschal en particulier sur. tous autres; il FappeUoit aussi sa creatpre. Je g^ignay la chambre du Roy, où peu après Sa* Majesté entra, accompagné de M. le. çonnestable, qui, soudain menant le Roy *à la feçeslre, m'appella, ^t dict en ma présence au Roy : « Sire ,J il le faut dépescher dés demain, et, afin guç l'armée ne se deflàce, luy faire fournir comptant soixante mil escus, qu'il faut que nous tous qui sommes ici prestioris à Vostre Majesté; et que luy mesme Içs pj9rte sans passer par la main des trésoriers , qui y feroient quelque bresche. Je *vây faire assemfbler tout vostre conjîeil , où il est nécessaire que Vostre Majesté se trouve pour disposer chacun à ce ' que -jeudis. >i Ainsi dit, ainsi fut-il fait; dés le lendemain je fus. depesché du tout, et avec les plus gracieuses promesses et paroles que j'eusse sceu désirer. Et en prenant mon congé, ledict sieur çonnestable me fit donner uo présent de buict dens escus comptans, que lé Roy m'avoit donnez en faveur des bonnes nouvelles et de la reconciliation.

Au regard de toutes les dépesches particulières qui m'avoient esté commises , j'en raportay dequoy contenter un chacun , et sur tous le mareschal, qui ne sçavoit quelle chère me faire, mesmes venant les mains pleines d'un si beau et d'un si soudain secours qu'estoit celuy desdicts soixante mil escus en or, tous trebuchans , comme puisez es cabinets des plus riches seigneurs et dames de la Cour.

Or, faict à noter que tandis que j,'allois et que j^

I20 [^^^7] ^éftOIÏLES

pQùrsuivois mes d^e$(ches à ]a Couri leiQs^'ej|(^al trouva moyen, avec quelqqes demeps qui furent em« prunté?iy de consoler les soldats d^ travail prîns à Valfenieres, et les animer à aller ai^aiUir Çaira^ aveq l'artillerie : et en^cores q\xe la cavallérie et fainterie fussent fou^ 4çbi0ez (0 et descouragezp^r lapaiivreté, qui ravit toiisjoprs le coeur des plus courpge^x^ si estce que la grande croyance que les uns et les autres av oient au mareschali leur fit oublier, les misères passées y pour embrasser nouvelles espérances de gloire, de victoire et de secours , s'oflrans à le suivie par tput. Eu çeste disposition , i} fit niarcber l'armée et l'artillerie contre Cairsis, qui fut battu on deux batteries, avc^c vingt pièces, les douze sur le haut de 1a campagne qui tire contre Beyne^, et le reste par le bas de la rivière de Sture, duquel costé il a niesme assiette que Laon en Lanois. L'artillerie fit telle diligences , qu'en trois jours il y eust bresche suffisante pour donner Tassaut des deux co^ite^.

Ps^r incident , je dirai içy que, durant ce dén^eslement, le vidamç de Chartres, destiné colonnel au Ueù de feu M. de Bonnivet, arriva , et en cestQ ajrriyée, ayant promis monts et merveilles ^u mareschal , il traictpit avec luy avec telle familiarité que le père feict avec l'enfant. Retournant à npsbresches,le uiareschal ordonna, de CQsité et d'autre , ce qui luy sembla nécessaire pour aller à l'assaut et en avoir la victoire; sur tout il ordonna que les bataillons donnassent à mesme temps l'un que i'autre, pour plus estonneret occuper tout en un coup l'ennemi , ayant à resppndre en deux divers endroicts. Et de faict, ayant com-

(0 En mauvais état.

i DB Dpvii«Liiis. [1S57] lai

au vidame jd*aller faire , avee son aiUborité, marcher Tassaut d'embas soudain qu^il ouiroitun coup de eaoon du haut , où il se tiendroit pour le faire donner à propos; ayant donc .peu après faict tirer ce coup, et regardant ce que feraient les trouppes d'embas, il yeid qu'elles se remuoient sans doi^ner dedans, comme avoient fait celles d'en-haut: il y courut, luy mesme, et trouva que le vidamè avoit voulu chausser les chausses de son père, et, s'estimant plus habile que le maresçhal , il ordonnoit de Tassant tput autrement qu'il n avoil faict. Je laisse à penser à un chacun quelle devoit lors esire la .colerfe et la douleur que cecy lui devait apporter, Lorç, sans faire compte du vidame, il commanda de donner dedans : les soldats , par la révérence de leur chef souverain , et pour amender la faute , donnèrent à la troisie&me alaine de ceste montée si furieusement à la bresche, qu'à la deuxiesme boutade ils remportèrent. Fendant le combat, le vidame se vint présenter au maresclijtl , lequel luy fit une si rigoureuse re{)rimende,quHL ne Fen aima jamais depuis. Tantyaque:de cpsté et d'autre nos gens combattirent si vertueusement qu'ils surmontèrent la valeur de ceux dé dedans ^ au nombre de mille fantacins^ qu'Espagnols, qu'Ail emans, qui furent tous tuez, et la ville saccagée de fonds en comble, cpmme fort mau* vais François que naturellement ils estoient.

Le marescbal, parlant depuis de ceste prinse, disoil avoir veu, sur le bord de la bresche, un Allemand, ayant la barbe Manche jusques à la ceinture, qui renversa fort 'Courageusement huict ou dix des nostres ; que , admirant son courage , il Teust volontiers sauvé, mais il fut tué comme les autres. Nous y per-

dismes de cent à'sikrvingts hommes, que morts, que bles'sez. , , ^ *

Geste faction , ^i Heureuiement achevée, fit recognoiôtre au Roy et k* chsicuo que l'homme vrayement magnanime et généreux , coitiçie esioit le mareschal , sesçavoit ro|dir contre les nécessitez, 'ainsi que faict la palme éontre ta pesanteur de la charge.

N'est en cest eiidroict à obmettre qu entre Cairas et Carmagnoles il y a le gros, bourg de Sommerive , ayant un assez bon chasteau , dans. lequel commandoit le capitaine La Combe lyonnois, modéré au pos* sibler'cestuy cy, qui avoit cinquante soldats ^vec luy , ayant recognu que^'ses forces n'estoient bastantes pour tenir en bride la grosse garnison de Cairas, t[ui tousjours couroit et rayageoitde tousçostez, il eut recours à la peau du renard \ et de faict, 3, dre^a un filé de cordjes assez fortes, et tellement ordonnées, 4*1 e les tendants de nuict au travers 4u: grai^d ehemin venant de Cairas à Sommerive, qp'il ji'y avoit cavallier ny fantacin qui' n'y demeurast atrappé : d'ailleurs , pour plus seurement joiier son personnage, il cachoit, de costé et d'autre du lîlé, une .vingtaine d« compagnons qui couroient^au filé soadam que la sonette , quiestoit attachée au bout, donnoit indice que le poisson estoit dans la nasse. Par trois diverses fois , et par diverç endroits, il y attrappa une vingtaine de chevaux, et plus de cinquante hommes de pied ; mais la ratoire estant despuis descouverte, les rats n'y vindrent piu3.

Le mareschal en donna advis au Roy par le commissaire Plancy, qui arriva à Sainct- Germain au mesme instant que je retournois en Piedmont.

Il ftit chargé, de la part du mareschal , de remons^

trer librement au R(^ q iie sî, à sorf aprivdj? iJers^Sa Majesté y elle ne luy envoyoit quelque bonne i^omme par les postes, il falloit faire estât que Sa Majesté n'auroit plus d'autre armée que ce qui estoit dépâtty par les garnisonè y entant que tout se aesbânderoit^ comme ileust des-jà faict sans ceste fraischç curée de^Gairasy le butin duquel avoit un peu adoupy la colère : que tandis qu'ils estoient en quelque bonne huipeur^ il les alloit meiîer vers Cony, abondant en vi?res, pour les y faire, vivre aux despens de l'ennemy, avec résolution de le forcer si Sa Majesté luy en ^nvoyoit les moyens, sans' lesquels toirt estoit réduit au dertier désespoir. " • • ' , ;

farrivay à Cony huict jours après l'armée, et s'estant divulgué que j'avois apporté deniers , chacun ce commença à r-esjouîr et à mieux espérer de l'effort de Cony. Et encores que ceste somme] fust fort petite. à si grande debte qu'estoif celle de l'armée, si est-ce que le conseil, sur ce assemblé, fût d'a^vis qu'on donnast à la banque cinquante escus pour capitaine , et deux ou trots escus aux soldats, à la proportion de leurs. appoincteme|is* Or le vidame, qui avoit envie de mettre un maisti-e de camp à sa dévotion autre que le buron de Cliepy, qui dépendoit du tout du mareschal, commença. à mutiner luy-mesmes les capitaines et les soldats, disans qu'ils ne vouloient rien. recevoir, fast peu, ftist beaucoup , quer.de la propre main de leurs capitaines, qui les avoient tous^)urs secourus , ce qulls ne feroient plus si ceste loy estoit introduite è leur préjudice.

La mutinerie et le désordre passèrent si avant par Tinconsideration du-vidame, que huict cens soldats

se desbanderent en une seule trouppe pour prendre le cliemin de Tende, pour de là se rendre en Provence. Le mareschal, ayant sceu ce malheur, monta soudain à cheval, accompagné d'une vingtaine de notables seigneurs, qui attrapperent ceste trouppe, à laquelle le mareschal fit tant de plaintes et de remonstrances , meslangées tantost de menaces et tantost de promesses, qu'ils luy jurèrent ne partir de l'armée, et n'obéir qu'à luy, rapportant ceste faute aux impressions qui leur avaient esté données au contraire de la part du vidame.

Les affaires ainsi adoucis par la prudence du mareschal, et la ville de Cony bien recognûë, il fût i^esolu de l'assaillir avec la mine et l'artilL^rie , à qûoy faire chacun travailla CQuragéusement de son costé. Mais, auparavant que passer plus outre, il faut dire quelle en est l'ariette , afin de mieux comprendre avec quel artifice et diligence elle fut assaillie: elle est presque de forme Avalle , sur un tertre fort relevé, circondé des quatre costez, les deux de la rivière de Rets , fort impétueuse ; ayant ce tertre les rives si inaccessibles et droites, qu'il n'y a point de murailles de ce' coslé-là : de monter et descendre par là c'est chose impossible, éistant composé de cailloux ronds, qui n'ont ny prii)se ny tenue. Les deux autres costez sont armez d'une forte muraille, de bons fossez, et de quatre grands bouUevards, et d'un petit, qu'on appel* loit le Bastion verd, pâi'Ce qu'il estoil tout faict de gazons, ayant un ruisseau au pied, qui faict moudre quatre moulins pour la commodité de la ville, laquelle est assez doucement relevée en haut par ces costez- la.

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Il fut donc résolu que rartillerie seroit plantée en la façade qui regarde le costë du monastère des Ân-^ ges> et, qu'à cause de la grande contr'escarpe et terre* plain qui est au dehors et au dedans, on dresseroit une plate -forme au dehors, pour battre à cavalier le dedans de la ville ; et que du costé de ce bastion verd on y dresseroit une mine, avec Taide de quelques An» glois que le mareschal entretenoit à la suite de l'ar-* mée , laquelle ne sceut faire si bon guet que le capitaine Menegon, qui estoit parti de.Fossan, n'entras! dedans avec trois cens hommes, qui donnèrent un graud renfort aux habitans fort obstinez à la deilënce, et lesquels, à coups de frondes, tiroient incessamment de grosses pierres qui blessèrent beaucoup de nos gens qui s'approchoient un peu trop. Pendant que ceux de la plate *for me, sur laquelle furent assis et braqueasi huict canons, faisoient leur office, on travailloit diligemment à la mine, qui s'advançoit fort, sous la conduite du sieur de Rossane, qui se rengea au service du Roy peu après la prinse de Busqué.

Or f le mareschal ayant nouvelle que l'armée des ennemis s'assembloit pour venir au secours, il envoya prendre les chasteaux de Boquesparviere , Demont et Rocavion, qui sont sur l'advenue de Tende à Cony, qui furent aisément rendus. Ceux de Cony, se voyaus si estroictement bridez et battus qu'ils n'auroient nouvelle de secours, ny aucune relasche pour respirer tant soit peu, entrèrent en quelqu'opinion de se rendre, comme je croy qu'ils eussent fait sans un malheur qui advint de la part des nostres ; c'est que quatre ou cinq soldats, parmi lesquels estoit le fils du prôcu» reur du Boy à Saluces , s'advanturerent une nuict

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