‹ Mémoires, 1550-1560Chapitre 9 sur 21 · I^ [^^^7] MÉMOIRES · texte numérisé non relu

I^ [^^^7] MÉMOIRES

d'entrer dans le fossé de la vilWpour recognoistre, de la part ducapitaiae Là fa i>me ^ieur capitaine, certain flanc Nde ce bastion verd qui repondoit au fossé: ils furent deseouverts et si bien chargez, que lèfi trois n'en parlèrent plus. Ce fils du procureur du Roy, blessé en une jambe toute fracassée, fut porté dans la ville, sous la promesse '^ue , luy 'sauvant la Vie , il leur diroit un granjd secret. Le Menegon Tàpasta de belles paroles : lors il, leur dict : « Messieurs, qe soyez pas si mal advisez^de vous rendre aux François, car ils ont délibéré dé tuer hommes, femmes ^t enfans, et de brusler la villes, quelque chose qu'ils soient pour vous promettre au contraire. ^ Ce rapport les mit en tel desespoir, qu'ils jurèrent dé s'ensevelir tous dans lestuines^de leur patrie, et deslors se monstrerent plus rude» et plus obstinez que jamais au combat: et, toutesfois , c'estoit chose à laquelle jamais le marescfaal ny autre n'a voit pensé, ces crnautez estant abhorrées par une ame si débonnaire qu'estoit la sienne. Il y avoit dans la ville un soldat sur ce bastion verd , lequel, à chaque voilée que nous tirions, nous monstroit le cul par dérision : or, pour l'attraper, le sieur de Gaillac commanda que des huict pièces qui tiroieçt de ce costé-là les deux fussent remplies de cailloux, et qu'elles ne tirassent qu'un peu après les autres, pour attraper le compagnon ; comme il fut, et vismes voiler les pièces de ce pauvre corps , qui receut le salaire de sa témérité et moquerie.

Or, la mine se trouvant preste à recevoir le feu, le mareschal ordonna que toute l'armée se mettroit en bataille es environs de la ville ; ordonna la forme de l'aàsant, la première pointe duquel devoit estre con-

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daite et commandée par le baron de Chepy, maistre de camp y avec douae enseignes et cinquante gentilshommes volontaires ; et la deuxiesme pareillement par le vidame , colonnel , avec environ Mtre cent gentils^ hommes volontaires et douze enseignes. Luy, (jui s'estoit persuadé d'estre le ' principal et le plus suffisant chef de l'armée, et non pas membre d'icelle, ne pourvoit endurer que le mareschal disposast de Tassant, ny que le baron de Chépy fust en telle estime de conduite et de vaillance qp*il estoit; en haine dequoy aucuns machinèrent deux grandes meschancetez : Tune , qu'il falloit faire tuer ledict Chepy, comme il fut, par derrière, marchant à l'assaut; l'autre, qu'il n& falloit seconder ceste première trouppe au combat, ains marcher lentement, à Qn qu'elle fust la pluspart deffaioCe, à la peite et deshonneur du Roy et à celle dudict mar reschpl ; et qu'srpres ceste eschec le vidame marchast pour avoir l'honneur de la conqueste.

Or voyons maintenant ce qui en advint : le feu fut donné à la mine; ellefit un si grand effort, que on poavoit monter à cheval dans la propre tranchée et retraitte des ennemis. Soudain que la poudre se fust eslevée et, que l'advantage fut recogneu, le signal de l'assaut fut donné; le baron de Chepy, en donnant courageusement , fut tué par derrière. Les trouppés ne laissèrent de s'advancer , et mesmes la noblesse, qui donna et entra jusques dans la tranchée ennemie, d'oà elle fut lourdement repoussée, n'estant suyvie comme elle devoit. Quoy voyant le mareschal , il courut du costé où estoit le vidame, qui s'advançoit lentement,'contre lequel se courrouçant fort aigrement, et contre ses trouppés aussi qui ne s'advançoient ny

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reculloietlty et ne faisans ny Tun ily Faiitre. estoient tuées ) il fut contràiuct dé metti'e la main aux arme^ pour les faire retirer ; et eb ceste mal-lieureuâé faction il n'y eut homme de marqup perdu qu^uh gétitilliomme et environ cent ou six vingts soldats^ qbe morts, que blessez. Le mareschal, infitiiement desplaisant de ces des-^ordres^ fit ceste reprehension et remon^trance àTarmée : « Je ne vous estitneray plus dignes , comme je faisois cy-devant, mes amis* et mes compagnons, de porter le tiltre d'hommes bien constants, fidelles et affectionnez au service de Dieu,'du Roy et de la patrie, ny de la gloire de leur gênerai aussi , puis qu'à ses yeux vostre ame s'est monstrée si couarde, que le seul esclat des armes ennemies vous ont faict tourner le doz sur^une bresche où l'on pouvoit inesmes monter à cheval, et tout cela au perpétuel vitupère, non de nostre nation, mais de vous seuls , soldats vétérans du JPiedmont, qui soûliez cy-devànt faire trembler l'Italien et l'Espagnol. La playe et la honte est telle, que. le décimât seul est celuy qui la peut purger; toutesfoîs, quand je regarde vos visages, je les vois tellement enflammez pour le regret de la faute, que je pardonneray à tous si au, lieu où je vous conduits je vois vos courages si acharnez à battre vos ennemis, que la mort ny mesmes les dangers n'en ayeiit sceu effrayer ou retenir la force de vos bras. »

Yoylà que c'est que de donner les charges à des gens qui n'ont autre valeur ou prudence que l'audace et la témérité, presumans de ce qu'ils ont le moins; aussi les despens en tombèrent sur le Roy, qui l'avoit choisi. Je vis l'heure que le mareschal luy cuida donner de l'espée au travers du corps; s'il l'eust faict il se fiist

DE «uviLLias. [iSS^] lap

délivré de1)eaucoup dépeints (}u'il luy donna encores depuis, tant ce seigneur es toit confit en haine : aussi di-, soit-on qu'il ne croyoit , comme porte le dire commun , en Dieu. que sur bon gage; je m'en rapporte à ce qui en est; et de feiçt^ depuis il fiûa ses jours fort malbeureaSement dans la prison de la Bastille, pour expiât tion de ses pechèz.

Au mesme instant que ce desordre survint, on eut nouvelles que le marquis de Pescaire marchoit avec Tarméeau secours de Cony : surquoy, les seigneurs du conseil assemblez , il fut disputé de ce qui eâtoît à faire: chacun eu5t conclud au combat, estaris les plus forts, comme nous estions ; sans la corruption et désobéissance que le vidasme aîvoit introduite dans Tannée, de laquelle il se retira et s'en alla passer son temps à Pignerol et a Thurin , faisant semblant d'estre malade. Or le maresélial s'advisa d'un expédient par la pratique duquel il mettoit le marquis au hazard de perdre et son armée et tout d'un train Foussan et Cony.

Il leur remonstra donc qu'en quîctant, comme il vouloit faire , le siège de Cony, il marcherbit vers la plaine d'entre Saluées et Fossan , où H se paixjueroît avec l'armée; que cela seroit cause que le marquis s'advanceroît vers Cony avec la fleur de la fanterie et cavallerie seulement , laissant le gros de l'armée à Foussan pour l'attendre , en intention, après avoir visité et faict redresser les ruines et les bresches, de tourner teste vers ledict Foussan ; qu'il estoit résolu , pendant qu'irferoît ce voyage, de faire venir en toute diligence dix enseignes fraischés des garnisons et quatre cens chevaux; et que tout aussitost qu'il auroit cela, î feroit marcher toute la fanterie et cavallerie es en- 3o. - 9

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vil oils Ae Foussan , et iceJlé bien barri^stdér dans les villages et métairies^ qui sonj; fort fréquentes à TeDtour^ le .toat commandé par M. de Termes , pour serrer les vivres à Tarmëequi estoit là dedans engagée, et la réduire ou à se desbander ou à se ditaiduer, et par la faim et par la fréquence des Combats qui itty seroient par^culierement rendus et de jour et de nuict : et que luy^ j^vec douze cens chevaux et trois cens barquebusiers à cheval, yroit vers Cpny ; dont succederoit que le marcfuis seroit forcé de s'enfermer, hiy et ses trôuppeSy en ce^ieu où il n'y avoit que vivre, ou quil seroit contraint à venir au combat, ou à se sauver et retirer par cinq ou six journées qu'il y a de montagnes *fort aspres et stériles depuis ledict Gohy jusques à Savonne ; donf sa trouppe demeureroit à demy deffaite, et Coriy si despourveu de vivres et mal fortifié, qu'il y retourneroit tout soudain pour l'emporter, an moins s'il n'avoit meilleure occasion en main.

Que cependant ceste armée engaigéedans Foussan, ainsi destituée de son chef, seroit deffaite peu à peu à mesure que la faim les presserôit de prendre le hazard de la sortie, et que ces jeuz ainsi jouez, sans doute Cony et Foussan seroient emportez sans hazard , et -peut-estre aussi quelque autre chose de meilleur. « II se faut haster, leur dict-il, car tant plus on consulte sur les choses hazardeuses, et tant moins les entreprent-on, et de là elles sont tousjours descouvertes. L'espérance que i'ay d'un heureux succès est beaucoup plus forte que n'est la crainte de perdre davantage : vous sçavez qu'il n'y a point d'entreprinse plus reiissihle à la guerre que celle mesme que l'ennemy ne peut croire qu'on puisse entreprendre. » Ceste resolution

OE DUYILLÂ^A. [1557] 1^1

fat grandement louée, approuvée et ejnbrassée d'un chacuQ, de laqueUe les efiects s*ensuy virent depuis a peu-pres de ce qui avoit esté prudemment pnojecté.

Car le mareschal ayant levé le siège ^de deVaol Cony , le marquis de Pescaire y entra à cheval pai: 1«^ mesoie bresclie X}ue la mine avoit faicte ( ce que Vous* noterez à la confusion duvidasme), où ayant demeuré fort peu de temps, il fust tout esbay que il vii revenir le mareschal : dont il jugea que le jeu;ne sedesmeleroit pas sans^un hazardeux combat, et qu'il valloit mieux mander, comme il fit, à ceux de Foussan qu'ils se retirassent en Ast, et que l«y prendroit le chemin de Savonne pour se retirer par les montagneft, où, par les ffles-aises et aspretez du chemin et des chaleurs, il, perdit la pluspart de ses trouppes, avec une grande bresche parmy Thonneur et la prudence dont il se chatoiiilloit.

Quoy entendu par le mareschal, il retourna bride, et s'en vint à Servieres, oti estoit logé le gros de larmée, tenant toute Vadvenuë d'Ast à ï'oussan. Au mesm'e instant il eut aussi nouvelles que le cardinal de Trente et le sieur Nicolas Madruce son frère s'en venoient en Ast avec le nouveau régiment d' Allemans, six cens chevaux pistoUiers, deux cens hommes d'armes, et cinq cens chevaux legiers, et trois cens gentilshommes volontaires du Milannois, avec intention de venir désengager l'armée qui estoit à Foussan, ayaPnt sceu que plusieurs trouppes qui s'estoient bazardées d'en sortir avoient esté deffaites;, comme il fut, à plus de trois cens chevaux.

A ces nouvelles le mareschal print resolution de faire tout ce qu'il pourroit pour empescher que ces

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deuK armées ne se peussent rejoindre, pour les pouvoir ainsi separemment combattre > ne se r^ognoissant assez fort pour ce faire tout à la fois si lalles s'assembloient une fois , mesmes estans supérieure de cavallerie à nostre armée.

^ Pendant ,qu il se preparoit à ce combat , il donna advis au Roy de ce qui avoit esté faict à Cony et depuis, et la resolution qu'il avoit maintenant prinse ; suppliant Sa Majesté de croire que les soixante mil' escus que je luy avois apportez n'avoient peu suppléer qu'à despartir cinq ou six cens livres pour. compagnie ; que leur estant deus de quatî-e à cinq mois y il les voyoit réduites à un si extrême et dangereux desespoir, qu'il falloit q^'il en succedast de trois inconveniens l'un , et paraventure tous : iç premier, le danger d'une mutinerie lors qu'il est sur le poinct de combattre; le deuxiesme, la contrainte que ce défaut luy apportera de se retirer aux garnisons sans rien faire ; et le troisiesme, là perte du temps et des occasions qui auroient peu estre.. exécutées à l'advancement des affaires de Sa Majesté, et qu'il faudroit tousjours neantmoins, à la parfin, venir à ces payemens; que le dommage et la perte qui en sortiroit estoit à mil pour cent plus dommageable que le propre interest de l'emprunt qu'on eust peu faire pour fournir à ces nécessitez inexorables, comme il avoit prié M. de La Chapelle Byron, porteur de ceste dépescbe, remoustrer à Sa Majesté, luy;, dis-je , qui estoit visible tesnaoin de ces misères, n'ayant depuis la prinse de Valfenieres bougé d'avec lé mareschal, servant avec dévotion fort loiiable.

Supplia de mesme suite Sa Majesté de donner l'es-

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latde maistre de camp^ que tenoit le baron de Chepy, au sieur de Salveson y sans neantmoiiis quitter le gouvernement de Casai ; que M. le vidasme , avec lequel il s'esloit reconcilié, en escrivoitluy-mesme à Sa Majesté.

De pourvoir diligemment au remplacement des poudres despenduè's à Valfenieres , Cairas et Cony .

Du vingt-troisiesme juillet, que M. le duc de Ferrare avoit failly de prendre la Guastalla par la trop . grande vivacité et courage de son fils ; qu'il voyoit que les affaires de la part de M. de Guise, ny les siens aussi, ne pouvoient prospérer, si-non autant qu'avec Tarmée de Piedmont ils endommageroient les atfaires de la duché de Milan. Sur ceste semonce, ledit La Chapelle fut encores chargé de remons^rer au Roy qu'il ne failloit pas que Sa Majesté attendist au* cun secours ny service de l'armée, au moins si des cinq mois qui estoientdeuz elle n'en envoyoit tout présentement les deux , et les autres deux dans quinze joui^ après; et qu'en le faisant ainsi, il s'efTorceroit défaire quitter à Sa Majesté le cinquiesme mois, et quaussi-tost que cela seroit accomply, et le renfort quelle luy avoit promis arrivé, il s'advanceroit si fprt en la duché de Milan, que le duc d'A.lve serôit contraint de tourner ses principales forces de ce costé, ou y laisser faire une lourde bresche.

Sera par incident noté qu'au mesme temps que le duc deFerrare'escrivoit, M. de Guise manda.aussiau mareschal que n'ayant trouvé, comme il avoit prédit, aucunes provisions de la part du Pape sur les choses promises, qu'il avoit dépesché le sieur de v Noailles vei^ le Roy pour sçavoir s'il tourneroit teste vers la duché de Milan , ou s'il palienteroit en l'attente

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des provisions frivoles de la part du Pape. Cela s^appelle vouloir Éermer Testable après que le cheval est perdu.

Le roareschal , en tenant l'armée du marquis engagée dans Foussan , qui estoit composée de dix compagnies de gendarmerie commandées par Manfre Tornier, novarrois, et de quinze compagnies de cavallerie par Jean Baptiste, romaa, et quatre mille fanlacins, Espagnols et Italiens, et quinze cens Allemands faisoit faire tout en mesma temps- le gast de la récolte , tant es environs d'iceluy que de Cony aussi.

Lé vingt-septième juillet, ceux dudict Foussan, ne pouvans -supporter Fincommodité où ils estoient reduicts, firent sortir du costé où estoient messieurs Dampville et vidame de Chartres, qui estoit revenu en grâce, trois cens hommes de pied et soixante chevaux, qui furent fort rudement chargez et menez battans jusques sur le bord du fossé, sans perte que dun cheval d'Espagne qui fut tué sous ledict sieur vidame.

Et au mesme instant que ce jeu se démesloit, ils sortirent aussi du costé où estoient le mareschal et de Termes , qui les rembarrèrent bravement avec perle de plus de cent hommes, sans qu'un seul des nostres y fust demeuré , la crainte ou l'espouvante ayant desja si avant saisi le cœur des trouppes ennemies, que tout s'y desmesloit plustost par hazard que par jugement.

Du dernier juillet, le mareschal donna advis au Roy que le marquis de Pescaire avait perdu beaucoup de ses gens, de tous lesquels peu fussent demeurez, s'ils n'eussent eu à Savonne des barques pour les porter à Gennes, d'où il estoit party et venu en poste à Milan.

Que les reislres qui estoient venus en Ast en estoient partis pour aller à Tortone, en attendans le

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marquis , lequel de voit rassembles ses forces pour vénîf desengager l'arme'e enfermée idaqy Fôuçsan, et fak^er quitte^ le degast de là campagne.

Qu'il a cependant depescbé le vidame dç Chartres pour aller pr^ndceile chasteau de' Carail, qui est enJtrç Gony et Sallkcee, qui s'estoit rendu à luy après ayoïv enduré cent vol^s^de canon seulement/ au lieu^de cinq cens qu'il pouvoit ^attendre , et puis capituler. ' .*

Quil luy a cpmmandé qu'ayant renvoyé l'artilleriV à Saviglan / ilg(donnast jùsques à Cony, tant pour gaster la camps^ne comme pour brusier les mon-:. lins, ce qu'il avoitf|Mt beiii^usement exécuté, fors les deux qui sont, attachez au fossé dg la ville ; et quela garnison estaiit sortie à Tescarmouchç , il en avoit defiaict une trentaine, et amené autant de prisonniers. Et peu s'en fallut qu'Alexandre de Magio, qui y cornmaodoit, n'y denîeqrast.

Que par lettre du sieur Dasnois, ambassadeur aux Grisons , il avoit eisté adverty que les ennemis avoient faict lever par le comte d'Autemburg mille chevaux,, qui sont es environs d'Auguste (0, pour les faire descendre en Italie aVec huict cens bestes de charroy qui conduisoient des poudres et des salpestres; que si cest advertissement estoit véritable, comme il estimoit, il seroit desonaais temps de hystérie renfort d'hommes, les deniers et les poudres que Sa Majesté avoit accordées.

Qu'estant tombé malade des gouttes et de fièvre tout ensemble , il estoit contrainct se retii^er à Saluées pour penser à sa Santé ; mais qu'auparavant que partir il avoit faict aller M., de Termes à Genoilles avec le plus gros des forcés; le seigneur de Gonnort, son

(») Aouate.

frère y à Br^a^ avec qyi^fcre copapagnies de gendarmes, deux de chevpux légers et troU cîw&Qterie; à La Morre, Noël et Verdari, autres deux compagnies de dievauz légers, et autant de gens de pied à Beines, souz. Montbazin ; comme aussi avoit-'il iaict les sei* gl^eurs de La Motte Gondrin, et Sainet-Cbaûmont, et La Curée, à (a Villençufve , et donné signal à chacun d'eux pour à mesme heure se jetter sur les chemins , afin que si ce qui estoit engagé dans Foussan vouloit sortir, quils eussent tout à coup, et *de tous coslez, tput cela sur les bras.

Du huictiesme aoust, qu'il areceu le règlement que Sa Majesté a apporté au faict des payemens des assignations , et que si Fexecution s'eo ensuit de n^sme sans interruption aucune , que Sa Majesté pourra estre cy après mieux servie qu'elle ii'a cy devant este parmy toutes ces violentes et inexorabtles nécessitez; et que mesme il a aussi grande espérance • d^emporter tout d'une venue Foussan et Cony, qui tiennent engagez , dans Montdevis, peines , Saviglan , Bental «t Carmagnoles , de quatre à cinq mille hommes de pied , et de quatre à cinq cens cheyaux.

Que les ennemis dépescherent soudîiin un capitaine de chevaux légers nommé le Mi^ord, a^c vingt-cinq chevaux , pour haster ledict marquis à leui: délivrance, sinon qu'ils estoient résolus de hazarder le paquet, quoy qu'il en peut advenir. Cestuy-cy, se servant de la nuict, print son chemin. pour aller p$i^er par le derrière de Cairas et d'Albe, où toutes- fois il trouva fert bonnes gardes de la part du sieur de Lyoux, gouverneur d'Âll)e, qui le chargea si rudement, qu'il y çut dix-sept de sa suitle, que morts , que prison vs *

DE pVVlLLARS. [l55'7] l'i-']

le reste se sauva tUms le 'boi», où' les païsan$y avec le tocsia (0, ie$ assôfinaerçnt^ selon Tordre qu'avoit cydevant donné le mareschal. Parmy ces prisonniers il y avoit deux corneltes de cavalI^nSe et tin alfier dç César de Naples : de mani^*e qu'il- estoit de tous costez mal aisé que le marquis peust aborder à Fousânn , ny eux en sortir, sans coûrit hazard d*estre defiaicts, ayans à faire vingt lieues de retraicte parmy païs ennemy, armé y et qui est tousjours au guet. . Le huictiesme aoost, le maresebal renvoya le vidame vers Cony pour de nouveau essayer de brusler les deux moulins restans, et dresser une embuscade en un lieu qu'il luy ordonna , et dans laquelle il estoit« impossible que Tennemy ne donnast s'il sortoit , comme il estoit à croire qu'il feroit: et de Ésiict, selon le projea, les choses forent heureuse^nent exécutées^ à sçavoir les moulins bruslez, et des ennemis que prinsque tuez y environ cinquante.

Au mesme instàpt M. de Termes partit de Genoilles, avec bonne tiH>uppe^ conduite par lés sieurs de Dampville, de Teirides, Francisque Bernardin, et autres braves cavalliers ,luy faisans compagnie, avec intention d'aller rompre les moulins de Foussan. Les uns et les autres, grâces à Dieu, exploicterent si bien, <}a'ils ebcecuterent leur dessein à la totalle ruine de ceux de dedans, qui eurent deslors en avant plus à souffrir.

Le dix-huictiesme^ d'aoust , ceux de Foussan ayans faict une grosse sortie, le sieur de Termes, de Dampville et tous les autres seigneurs, qui se tenoient tousjours prestsà toutes sortes de mouvement, montèrent

CO Leë paysans qu'on avoit rénnis en sonnant le tocsin.

i38 [^557] mémoire;;»

k cheval , .plusieurs d^^rgeis et recharges faictes de costé et d'autre; mais en fiu une jeune trôuppe^de noblesse. Françoise y qui s*estoitrengée ensemble sous Dampyille, dôni)a si furieusement claps |es ennemis ^ qu'ils les menèrent batans jusques dans laiûHe^ pil le sieur de Rambouillet et trois ou.qudtre autres se trouvèrent peslemesle enveloppez. tTout le mal qu'il y eut pour nous c'est la perte dudict sieur de Rambouillet, et celle de Paul Baptiste Fregoze; lieutenant de M. de Dampville y lequel , ayant fort vaillamment combatu avec son capitaine, eut la teste empoilée d'un coup de canon qui fut tiré de la ville ; c*estoit un fort courtois et brave cavallier, et qui fut regreté de chaôun, et de son capitaine sur tous. Qui .considérera, de près le jugement avec lequel le mareschal conduisit tout cecy, la valleur et l'affection y autant des seigneurs que des soldats, confessera que les, ruses et la valeur de tous en gros a surmonté, ou aU m'oins esgalé, tout ce dont les légions romaines ont esté recommandée^, et par des esprits qui ont quelquefois avantagé le compte.^

La nuict de ceste martiale journée, estant retourné à Saluées, sur la minuict fouis un grand tintamarre à la porte de mon logis; je me levay'et mis la teste i h fenestre. Je veis le sieur de Lambres, valet de chambre du Roy, venant de la Cour. Je luy fis ouvrir, et, en l'abordant, tous mes membres frémirent, par un présage de la triste nouvelle qu'il apportoit de la perte de la bataille Sainct Laurens , prinse et blesseure de M. le connestable. £t pour autant que les nouvelles et messages qui venoient la nuict s'addressoient à moy par commandement du mareschal, soit pour luy aller rapporter ce qui requeroit prompte provision, ou pour

DÇ DU^LLÂ^S. [1557] 1^9

la remettre à son levçÉr^ j'e^psfrtis soudain de mjpn logis et vins heurter à la chjambfe'^udict sieur mares* chai, qui s'éveilla en sursaut, et me voyant, me dict i « Helasl mon amy, vous m'apportez quelque mauvaise nouvelle. » M'estknt approché de'luy, je luy dis : « A la vérité, monsieur, elles «ont plus ti*istes et plus déplorables- que je ne voudrois, et s'il {usl jamais temps de desployer vostre constance et vostre vertu , c'est aujourd'huy qu'il le faut faire. » Lors, luy ayant racompté en gros ce que j'avois aprins , je feis entrer Lambres , qui luy en fit le discours bien au long; après quoy il me commanda de dépescher un courrier exprès à M. de Termes au camp , luy mandant de se trouver de grand matin à Saluées , menant avec luy les seigneurs de Gonnort, de Dampville,'vidame de Chartres, le président de Birague, les seigneurs viconte de Gourdon, de Lyqpx et Francisque Bernardin, et aiiparayant que partir laisser toutes-fois si bon ordre en l'armée et en tous les autres endroicts, qu'il ne peust advenir aucun inconvénient pendant leur absence^ et que soudain qu'ils auroient disné ils s'en retourneroient tous au camp.

ainsi que je faisois ces dépesches , le sieur de Yineuf arriva, apportant aussi let'tres et instructions de la part du Roy sur le mesme suject dudict Lambres.

Tous ces seigneurs estans arrivez sur les huict heures du matin, te mareschal, ayant aussi faict appeler lesdicts sieurs de Vineuf et Lambres, leur fit exposer à tous deux leur créance, et faire lecture des lettres et instructions de Sa Majesté, portans qu'ayant M. le connestable fort heureuselhent jecté assez bon nombre de gens dans Saine t-Quentin, assiégé parles en-

i4o ['^^^sG ^ÉM^yvAE^

nemis^ et se retirant avec «rarmée^ laquelle, selon la coustutne des François ', ne gsordoit gueres d^ordre en la retraite ^«ayant oiesme accomplyreffect pour lequel elle estoit envoyée, elle auroit trouvé Tarniée ennemie, commandée par les duc de Sav«ye et conte d'Aiguemont, qui avoient gagné le devant par le derrière de certains pousteaux et vallons ,. contre Topiniôn qu'on en avoit, et qu'il fallut -iors forcément venir au combat, lequel auroit esté pûur un temps soustenu assez vigoureusement; mais qu'en fin Tennemy estant supérieur de cavallerie , tle résolution et d'ordre , l'advantageseroit demeuré* de son costé, M. le connestable prins et blessé, combatant fort vaillamment, comme aussi avoient esté plusieurs autres princes et seigneurs de marque, et plusieurs sauvez avec le sieur de Boardillon, depuis maraschal de France, qui les départit tous dans les places de la Picardie ^ là plus, part desquelles^ sans cela, se fussent perdues; d'autant qu'on en avoit précédemment tiré les garnisons pour en remplir l'armée; ce qui fut fait fort mal à propos et de longue main preveu par le mareschal , la prudence et prévoyance duquel le rendirent tOusjours obstiné à fuïi^ le hazard des batailles, s'il n'avoit ses places si bien pourveuës, qu^elles, en cas de fortune contraire , fussent pour tenir bon attendant un secours. Si dés la' retraite que fit l'Empereur , et que le fils armoit grossement, le mareschal en eust esté creu, on l'eùst, par 'la leyée (fune puissante armée, tellement rebuté, qu'il n'eust demandé que paix et amitié.

Au lieu de ce feire on s'endormit en sentinelle pour espargner deux cens mille escus qui ont depuis coasté à la Fratice plus de six millions. Or, sur ce propos, je ne

DE DUVILLAKS. [VBS^] l4.I

veux taire' le fondement principal de ceste routte : il faut donc sçavoir qu'tfn inôis, après (jue l'Empereurse fat retiré, en Espagne ^ le mareschal y me depeschant vers le Roy^ entre autres choses il me commanda, de dire à Sa Majesté que le roy d'Angleterre faisoit lever de grandes farces en Espagne , Allemagne et Ittilie; que si Sa Majesté permettoit qu*eci ce sien rtouveau advenement il jprint quelque curée sur elle , que cela Tinviterok et aifrianderoit à y retourner 5 là où , par le contraire , si Sa Ma je3té- s'armoit de si bonne heure qu'il ne peustri^ entre-prendre à* son préjudice, il.se rebuttecoit et demanderoit la «paix. La responce que j'en ràpportay fut que l'ennemi estoit si endèbté qu'il ne sçavôit de quel bois faire flesche ; que Sa Majesté n'avoit faute de prudence ny de ^oin pour digérer et pour prévenir «es inoonveniens. Sur laquelle con-îfiance n'ayant Sa Majesté faict compte de s'armer à temps, il en advint ce que le mareschal avoit prédit \ car l'ennemy se jecta peu après le plus fort à la campagne, pour auquel feire teste en ceste repentine surprinse, on tira des places de Champagne et de Picardie les garnisons pour en faire un jcorps d'armée. Quoy recogneu par l'ennemy, cault et vigilant, il s'adressa à Sainct-Quentin , ^desgarny de sa force , qu'il emporta avec l'honneur de la bataille;. ce qui ne fust advenu si, conformément au conseil du mareschal, on eust prévenu l'ennemy : et est chose estrange que j^avois loi's en main un almanach de Noslradamus qui cottoit la perte dudict Sa inct-Quentin au mesme jour qu'elle fut priase.

Revenant à Ce que le Roy mandoit pour remédier aux inconveniens où tout le royaume pouvoit tomber,

l4â [iS.S^]' MJÊMOIHBS

Sa Majesté voaloii. qu on luy envoyas! diligeinmenl t<His les' 'Suisses qtii estoient en Piedmont, au noinbre de qviatre à cinq mi].

Qu'elle désire, que M. de Termes^ s'achemine diligeimmexit vers elle^ à chevaux de relais , et que sa cctfnpagniede gendarmerie le suive; que le sieur de Dampville. s'e» vfenne aussi /laissant .sa cavallerie en Piedmont. . • . •

Que «ans la grande reputi^tipn et support que le mareschal, par sa seule présence , pouvoit apporter aux affaires d'Ital|e en une si ui^nte nécessité; qu'elle Tauroit soudain appelle près d'elle , pour en recevoir Ip mesine conseil et secours qu'elle ar<Ht tousjours eu de luy en toutes sortes d'affaires.

Qiie ledict sieiirdnareschal luy envoyas! , au pai*sus les Suisses, quatre compagnies 4^ gendarmerie et autant de cavallerie, et: que pour un temps il se contentast de demeurer sus la defiensive ; et peantmoins que là où il se trouveroit fort pressé , qu'il fist de nouvelles levées de fanterie et cavallerie de tous costez, et qu'ai^ gent ne luy defaudroit pour ce faire-^ ny pour les entretenir aussi.

Après que toutes choses eurent esté' entendues et débat uës{)ar ces seigneurs, il résolurent tous qu'il estoit nécessaire de diligemmeat dépescher vers le Roy personne expresse, pour remonstrer à Sa Maje^ ce qu'il leur sembloit convenable à son service, ^t la consoler aussi en ceste affliction. Tout mal habile que je suis, je fus choisi pour aller faire l'un et> Taotre office de la part de tous, et en particulier dudict sieur n)areschal, dont j'ai rédigé par escrit la principale substance, pour servir d'instruction à la posterilé, |

DE DiJVlLLAks. [iSS^] l43

et pour rendre ^e diseçurs d^ ces Mémoires plus intelligible.

(( Sur la disgrâce n agueres advenue à partie des forces de Sa Majesté, au combat rendu par M» le connestable aa secours et retraicte de -Sainct-Quen tin,. dont le sieur de Lainbres et, depuis, celuy de Vineuf, ont fâict le discours à M. le mareschal deBrissac et à tous les seigneurs de Farmée, ils ont, de mesn^e voix et concordance, chargé le secrétaire Boy vin d'aller, de leur part, présenter leur tres-humble service à Sa Majesté, et la supplier que, comme prince magnanime et généreux, elle vueille recevoir, parmy tant et tant de grâces et de bénédictions que Dieu luy a cy - devant données, ceste petite piqueure pour tesmoignage de Tamitié don^t Dieu honnore tousjours les siens. «Que le prince njagnanime, tel qu'elle est, ne se laisse jamais esbranler ou esgarer par aucan sinistre accident, la constance luy apprenant à les suppoiter avec la mesme fermeté et inflexibilité qu'elle mesme practiqua, en «es premières armes, contre Charles cinqu'resme lors qu'il vint en Provence plus brave et plus puissant que ne sera jamais le fils ; en fin ^ que la divine Majesté ne défaut jamais à ceux qui entreprennent et qui désirent choses si justes que celles-là.

« Qu'elle se doit aussi souvejiir qu'en la guerre, non plus qu'en beaucoup d'autres choses, les affaires ne succèdent jamais *gueres selon nos desseins, ains selon ce que le Dieu des batailles veut et permet; que de là les hommes sages et courageux en tirent leur asseuraace, et mesnagent les occasions avec une prudence et fort considérée promptitude, comme ils s'asseurent que Sa Majesté saura mieux faire que nul autre ; re-

r46 [l^^?] 3f£MOIKES

le moins y qui serviront de première planche pour donner loisir au recouvrement des moyens particuliers de Sa Majesté; et là oîi il s*en trouveroit de renitentes (Oy après que Forage sera passé il les en faut chastier au double , comme perfides et ingrats à leur prince et la commune patrie.

« Pourra aussi j ou de gré ou de force , faire contraindre tous les fermiers, soit du domaine ou des gabelles^ à faire advance d'un quartier de leur ferme.

ce Pareillement, de gré à gré, tirer de toutes les chambres des comptes, thresoriers de France, généraux des .finances, receveurs, payeurs et autres, un quartier de leurs gages par advance. En bien mesnageant les affaires, et sans permettre que les thresoriers, les pensées desquels ne s'estendent pas plus avant que leur vie, fassent la moindre bresche du monde aux finances qui seront ainsi assemblées , Sa Majesté aura bien tost en main trois ou quatre millions dor, qui porteront en avant la guerre pour {dus de deux années , sans ce que , comme dit est , Sa Majesté recouvrera de main en main de ses revenus, se souvenant qu'en afiaires d'Estat si pressans que sont aujourd'huy ceux*Ià , il faut procéder extraordinairement, sans esgard qu acception de personne. Qui ne sauve la teste perd bientost tous les membres.

ce D'alléguer, comme quelqu'un pourroit fiiire , qu'il y a du danger d'appuyer sa fortune sur des forces ainsi nouvellement levées, les François ny les Suisses ne peuvent recevoir ceste distinction ou accusation, car leur invétérée affection portera des regi^ets de ce desastre, qui leur imprimeront un courage extremeffleot

(0 Qui refuseroient.

DE DUVILLiRS. {1557] 1.47

eslevé à reparer les fautes et à réduire toutes choses en seureté. Ces desastres soni ceux, à la vérité^ qui apprennent tousjours mieux que nuls autres Tart et l'in* dustrie à sagement et utilement guerroyer et à garder l'ordre et la discipline, sans lesquds les armes ne prospérèrent jamais gueres.

« Que le commandement que Sa Majesté fait aujourd'hay de luy envoyer tous les Suisses et la pluspart de la gendarmerie qui est en Piedmont , n'est pas me-^ deâae gueres propre à guérir les récentes playes, mais plustost pour ouvrir le chemin à Tennemy pour en faire de nouvelles, et sans toutesfois en tirer le secours que Sa Majesté prétend ; en voicy la raison : Ce quellç tient de deçà luy a tousjours servy, non seule^ ment d'augmentation d*£stat , mais aussi de bridé trespropice à faire teste à TEmpereur sur ce qu'il entreprenoit contre la France et l'Italie.

«D'ailleurs les forces sont au jourd'huy tellement diminuées par le continuel travail, par les maladies , et sur tout par la faute de payemens, que le npmbre n*ea est si grand ny si robuste qu'elle pourroit estimer. Le chemin qu'ils ont h faire veut pour le moins six semaines pour se rendre vers Sa Majesté, mesmes parmy les grandes chaleurs d'aujourd'huy, lesquelles réduiront le nombre à la moitié , et ceste moitié , quand elle arrivera , sera si debiffée , qu'il luy faudra autres trois ^pmaines et de l'argent pour se • reposer et remettre.

« lies affaires en ceste course de temps ou se seront remis eu bon estât , ou ils seront ruinez tout à faict : si en bien y comme on espère en Dieu, ce secours aura esté inutile à la France , et très-dommageable à ce qui

l48 [^^^7] lU^^OlRES

est de deçà;. si ^n mal, c'aura esté ou perdre ou par trop aJToibKr ce qui pouToit faire diverision et aider à remettre toutes choses en bon train. A dire véritablement ce qur en est, c'est proprement et fort inconsidérément vouloir de toutes parts mettre tout sur le tablier, sans y apporter le jugement des conséquences et présentes et futures de TEstat. Et neantmoins, poar obeïr à Sa. Mafesté , il a esté résolu de diligemment envoyer treize enseignes des meilleures desdicts. Suisses; mais quant à la gendarmerie , de le vouloir faire aussi, ce seroit joiier à quicte et au double pour le regard de ce pays ; et par ainsi leur acheminement sera retardé jusques à nouveau commandement de Sa Majesté, vers laquelle^ en tout événement, elle sera aussi-tost que les Suijssfes.

«Que le sieurde Termes partira soudain, suyvantle vouloir de Sa Majesté, et fera marcher quant et luy, et les Suisses et les capitaines françois qui ont esté choisis pour faire nouvelles levées en cheminant. Mais quant à M. de Dampville, lequel ne s'est peu trouver en ceste assemblée pour quelque indisposition, et pour le regret de son lieutenant qui fut hier tué, ces seigneurs luy porteront la lettre de Sa Majesté, et le conspleront sur la blesseure et prisop de Son père, pour le faire suivre ledict sieur de Termes, r « ftemonstrera ledict Boy vin que nous avons, par Tadvis mesmede M. de Termes, dépesché deux de nos capitaines en Suisse pour en diligemment lever trois mille, tant pour remplir les treize enseignes qu'elle demande jusques au nombre de quatre mille, que pour du reste remplir aussi celles-cy«

(c Ne sera publié de remonstrer que ce n'est pas tout

DE DUVILLARS. [iSS^} l49

derecognoistre, comme Sa Majesté faict , les maladies de TEstat, parmy lequel on ne peut faillir deux fois, mais bien d'y remédier auparavant qu'elles soyent devenues incurables , comme sont aujourd*huy celles de Piedmont, si souvent et si importunément remonstréeSy et ausquelles toutesfoi^ on n'a jamais ten^i compte de remédier que par boutades. Or, si lé mal estoit loi-s réduit au desespoir, il l'est encor aujourd'huy davantage, entant que tant s'en faut que Sa Majesté y vueille apporter le remède convenable , qu'an contraire elle l'augmente, en^despoiiillant la province des plus précieux omemens qui luy estoient demeurez , pour la mettre du tout en chemise; et lors que l'ennemy, se renforçant comme il faict,'nous privera du tout des grands advantages que nous avions sur luy, et peutestre de quelques bonnes places aussi.

« Le marescbalsçait bien que la teste et le corps sont plus précieux que les autres membres, et que le ser^ viteur doit tousjours faire joug aux volôntez du maistre, comme aussi faict-il ^ que, pour demeurer discoulpé du mal qui en peut advenir^ il luy est tousjours permis d'en faire, à heure convenable, les remonstrances nécessaires;: bien marri qu'on ne Fait jugé aussi propre que d'autres pour aller sacrifier sa vie au service de son prince et seigneur naturel, auquel il a tant et tant d'obligations. ^

« Quoy qu'il y ait, ledict Boy vin, parlant particulierenient au Roy, suppliera Sa Majesté ne vouloir jecter le manche après la coignée, comme on veut qu'elle fasse, et croire que, si son plaisir eust esté de demeurer ferme en la resolution qu'elle avoit prinse d'appell^' ledict mareschal auprès d'elle, que celuy qui ea a esté

]5o ' [l55^] MÉMOIRES

cause y ny tous les. siens emsemble^ orés ^e grands , valèurçux et affectionnez princes, ne Tenssent scen peut-^stre servir avec plu? de courage ny de fidélité qu'il eust faict et fera à ^mais , sa propre vie ne luy estant chère , sinon autant qu'elle pourra sei^ir à son maistre et à son Estât aussi.

« Sur tout ramentevra (0 à Sa Majesté , de la part dudict sieur maresclial, que pour lever les sièges des places I oq pour autre occasion , quelque favorable qu'elle puisse esttre, elle prenne soigneusement garde à ne bazarder jamais aucun combat en gros, ny à se loger aussi en lieu s'il n'est fort advantageux pour elle, et dont la/etraite puisse estre si librequ elle ne puisse recevoir aucune contrainte ou eschec pour petit qu'il soit ; mais bien s'efforcera-elle , par la main de quelque vigilant et prudent capitaine, de faire donner peu à peu aux siens quelque advantageuse curée sur Tennemy, pour leur remettre le tosur et l'asseurance, qui sont un peu esbranslez.

(c Que si l'instable et non jamais fidelle fortune a ; comme par mocquerie, conduit la France à autre parti, il faut, aujourd'huy plus que jamais, renforcer les courages et les affections , tournan ts les espérances en Dieu, qui portera si 'avant nos palmes, que nous nous gorgerons plus du sang de nos ennemis qu'ils ne feront jamais du nostre.

« Qu'il supplie tres-humblement Sa Majesté vouloir aussi bien pourvoir les seigneurs de Pavan, de La Motte Gondrin , viconte Gourdon et Francisque Bernaixiin , des nouvelles compagnies de gendarmerie qu'elle faict lever, comme elle faict assez d'autres qui

(0 Bappelleca. . i

DE-DUVlLLARâ. [iSS^] l5l

ne Font pas peut-estre si biçn mérité qu'eax ; et qu'en traictanty comme elle fait/le Piedmoni en -enfant re* prouvé, au moins elle vueille donner quelque conten*temenft aux chefs qui ont les charges et les peines particulières de son salut; autrement qu ils se retireront tous en leurs maisons, » j:6mme firent depuis Pavan et le baron des Adrets

Je trouvay le Roy à Paris , et arri^ay si à propos, que Sa Majesté, qui estoit encores au lict, commanda qu'on me fist entrer,. en attendant le cardinal de Lorraine , qui avoit lors embrassé tous les affaires ^ tant civils que militaires. Ce bon Roy, en jettant un grand soùs|»r, m'embrassa me disant : « Boy vin, mon ami, je crois que M. le marescbal a receu un grand desplaisir delà perte que fay faite. — Ouy, Sîre^ respondis-je , très-grand, mais bien encores davantage de quoyVostre Majesté estime si peu son fidelle su ject et serviteur , qu'à Tappetit de gens qui n'ont que la langue elle a mieux aimé en appeller d'autres que luy à son secours , et qui peut-estre n'ont pas plus d'expérience, d'affection ou de valeur que luy, qui est toutesfois créature particulière de Vostre Majesté. » Ainsi que je voulois porter ma carrière plus avant, le cardinal entra , vers lequel m'estant soudain tourné pour le saluer, le Roy luy dict : « Faictes sortir tout le monde , fors le secrétaire d'Estat, afin que nous oyons tout ce que nous mandeM. le marescbal. »

Là-dessus j'entray au mesme discours des choses que vous avez cy-devant veuës; mais si tost que je touchay la corde sur le secours du clergé par une année entière des bénéfices, lediot cardinal me respondit que les afiaires du Roy n'estoient pas si pressez qu'il fallust

l5^ ['^^7] MÉHOIMBS

faire cestç dangereuse playê, A quoy je répliqua^ que ce (}ue jedisois n'estoit pas playe^ mais bien que le reffus seroit celuy qui feroit une lourde playe^ et que ceux qui rejécteroîent cest expédient auroient peu d'affection au Roy , pour hk nécessité duquel il ^alloit joyeusement sacrifier la propre vie , les bieûs ^ femmes et enfanSy comme M. le maredchal avoit délibéré de faire, et qu'il luy sembloit, quoy qu*on sceust dire, que c*estoit le plus prompt et le plus aisé secours que Sa Majesté sçauroit trouver , et dont il dbnneroit luymesme le premier exemple.

Geste repartie pleut fort au Roy , mais non au cardinal. Lors Sa Majesté me commanda de poui^uîvre mes remonstrances , sur toutes lesquelles elle promit de me satisfaire bien tost, et de me renvoyer -, qu'il sça* voit fort bon gré au mareschal des conseils et des propositions que je luy avois faites, et que, comme trèsbonnes et très- utiles, il les pratiqueroit tousjours , et que; sans la crainte d'adjouster à ce desastre la perte du Piedmont, qui dependoit de luy , elle Feust dès le premier jour appelle près d'elle. Le cardinal, qui craignoit que je n'esbranlasse le Roy par «dessous main à ap peller ledict sieur mareschal, fit donner assignation de quatre cens mille livres au trésorier, avec les propositions du président Bailly, pour deniers comptans , au supplément de toute l'année, et lequel président Bailly avoit forgé lesdites propositions en sa teste , sans en avoir jamais rien communiqué au mareschal , et Texecution desquelles pouvoit plustost apporter la totalle ruine que le salut du pays.

Voicy quelles elles furent : Leuer trois escus pour chef d'iiostel , un teston pour septier de bled, unescu

D£ DUVILLARS. [l557] l53

pour muid de vin ; créer une chcuribre des comptes particulière en Savoje, et, une seconde chambre en la cour de parlement de Piedmont ; choses aussi . malaisées à exécuter que de prendre la luhe avec Jes dents. Et dé faict y lorsque la fortune voguoit à souhait pour la France , et que la force estoit de nostre costé y il ne fut jamais trouvé raisonnable de mettre sus ces impositions en pays de nouvelles conquestes, et on le veut mairitetiant faire parmi les disgrâces et les mutineries, et sans en parler au lieutenant gênerai dii Roy : n'est-ce pas bien et utilement mesnager les conséquences de TEstat; et vouloir qu'on mette cuire là dessus? Et puis laissez manier TEstat à des prestres, la pluspart desquels mesurent toutes choses plustost par utilité particulière d'eux et de leurs maisons que par celle du service du Roy.

Ce bon prince et ^elat estoit si passionné pour faire tomber le souverain maniement de TEstat à son frère, qn'il ne taschbit qti'à ruiner et reculer tous ceux qui pouvoient, comme le maireschal , faire quelque contrecarre à ia grandeur des siens ou à leurs desseins. Et dé faict il n'y eut ordre, quoy que je scèusse dire , qu'il voulut permettre que les sieurs de Gondrin , de Gourdon, et Francisque Bernardin, fussent gratifiez de la gendarmerie que Sa Majesté leur avoit tant de fois accordé, ny depuis aussi les seigneurs de Pavan , lieutenant; du mareschal, Montbazin , baron des Adrets, et capitaine Bonval, que le mareschal recommandoit pour leurs services : de manière que ceux-cy quittèrent depuis leurs charges > comme aussi fit ledict sieur de Pavan la lieutenance du mareschal, qui demeura presque sans gens et sans l'assistance de pas un seigneur

l54 [^^^7] MÉMOIRES

de marqae^ et, qui faf le pis, sans argent {>oor payer les soldats d'env^iroii six mois qui leur estoienl deQz : et coiiHiie un mal ou une dosdicte est tousjours suivie de l'autre, il advint en ce mesme instant que le vidante de Chartres, enclin au remuement de mesnage, envoya offiir au Roy, par Lodun , de Iny mener douze cens François, autant d'Italiens, et denx cens cbevauX) sans toutesfbis defournir lés forces qui estoient en nedmont, ny sans en" parler au mareschal, qui luy ponvoit aider à parvenir à ùe poinct plus à son aise qu'il ne sceust faire depuis.

Mais le cardinal , qui sceust que le mareschal avoit trouvé mauvaise ceste proposition ,. se servit depub du vidame comme d'un instrument propre à donner au Boy mauvaise odeur des actions du mareschal, ou à les infirmer par quelque moyen ; et toutesfois le Roy, qui aimoit fort particulièrement le mareschal y n'yadjousta jamais foy : je diray davantage ( selon qoe je descouvris depuis), que, si le mareschal eust à contre fin faict contenance de ne pas désirer d'aprooher du Roy, glissant doucement sur ce qu'il en pensoit^ le cardinal n'eust jamais pense à le ravaller, ains il se fust efforce de le gratifier et conserver pour ami et serviteur de luy et des siens; mais, remarquant de prés la grandeur de ses mérites et de sa valeur^ et Famitié couverte que le Roy luy portoit, ils n^ purent jamais pei*mettr9, ny qu'il s'approchast de Sa Majiesté, ny qu'il fttst secouru des moyens qui le pouvoient faire voiler plus haut. Voilà comment l'ambition mesnage tousjours les affaires au préjudice du maistre: à la vérité celuy est mal advisé qui aux affaires d'Estat s*asseure en l'amitié de œluy qui a la puissance en main,

DE t)tJVILLARS. [iSS^] l55

car elle faict tousjours oublier et là justice et le respect, pour faire place à la convoittee , ians respect de parentage ny d'amitié à l'espreuve. Il n'y a celuy peut estre qui ne clochast comme eux po&r maintenir ceste souveraine autfaorité et disposition qu'ils avoient en main.

Tant y a que le Roy n'adjou&ta toutesfois jamais foy à chose qui luy fut rapportée, ains trouva boù ce qu'il lay en avoit mandé : c'est que M. le vrtfame n'avoit autre moyen d'accomplir sa promesse que parla ruine de ce peu de forces qui estoient restées en Piedmont, mesmes aujourd'huy qu'il avoit envoyé encor au Roy les douze enseignes de Suîsseâ restantes, ce qui avoit tellement desgarnî toutes les places, et tant affoibli ce peu de forées qu'il avoit en campagne , que l'ennemy feroit aisément quelque lourde bresche. Sur laquelle occasion-, et craignant qu'il n'en/adviôt pis, je fus de rechef renvoyé vers le Roy, duquel j'obtins le renvoy desdites treize enseignes suisses, qui s'est oient desja advancées jusques à Sainct-Jean de Mauriane, ordonnant que le mesme payement qui leur avoit esté préparé à Lyon pour' tirer pays seroit porté en Piedmont, et que le vidame iroit faire sa levée en France.

Or, par ce qu'il y avoit lors cinq ou six compagnies de gens de pied à pourvoir, et dont le Roy avoit commandé que les commissions me fussent baillées en blanc pour les porter au mareschal, afin qu'il y pourveust de tels capitaines qu'il advîseroit, les amis dudict sieur mareschal ayans descouvert que c estoit une ruze dressée par le cardinal pour davantage irriter le vidame contre le mareschal , cas qu'il y mist la main , je les refusay , disant que, puis qu'ainsi estoit que dés

l56 [^^^7] MÉMOIRES

le vivant de M. de BoniÂvet ^cousin du mareschal , l« Roy avoit trouvé bon de le priver de ces nominations, qu'il ne s'en vouloit plus, mesler , ores ^ue quand luy inesme avoit esté colonnel des gens de pied au voyage de P^rpiguan (0 et ailleur»^ la puissance de ce faire fust teusjoui^ defièrée aux 4ieutenans généraux du Boy sous lesquels il mili toit lors , et non à luy. ^

Voilà Jtout ce que \e sceuz rapporter de ce mien voyage. A mon retour le mareschal fit entendre an Roy que les ennemis cammençoient à tirer gens à la cainpagn«, pour aller , disoient aucuns, assaillir Gatluare, et les autres Gaillany, Ponzon et Courtemille ; et que si Sa Majesté ne pourvoyoit d'autres forces que celles duditvidame, il falloit se préparer à la perte des places susdictes ou d'autres meilleures , et que désmaintenant j^ comme pour lors, il s'en lavoit les mains. La responsequeluy fit faire M. le cardinal, c'est qu'estans desjasifortadvancez qu'on estpit dans Thy ver, c'estoicnt choses fort aisées à discourir, mais mal aisées, voii^ du tout impossibles. à exécuter, et qu'enfin l'hiver estoit tousjours Fhiver. Ignorant ledict sî^ur cardinal qu'il estoit autant aisé aux ennemis de guerroyer en hyver qu'il avoit esté au mareschal, lors que la neige estant trois pieds de haut sur terre , d'avoir emporté la citadelle de Lanz, la ville d'Yvrée, Masin, et n'agueres celle de Valence , en la compagnie de M. de Guise scvi frère allant à Rome ; et encores que tout cela ne ftist en son bréviaire, si ne laissa il de réduire le mareschal à tel poinCt, que, n'ayant le ipoyen détenir ny Galliani ny Gatinare, force luy fat de les faire desmolir toutes deux, dont depuis Yvrée etSanliasen-

(OBrissacétoit colonel d'infanterie lors du siégede Perpignan, en iS^î-

BE DUVILLAas. [1557] ^^7

tirent de 'grandes incommoditez ; msfis eocores vfi)oi|41 mieux faire cela que d^o laisser emparer reflofemi à la mine de TËstat. ^

Et à la Vérité toutes ces misères et toutes cesaiBlfctions ji'eussent travaillé te Roy ny FEstat, si dés le comtnancement de Talteràtion de la trefvé' on eusl con-i sidéré, comme il falloit faite, et d'œil hoQ passionne, que ces grande affaires d'E^tat dévoient estre maniez avec plus grandes et plus prévoyantes considérations qu'il ne fut faict, et de main en main recognoistre que ces considérations doivent meurir et eslsre^ligerées avec le temps et par l'expérience du passé, au lieu de turbulement embrassier tout à la haste, comme est presque Fordinaire de la France, toutes-ces choses nouvelles, pour difficiles et hazafrdeuses qu'elles soient. Si le mareschal ne se fust luy mesme laissé un peu trop avant emporter par la gloire du souverain commandement des armes, et eust aussi voulu un pou adoucir ceste ardente affectioir à bien servir le prince et la patrie, il eust de bonne heure recognu que les grands capitaines, tels qu'il estoit , qui avoient Içng temps et heureusement manié les armes et les affaires, dévoient tousjours craindre les traverses de la fortune , laquelle ti'a jamais porté tant de faveur à nul d'eux, quelles n'ayent tousjours esté suyvies d'autant de menaces au contraire. A dire vray, ce fut ce seul chatoiiiUement et ce calmequi trompa et qui pevditenfin Pompée, Grasse (0, Gesar, et luy mesme aussi : ce qui ne fust advenu s'ils eussent à temps sceu recognoistre que le repos de l'esprit est autant désirable que celuy de la tranquillité deTame, et plus la^paix que les troubles, la liberté

(0 CraMus,.

i58 [15Ç7] MéMoius

que la servitude, pour douce qu'elle sôit. Quelle as* seurance ayant à vivre tousjoiurs parmy les dangers, qui talonnent la vertu , et dont les cours des princes sont tousjours abondamment faites? Ce sieur, dis-je, eust deslors tout quitté et se fust retiré parmy. la douceur d'une vie paisible et reposée en Dieu seul, à fin d'acquérir*, et vivant et mourant, ceste gloit*e et ceste béatitude qu'il depait tousjouES aux âmes vrayement chrestîennes et dévotes comme estoit la sienne. Je le vis depuis en volonté d'embrasser par une honneste retraicte toutes ces belles paities, mais le Roy ne le voulut jamais permettre; car les princes veulent tousjoars avoir, comme on dict, et la peau et les os des bons et fidèles ministres, tels qu'estoit cestuy<K:y; et puis le mareschal avoit tonsiours ceste opinion que Tes* treme nécessité des affîûres reduiroit finallement Sa Majesté à rechercher la paix par le glorieux effort des armes , et non par les desavantageuses conditions avec lesquelles elle fut depuis achetée, comme la suittede ces Mémoires fera cognoistre : laquelle paix succédant, il faisoit estât que le Piedmont seroit en fin sa glorieuse sépulture.

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