‹ Mémoires ...! 1644-1669, publChapitre 4 sur 42 · PRÉDESTINATION · texte numérisé non relu

PRÉDESTINATION

tt PREMIÈRE INSTRUCTION.

a Comme il faut se gouverner avec les suspects.

« Si la prudence oblige d'avoir égard aux dispositions des esprits avec qui nous avons à traiter, c'est principalement avec ceux qui sont suspects de sentimens contraires aux nôtres qu'il faut apporter toute sorte de précaution; c'est pourquoy les uns se serviront de toute l'autorité de leur direction quand ils auront à traiter avec des gens prévenus, et ils

— apprendront garde à ménager tellement leur zèle qu'ils ne fassent rien qui puisse nuire à la doctrine de saint Augustin par des contre- temps.

<(2° Ils déclareront qu'ils n'en veulent nullement aux bons religieux , pour lesquels ils ont de l'estime.

a 3° Ils ne feront point de difficulté de désavouer la doctrine de l'évéque d'Ipres et de dire qu'ils ne sont point jansénistes , et ne parleront point de l'évéque d'Ipres quand ils se rencontreront avec ceux qui ont ce nom en horreur. '

« 4° Ils ne diront point ouvertement leur opinion , mais l'exposeront sous des termes qui la feront paraître semblable à l'opinion commune, pour ne pas effaroucher tes esprits, mais les mener par degrés au sentiment de saint Augustin.

« 5° Ils pourront môme dire que Dieu donne des grâces aux réprouvés , quoyque ce ne soit pas tout à fait leur sentiment, et que ces grâces n'ont jamais leur effet, sans s'éclaircir davantage.

« 6° Quoyque nous ne connoissions point d'autre liberté que celle qui est opposée à la contrainte , il faut toutefois faire sonner bien haut le nom cje liberté ; il faut dire que nous sommes libres et que nos actions' sont dignes de louange et de blâme.

a 7° Quoyque la grâce impose à la volonté une nécessité d'agir, il ne faut point se servir du mot de nécessité; mais il faut dire que la grâce victorieuse emporte la volonté sans la contraindre*

a 8° Il faut bien se donner de garde d'avancer d'abord certaines propositions choquantes, comme : que Jésus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes , que les commandemens de Dieu sont impossibles, qu'il n'y a point de grâces suffisantes; m^is, soit qu'on prêche pu qu'on écrive, il ne faut parler que de la grâce victorieuse ; on aura le reste quand on pourra obtenir cela.

a 9° On dira que la contestation qui est entre les jansénistes et les molinistes ne vient que de ce qu'ils ne s'entendent pas, que l'une et l'autre opinion n'est point hérétique , que c'est une question pure de l'école , mais qu'il semble que l'opinion de saint Augustin fait mieux connoître la grandeur de Dieu.

« 10° Ils témoigneront être des gens paisibles, bien lâchés du bruit et du scandale que cause cette contestation dans l'Église, qu'ils ne veulent que la paix, afin qu'on ne les croye pas les auteurs principaux de tous ces mouvemens.

a 11* S'ils veulent dire leur opinion devant des gens suspects, que ce soit au moins par forme de narration, disant : Les jansénistes avancent telles et telles choses.

a 43° Ceux des nôtres qui n'auront pas assez de fonds pour soutenir l'opinion par raison pourront en user de même s'ils craignent qu'on ne les entreprenne par la dispute.

a 13° Si on leur demande raison de leur doctrine, soit qu'ils en ayent ou non, il sera bon quelquefois de ne répondre que par ce mot de saint Paul, répété tant de fois dans saint Augustin : Altitudo ! ou que c'est l'opinion de saint Augustin , ce qui doit suffire.

<r 44° lis auront tous une liste des grands éloges que les papes et les conciles ont donnés à saint Augustin, afin de faire recevoir son autorité avec une telle promptitude et une telle vénération que l'on ne se donne pas la liberté de rechercher le sens de ses paroles.

«45* Comme les gens suspects ne peuvent goûter cette doctrine, parce que la voyant paroltre de nouveau ils la croyent nouvelle, il faut bien leur faire entendre qu'elle est très-ancienne»

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