Memoires, 1792-1822
Le second volume de ces Mémoires n'est pas moins attachant que le premier : Griois \ raconte la campagne de Russie, la campagne de Saxe, la campagne de France et le siège de Mézières.
L'histoire de l'expédition de Russie a été faite bien des fois. Le Journal de Griois ne le cède en intérêt à aucun des récits de ses devanciers et il laissera dans L'esprit de tous ceux qui le liront une ineffaçable impression. Comme auparavant, Griois ne dit que ce qu'il voit; on n'est jamais avec lui que sur un point, le point on il se trouve: mais on le suit jour par jour, et sur sa marche et sur relie du groupe auquel il appartient, sur ses combats, sur ses cruelles épreuves, il ne cesse pas un seul instant d'ajouter les détails au\ détails, des détails vrais, saisissants, poignants.
11 est enchanté de l'aire la campagne, il croit qu'elle
l) Cette introduction l'ait suite à celle du tome premier.
il MEMOIRES DU GENERAL GRIOIS
sera glorieuse et lorsqu'il passe le Niémen, lorsqu'il voit étinceler au soleil les armes et les cuirasses de ces troupes innombrables venues de toutes parts et qui rivalisent de tenue et d'entrain, il juge que jamais une armée n'offrit « un ensemble aussi brillant et une majesté aussi imposante ».
.Mais bientôt son enthousiasme s'attiédit. Les chevaux harassés et mal nourris succombent enfouie. Les vivres manquent. L'ennemi se retire sans combat ou lorsqu'il consent à se battre, il résiste avec une incroyable valeur, avec une inlassable ténacité, et Griois admire le courage passif de ces Russes qui, même blessés, môme accablés par le froid de la nuit, ne profèrent aucune plainte et qui meurent stoïquement en baisant l'image de saint Nicolas. Quelle journée sanglante que celle du 17 août devant Smolensk, et durant près de deux mois, jusqu'au 4 octobre, quelle série de vives escarmouches contre un adversaire qui ne discontinue pas, du matin au soir, tout en se repliant, de tirailler, de canonner et de brûler maisons et villages! Enfin, le 7 septembre, a lieu la bataille depuis si longtemps attendue. Hélas! elle n'est pas décisive. L'attaque, selon Griois, a manqué de précision et de vigueur; on n'a pas manœuvré à propos, on n'a pas profité de l'ardeur des troupes, on n'a pas mis de l'ensemble dans les dispositions et de nouveau les Russes ont défendu le terrain pied à pied, reculé sans désordre de position en position. C'est que l'empereur, malade, ne s'est pas montré à ses soldats et à ses généraux; il n'a pas, comme dans d'autres