‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 3 sur 73 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

le savait, et son cœur de soldat de Crimée devait saigner à l'idée de la blessure qui frappait la France. Volontiers il eût combattu pour nous, comme son roi.

A la maladie qui allait l'emporter se joignit peutêtre une douleur intime. On n'a pas été en vain le camarade de camp de ceux qui luttent. Le général Cialdini, que j'ai connu à l'armée, puis au dîner Bixio à Paris, le général de La Marmora gardèrent une tendresse à notre armée. C'est pourquoi, je salue leur mémoire. Ils auraient été de ceux qui, comme un de Amicis, un Fogazzaro, un Gubernatis, l'érudit et le poète, un Lombroso, le savant illustre, un comte Tornielli, l'ambassadeur de la fraternité latine — j'en oublie ou plutôt je ne les cite pas tous, mais je ne les oublie point — entretinrent, même dans les moments lesplusdifHciles, les souvenirs de cesjournées de périls communs dont les épreuves, sans parler des afGnités de races, cimentent une amitié entre les générations.

Avec tout son génie, Alfieri fait moins de bien à l'humanité que Pellico avec un sanglot.

Mais Govone, qui fut diplomate à son heure, reste soldat et ce sont des impressions et des Mémoires de soldat qu'on va lire. Souvenirs de guerre qui arrivent à Theure où, devant les massacres de Port- Arthur et de Mandchourie, l'humanité éprouve un ressaut d'horreur contre la guerre. L'amour de la paix n'exclut pas le sentiment du devoir^ quand ce devoir vient à parler.

Le très lettré marquis R. Paulucci di Calboli conte

X LE GÉNÉRAL GOVONE

en une étude sur les Grands Inconnv^ dans la Littéra^ ture^ et en particulier sur un poète supérieur, Luciano Montaspro, qu'il se trouvait un soir à Bologne, au café des Cacciatori, avec Carducci, Slecchitli, Ricci, Montaspro et Panzacchi, le dramaturge qui vient de mourir. On parlait du drapeau, de la guerre, des pacifistes. Luciano Montaspro, pour répondre aux poètes véristes, improvisa celte épigramme :

Un prode colonnello in grand cimento <irida da disperato : « La bandiera!

Salvate la bandiera, sacramento ! »

Dice fuggendo un soldatino, ch'era Un poeta vcrista ed un poltrone :

« Morire per un cencio ed un bastone ! • >»

Alors le grand poète idéaliste Giosué Carducci de crier aux poètes véristes :

— C'est un coup de massue. Avouez-vous vaincus.

Certes il est dur de se faire casser la lête pour u le saint haillon qu'étoile une croix ». Mais il est des heures où le sacrifice est nécessaire, et au total l'humanité qui vit pour une idée doit savoir mourir pour elle. Le dur quil mourût du vieil Horace est le terrible mot d'ordre des nations à de certaines heures tragiques. Et ceux qui obéissent savent cependant le prix de la vie, de la bonté et de la pitié.

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