A quatre heures et demie, puis un peu plus tard
2. D après le texte même de la relation officielle autrichienne.
244 LE GENERAL GOVONE
jours plus tard: « Général,... vous avez fait de grandes choses. Dieu veuille que ce ne soient pas les dernières de cette campagne, qui a bien Tair de devoir se terminer par une humiliation, peut-être même par quelque chose de pire *. »
Le prince Humbert, qui a eu le bonheur d*avoir dès le matin la première rencontre heureuse, le vaillant prince auquel la valeur dont il vient de faire preuve et sa qualité de Prince Héréditaire donnent le droit de faire entendre sa voix, le prince sur lequel la gloire d'avoir pris part à la première grande victoire de la jeune Italie n'aurait pas manqué de rejaillir, cette victoire dont Téclat aurait augmenté le prestige de son règne, le prince Humbert a, lui aussi, d'abord par le capitaine Rugiu, puis par le capitaine Taverna, réclamé Tordre qui lui permettra de se porter en avant.
Mais ni les instantes prières des généraux Govone et Cugia^, ni Timpatience fébrile de Bixio, ni les pressantes et généreuses objurgations du prince Humbert ne purent ébranler le général Délia Rocca. Le commandant du corps d*armée ne cède pas à cette impulsion irrésistible qui pousse le vrai soldat à marcher au canon, à courir au devant du danger. Il juge inutile de contribuer à réparer les fautes commises par le général La Marmora, — et jusqu'au dernier moment il s*entête à interpréter passivement et dans le sens le plus restrictif les ordres qu*il a reçus.
Mais ces ordres lui prescrivaient de a tenir Villafranca » et non« de s'y immobiliser ». Rien ne l'empêchait donc de lancer en avant sa nombreuse cavalerie et de la charger de dissiper le fantôme des menaces imaginaires
1. Lettre du générai Bixio au général Govone, de Calvatone, 6 juillet I86€. Le général Bixio envoya deux fois son chef d'état-major, A.di San Marzano, demander Tordre de se porter en avant.
2. Le général Cugla avait lui aussi réclamé des renforts à plusieurs reprises, le matin par le capitaine Racagni, vers deux heures et demie par le sous-lieutenant Daneo, puis une dernière fois lorsqu'un peu après trois lieures et demie il remarqua l'approche de grosses colonnes venant de Vérone (Cf. L. C:iiALA, Cenni Slonci).
COSTOZZA
qu'il semblait redouter sur son front. Rien ne l'empéc d'occuper solidement Villafranca, en y laissant les q ques troupes auxquelles ilsuflisait de confier cette miss et de marcher au canon h la tête du gros de son ci d'armée.
L'ordre en vertu duquel il s'obstinait à rester immc lui avait ét^- donné de grand matin, à un moment c situation était bien diffi'rente, alors qu'on pouvait en croire, comme le croyait La Marmora et comme E Rocca le lui affirma, que tes Autrichiens dessineraient attaque par la plaine. On devait donc, il partir du mon où l'on eut acquis la certitude qu'il n'y avait pas t d'infanterie ennemie dans la plaine, interpri^ter cet o comme il est de règle de le faire pour tout ordre d genre, c'est-à-dire, en se conformant aux circonstance en tenant compte des besoins.
L'ordre donné par un chef qui n'est pas sur les li ra^mes ducombat ne saurait être absolu; il ne peut p lyser l'initiative d'un général d'armée et ne peut aucun cas le décharger de la responsabilité inst'par de ses hautes fonctions. Enfin, surtout au moment c crise suprême, aucun ordre ne saurait prévaloir sur( maxime de guerre, qui passe aux yeux de tout milil pour un axiome et qui veut qu'on engage à cet ins jusqu'à son dernier bataillon, par cela môme que c ijui garde dans sa main des troupes fraîches pour le lei main delà bataille court au devant d'une défaite inévita
" Le général Oovo/ie s'est très bien conduit à Ciisto Mais pourquoi ne l'a-l-on pas soutenu? Il fallait le tenir; il fallait le soutenir », dira plus tard, au comte vema, le plus illustre homme de guerre de notre époq
I. En 1868. le <rapilaine d'élat-msjor, comte TnTerna, Aujourd'hui leur du royaume, envoyé en mission ft lierlin, eut roccasion de pari CuMoiia BU maréchal de Moilke. Le marértial prononça les paroles nous venons de citer et lui démunira que le général Govone Rurnït ( Il hslaille, sans l'iae:(pli(-ablc abandon dans lequel nn le laissa. Le c Tacerna envoya au général tiovone, alors commandant du corpa d niajor, une relation do celle ci
3ral Dclla Rocca répondit à toutes ses es refus.
\o danger grandissait k toute minute.
le la 9° division, épuisés et atramés, défea- <ition:ll compagnies du 35' d'infantoric, 4* bersagliers et une poignée de grenat sur les hauteurset sur les pentesautour Ivederc; lOautrescorapagniesdes mêmes ZusiozzB.. Le reste de la division, prêt à 'squele moment sera venu, estmassé sur ut en arrière des crôtes, — A droite de la a a renforcé avec quelques-uns des badispose encore son aile la plus exposée s hauteurs et s'est relié de ce côté avec .e reste de sa division, la 8*, garnit Ifs iiissent sur Villafranca. 18 pièces seuleen étal de pouvoir contrebaltrc l'artillerie
qucs troupes, peu nombreuses et harassées itricbiens ont amené toutes leurs réserves, oit environ 22.000 hommes de troupes Mit le signal pour commencer une attaque tenue par les feux de 80 canons. Le régile seul que le IX' corps n'ait pas encore
droit contre le Monte Croce pour occuper
le concours de l'artillerie, les bataillons ; le reste pousse contre tes positions du
Les deux brigades fraîches du Vil' corps, îrsheimb, s'avancent de front vers le ) que la brigade Miiring et deux bataill Nagy, partant des hauteurs de S. Lucia. nstants après, attaquer de liane Custuzza. ve a sonné.
4 heures, 9 batteries autrichiennes couede projectiles les hauteurs occupées par B' et 9* divisions. Une 10' batterie vient , à côté d'elles et les brigades Tùply el
Welsersheimb se portent vivement vers le Bel\ leurs bataillons de chasseurs en avant du front el i régiments d'infanterie sur deux lignos en éc presque à la m^rae hauteur.
Les quelques Italiens qu'on avait postés en avan à la Bugolîna et au Monte Arabica se replient Belvédère où le colonel Boni dirige vaillamment la tance. Les 3 batteries de la 9" division et la batterie delà 8' ouvrent de nouveau le fou. Mais elles son obligi^es de ménagerleursmunitioDS tandis que le tir < tiltcrie autrichienne redouble au conliaire de viole d'intensité. Désquîl eiU reconnu la direction que l'e adonnée à ses colonnes, le général Govone avait O] au 27' bersagliers de descendre du Monte Torre et s'établir au Belvédère, au général Botlacode s'établir de Custozza et de former sur son flanc gauche le 3Ê fanterie qui se tenait en arrière de Monte Torre, ec 5i', qui se trouvait Jusque-là à droite du 36" et qu' «voir plus à sa portée, de reprendre les positions ( régiment va quitter.
Entre temps l'attaque du Belvédère s'est dessim colonnes succèdent aux colonnes et bientôt les défe décimés par le feu sont sur le point de succombe le nombre. Deux pièces de la batterie à cheval, ai àgrand'peine sur la hauteur, roulent au premier ci liautde ces crêtes étroites, entrainunldans leur chi servants et les fractions les plus voisines. Robert Pc un fusil à la main, lutte désespérément pour assi aalut de ses canons et quitte le dernier le somme colline couverte de morts et de blessés, parmi lesqi trouve le major Pezzi, qui depuis le mutin a combat tètede ses grenadiers. Le27'' bersagliers se précipite vantde l'ennemi, soutient intrépidement son choc, 1 à s'arrêter, et reprend h la baïonnette les première soDs. En quelques minutes le commandant Lavez d'autres ofhciers tombent grièvement blessés, le ca Alberi est tué et après quelques instants de floti
248 LE GÉNÉRAL GOVONB
le brave bataillon doit, lui aussi, plier à [son tour et redescendre en combattant les hauteurs qu'il avait un instant reconquises. — Le Belvédère est perdu.
La défense se pelotonne maintenant et se resserre autour du village de Gustozza sur lequel se replient les troupes chassées du Belvédère et où arrive également le 36* d'infanterie, quelque peu rompu par sa marche en terrain coupé, mais qui est rejoint au dernier moment par son 4' bataillon laissé à Quaderni à la garde des bagages et que son brave major Cavanna a fait marcher au canon. Le général Bottaco, le colonel Marchetti se multiplient et soutiennent et relèvent le moral de leurs troupes par leur calme et leur intrépidité. L*ennemi s'arrête un moment pour faire souffler les troupes qu'il veut lancera l'assaut deCustozza.
Vers 5 heures, un nouveau danger, plus grave encore,, menace la division : la brigade Môring, dont Tartillerie a ouvert le feu du haut des hauteurs de S. Lucia, à partir de 4 heures et demie, dessine et prononce son attaque de flanc.
Les régiments Archiduc-Léopold et Grueber s'avancent avec 2 bataillons du régiment Nagy contre la gauche de Govone, qui ne peut opposer à cette attaque exécutée par plus d'une brigade que le 1" bataillon du 35* et quelques fractions d'autres bataillons. Les troupes qui défend<»nt les autres points de Custozza ne peuvent les soutenir parce qu'elles sont elles-mêmes attaquées par la brigade Welsersheimb qui, après avoir repris son mouvement, pousse en avant par le Nord et menace de tourner la position du côté de TEst. Une formidable fusillade enveloppe de ses feux tout le village pendant que l'artillerie ennemie, quia pris vivement position sur le Belvédère, le crible de ses projectiles et met le feu aux maisons. Il ne peut plus s'agir que de ralentir les progrès de l'ennemi, que de l'arrêter par le feu et par des retours offensifs ; mais l'issue fatale de la lutte est désormais certaine. Ge qui reste encore de la belle batterie de Perrone, se relire à grand'peine
après avoir hrù\6 sa deraîère gargousse, sous la protection des lanciers, et les fractions en retraite commencent déjà à arriver à la casa Corooini.
L'ennemi ne cesse de se renforcer et d'engager des troupes fraîches. Les Italiens au contraire n'ont pas à compter sur des renforts. Le général Govone n'a plus sous la main qu'un seul régiment, qu'il va lancer en avant pour dégager le reste de la division.
« S'a avait été possible à Votre Excellence de disposer lie troupes fraîches, écrit le général Govone dans le rapport qu'il adresse au général Délia Rocca, J'aurais pu tenir Caslozza et Monte Torre jusqu'à leur arrivée et la journée aurait été à nous, h Aussi, en présence de la réponse du général Délia Rocca, qui déclarait ne pouvoir affaiblir leS' troupes qu'il avait arrêtées à Villafranca, de la certitude que la division qui combattait depuis 8 heures ne serait passoutenue, même dans le cas où elle serait forcée de se retiror. était-il désormais impossible de prolonger la résistance et d'imposer à la division un effort suprême, de lui demander des sacrifices inutiles. Il ne restait plus au général Govone qu'à soustraire ses troupes au formidable enveloppement qui menaçait déjà de les enserrer, de les arracher à un dOsastre, fort glorieux sans doute, mais aussi irréparable que l'échec essuyé par les trois divisions du 111* corps.
Vers 5 heures trois quarts, le général Govone donna l'ordre de battre en retraite,
" Ce fut pendant ces ?)iomenfs de crise suprême, écrivit plus tard le colonel Chiron ', au moment où, chassé de Custuzza par l'offensive écrasante de l'ennemi, n'ayant plus asiez de monde pour essayer de lui en disputer la possession, manquant d'artillerie, hors d'étal de contre-baltre les flatteries autrichiennes qui, du haut des hauteurs voisines de Ciislozza, écrasaient Monte Torre sous leur feu plongeant^
I- Etirait d'un« lellre du colonel Chiron au capitaine Chiaia en date du
250 LE GENERAL «OVONE
au moment oti, le cœur irisé, il se résigna à batlrt m retraite et à abandonner la victoire à T ennemi, à r,emomtal où nous avions encore derrière nous à Villafranca drax divisions intactes et toutes fraîches, une artillerie nombreuse et tout un corps d'année échelonné entre Goito et Villafranca, que l'on vit briller dans toute leur splendeur le courage incomparable, la fermeté inébranlable, la force de volonté de l'illustre général dont l'armée pleure laperlr irréparable et prématurée, n
C'est h ce moment que, dans l'espace de quelques minutes, le capitaine Cotti est tué aux côtés du général, que le capilaine Nasi est grièvement blessé, que presque tous les officiers qui l'entourent sont blessés ou contusinnnés, que la plus grande partie de leurs chevaux sodI blessés sous eux cl que le général lui-mOme est atteint par un éclat d'obus. Au milieu du crépitement de la mitraille qui déchire le sol autour de lui, il expédie ses ordres avec un calme imperturbable. Il adéj^i envoyé un peu avant à la Casa Coroaini des ofriciers charges de rallier et de reformer les troupes qui s'y sont rejetéesen désordre. Les colonels Cravetta et S.ilasco, qui se sont repliés sur les champs de Priabiana pour soustraire au tir meurtrier de» batteries de Moring les escadrons de Lucc;i et de Foggia. reçoivent l'ordre do se reporter en avant et de s'établir à cheval sur la route afin de soutenir la retraite et de relever le moral de l'infanterie. I.e colonel Piano, descendant les pentes du Monte Torre avec les trois bataillons du T>2' qu'on avait poussés vers la gauche, s'étend vers la gauche de l'ennemi alin de donner un pou d'airaux défenseurs Je Cusluzza. Il ne reste plus sur Ih tiau leur que le 2" bataillon du 'i2', dorniiTe réserve et exirême arriére-garde, que le gént-ral ne ramène en arriére qu'après avoir protégé el couvert la retraite de l'artillerie. La 9' division a dès lors évacué la partie de la ligne des hauteurs qu'elle avait occupées.
La S" division la suit de près. Kbranlée par le combat
d'artillerie qu'elle a soutenue depuis le matin par les têtes de colonnes du régiment Maroicic < avoir brisé In résistance que les trois bataillons 64' ont vainement essayé de leur opposer sur des collines, sont sur le point de prendre pie crûtes, voyant que Custozza est sérieusement que Monte Torre est évacué, cette division n l'ordre du g<^néral Cugia, celle de ses ailes qu Dait le Monte Croce et prend la route de Villaf batterie Billia, qu'aRn de coopérer à l'action de) de Govone, on avait établie fort en avant, env( une dernière volée de mitraille aux chasseu serrent de près et descend, elle aussi, dans la p hauteurs ne sont pas encore au pouvoir des Au mais elles ont déjà cessé d'appartenir aux Italie Entre temps, la D' division continue sa retraitt Ions et dans un ordre parfait. Le 1" bataillon d le dernier de Custozza après avoir couvert le m rétrograde des autres bataillons. Le 2' bataillon le 2' du 52' sont les derniers à quitter Monte Ti reste plus à Custozza qu'une poignée de braves q suprême elTort, assureront le salut de leurs frère: Ce sont les soldats de la 9" division qui tiendront la dernière extrémité.
" Vous me demandez, écrit au capitaine Chiala Sironi', si la division Cuyia a balhi en relie m après t évacuation de Moule Torre par la dirisio S'il s'agit seulement de Monte Torre, il est hors que iiiius nous sommes repliés après Oorone. Lor roijai Rasini porter au bataillon Ohirelli fora mirer sur la maison du Monte Torre, lorsque, du général, je ramenai moi-même en arrière la t Hillia sérieusement menacée, si sérieusement nié
Î58 I,E GENERAL OOVONE
brave officier me pria de faiitorixer, ce que je fis, à envoyer encore deux vo/éex de milrni/ie aux chasseurs ennemu. il ny avait plus de frovpes de la9° dicision à Monte Torrf. Mais s'il s'agit au contraire de la position tout entière de cette division, dans ce cas, je dois à la vérité de dire que nous nous sommes retirés les premiers . Lorsque toute noire division était déjà dan^ la plaine et se dirigeait sur Villafranca {le jour tombait à ce moment), lorsque je courm à la CBScine [PAcquaroli, si je ne me trompe) oà se trourait notre ambulance afin d'en pressei- tévacualton, je vis et j'entendis des coups de fusil sur la face sud de Cuslozza. Je me portai dans celte direction et je pus distinctement voir des troupes autrichiennes qui, descendant des hauteurs, attaquaient Custozza de ce côté, preuve manifeste qu'il y avait encore des troupes italiennes dans le village, n
C'est Jonc aux faits qui se sont passés après l'abandon complet des hauteurs parles deux divisions, aux derniers épisodes de la défense de Custozza qu'ont trait les passages suivants de la relation offici*!lle :
« Les 9 compagnies du ri^gimcnt autrichien Léopold. conduites par le gi^néral MOring, se précipitent, apri-s avoir fait une courte halte sur la dernière terrasse de la colline, sur le village que les Italiens défendent pieil à pied, maison par maison. Elles poussent jusqu'au palais^ Bevilacqua, pénètrent sur les communs qui commencent & briller, débouchent dans la cour et y font 359 prisonniers. Presque au mi^me moment, une partie de la brigade Welsersheimb, suivie des 9 compagnies du régiment Archiduc-Léopoid venant du côté de Valle Busa, s'approche de la face nord du palais. Une poignée d'Italiens osa, malgré leur infériorité numérique, s'enfermer dans le palais et dans une mtiisnn voisine et essaya encore de résister. Les troupes de Welsersheimb pénètrent de plusieurs côtés dans la cour et dans le bois, et s'y heurtent contre quelques fractions de la brigade Pistoia qui, après un court engagement, redescendent ver»
la plaine. Une partie des derniers défenseurs de Custozza réussit à s'échapper du village en se glissant le long de la colline et à rejoindre les troupes en retraite. L'autre partie resta entre les mains de Tennemi. »
Pendant que ces derniers petits paquets retardaient les progrès des Autrichiens, le reste des troupes se reformait rapidement dans la plaine et se dirigeait sur Villafranca. D autres fractions de la brigade Moring, qui tentèrent d'in* quiéter la retraite, furent tenues en respect par la bonne tenue etTattitude résolue des escadrons italiens qui esquissèrent à plusieurs reprises des retours offensifs et auxquels les premières pièces que les Autrichiens mirent en batterie à Custozza envoyèrent les derniers obus de la journée. — Il n*y eut en réalité pas de poursuite. — La bataille était finie.
Mais les pauvres soldats de la 9' division n'étaient pas encore au bout de leurs fatigues et de leurs privations. Â partir de ce moment commença la longue et rude marche en retraite, d'autant plus pénible pour ces hommes harassés de fatigue que Tespoir de la victoire n'est plus là pour les soutenir. Quelques-unes des bouches à feu de Tartillerie ont perdu leurs chevaux. Malgré leur faiblesse et leur lassitude, les soldats retrouvent encore assez de forces d'abord pour les amener jusqu'au pied des pentes, puis pour les traîner jusqu'à Villafranca. Le soldat Fuggetto, du 5r, entre autres, blessé au bras avec lequel il pousse un de ces canons, continue à le pousser avec l'autre, jusqu'à ce que, blessé grièvement celte fois, il tombe en recommandant aux camarades qui veulent le relever et l'emporter, de le laisser là et de prendre sa place à la roue de la pièce. D'autres humbles victimes ignorées du devoir tombèrent d'épuisement le long de la route suivie par l'artillerie, mais, grâce à leur héroïque dévouement, la 9' division ne laissa pas le moindre trophée entre les mains du vainqueur. Exténuée, à bout de forces, marchant malgré cela en bon ordre, la division arriva enfin à hauteur de Villafranca. Elle avait parcouru
254 LE GENERAL GOVOXK
sans être entamée, sans être attaquée, cette petite étendue de terrain, ce bout de route sur laquelle, plusieurs heures auparavant, le général Délia Rocca n'avait pas osé s'engager avec deux divisions fraîches, « de peur de trop exposer rime d'entre elles et peut-être de compromettre sérieusement l'autre K »
Entre 6 heures et demie et 7 heures, les premiers échelons do la division arrivèrent k Villafranca où, depuis 5 heures, les troupes qui n'ont pas combattu ont commencé leur mouvement de retraite. Toutes les routes sont encombrées par les colonnes de troupes et par leurs convois; une seule est libre parce qu'on la croit trop exposée, celle qui de Villafranca va par Quaderni à Valeggio, point essentiel qu'il importe de tenir et degarder. Trois généraux de division ont reçu Tordre de se porter sur ce point et de l'occuper. Mais Sirtori, qui est arrivé vers quatre heures, n'y a fait qu'une halte et, trouvant que ses troupes sont trop peu nombreuses et trop ébranlées pour pouvoir s'acquitter de cette mission, il a poussé plus loin dans la direction de Volta.
Gugia, dont la division s'est quelque peu débandée pendant la retraite, et qui croit du reste que la route de Valeggio est dojà entre les mains de l'ennemi, a continué sur Goïto. — Seule la 9' division se replie sur Valeggio et y reste.
« Cette marche de flanc-, de Villafranca sur Valeggio, que la 9'' division exécuta à proximité et presque sous les veux de l'ennemi maître des hauteurs et de la route la plus directe entre ces deux points, sans appui, sans soutien, sans flanc-garde, aurait été un mouvement audacieux et risqué même avec des troupes fraîches et en bon ordre. »
Le risque qu'on courait en s'y engageant s'augmentait en outre par le fait qu'on ne savait pas si Valeggio était
\, Extrait textuel du rapport du commandant du III* corps d'armée (5 juillet 1H66).