‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 34 sur 73 · I. Ce batailloD était resté en réserve ii la Turrc Gherla · texte numérisé non relu

I. Ce batailloD était resté en réserve ii la Turrc Gherla

^56 LE GENERAL GOVONE

Mais Valeggio ne devait pas être le terme final de la «retraite de la 9" division. Lorsqu'il vint occuper Valeggio, le général Govone croyait si fermement à une prompte reprise de rolTensive qu'il avait ordonné de suspendre les préparatifs déjà commencés en vue de couper le pont; mais le 25, il reçut de grand matin Tordre de le détruire. Force lui fut donc de passer à Borghetto avec le 52% de mettre en route sur Volta sa division qu'il arrêta et <léploya à mi-chemin sur les hauteurs de Montalto où, tout en restant encore en première ligne, il opéra sa jonction avec les 3 divisions du I" corps qui s'étaient reformées à Volta.

Au cours de cette journée du 25 juin, la 9* division toucha enfin quelques vivres, pour la première fois <lepuis le 23 à midi. Après quarante-huit heures de jeûne, quarante heures de marche et huit heures de combats, les braves soldats du général Govone allaient -enfin pouvoir se restaurer et refaire un peu leurs forces.

«^ Lea troupes^ écrivait le général Govone dans son rapport, on/ /aïV preuve de qualités que V Italie saura apprécier, »

Malgré les graves erreurs commises avant et pendant les premières phases de la bataille, la victoire aurait dû rester aux Italiens.

La fortune avait eu en effet quelques sourires pour «ux, puisqu'ils avaient réussi à devancer les Autrichiens -et h occuper avant eux de fortes positions.

Le premier choc les avait surpris ; mais les Autrichiens, tout en se couvrant et ens'éclairant mieux qu'eux, tout en -s'avançant avec plus de circonspection, avaient été, eux aussi, surpris, au moins jusqu'à un certain point. Lo premier choc qui eut pour conséquence la défaite de trois divisions italiennes avait, grâce à la résistance énergique,

COSTOZZA 257

<luoique décousue, de certains régiments italiens, grâce aussi à la configuration du terrain, fortement éprouvé et quelque peu rompu les bataillons autrichiens. — Enfin le vigoureux retour offensif qui avait amené la reprise de Custozza avait déconcerté et contrarié leurs projets en les obligeant à porter Tefforl principal sur ce village, devenu contre toute attente l'objectif primordial et capital dont la possession devait décider du sort de la journée.

Entre temps, les affaires avaient repris, même sur leur aile gauche, une tournure plutôt favorable aux Italiens.

Sirtori,qui s'était replié sur la crête de S. Luciaavecla brigade Vallellina, avait pu si bien s'y refaire qu'il tenta d'exécuter avec les troupes qui lui restaient une vigoureuse contre-attaque. — La réserve du r*" corps, composée de quelques bataillons de bersagliers et de quelques escadrons, était entrée en action sous les ordres de Durando sur le Monte Vento. Les débris de ladivision Cerale étaient venus se joindre à lui. — Enfin, vers 11 heures 1/2, le général Pianell, qui avait pris sur lui de passer le Mincio et qui, avec la sûreté de coup d'œil qui le caractérisait, avait reconnu le point sur lequel son intervention et sa présence pouvaient rendre le plus de services, avait poussé avec quelques bataillons de la brigade Aosta entre le Monte Vento et le Mincio.

Cette deuxième ligne, formée de trois groupes défensifs ne xelevantpas d'un chef unique, sans lien entre eux et combattant môme sans savoir ce que faisaient leurs voisins, n'avait pas, il faut bien le reconnaître, suffi pour rétablir définitivement les affaires ; mais elle avait cependant réussi à mettre un terme à la retraite et à faire échouer les tentatives faites par les Autrichiens pour tomber sur les derrières des Italiens. On étaitdonc parvenu à arrêter momentanément les progrès des Autrichiens, aies repousser même, malgré leur supériorité numérique.

A l'extrême gauche, les troupes de Pianell avaient fait recaler la petite colonne qui, sortie de PeschieVa, avait reçu mission d'aller détruire le pont de Monzambano. Le

258 LE GENERAL OOVONE

Sô*" bataillon de chasseurs autrichiens avait été seul chargé d'exécuter ce coup de main qui aurait eu pour les Italiens les conséquences les plus graves. S*avançant avec témérité, le long du Mincio, sur les derrières même des lignes italiennes, ce bataillon était déjà sur le point d'atteindre son objectif lorsqu'il fut enfin aperçu, ébranlé par les feux de Tartillerie, rompu par une charge impé* tueuse de quelques pelotons de guides, charge qui coûta la vie au lieutenant Camille dal Verme, entouré par le l?"" bataillon de bersagliers amené au pas de course par le major Aichelburg et obligé de se rendre presque en entier aux guides et aux bersagliers.

Ce brillant fait d'armes, le seul succès complet que les Italiens remportèrent sur cette partie du champ de bataille, devait également marquer la fin des engagements qui eurent lieu à leur aile gauche. Bien que Tennemi n'eût tenté rien de sérieux contre lui, la violence de la canonnade qui éclata tout à coup sur ses derrières décida le général Pianell, qui craignit d'être débordé et coupé, à se retirer vers les 3 heures 1/2 et à se rapprocher de Monzambano.

Presque au même instant, mais plus à droite, la petite réserve du I" corps, décimée, pressée par des forces supérieures, ignorant le mouvement exécuté par Pianell sur sa gauche, croyant qu'à sa droite Sirtori s'était déjà mis en retraite, évacua Monte Vento peu de temps après que le général Durando eût été blessé. — Enfin, encore plus à droite, après avoir épuisé ses dernières forces dans une autre attaque qu'il poussa à fond, pressé sur son front, menacé sur ses lianes, croyant qu'à sa gauche il n'y avait plus personne sur le Monte Vento, ignorant absolument ce qui se passait à sa droite à Custozza, Sirtori abandonnait sans combat à la brigade MOring, qui venait d'entrer en ligne, les belles et fortes hauteurs de S. Lucia et se repliait sur Valeggio. — Sur tous ces points, les fractions des divisions battirent de nouveau en retraite avec plus de désordre que de précipitation.

Exclusivement préoccupés de ce qui se passait à Cus-

tozza, les Autrichieos n'avaient même pas fait mine de los suivre et, un peu avant quatre heures, la lutte avait définitivement pris fin de ce côté.

A la droite italienne, il ne s'était plus rien passé après les charges impétueuses du malin. Les divisions immobilisées à Villafranca n'avaient eu qu'ù repousser sans peine et sans efforts les pointes insignifiantes de quelques ublans, et ce fut seulement beaucoup plus avant dans la journée, vers le soir, que la cavalerie autrichienne essaya vainement d'entamer les bataillons de Bixio.

Pendant que la bataille se traînait à la gauche, qu'elle se taisait complètement à la droite, toutl'efîort des Autrichiens convergeait sur le village de Gustozza contre lequel ils lançaient toutes les réserves fraiclies du Vil* corps, contre lequel ils faisaient refluer les fractions encore intactes ou reformées des troupes victorieuses du V" corps rappelées de S. Lucia qu'elles avaient enlevée facilement, et contre lequel ils dirigeaient mfime la cavalerie à laquelle on prescrivit de chercher à déboucher par la plaine et de prendre les hauteurs à revers.

Mais au moment même où les Autrichiens engageaient jusqu'à leur dernier soldat dans cette lutte suprême et décisive, les Italiens disposaient encore de réserves intactes, absolument fraîches, établies h. 3 kilomètres du village et au moins aussi nombreu:ies que les réserves autrichiennes. En arrière de ces réserves, ils avaient encore d'autres divisions en marche, déjà arrivées à peu de distance du champ de bataille et qui, en cas d'insuccès, auraient pu recueillir l'armée en retraite. Enfin, ils avaient de plus, sur le Bas Pà, une autre armée, capable à elle seule de défendre l'Italie en cas de désastre. Et cependant, malgré les objurgations, les prières incessantes et pressantes des commandants en sous-ordre, pas un homme ne bougea.

Etce futalors, ce fut ainsi que, sacrifiées et abandonnées à elles-mêmes, à bout de forces, n'ayant plus de munitions, écrasées par le nombre, les divisions Cugia et Oovone se virent, pour échapper à unecatastrophe désormais certaine,

260 LE GENERATi QOVONE

forcées d'abandonner les hauteurs. Pendant qu'elles se reformaient dans la plaine, pendant que le 52' couvrait sous les yeux du général Govone la retraite de Tarniée, pendant que pour assurer le salut de leurs frères d*armes les dernières fractions de la 9"* division brûlaient leurs dernières cartouches dans les maisons et surles pentes des collines de Custozza, les colonnes autrichiennes s'élevaient hésitantes vers ces crêtes que, pendant le cours de cette môme journée, elles avaient à plusieurs reprises jonchées des cadavres de leurs soldats. Ces hauteurs que les Italiens leur avaient disputées pendant tant d'heures, ces hauteurs qu'ils venaient seulement d'évacuer, les Autrichiens allaient maintenant les occuper sans perdre un seul homme. Quant aux Italiens, ils avaient une fois de plus à déplorer la perte d'une bataille.

Page 1