‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 35 sur 73 · chapitre ix afbAs la bataille · texte numérisé non relu

chapitre ix afbAs la bataille

La bataille du 34 n'a été en réalité perdue que le lendemain. Trois divisions défaites, deux autres fortement ébranlées, un peu plus de 7.IXX) hommes hors decombat, n'étaient pas des pertes de nature à décourager ou à arrêter une Dation qui avait plus de 200.000 hommes sous les armes. Le I"' corps, presque entièrement rompu, se reconstituai! sous la direction du général Pianell. La 9* division, la plus éprouvée du HT corps„ bien qu'ayant perdu 1-200 hommes, n'élait ni démoralisée, ni en désordre. Retrempée au contraire par la lutte, pleine de confiance en son chef, brûlant du désir de prendre sa revanche, elle était, trois jours après ia bataille, prête àafTronter de nouvelles épreuves. Elle était si sûre d'elle-même qu'elle se tint pendant les Jours suivants constamment en première ligne, plus près de l'ennemi que le reste de l'armée. La 8' division se reformait, elle aussi, rapidement. Les deux autres divisions du 111' corps et ia division Pianell du 1", qui n'avaient été engagées qu'en partie ou qui n'avaient pris part qu'à des affaires tout à fait secondaires, étaient k peu près intactes. Les divisions du 11' corps n'avaient subi aucune perle et celles de l'armée de Cialdini, dont la tâche était désormais plus aisée, n'avaient naturellement pas été engagées.

En face de ces forces, une armée ennemie qui, ayant

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mis en ligne jusqu'à son dernier homme, avait subi des pertes sensiblement plus élevées que les Italiens, une armée dont les divisions étaient dans un désordre j)lus grand que les leurs et qui, le 24 au soir, croyait presque qu'elle avait été battue, loin de poursuivre Tarmée italienne, ne songeait qu'aux dispositions à prendre pour résister aune nouvelle attaque.

Telle était la situation des deux adversaires lorsque ron crut nécessaire d'abandonner la ligne du Mincio, de se mettre en retraite devant un ennemi qui ne poursuivait pas, de repasser le Chiese et TOglio, de laisser Cialdini se tenir dans une incompréhensible immobilité, de renoncer enfin à un plan de campagne qui passait pour admirable jusqu*à la veille de la bataille, plan de campagne qui malgré ses défectuosités et ses lacunes avait été sur le point de réussir, et qu'on mettait de côté au moment môme où l'on était hors d'élat d'en concevoir un autre et d'en assurer la prompte exécution.

Quelques fragments d'un Journal, que le général Govone n'a ni revus, ni complétés, permettent de se rendre un compte exact des effort^ que pendant les tristes journées de découragement et d'indécision qui suivirent la bataille, il tenta pour démontrer au grand quartier général que, sans l'abandon dans lequel on l'avait laissé, on aurait gagiiéy gagné, g^^gf^^ cette bataille, et surtout que tout pouvait encore être réparé. Efforts inutiles qui ne purent parvenir à triompher de celte mortelle incertitude qui fit perdre des jours, des semaines entières, au moment où toute heure perdue comptait pour mille dans l'histoire de l'Italie.

Voici les fragments de ce Journal,

« 25 Juin... Après midi je pars de Volta et je vais à Cerlungo rendre compte de l'état de ma division.

On /n'y annonce que le soir ?né?ne on se mettra en retraite sur Crémone et Plaisance, Je prie et je supplie, et La Mar?nora se décide à reprendre l'ordre. Il expédie un

officier à cheval à Cucchiari pour lui di?*e de ne pas faire sauter le pont de Goito et envoie les ordres qui contremandent la retraite. Quel bonheur! Ceut été un désastre.

Lorsque j'arrivai le 2b juin^ à Cerlungo au grand quarlier général^ je vis S. E. Délia Rocca, qui s'écria : « Oh ! le brave ! nous ne savions plus ou vous étiez ! » Puis Son Excellence se hâta de me dire que la retraite était décidée^ qu'on allait faire sauter le pont de Goito et marcher sur Crémone et Plaisance, Puis il me fit une longue tirade contre La Marmora et son entourage. Je me permis de demander à mon commandant de corps d'armée comment il avait pu m' abandonner^ comme il V avait fait,, au moment où nous avions bataille gagnée. Son Excellence me répondit :

i< Bravon ChieP! Et moi qui avais toute la cavalerie autrichienne devant moi ! »

Je ne pus me retenir et répliquai : <( Ce soir, on m'a dit quily avait là 2 escadrons de uhlans contre deux divisions ».

Pour être juste, je dois reconnaître qu'il y avait non pas 2, mais 6 escadrons qui avaient chargé le matin les carrés de [intrépide prince Humbert et que la mitraille avait décimés; mais je dois ajouter aussi que toute une division de cavalerie de ligne et une brigade de cavalerie légère, dont les chefs étaient au café de Villafranca, auraient suffi pour tenir tête à ces escadrons sans avoir besoin du concours d'un prince et d'un brillant général garibaldien^ et de leurs deux belles divisions, comme eux impatientes de jiouvoir accourir à Custozza. Mais trêve de dissertations !

« Après l'entrevde dont je viens de parler, je me rendis eu quartier général du roi. Le général La Marmora était en train de dîner avec le Prince, llm'invitaàprendre place à table et Ton servit le repas. Après le diner, le général La Marmora m'emmena dans une chambre. Je lui dis : « De grâce, ne continuons pa^ à battre en retraite ; sans cela f armée se déban-

1. Ce fragment a été écrit par le général quelques jours après cette date.

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