NOTICE SIR JEA]V-JAC(,>LES ROUSSEAU
le second éleva les âmes par la louchante dignité de son éloquence. L*un fit balr le faux, l'autre fit aimer le vrai. La plaisanterie fut Tarme habituelle de Voltaire . le pathétique fut celle de Kousseau. L'un répandit peut-être plus de lumière , l'autre plus de chaleur. Aussi l'influence de Voltaire a- t-elle été plus universelle , celle de Rousseau plus profonde. L'un a trouvé de plus nombreux admirateurs , l'autre des disciples plus enthousiastes. Leur caractère et leur destinée n'ont pas moins différé que leur talent. Voltaire vécut dans le monde et Rousseau dans la solitude ; l'un dans l'opulence « l'autre dans la pauvretés Tous deux ambitionnèrent Tindépendancc; mais Voltaire la chercha dans la fortune, Rousseau dans le mépris de la fortune. L'un, dans le château de Ferney , entouré des délices de la vie, eut des princes pour hôtes et des rois pour courtisans; l'autre, dans un galetas delà rue Plâtrière, vivant avec peine du travail de ses mains, refusa les dons des monarques et donna audience à des peuples qui vinrent lui demander des lois. L'humanité leur doit, à des titres différents , une égale reconnaissance. Rousseau , par ses nobles enseignements , acheva l'œuvre que Voltaire avait commencée par sa critique lumineuse et piquante. Celui-ci renversa des abus, celui-là fonda des convictions. Voltaire nous représente l'Apollon Pythien perçant de ses traits les monstres nés de la fange : Rousseau nous apparaît comme un autre Promélhée animant l'argile grossière avec la flamme apportée du ciel.
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