‹ Mémoires. 2Chapitre 18 sur 99 · SUR L'ÉPIGRAPHE DE L'ESPRIT DES LOIS · texte numérisé non relu

SUR L'ÉPIGRAPHE DE L'ESPRIT DES LOIS

MoDtesquieo n'a point estropié i'béinistiche d'Ovide ; il l'a cité tel qu'on le lit au livre II des Métamor^ phases; il l'a appliqué à une situation à laquelle Ovide n'a pas pensé, et cependant il en a fait l'application avec autant de justesse que d'à-propos. SL*ulenient , cette situation , toute personnelle à Montesquieu , n'a pas été suffisamment connue , et l'on s'est égaré dans la vole de l'interprétation , ce qu'on eût évité si , à ane lecture attentive de V Esprit des fAfis, on eût joint Tapprédation exacte d'un fait qui a précédé , de trèsprès, sa publication.

AL Walcknaer , qui a écrit la vie de Montesquieu , a dit 9 en parlant ûeV Esprit des Lois : « Montesquieu y mil pour épigraphe : Prolem sine meure creatam ( postérité sans mère ^ indiquant ainsi , avec raison , que son ouvrage n'acait point de modèle •

AL "Walcknaer ajoute, en note : « On a prétendu que celte épigraphe était énigmatiquc ; si c'est une énigme, le mot ne nous en parait pas diflicile à trouver , et le sens que nous lui donnons nous semble évident. •

Un traducteur de La Politique d'Aristotc, M. Millon, professeur de législation à l'École centrale de Paris , avait dit, en 1803 , avant 1\L Walcknaer , dans une notice sur les œuvres d'Aristote : « Qu'on se donne la peine de comparer les ouvrages des économistes de nos jours avec le premier livre de La Politique d'Aristote, et ÏEsprit des Lois avec les livres IIl, IV et VI , on verra si les économistes sont les inventeurs de leur système , et si Montesquieu a été fondé à mettre pour épigraphe à son livre : Prolem sine matre creatam • .

Ainsi , d'après Walcknaer • Montestïuieu , dans \o

sens qu'on lui prête , a eu raison; suivant Millon , il a eu ton.

Dans un fort bon discours prononcé, le 16 novembre 1S57, à la rentrée solennelle des Facultés de l'Académie de Caen, un savant professeur, faisant réloge de Bodin, le publiciste du XVI*. siècle, et Caisant remarquer que le Droit politique n'avait dans ses traditions ni la continuité ni l'éclat de celles du Droit civil , ajoutait ces paroles : • Mais Montesquieu s'est fait ou a voulu faire illusion lorsque , dans son épigraphe : Prolem sine matre creaiam , il a semblé indiquer qu'il n'avait pas d'ancêtres et qu'il était ne de lui-même; il a des aïeux et aussi une postérité, •

Je me figure que Montesquieu serait bien étonné s'il entendait tenir ce langage , lui » ami de la gloire, il est vrai , mais si mesuré, si sincère , ennemi de l'ostentation 9 modeste jusque dans la bienfaisances et qui a fait si franchement l'éloge de ceui qui ont traité avant lui les mêmes matières.

Ce n'est assurément pas d'Alembert qui eût ainsi interprété l'épigraphe ; car , dans l'éloge qu'il a fait de Montesquieu , il le félicite d'avoir évité les défauts des écrivains du mêmef genre qui l'ont précédé , et nomme les principaux auteurs dont notre grand publiciste a fait son profit. Ce n'est pas non plus La Uarpe , car il a dit que le Traité de la République de fiodin avait été le germe de l'Esprit des Lois.- Ce n'est pas surtout M. Viilemain , lui qui » eu publiaut sa traduction de La Politique de Cicéron , a écrit dans le discours préliminaire : « Arlstote avait fait le Recueil des lob» et des constitutions de plus de cent cinquante-huit États, de-

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