SUR L'ÉPIGRAPHE DE L'ESPKIT DES LOIS
puis Topulente Carthage jusqu'à la pauvre et petite Ithaque. Ses huit livres politiques sont le résumé de ce travail ; c'est , pour ainsi dire , ï Esprit des Lai$ de l'amtùfmié» »
Non, Jamais Montesquieu n'a eu la préteoUon qu'où suppose. Avec quelle réserve il parlait de son grand ouvrage : i S'il m'est permis de prédire la fortune de mon livre , 11 sera plus approuvé que lu ; de pareilles lectures peuvent être un plaisir , eUes ne sont Jamais un amusement J'avais conçu le dessein de donner plus d'étendue et de profondeur à quelques endroits de mon Esprit ; f en suis devenu incapable. »
Ailleurs , Il s'exprime ainsi à propos du même ouvrage : c Je ne crois pas avoir totalement manqué de génie. •
n y a loin de là , Il faut en convenir , au fameux Rtegi momtmentum être perennius d'Horace , et à ces vers d'Ovide s'écriant avec orgueil :
Janque opus esegi quod nec Jovis ira , iicc igncs, Ifec poterii femini • nec edax abolere Tclustas.
Je me suis demandé comment on avait pu se méprendre à ce point sur l'intention de Montesquieu ; il faut que l'on ait oublié avec quel soin et quelle exactitude il indique les sources où il a puisé, et les grands hommes qui lui ont ouvert la carrière. Comme ses regards se reposent avec complaisance sur les ccrivaios de l'antiquité : Nous Usons dans la République de Pla^
tan ArisUHe nous apprend Cicéron nous dit
ému som Traité des Loû.....! Les voilà les modèles; il y revient à chaque instant , il se plait à les consulter et semble converser avec eux. Lorsqu'il n*esl pas de
leur avis, Il met à les contredire une certaine retenue : Uembarras d'Aristote , dit-il , paraU visiblement quand il traite de la monarchie; mais s'agit-il de Téducation ^ de Tostracisme et d'une foule d'autres sujets , il comprend qu'il ne peut mieux faire que de partager l'opinion du grand philosophe , et il ne se fait aucun scrupule de la citer textuellement. Lorsqu'il examine le Droit public moderne , il sait bien rendre justice aux auteurs qui en ont posé les bases , et il ne dissimule pas les emprunts qu'il leur fait Sur nos vieilles coutumes , c'est à fieaumanoir qu*il a recours, et il lui doit de nombreuses remarques. Passe-l-il aux lois et aux usages de l'Orient , il nomme les voyageurs qui lui servent de guide, et il les suit même , a-t-on dit, avec un peu de crédulité. S'il consacre plusieurs chapitres à discuter et à combattre le TVaiVe de Rétablissement de la monarchie française dans les Gaules . c'est qu'il croit que l'ouvrage de l'abbé Dubos roule sur un faux système , et il tient à le réfuter. Mais cela ne l'empêche pas de dire avec autant de modestie que d'impartialité : Le public ne doit point oublier cfu^il est redevable à M, Cabbé Dubos de plusieurs compositions excellentes ; je ne tirerai de toute ma critique que celte réflexion : Si ce grand homme u erré , que ne dois-je pas craindre ?
Avant (rinlerpréter, comme on Ta fait , Tépigraplie dont je m'occupe , on aurait dû s'arrêter aussi sur les dernières lignes de la préface qui la suit : • Quand j'ai vu , dit Montesquieu , ce que tant de grands hommes , en France, en Angleterre , en Allemagne^ ont écrit avant moi , j'ai été dans l'admiration; mais je n ai point perdu le courage. Et moi atissije snis peintre , ai-jc dit
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arec le Carrége. » Eu se comparant » dil d'Âlembert , à ceox qoi ont couru avant lui cette grande et noble carrière y il a pu s'écrier avec un célèbre peintre : ■ AMch* io Sun pittore. « Oui , sans doute ; mais pour pouvoir écrire en tête de son ouvrage : Voici un livre sans modèle et un auteur né de lui-même, il aurait fallu être le premier publiciste dans Tordre des temps, ou ne rien dc\oir à ses devanciers. Que si, au contraire, on arrive après Platon , Aristote , Gicéron ; si on ne peut faire un pas dans l'antiquité sans s*appuyer sur ces grands pliilosopbes ; si , dans l'examen des législations modernes , on est forcé de discuter ou de reproduire les écrivains des derniers siècles , on pourra, grâce À la nouveauté du plan , à la profondeur des vues , à la finesse des observations , au charme séduisant do style , être le plus élevé dans l'échelle du mérite ; mais on ne sera pas pour cela , seul , sans aïeux, sans famille , et les grands écrivains d'Athènes et de Rome auront toujours le droit de réclamer leur part dans le respect filial de Montesquieu. ^
Notre grand publiciste le savait bien , et aussi il s'est bien donné de garde de dire ce qu'on met si gratuitement sous sa plume.
Quel est donc le sens de rhémistichc : Prolem sine maire ereatam ? Traduisons ; il s'agit , non d'une postée rite, comme le dit M. Walcknaer, mais d'un enfant créé sans mère.
Pallas avait renfermé dans une corbeille Erichlonius, eofant créé sans mère :
l'ullas Hricbloilium, prolem sine iiiairr rnaUim, (liuiiiteial.
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Elle confla cette corbeille aux trois filles de Cécrops , en obtenant d'elles la promesse de ne pas rouvrir ni chercher h pénétrer son secret Aglaure , Tune d'elles, rit de la timidité de ses sœurs, ouvre la corbeille et voit un enfant
Ovide dit un peu plus loin : Pallas retrouve Aglaure et la reconnaît ; elle se souvient du jour où , contre la foi jurée, Aglaure vit V enfant de Vuieainy du Dieu de Lemnos, enfant créé sans mère:
Quuiu» sine maire creatam , Lemnicolx slirpem cootra data Tcedera ? idU.
Les criticpies, qui ont interprété à leur manière Tépigraphe de V Esprit des Ijois , n'ont sans doute pas cherché à connaître l'origine d'Erichtonius , de cet enfant de Vulcain , créé sans mère.
Vulcain ayant fabriqué des armes pour les dieux de l'Olympe, Jupiter lui demanda ce quMl voulait pour récompense , et jura , par le fleuve du Styx , de le lui accorder. Vulcain demanda la main de Minerve. Jupiter contrarié , mais lié par son serment , ne put refuser; il tourna la difficulté; il avertit Minerve et l'engagea à se tenir sur ses gardes; Vulcain reneontre Minerve et s'approche d'elle; la Déesse le repomfte... Voyons ce que dit Lactance : De faUa religiane , lib. I, cap. 17 :
• Cuui Vulcanus Diis arma fecisset, eique Jupiter op- • tionem dedissel praemii quod vellet postulandi , ju- « rasselque , per infernam paludem , se nihil negatu- « Twvcï, tune faber claudus MInervae nuptias postulavit « Hic Jupiter Optimus Maximus , tanta rcUgione con-