‹ Mémoires. 2Chapitre 20 sur 99 · SUR L'ÉPIGRAPHE DE L'ESPRIT DES LOIS · texte numérisé non relu

SUR L'ÉPIGRAPHE DE L'ESPRIT DES LOIS

s strictos , abnnere non poluil ; Minervam tamcn mo- « noit repngnare , pudicitiamqae defendere. Tune

« in nia coUactailone , Valcanuni aiant unde sit

« Ericbtonias nains, t

Saint Ângostin dit à peu près la même chose : De eivùate Dei ; Mb. XVIII, cap. 12 : € Erichtonii régis Vul- « canos et Minerva parentes fuisse dicuntur ; sed quo- « oiani Minervam virginem volant , in anil>oruni con- « tentione Ynlcanum commotum »

Voilà pour Erichtonius; maintenant retournons à Montesquieu.

Montesquieu s'était senti plus d'une fois découragé dans la composition de V Esprit des Lois; il l'abandonnait et le reprenait tour-à-tour : J'ai mille fois , dit-il, envoffé au veni tes feuilles que f avais écrites; je sentais iota les jours les moins paternelles tomber,

Qoand l'ouvrage fut terminé, son anxiété fut la même ; ce grand philosophe qui avait pu, par la seule puissance de la réflexion, venir à bout de sa vaste entreprise, ne voulut pas, quand il l'eut achevée, rester dans l'isolement. Avant de s'occuper de la publlcallon , il exprima le désir d'avoir un aide ou un appui; il demanda des conseils ; il chercha, parmi les hommes de goût, un ami qui lui donnât le concours de ses lumières pour ce qu'on appelle la dernière main ; il voulait trouver aussi ce regard bienveillant qui , ao moment décisif, nous encourage et nous rassure • qui semble prédire le succès et nous accompagne Jusque dans l'avenir.

il avait d*abord jeté les yeux sur un savant Italien, l'abiié de (èuasco , lauréat de l'Académie des iuscrip-

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lions et belles-lettres qui le compta parmi ses honoraires étrangers. Il lui avait écrit en 17^^ : Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de la Brade ; comme vous avez du goût , je veux vous consulter sur mon grand ouvrage qui avance à pas de géant.

Deux ans plus tard , en 1 766 , il l'avait entretenu de son désir de faire paraître l'ouvrage , et lui avait dit , en terminant sa lettre : Je souhaite ardemment que mon ottvrage ait un parrain tel qve vous.

Contre Tattente de Montesquieu , il n'en put être ainsi; des projets de voyage s'y opposèrent.

Mais Montesquieu avait à Paris un ami qui jouissait auprès des grands d'un crédit que lui assuraient et son esprit et sa fortune ; c'était Helvétius, fermier^général. Helvétius avait vu Montesquieu au cliâteau de la Brède et les entretiens de ces deux personnages avaientnMdé plus d'une fois sur les points les plus élevés de 1r science politique. Montesquieu lui adressa son ^' manuscrit. Malheureusement, nous n'avons pas saléCIre^^ mars que va-til lui demander et que pourra-t'-il oti^ tenir? Minerve se prêtera-t-elie au vent du tH&U tiè Lemnosf Non ; Helvétius relut jusqu'à trois foislema"^ nuscrit de Montesquieu , lui refusa nettement son^SKlf-' frage, et, d'accord avec Saurin, leur ami commun , il écrivit à l'illustre auteur : « Vous composez avéclepré- « jugé, comme un jeune homme entrant dans le monde, « en use avec les vieilles femmes qui ont encore des « prétentions ; quant h nos robins , Ils ne sont en état « ni de vous lire ni de vous juger. »

Ainsi repoussé , privé d'un patronage ou d'un concours dont il sentait tout le prix, Montesquieu eut foi

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dans soo génie ; son biographe le dit en termes formels : Vayamt son ami se retirer et s'éloigner de lui , il maintint son manuscrit sans y rien changer , et avant de renvoyer à l'impression , il y mit pour épigraphe :

prolem sine uatre creatam ,

indiquant ainsi , avec raison , (fue son ouvrage n'avait point de modèle

Eh non I M. Walcknaer , ce n'est pas cela, vous vous trompez ; tout savant que vous êtes , vous avez mal traduit Ovide» et vous n'avez pas compris Montesquieu; ce livre , fmlt précieux de ses veilles » c'est un autre Eriektanins, il est venu au monde sans mère ; mais son père se nomme Montesquieu, et ce grand nom vaut bien la pdne qu'on le défende des étranges méprises dont il est robjet.

Je borne là mes recherches et mes observations ; c'est Men assez pour une épigraphe. Du reste , elle n'est pas la seule que Montesquieu ait placée dans YEâprii des Lois ; ayant à traiter des révolutions des lois dviles en France, il emprunte encore un vers d*Ofide et écrit en tête du livre XXVIII :

In w«%^ ftri aiiimuB miitatas diccre formas Corponu

S'il veut consacrer quelques pages aux matières de commerce » il se rappelle que dans ses voyages une bouche savante lui a fait connaître les lois commerciales des deux mondes, et toùt-à-coup il songe à lopas , chantant , au banquet de Didon, les merveilles

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du ciel que le grand Atlas lui a révélées, et il inet^ au liv. XX, cette épigraphe prise de Virgile :

Docuit qux maximus Atlas.

Quelle imagination riante , gracieuse , poétique, s'unissait, dans ce grand écrivain , au jugement sûr, à la droite raison ! il invoque les Muses avant d'entrer dans Texamen des législations : Vierges du mom Piérie^ etuendez-'vous le nom que je vous donne , inspirez-moi;

NARRATE, PLELLiE PIERIDES; JUV., sat k. G'CSt qu'CD

écrivant dans le but d'éclairer les hommes et dans l'espoir de faire un livre utile à leur bonheur , son sujet s'est embelli et son travail a perdu toute sa sécheresse.

A-t-il à parler des moyens d'accroître la population ? soudain Tauteur du temple de Gnide se réveille et , au liv. XXIll, la belle invocation de Lucrèce se place sous sa plume.

Parvenu enfin au terme de son ouvrage , ludiam , ft'écrie-t*il, Italiam ! Voyageur fatigué, il jette la rame et touche la terre dans une sorte de ravissement:

Italiam 1 prirous conclamal Achates.

Pour nous qui , de temps à autre , aimons à ouvrir V Esprit des Lois^ à le relire et à Tétudier, nous reprenons volontiers la mer avec Montesquieu, et arrivé au port sans effort et sans peine, ce n'est pas 'de nous que l'on dira ce que Virgile dit des compagnons d'Acbate :

Itariam Isto socii clamore salutant.

SUK

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