‹ Mémoires. 2Chapitre 22 sur 99 · SUR M. CHAUVIN SI · texte numérisé non relu

SUR M. CHAUVIN SI

de la botanique, a recueilli, dans chacun de ses voyages , de nombreuses collections de plantes , pres^ que toutes nouvelles on d*uiie rareté extraordinaire.

A cette liste , déjà si longue , et où ne figurent pourtant point tous les liommes qui ont droit à nos justes regrets , il faut ajouter maintenant le nom de celui qui mérite si bien d'y tenir une place distinguée.

François-Joseph Chauvin naquit à Vire , le S*, jour complémentaire an V (29 septembre 1797). Ses parents y entourés de l'estime et de la considération de leurs concitoyens, étaient fabricants de draps. Ils ne négligèrent rien pour développer en lui les heureuses dispositions qu'il annonçait dès son enfance.

Après avoir fait de très-bonnes études au collège de Vire , il se rendit à Caen pour suivre les cours de rÉcole de Droit II ne lui fallait plus que trois mois pour soutenir sa thèse et être reçu avocat , lorsqu'un événement imprévu vint changer tous ses projets d'avenir.

La ville de Caen av<iit envoyé à la chambre des députés M. de La Pommeraye , qui se plaça dans les rangs de l'opposition. Cette conduite lui valut les sympathies des étudiants en Droit et en Médecine, et ils résolurent d'aller le complimenter pendant un voyage qu'il fit à Caen en 1822. Choisi par ses camarades pour être leur interprète , Chauvin ne déclina pas ce périlleux honneur. Il se rendit avec eux à l'hôtel de M. de La Pommeraye, qui les accueillit avec la plus grande cordialité. Après de chaleureuses et patriotiques paroles échangées entre le député et les jeunes gens, ceux-ci se retirèrent heureux , calmes

et s'applaadîssant d'avoir accompli ce qu'ils regardaient comme un devoir.

Cette manifestation n'entraîna pas le moindre désordre; mais, aux yeux de l'Autorité, elle était on scandale qu'il fallait sévèrement punir pour qu'il ne se renouvelât pas à l'avenir. Seulement , afin de conserver un air de clémence , elle se contenta de frapper trois élèves, parmi lesquels Chauvin était désigné d'avance à ses coups. Traduit devant le Conseil académique . il fut condamné à perdre deux inscriptioiis Trop fier pour se soumettre à une décision qui M paraissait injuste , il abandonna la carrière à laqoeUe il se destinait et se voua tout entier à la science.

Jusqu'alors la botanique n'avait été pour lui qu'on délassement à des études plus sérieuses : il résolut de lui demander la place qu'il croyait devoir occuper dans la société. L'obtenir n'était pas chose facile ; mais il était animé du feu sacré qui ne connaît ancini obstacle.

A peine quatre années s'étaient-elles écoulées depuis qu'il avait commencé , en sortant du collège , à explorer les environs de Vire et à étudier , sans le secours d'aucun maître , les plantes qu'il avait rencontrées. La Flore de Caen lui avait offert à son tour des richesses qu'il s'était empressé de recueillir. Il ne marchait plus à tâtons danç la voie du progrès ; mais quelle dbtance lui restait à parcourir avant d'atteindre le but qu'il se proposait ! Que de circonstances pouvaient rendre tous ses efforts Inutiles !

N'importe ! l'ardeur de l'étude ne lui procurait-elle pas sans cesse des jouissances infinies? Lui eût-il

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été possible d'y renoncer après en avoir goûté les charmes ?

La ville de Caen, toujours fidèle au culte du bon, da grand et du beau, possédait dans ses murs un nombre considérable de savants naturalistes ; mais leurs travaux, isolés et concentrés dans leur cabinet, étaient presque tous perdus pour la science: c'est tout au plus si quelques amis eu avaient connaissance. Pour réunir en un seul foyer tous ces rayons épars et utiliser leur lumière, la Société Linnéenne du Calvados fut créée. Chauvin fut appelé un des premiers à en faire partie.

La cryptogamie commençait à devenir l'objet de sa prédilection. Il en donna la preuve par un mémoire fort remarquable sur les fougères du Calvados , qu'il ne tarda pas à présenter à ses collègues , et qui reçut les booneors de l'impression. Les Lichens, les .Mousses attirèrent aussi son attention; mais les Algues le séduisirent encore davantage. Encouragé , guidé par LanM>uroiix » son maître et son ami , il porta particulièrement ses recherches sur cette famille. Sa vocation était désormais fixée : elle allait bientôt porter ses fruitSb

£n lS2(i , il préluda par une Note sur cinq Tha- Uusiaphftes inédites, Bory de Saint-Vincent, à qui elles forent communiquées , reconnut qu'elles étaient elTectJ?ement nouvelles. Il les a décrites dans son Histoire des Bydrophyiest récoltées par d'Urville et tesson, dans leur Voyage autour du monde sur la corvette la Coquille, Mais, pour rendre un juste hommage à l'auteur de la découverte , il donna le nom de Spliarococcus Chau-

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riitiï (1) à l'uDe d'elles, que Chauvin appelait Dfferseria formasa. Pour une autre, appartenant au groupe des Caulerpa, il créa le genre Chauvinùif qui se compose actuellement de vingt-quatre espèces « d'après le Species Algarum de Kiltzing.

Cet lieureux début mérite d'autant mieux d'être signalé , qu'à peine la lumière commençait à se foire au milieu des ténèbres qui jusqu'alors avaient enveloppé l'Algologie. Tumer , Dillwyn , Stackbouse et Lyngbye étaient parvenus à faire connaître un certain nombre d'Hydrophytes , grâce à leurs magnifiques ouvrages ; mais ces livres, d'un prix excessif et d'une rareté extraordinaire, ne se rencontraient que dans quelques bibliothèques privilégiées , où ils étaient plutôt des objets de curiosité que d'étude. IJ fallait , en quelque sorte, se contenter de ÏEnglish Flora de Hooker et du Systema Algarum de C. Agardbt €|ui venaient de paraître; car V Essai sur les Thalauio* phytes noti articulées de Lamouroux n'avait fait qu'établir des ordres et des genres, sans décrire les espèces qui les composaient.

Chauvin mit à profit toutes les Algologies qu'il put se procurer ou consulter. Il se familiarisa peu à peo avec les Hydrophytes qui croissent dans la mer et dans nos eaux douces , il en recueillit une grande quantité « s'appliquant à les préparer de manière à leur conserver les formes élégantes et les brillantes couleurs qu'elles ont dans leur élément natal Dès-lors» )e projet d'en publier un jour des collections germa dans

(1) GigarliiiH Chauvinii ^ J. Ag.

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son esprit. Elles devraient être d'autant mieux accaellttes que des échantiilons d'une plante , quoique mal desséchés, sont toi^ours préférables, pour Tétude, aux meiileures figures.

Ses goûts étaient partagés par un homme d'un vrai mérite, BL Roberge, qui s'occupait surtout des espèces les plus petites et les plus difficiles. Ils se commu- Diqoaieiit leurs observations, leurs découvertes, et Tappoi mutuel quils se prêtaient répandait un nouvean charme sur leurs études. Chauvin se mit aussi CD relatlOD avec les algologues français et étrangers les plas célèbres : Gréviile, Hooker, Fries, G. Agardh, Bonr de Saint- Vincent , Gaillon , Bonnemaison , etc. Ttoos Taidèrent , avec empressement , de leurs conseils et de leurs communications. Ainsi préparé , il hâtait de tous ses vceux le moment où il pourrait essayer ses forces : la Société Linnéenne lui en fournit l'occaslon.

EHe résolut, en 1826, de publier des fascicules d*fljdrophytes sous le titre iïALques de la Normandie , et elle chargea de ce travail MM. Chauvin et Roberge. Pour qu'aucun genre de mérite ne manquât à ce mooament , élevé par elle en l'honneur de la science , elle voulut qnMl réunit l'élégance à la solidité. Elle adopta 9 en conséquence, le format petit in-folio, sur lequel les plus grandes espèces devaient trouver la place nécessaire pour figurer en échantillons convenables. Rien de semblable ne s'était encore fait, et Ton pouvait prédire un succès complet à une pareille entreprise.

Chauvin se mit à l'œuvre avec une incroyable ar-

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deur. Ce qui n'avait encore été pour lai qu'un plaisir devenait maintenant une obligation. Que pouvait- il demander de plus ? Il allait explorer les points les plus curieux de notre littoral; récolter les productions 9 encore inconnues pour la plupart , qu'il recelait ; conquérir à ces charmants végétaux de nombreux admirateurs; enfin rendre accessible l'étude de la plus belle des familles cryptogames , bérissée Jusque-là de si grandes diflicultés qu'elles avaient rebuté les plus zélés naturalistes. Mais il ne pouvait se défendre d'une vive émotion mêlée d'inquiétude. Son travail ne donnerait-il point prise à des critiques sévères , par des erreurs plus ou moins graves, dont il devait être exempt pour faire autorité dans la science ?...

Enfin le jour de Tépreuve arriva : ce fut un jour de triomphe 1 Les deux premières livraisons des Algues de la Normandie parurent vers la fin de 1826 et provor quèrent un concert unanime de louanges. Elles furent présentées à l'Institut qui nomma pour rapporteur M. de Mirbel. Celui-ci en rendit compte dans les termes les plus flatteurs, ^r plusieurs erreurs , dit-il , « ont été reconnues et rectifiées; des espèces cont fondues avec d'autres ont été distinguées; en un mot, t tout a été fait avec soin et mérite des éloges. »

Je dois ajouter que ce succès souleva que^lques petites jalousies particulières, nées d'un amour-propre excessif qui se croyait froissé ; que des réclamations et même des récriminations furent adressées à Chauvin; mais il n'en tint pas compte , et , comme elles étaient sans fondement , elles n'osèrent pas faire d'éclat.

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La roate était doii€ ouverte : il ne s'agissait plus que de la suivre. L'œuvre, si heureusement commencée , pouvait se continuer sans crainte d'accidents » soutenue par tous les vrab amis de la botanique.

Néamnoios, un des deux champions crut devohr alots se retirer de ia lice. Chauvin , demeuré seul, ne perdit pas courage. On pouvait dire de lui : Justum et tenaeem prcposiii virum. Son honneur était engagé dans cette lutte : il fallait à tout prix en sortir victorieux.

£t pourtant un lourd fardeau allait aggraver le poids de ses travaux habituels. Il venait d'être nommé conservateur du cabinet d'histoire naturelle qui , sous l^exceliente direction de M. de Magnevilie , prenait de jour en jour un accroissement extraordinaire. Mais ces ridiesses , pour l'augmentation desquelles aucun sacrifice ne lui coûtait, n'étaient pas en ordre. Les collections xoologiques et géologiques attendaient un classement méthodique. Cette besogne pressait d'autant plus que le public devait être bientôt admis dans ce nousée Le plus grand désordre régnait aussi dans riierbier faydropbytologique de Lamouroux , que la ville de Gaen avait acheté au prix considérable de 8y000 fr. I>es savants ne manqueraient pas de venir le consulter. Quels ne seraient pas leur surprise et leur désappointement de le trouver en cet état, et que pensendent-ils de l'homme qui n'en aurait pas pris plus de soin, malgré sa prédilection pour l'algologie ?

Le nouveau conservateur ne se donna point de repos qini n*eût mis chaque chose à la place qu'elle devait occuper. Non content d'avoir rempli ce devoir, il voulut

repdré son masée plus carieax encore, par une col* lection qui fût unique et du plus haut intérêt II réossiti par un nouveau procédé de son invention , à empailter^ sans altérer en rien leur éclat et leur fraîcheur, plusleiin poissons de nos côtes, dont la conservation avait toujours paru impossible. Il est à regretter que l'on n'ait pas continué ces préparations ichthyologlqiies , qui n'eussent rencontré de rivales dans aucun antre établissement scientifique.

Cependant les Algues de la Normandie éiaieui toujonn les préférées, et Chauvin ne les négligeait pas an miUeu de ses occupations multipliées. Il publia denx nouvelles livraisons qui ne le cédèrent en rien au premières. Aussi fut-il obligé de préparer un bien pHis grand nombre d'exemplaires qu'il ne l'avait faitd'abnvd, sans pouvoir suffire encore aux demandes incesBanlei dont il était assiégé. Cet ouvrage était devenu ûb'^dM oracles de la science en France comme à l'étranginr. De toutes parts les compliments les plus flatteurs étaient adressés à son auteur.

Dans le cours de ses recherches, une conferve (I), recueillie dans l'Orne, le rendit témoin d'un phénomène qui le frappa du plus profond étonnement li vit b» filaments se gonfler peu à peu, et la matière verte, qiii les remplissait , s'agglomérer en petites masses spliéroldes dont l'Intumescence était très-rapide. €lelle»-el, après avoir comme bosselé et crénelé le tube, le nmpirent enfin et , par un mouvement brusque , jaillirent

(i) Conferva zonata, Web. et Mohr ; Ulothrix tomala, KnU. ; Ulotkrix rorida, Thuret (Alg. ioo»|i.).

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