‹ Mémoires. 2Chapitre 33 sur 99 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

EXTRAIT ET TRADUIT OE LALLA ROOKlî DE THOMAS MOOUE ;

Par M. DES ESSARS,

Membre liUilnirc.

A MON CHER CONFRÈRE DEBflAU DE CROl'ZILHAC.

Ami , voilà mon «Buvrc; en tremblant je Texposo; Cn simple traducteur, pour ses vers, pQur su prose « Même s'il réussit, doit être sans orgueil; Les beautés qu'il traduit pour lui sont un écueil; Au |ioète étranger imposant un langage, A ne pas l'attiédir, téméraire , il s'engage : Devant la flamme ardente il n'est qu'un froid miroir. Le Génie, en créant , seul fait vivre et mouvoir; Ses élans, au-dessus de toute langue humaine. Font surgir la pensée , ou profonde, ou sereine. D'un rostume nouveau je viens la revêtir; Sous des plis gracieux elle doit ressortir. Dis-moi si, dans les soins donnés à sa toilette , Ma main fut, à ton gré, poétique et coquette; Ou si , par une faute , échappant à mes yeux , J'ai laissé quelque tache aux vêtements soyeux. Que ton esprit , si fin, pénètre ce mystère: Par un censeur aimé l'auteur toujours s'éclaire. Sans vouloir me targuer de trop rares vertus, Ton sulTragc m'est cher, la critique encor plus.

Au portail de l*Édeii, proscrite inconsolée. Debout , une Péri se tenait un roslin ; Elle entendait au loin , dans la sainte ?allée, I..es sources de la Tie au murmure argentin , Et sur son aile Manche, ouTerte, frémissanle. Celte 611e de Pair saintement recueillait Le rajon fugitif que la porte battante Par basard au monde euToyait.

Elle pleure en pensant que sa coupable race Dans rÉdeo glorieui un jour perdit sa place :

« A TOUS, dil-elle, appartient le bonbeur, Ësprito béois, dans ?otre errante vie, A chaque pas tous troufei une Beur ; Votre œil jamais ne la surprend flétrie. J*ai pour jardins les plus riants pays ; Des fleurs pour moi sont aui célestes voûles; Mais une seule, éclose en Paradis, Par son éclat doit les eflacer toutes 1

« Dans Pair ardent, exhalant sa fraicbcur, Voici le lac, orgueil de Cachemire ; Là, le platane, d Tabri protecteur, Dans le cristal afec Hic se mire I Voyei le fleuve, en ses détours hardis, Roulant ses flots , semant Tor sur ses roules. • Les belles caui I... Mais Peau du Paradis, Plus belle encor, doit les cflaccr toutes I

> Vole, mtiD aile, et crastre en aslrc fuis Du monde obscur au monde de lumière; Va , ne f arrôle enfin qo*à la barrière Où sont le» murs de feu, par Dieu conslruils. A moi , plaisirs qu*en chaque sphère on goûte^ Multipliés par des ans infinis I O joie immense! En Ion saint Paradis, Une minute, ô Dieu, la vaudrait toute! »

L*Angc qui Teille au seuil de Téternel séjour De la tendre Péri voit la douleur amère ; Il s*approche, il Tenlend, s*émeut ù sa prière Et ne peut retenir une larme à son tour. On dirait celte larme, à Tange dérobée, Une bulle surgie au choc de Peau tombée Des ronlaines d^Êden el brillant sur Tatur De cette sainte fleur qui (le bramin Tatteste) Ne s'ouvre qu*aux rayons de la splendeur céle>ie.

* Esprit déchu sans cesser d^ètre pur , « Dit range avec douceur, conserve une es|)érancc{

• Au livre du Destin je lis cette sentence :

« — A la Péri , de ce saint lieu • Porte close sera rouverte « Pour lui payer la découverte « Du présent le plus cher à Dieu. —

• H achète ton péché; fKirs, cherche ta couronne :

« Il m*est doux d'accueillir ceux ù qui Dieu pardonne. «

Comme Tastrc aux cheveux ardents

S'élance aux sources de lumière;

Comme, en leur nocturne carrière,

Volent ces feux étincelants.

Aux yeux trompés Tugitif météore , Mais, au-dessus de tout regard humain, Brandons lancés par Pangélique main

Contre un démon qui veut monter encore ; Telle , rapide en son vo) sidéral , Fuyant Pazur de la voûte élbérée, La Péri plonge; aussitôt éclairée Par le reflet d'un rayon mutinai.

De notre globe embrassant Pétendae, Elle s'arrête et plane suspendue :

« Où chercber un présent digne de plaire aux Cieux ? Piliers de Cbiiminar , débris mystérieux , Sous fos socles massifs à mes yeux se révèlent Les foyers de rubis que des urnes recèlent I Dans TArabie, au sud, sous les flots inhumés. Gisent de Pancbuîa les ilôts parfumés I Par tes sylphes en vain cachée, 6 Roi Génie, Jamchid , ta coupe est là , de diamants garnie ; Ta coupe... je la vois; sur ses bords radieux, L*élixir de la vie épand ses flots Aimeux... Mais , aupi'ès des degrés de ton trône sublime, Allah I tout diamant perd le feu qui ranime; Des trésors? que sont-ils pour ton immensité? Et qu'importe la vie... à toi... TÉtemité? »

Elle dit ; a>pendant sous son nilc agitée Fuit le sol indien , dont ras|)oct est si doux ; Dans un air embaumé l'Océan, sans courroux. Sur l'ambre et le corail icnd sa nappe argentée; Fécondée aux rayons du soleil, ses amours, La montagne en ses flancs porte des pierreries ; L'onde reflète l'or sous ses ri \ es fleuries. Comme une Gancée en ses riches atours.

Là, des bois de santal , des parfums, de Tombrage... Péri, pour ton Éden, que faut-il davantage?

Mais le fleuve rouge, à plein bord.

Roule du sang; de ce feuillage S'échappe un humide nuage

Portant au ciel Podeur de mort.

Les ionocenles fleurs à riialeinc embaumée

Exhalent leur encens ; une sanglante main ,

Consommant sans re'âche un sacrifice humain v

BfCIe aux p'us doux parfums une horrible fumée.

O terre du soleil, quel pas audacieux

Profane la pagode et Timage des Dieux ?

Qui trouble des forêts les ombreuses colonnes?

Qui fait trembler les rois assis sur mille trônes?

Cest le fils de Gazna I Dans le feu des combais

11 fient , et sa fureur , bravant la loi divihe»

Des sceptres indiens disperse les éclats ;

De diamants il urne une meute assassine ;

D*un présent de Pamour déplorable destin I Ces diamants... un soldat, un sauvage.

Les arracha sanglants, — nouvel outrage! —

Au cou d*une sultane échue en son butin I Vierges dans leurs pures retraites,

Prêtn*s au sattctuaire, à vous... à tous la morll

Les débris entassés des reliquaires d'oir

Ferment des saintes eaux les fontaines secrètes^

La Péri vers la terre abaisse soli regai-d : Parmi d'alTreux débris , semées pur le earhage, tlle voit un guerrier debout sur le rivage. 11 est seul ; son carquois n'a conservé qu'un dard. Brave , constant soutien de su terre natale , Sa main d'un fer brisé tient le tronçon sanglant. « Vis, nous partagerons ma pourpre triomphale 1 »

Crie au vaincu le conquérant; Mais le vaincu se tait ; Il voit un sang de frère Du fleuve rougissant le bord ; Vers Pétranger, par un dernier effort t 11 a lancé sa flèche , — la dernière ; Le trait, vaine menace, au loin voie impuissatiL Le tyran vil, le héros, frappé, tombe.

La Péri voit la place où ce grand cœur succombe. Le tumulte s*éteitit , du ciel la paii descend. Sur un rayon messager de Taurore La fée accourt ; du sang coulant encore Elle recueille, en sa pieuse main.

Une brillaute et glorieuse gouUe Qui jailiii lorsque Pâme» à Teaclavage humain Écbappant saus retour , prit sa céleste route. « Enfin , de mon rachat je possède le prix ; « Éden , ouvre pour moi tes portes de lumière 1 » Dit TEsprit à Tuile légère, S'élançant vers le Paradis.

« Du sang versé dans les mêlées c Souvent rÉternel ait boneur; « Saintes gouttes que j*oflre, en ma main rassemblées ,

• C'est pour la liberté que vous sortei d'un cœur.

« Ce sang, loin d'y porter l'affront d*une souillure,

• Pourrait unir sa pourpre à Tonde fraîche et pure,

« Oriîement des divins bosquets.

• Si j'ose pénétrer les éternels secrets,

• L'offrande digne de Dieu même « Est la libation suprême

« De ce cœur par le fer heurté; « A la face du ciel, holocauste sublime ^ « Sur le sol paternel il repose en victime

« Et saigne pour loi. Liberté I •

L'Ange a reçu le don dans ses mains radieuses; « A ces reliques généreuses « D'un brave mort pour son pajrs, « Gloire, gloire I dit-il. — Hélas I du Paradis

• La porte de cristal pour toi semble murée...

• 11 doit être plus suint encor, « Douce Péri, l'heureux trésor

« Qui du ciel t'ouvrira l'entrée. »

Lu Péri, sans espoir, vers les monts africains

LK PARADIS KT LA PfiRI. 521

Va porlpr ses regrets, seuls fruils de son attente; Rêveuse, cite se pose aux boriU de lièdes bains. Source mystérieuse où la nature enfante , Sous le sombre c<yivert de bois silencieui , Du fleuve égyptien le flux miraculeux ; Elle y trempe son aile et lustre son plumage. Là , sou\ent , des esprits te coitége sauvage. Demandant un sourire au Nil encore enfant , Danse autour du berceau de Thumide géant Fleuve, murcbe ù Pexil ! Le Nil grandi s^égare Sous Pombrc des palmiers dont PÉgyptc se pare; Errant dans la caverne , il fait mugir sa voix Et baigne, eo soupirant, les sépulcres des rois. Dans le vallon brfdaut où Rosette est captive.

Le Dieu banni suspend son cours;

De la tourterelle plaintive

Il entend gémir leb amours ; De la lune il surprend la lumière coquette. Quand sur le pélican , au duvet d'un blanc pur. En flocons argentés so i éclat se reflète El rompt du lat; Mœris le monotone azur. Admirable l;d)leau ! Plus splendide contrée Par Pœil bumain jamais ne sera rencontrée.

O mystère! voyez cette nuit, ces beaux lieux. Tant de fruils d*or mûris aux sourires des cieux. Ces groupes de dattiers aux tiges noncbalantes Sous leur verte couronne avec grâce pencbantes Comme une femme, alors que le sommeil descend Et rappelle au repo> vers le lit qui Tattend. Ce lis, jusqu'au retour de Taube matinale, Baignera dans le lac sa tête virginale Pour saluer, d'un front plus frais et plus brillant , Du soleil bien-aimé le réveil triompbant. L'bomme les ébranla , puis le temps les achève , Ces temples, ces rempnrts, souvenirs d'un grand ré\e 1 Au sein de ce désert si paisible, si beau ,

522 LE PAllADI»^ KT LA PtRL

L*umlie irenlcnU rien que U* cri du vanneau ;

Le regard cberclie en vain une vÎTanle image ;

Si comme un Irait la lune a percé le nuage,

La sullane immobile, au plumage pourpré.

Semble , sur sa coloinie , un symbole sacré ;

Kl cVst là , cependant , cV'st là , sur celle terre ,

Au sein de les splendeurs , asile solitaire.

Que la Peste, agitant ses ailes de démon ,

De sou feu dévorant allume le tison I

Le désert ii*a jumais, de sou brasier de fable ,

Lancé sur Toa^is un vent plus redoutable ;

Le désastre est rapide, et tout être Tivant

Que la Pesle a toucbé de son aile en passant ,

Comme par le Simoun une plante abattue ,

Tombe noirci, brûlé par le coup qui le lue.

De saule, de fraicbeur mille fronts radieux

Du jour fuyant à peine ont reçu les adieux ,

Déjà du lazaret Pair infect les dévore ;

Api*és la nuil , pour eux, plus d*es|K>ir... plus d^aurore,

Sur des monceaux humains, entassés par la mort,

La lugubre clarté de lu lune s^endort ;

De celle proie immonde écarté par la crainte.

Du fléau le vautour à jeun ressent ratlcinte ;

L'hyùne, dès la nuil, d*un p:s triomphateur.

Dans les cités en deuil promène sa fureur;

Son instinct carnassier dans le sang s*évertuc;

Vivants à demi moris , tremblez si , dans la rue ,

Perçant robscurilé i)ar un sinistre feu.

Vous voyez un éclair jaillir de sou œil bleu !

• Des hommes race infortunée.

Soupire la Péri, sensible à ces douleurs, « Qu^une première chute, à demi pardonuéc,

« A vos yeux coûte encor de pleurs !

a Vous n'avez de TÉden qu*un modeste héritage, • Et partout le serpent a tracé son passage. »

LK PARADIS I-:T LA PÉnj. 523

Elle a pleuré... le ciel reprend sa pureté. C*est le magique e/Tel des larmes généreuses Que versent, en passant , as ûmes radieuses Sur les maux de rdumanilé.

Voyez cet orauger; ses fleurs, à peine nées, Brillent parmi ses fruils pendants; On dirait des vieillards, oublieux des années, Se mélunt aux jeux des enfants ;

Sous ce bosquet ruTruiclii par la brise,

Au bord du lac, de la Péri surprise

L^oreille entend expirer un soupir ; Sous Taile de la nuit tout se tait sur la terre;

Un malheureux, dans ce lieu solitaire, S^est traîné pour cacher sa souOTrance et périr;

Pour lui la vie était un jour de fêle;

A chaque pas accueilli par Tamour ,

Les cœurs épris disputaient sa conquête 1

Mais le Héau Texile sans retour;

Sans un témoin qui Tassiste et le pleure ,

Comme un maudit, dans l'ombre il faut qu'il meure ;

La fièvre attise un Toyer dans son flanc ,

Au sein de Tonde... ohl s'il pouvait l'éteindre I

Rien qu'un ))eu d'eau pour attiédir son sangl...

Il voit le lac, impuissant à l'atteindre...

Pitiél... le Tcu le consume... pourtant L'onde brille si fraîche ù son regard brûlant.

S'il entendait au moins la voix chérie

Dont les accenb faisaient vibrer son cœur!

D'un dernier mot la plaintive douceur

Pour le mourant serait la mélodie

Portant en mer, grûce au souffle de Dieu ,

Des sons lointains le consolant adieu ;

Tendres souhaits que ce mortel rivage

OlTre ù l'esprit dégagé d'ici-bas,

A son départ pour l'éternel voyage

Dans celte nuit où l'œil ne plonge pas.

52/i LE PARADIS Kl LA PÉRI.

<'.el élrc abandonné , donl la mort Tuitsa proie, Senl, parnoi ses douleurs, poindre un rayon de juic : Oui, celle qu'il aima du plus constant amour, Celle que de son nom il eût dotée un jour, A Tabri des poisons d'une nuit meurlrirre, Goûte un sommeil paisible au palais de son père. Du marbre Peau jaillit; là, des bois odorants, A de fraiclies vapeurs ajoutent leur encens. Nuage bienfuisant, hôte de sa demeure.

Sois pur comme le Tront que ton parfum cflleure!

Par un ot>scur sentier , au fond de ces bosquets. Que pourrait-on chercher? Dans cette triste voie Un jeune messager! La santé qui renvoie Sur son front a versé Péclat de ses bienfaits; (resl elle!... dans la nuit par la lune effacée, Près de lui le mourant a vu sa fiancée Préférant une mort partagée aujourd'hui Au don du monde entier à posséder sans lui. Mais déjà dans ses bras son amante le presse, A sa livide joue impose une caresse ; Préparant un bandeau pour son cerveau fiévreux, La vierge aux eaux du lac trem|)c ses longs cheveux. Elle avait tes respects comme le sanctuaire , Infortuné qui meurs! aurais-tu cru naguère Qu'une nuit, frémissant de souffrance et d'horreur, Tu voudrais l*arracher des bras de ta maîtresse. Quand ses vaillants efforts, prodige de tendresse. Prétendraient, malgré toi, l'attirer vers son ccpurl* FiU vain il cherche à fuir ses lèvres intrépides. Il cède , il se détourne , il frissonne; on dirait Que l'unique poison menaçant jaillirait De ces lèires sans peur, autrefois si timides.

• O que seulement, ici , prés de toi , « J'aspire cet air que ta bouche aspire! « Par lui que je vive ou bien que j'ex|)ire.

LE PAUADIS ET LA PÉRL 525

« Son souffle béni sera dotii pour looU

• O laisse mes pleurs bumecier la bouche !

• Qui sait leur verlu ? Si j'avais l'&poir

• Que mon sang , à flots pénétrant ta couche,

• De calmer Ja fièvre eût Pheureui pouvoir I... « Ma tendresse, ami, le dé rend le doute...

« Pour ton front brûlant tarisse mon csur, « Si de tout mon sang la demière goutte « Une heure à ce front versait la fraîcheur!

• Ne détourne pas ta face chérie ,

« Car je suis à toi, moi, ta seule amie, « Moi la fiancée, objet de ton choix,

• La vie ou la mort me donne des droits ; « Près de mon époux il me faut ma place ; « Si tu disparais mon éclat s'eflace ;

« Il vient de toi seul ; tu fus mon soleil ; « Sans toi c'est la nuit, la nuit sans réveil « Dans un monde obscur, ténèbres sans trêve o Que ne vient jamais embellir un rével... « Ami, puis-jc donc vivre et toi mourir? « Toi , ma vicl oh non, en vain je m'afllige ; « La feuille sortant du coeur de la tige « Quand Tarbrc périt, doit aussi périr I

• Viens donc à moi, viens, mon amour, mon âme, « Avant que la fièvre à mon tour m'enflamme;

« Tu lèvre à ma lèvre I à moi l'air brûlant 1

« Prends... partage au moins mon souffle vivant ! ■

La force l'abandonne ; elle pâlit, s'afl'aisse: Tel un flambeau s'éteinl dans la vapeur épaisse Des miasmes mortels d'un souterrain profond; Les funestes soupirs de l'amant moribond Ricnlùl des plus doux yeux ont terni la lumière. Un frisson!... n'cst-il plus? Vit-elle la dernière? Par un ardent baiser, aux lèvres du mourant. Elle imprime sou âme et meurt en le donnant

• Dnrma • , dit b fVri, tonqiie n imin léffèrr. An départ , eut saisi Pâoie la plii« nneère Qui soos on irâ de femme ait jamais palpité:

• Dormei, de doai parfoms révei la Toloplé!

« Sar lOQ bùtker m fea qoand le Ptiénix eipire, « A son snoflle dernier mMant ses dernienk chanl^ .

• Dans an air embaamé la nature respire :

• Que le ciH ail pour toos de pla« snave encens! •

Rlle dit ; anssitôl de ta eëieste booehe Sort on de ces soapir«, apanai^ dfs deox. De sa fcoiHande d*or le reflet radieux Colore la pdleor des denx amants qn*ii louche. Voos fojex deox élus, ao joor du jugement, Enlerés de la tombe où leurs membres sommeillent , Et calme, la Péri, comme un bon ange, attend Que do sein de la mort leur« âmes se réreillent.

Le jour naissant roogît Pazor des cifux

Et la Péri Ters le lénith s*enTole,

Portant à Dieu le soupir précieux

D*nn chaste amoor que Tamour même immole.

(lomme son csor palpite, enflé d*espoir!

Palmes do ciel , tous êtes sa conquête !

L*Ange a soari devant roffrande faite .

La Péri louche aox murs du céleste manoir. Des cloches de cristal le douv accord résonne ; Des arbres de l'Éden elle entend les concerts. Quand leur cime sonore en s^inclinanl frissonne Sous le souflle de Dieu bénissant PuniTers. Ange banni, peux-tu douter de ta ricloire? Ton œil a tu briller , comme Pétoile aux deux , La coupe où Tâme , au bord du torrent radieux , Saroure un premier trait de Pimmortelle gloire...

D*un rêve de bonheur elle se berce en vain ; Le destin lui présente un mur inexorable.

f Paseiicor! » lui dit PAnge, cl sa puissante main,

A rpf^rct, lui ravit un rayon favorable.

« Dolaf'erge, Péri, la candeur plaft aux saints;

• Sur la lôte d'Allah , près de son auréole ,

• Otie histoire, gravée en lumineux symbole, « fiblouira long-te^ips les yeux des séraphins... « J^ |K)rle de rt^deii pour toi reste murée...

« Il doit être plus saint encor , « Tendre Péri, Tliruroux trésor a Qui du ciel t'ouvrira rentrée! •

Quel ^ieu dans Punivers cache ce cher présent ?

A cette heure sur la Syrie,

De la rose aimable pairie , \.a lumière du soir repose doucement ;

Comme une auréole de gloire.

Le soleil agrandi couronne le Liban ;

Quand le front sacré du géant , l^ier d*un hiver sans fin , exalte la victoire

De ses frimas pétrifiés , Dans uo vallon fleuri Télé rit à ses pieds. Si jamais, des sommets de la voûte élhérée, (Jn être humain peut voir la terre ainsi parée. Quel spectacle sublime à ses yeux aura lui 1 Tant d'éclat, tant de vie élincebnt sous lui I Jardins délicieux, ruisseaux dont Teau scintille! La pastèque odorante au loin serpente et brille, Émeraude, au soleil puisant un rayon d'or. Sur des murs écroulés la vie a pris l'essor ; De lézards diaprés cette troupe légère Sans repos... serait-elle un jeu de la lumière? Plus splendides encor sont ces pigeons nombreux Posés sur des rochers animés par leurs jeux ; Sous l'adieu du couchant cent couleurs variées Se mêlent à l'azur des ailes déployées , Échange merveilleux de reflets éclatants! P'upe mine inconnue est-ce les diamants?

Oo le prisme innoGent des plaines sans nii3|re Qu^embellit Parc-en-ciel sans annoncer Porage ? Maintenant écontez... les gardiens des Ironpeaax Kont résonner de Pan les antiques pipeanx ; I/al eille vagabonde, anx champs de Palestine , Bonrdoiine dans la mv où son essaim butine. Jourdain, tes bords charmants, par des berceaux coufcrts. De rossignols ri? aox exhalent les coiKserts !...

Rien de la Péri n*émeot la tristesse , L*ânie est sans essor, Paile sans élans ; A ses jeux ternis le soleil s*alKiisse , Inondant Balbec de ses feux mourants ; Cet astre, jadis, régna dans ce temple Dont tes hauts piliers restent fiers géants ; I/ombre rampe au loin et le temps contemple Ce cadran laissé pour compter ses ans.

Le Dieu du ? ieux monde eut là ses retraites ; Là quelqu*amulclte aux difins reflets; Là de Salomon les saintes tibletirs Peuvent révéler d*élernels secrets l L*art d'une Péri seul y pourrait lire Si dans Tunivers, si dans Tinfini , GU ce cher trésor vers lequel aspire.

Pour rentrer au ciel, un ange banni.

Le charme de Tespoir vers le lemple Taltirc; L*Œil du ciel radieux n'a cessé de sourire Dans un couchant splendide, empourpré de n^flets; Un léger tissu d*or s'étend sur les bosquets. La Péri, dans son vol, « touelié les ruines ; Son oreille saisit des notes argentines : Un enfant court parmi les buissons verdoyants ; Il tend les mains ; ses yeux brillent élincclanis; Frais comme la nature, agreste aussi comme elle, Il aspire à saisir Talerle demoiselle Dont Paile, en \ibrant, iiorte au jasmin embaumé

Une fleur qui voltige, un sapbir animé. Fatigué (le les jeux, enfant, lu le reposes; C'est 1^ Amour innocent niché parmi les roses.

Un homme est descendu d^un coursier en sueur : De Tnligue accablé , br&lé par la chaleur , Aux bords hospitaliers d*une fralbhe fontaine, Il éteint, en buvant, le feu de son haleine. Sa tête s? redresse et son œil de vautour A vu le tendre enfant qui le voil à son tour, Mais sans peur ; et pourtant jamais un front sauvage N^olTril de traits affreux plus sinistre assemblage : Feu soudain, sombres plis, nuage menaçant Où la foudre se berce aux caprices du vent! Dans des signes certains la Péri vient de lire Le récit de forfaits qu'on n'oserait redire... Lu vierge profanée et l'autel dépouillé, El des hôtes le seuil par le meurtre souillé I Au front tout est écrit par la plume de l'Ange ; Il prend note du crime (Allah, plus tard, le venge ) ; Des traits accusateurs le front reste noirci... Dieu peut les eflTucer par sa sainte merci.

Cet homme, ce coupable avec calme respire, Du soir Tair embaumé cbunge-l-il ses esprits? Il s'assied et, des jeux du jeune enfant épris. Dans sa course il le suit, le surveille, l'admire. Si l'éclair d'un regard vient s'échanger enlr'eux , Le rayon de cet œil , que le crime a fait sombre , Se heurte au clair miroir d'un cœur pur et suus ombre.

Que l'innocence fait joyeux.

Ainsi , complices de l'orgie ,

Les torches, quand Huit la nuit.

Opposent leur flamme rougie

A l'astre glorieux qui luit.

Silence I le soleil s'aOaisse sou» lu terre ,

Dras rooibrr a dispain le dpnnrr de fs irailf : î.e signal Téaéré, TaftpH i b prièrp Refflilil lentewal aa front des ninarH».

De fon frais beropao , soalefant sa lêfe ,

L^enlant a bond*...

El pais , à Kenoax, i prier s^apprél^,

La face aa nUdi , I>*s mains rers lo ciel ; sa boocbe mormare

Ton nom. Dieu sans fin!

CcFt Pélan do cœar, c^est la boocbe pnre

D*on doo^ sérapbin.

Esl-il de rÉden, par faote innocente.

Tombé dans œ Ken , El poor regaj^ner sa demeure absente Appelfe-t-il Dien?

Anges, conlemplei ce lableaa sublime !- Éblis, si Ion œil Voit Tcnfant.. le ciel... In maudis Ion crimr. Malgré Ion orgueil.

Tu toiles en rain ton âme éperdue !

Aux yeux des élus Tu pleures toujours ta gloire perdue.

Ta paix qui n^est plus !

ï^e farouche bandit repose sur la terre; De ses pensers secrets pénétrons le mystère : Remontant le courant du flot noir de ses jours. De trouble, de forfaits, il Toit Paffreux concours ; Pas un seul lieu sans ombre oj^ son espoir se place. Pas un rameau sauveur , présage de sa grâce I

• Il fut un temps, dit-il d*un ton simple et touché, • Comme toi, cher enfant , heureux... et sans péché, 9 A genoux... comme toi , je disais ma prière. « Maintenant !... • Humblement fléchit sa tète altièro;

L*espoîr, le noble but, le srniimcnt tiiimnin. Après un long sommeil, se réveillent soudain. Et ces doui souTcnirs, si.vieillis à cette heure, Renaissent jeunes, yirs, attendrissants... il pleure! Larmes saintes qu^épanche une âme aux repentirs ! A rœil du pénitent quand tous daig^nez paraître, IJ TOUS doit le premier des innocents plaisirs Que son cœur criminel encore ait pu connaître!

« Sur la terre d'Éjrypte on voit, dit la Péri,

• Quand les ardeurs de juin ont brftié la verdure,

• De la lune tomt)er une {goutte si pure ,

« Que le pestiféré par son bnumc est guéri ;

• Terre et riel à la fois renaissent à la vie; « En serait-il ainsi, pécheur digne dVnvîe,

• De ces larmes sans prix que je le vois verser ?

f La peste dans ton âme a fuit d^afTreux ravages; « De tes crimes partout se dressaient les images : « Une larme du cœur vient de tout, effacer.

• Humblement, incliné, les genoux sur la terre, a A côté de Penfaul cet homme est en prière;

• L'auréole a brillé sur Puu et Tautn; front.

• Pureté, repentir, Dieu même vous confond! f Dans les orbes sans fin de crt immense espace

• J'entends l'hymne joyeux chauler que Dieu fait grâce! •.

Déjà depuis une heure a fui Paslre éclatant ; Tous les deux à genoux sont demeurés rêvant. Du zénith azuré s'échappe une lumière , Son éclat sans rival plus qu'un soleil éclaire. L'œil humain qui la voit apparaître et mourir La prend pour ces clartés que le Nord fait surgir. Du pécheur repentant illuminant la joue, Comme dans la rosée où le soleil se joue , De la lueur céleste un rayon caressant Prête aux pleurs suspendus les feux du diamant. I^a Péri reconnaît un signal qui l'attire ;

532 LE PARADIS KT LA PÉRf.

Du gardirn de PÉden elle a yu le sourire ;

i^*Angedu repentira salué les pleurs,

D^un bonheur tant cherché nobles avanl-courcui-s.

• Gloire , enfin I et toujours! ma tâche est accouipliu;

• Je Pai Tranchi le seuil ! mon salut est conquis 1

a O suis-je heureuse enfin? Je le suis, je le suis!... « De tes sommets, Éden , combien je vois pâlie

• Celte tour de rubis qui Tatiguait mes yeux ;

« Et que sont vos parfums, bosquets délicieux ,

• Dont ce malin pourtant encor j'étais ravie ?

« Adieu , douces senteurs de la terre ; en un jour a Vos délices passaient comme un serment d*amour.

• Ici tout est empreint de Pessence divine; « D^une fête inconnue à moi la volupté t

« Maintenant à pleine poitrine « Je respire Péternité I « La Tée a disparu; pars, couronne éphémère;

• Ton éclat le plus virs*éteignait en naissant;

« Et qu'était près de vous, fleurs au divin mystère, « De ses feslons unis le plus étincelant? « Du trône aux pieds d'Allah jaillit Parbre de vie , « Chaque feuille offre une âme à mes yeux éblouis! V Gloire ! bonheur I toujours! ma tâche est accomplie, « Oui , j'ai franchi le seuil ! mon salut est conquis ! »

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Batailhé et CniLLiiT. De Talcool et des composés alcooliques en chirurgie.

Bi-LLIN ( Gaspard ). Notice historique sur la Société littéraire de Lyon. — Compte-rendu des travaux de la Société littéraire de Lyon ( 1857-1858).

Bertauld ( A. ). Introduction à l'histoire des sources du Droit français (principales questions controversées).

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