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DANS CERTAINS CAS D'EMPOISONNEMENT

Par M. I— Isidore PIERRE,

Membre titulaire.

Dans un essai de statistique des empoisonnements criminels, M. Flandin évaluait, en 1866, à sept ou huit par an le nombre de ceux qui avaient été occasionnés, en France, par les sels de cuivre, et principalement par le sulfate. X ce nombre , il conviendrait d'ajouter les accidents involontaires , plus multipliés peut-être, auxquels cette même substance a pu donner lieu.

La facilité avec laquelle il est permis de se procurer le sulfate de cuivre , son bas prix , ses applications nombreuses à rindustrie, aux arts, et même à certaines pratiques agricoles ; le peu de précautions que prennent à son égard les épiciers , qui le conservent quelquefois dans des tiroirs vermoulus , précisément au-dessus d'autres substances destinées à servir dans les préparations alimentaires , tout concourt à rendre faciles et fréquents les accidents de cette nature , soit par les intentions criminelles de quelques-uns, soit par l'imprudence blâmable de beaucoup d'autres.

4 OBSBBVATIOHS SIR LK SILFATE DE CLIVRE

Je ne me suis pas proposé , aujoordliui , d'exposer devant l'Académie l'ensemble des opérations cbimiqaes au moyen desquelles il est possible de constater la présence des sels de enivre dans les substances alimentaires , dans les organes des sujets empoisonnés , on dans les matières expulsées par 4inelqnes-uns de ces organes; ces opérsAions sont, en général, décrites avec détail dans la plupart des ouvrages spéciaux consacrés à la toxicologie. Je me suis proposé seulement d'appeler un instant Tatlention de mes collègues sur quelques circonstances particulières, dans lesquelles la sagacité des experts pourrait se trouver embarrassée.

Appelé en i8/!i9, pendant l'épidémie du choléra, conjointement avec II. le docteur RouUand, professeur à. rÉcole de Médecine de Caen, et M. Blin, préparateur de chimie à la Faculté des Sciences, à rechercher quelles avaient pu être les causes de la mort d'une chèvre qui avait mangé de la soupe aux pois destinée à une femme , nous avons pu constater la présence du cuivre dans le reste de soupe qui nous a été présenté , dans le tube digestif et dans le foie de l'animal , et il résultait de qu^ques indices recueillis pendant Tinstniction , que l'accusé avait dû employer du sulfate de cuivre pour empoisonner cette soupe ; on avait même quelque raison de croire qu'il avait dû en employer une quantité considérable , peut-être cinquante ou cent fois plus qu'il n*en fallait pour empoisonner sa femme.

Cependant , et c'est là le point sur lequel je désirais appeler l'attention de l'Académie, le bouillan qui faisait partie de la soupe préparée par cet homme , avec une

DANS CERTAIi^S CAS D'KMPOISONNEMKNT. 5

quantité considérable lie sulfate de cuivre ( plusieurs Centaines de grammes ), n'en contenait pas la moindre trace , bien qu'il ait été reconnu depuis , par les aveux de l'accusé^ que tout ce sulfate de cuivre avait été bien réellement mis dans la soupe.

Par des recherches minutieuses , nous avons pu constater la présence du cuivre dans les pois qui avalent servi à préparer le bouillon.

• Qu'était donc devenue cette grande quantité de sulfate de cuivre employée ^ si grande qu'elle aurait dû donner au bouillon et au paln^de la soupe une teinte bleue assez intense, et surtout donner facilement lieu 5 dans ces deux substances, aux réactions caractéristiques ordinaires des sels de cuivre , si le sulfate n'eût pas disparu du liquide, par une cause tout-à-fait indépendante de la volonté de l'accusé , et à son insu? Ce résultat, si singulier à première vue, était cependant bien naturel , bien conforme aux lois qui président aux actions chimiques , et une circonstance particulière nous mit sur la trace de la vérité.

Ce bouillon soumis ii notre examen, qui ne contenait pas la plus petite quantité de sulfate ni d'aucun autre sel de cuivre, avait une saveur atramentaire très-énergique, due à la présence d'une très-forte proportion de sulfate de fer, à tel point que, si d'autres indices ne nous avaient pas dévoilé la présence du cuivre dans les pois, nous aurions été conduits à penser que l'accusé s'était servi de sulfate de fer au lieu de sulfate de cuivre.

La méprise eût été d'autant plus naturelle de sa part, que la première de ces substances porte souvent, dans le commerce^ le nom de vitriol vert, et la seconde

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