OBSERVATIONS SUR LE SL^LFATE DE CUIVRE
celui de vùriol bleu, et que ce dernier, lorsque sa surface est ternie par sa propre poussière, prend une teinte un peu verdâtre , qui ne tromperait sans doute pas un œil exercé, mais fort heureusement Taccusé n'était pas chimiste , Tévénement Ta bien prouvé.
Puisque le bouillon ne contenait pas trace de cuivre et qu'il s'en trouvait dans les pois, on aurait pu penser que ces derniers avaient été cuits à part et empoisonnés par le sulfate de cuivre , et qu'on avait mis , d'un autre côté , à part aussi , une grande quantité de sulfate de fer dan% le bouillon.
Nous ne nous sommes pas arrêtés un seul instant à cette interprétation qui était bien compliquée, qui n'était guère admissible ; nous avons cru pouvoir conclure , des laits observés , que la préparation alimentaire devait avoir été faite dans un vase en fonte de fer non émaillée , ou en fer non étamé ; nous avons fait part de nos soupçons à M. le Juge d'instruction, et les investigations ultérieures de ce magistrat sont venues bientôt confirmer nos prévisions.
Par quelle suite d'idées nous trouvions-nous conduits à interpréter ainsi les faits que nous avions observés 7 — C'est ce que je vais essayer de faire comprendre à l'Académie , avec le secours de quelques citations. Et d'abord, en essayant de préparer, en présence de M. le Juge d'instruction , une soupe qui se présentât dans des conditions analogues à celles que nous offrait la pièce à conviction soumise à notre examen , nous avons pu , en opérant dans une casserole de fonte de fer , bitroduire dans une ration de soupe qu'une seule personne eût pu consommer ,
DANS CERTAINS CAS D*EUPOISONNBUfiNT. 7
jusqu'à 500 grammes de sulfate de cuivre, sans qu'il en reslÂl la moindre trace dans le bouillon « après une heure d'ébnllition ; les pois seuls en contenaient et le bouillon était fortement chargé de sulfate de fer • comme dans la soupe Incriminée ; nous nous étions donc placés, suivant toutes probabilités, dans les mêmes conditions que l'accusé. La quantité de cuivre contenue dans les polsainsi préparés, ue représentait pas la centième partie du sulfate que nous avions employé*
Qu'était devenu le reste ?
Le cuivre n'est pas volatil dans de pareilles conditions de température. Il avait dû rester en totalité dans le vase dont nous nous étions servis. Mais il s'était produit, pendant notre opération, une de ces transformations analogues à celles que l'on réalise maintenant tous les jours , dans la pratique de la galvanoplastie.
Lorsque , dans une dissolution de sulfate de cuivre^ on plonge une lame de fer, le cuivre se dépose à l'état métallique, et se trouve remplacé, dans la dissolution primitive, par du fer qui se substitue à sa place» et l'on obtient, fmalement, du sulfate de fer an lieu de sulfate de cuivre. — Pour AOO grammes de cuivre qui se déposent ainsi, 350 grammes de fer se dissolvent pour le remplacer.— Une température élevée, celle de l'ébullitlon , par exemple, active la substitution qui peut être complétée en moins de temps qu'il n'en faut pour cuire les aliments.
£u séparant, à la fin de notre opération , la partie liquide, le bouillon, nous avons trouvé, au fond du vase y un abondant dépôt de cuivre pulvérulent
8 OnSFRVATIONS SLR IJC SULFATE DE CUIVRE
PoorquoI le sel de cuivre absorbé par les pois n'avait*!! pas éprouvé cette même transformatiOD si rapide et si fàdle ? C'est qa'il existe dans les pois , c'est qu'il existe dans presque toutes les substances propres à servir à ralimentatiou , des matières ayant beaucoup d'analogie avec le blanc d'œuf , et que ces matières Jouissent de la propriété de contracter une combinaison intime avec le sulfate de cuivre , et que cette combinaison est encore favorisée par une température un peu élevée.
Une fois réalisée, cette combinaison est assez stable pour résister à l'action de l'eau, même à celie de l'eau bouillante.
Les pois devaient donc ici prendre et conserver du sulfate de cuivre , alors même que le l>oulllon abandonnerait la totalité du sien; et si, dans l'espèce, l'instruction n'avait pas eu grand soin de rassembler ces quelques pois , ou si les experts s'étaient contentés d'examiner les éléments les plus essentiels et les plus abondants de la soupe, le pain et le l>ouillon, ou qu'ils n'eussent pas tenu compte de cette singulière propriété dont Jouissent les pois , il leur eût été dilBcHe de renseigner convenablement la Justice sur les circonstances les plus imporlantes de la tentative criminelle sur laquelle elle avait à se prononcer.
Nous pouvons donc résumer ainsi, en peu de mots, tes points les plus importants de l'observation sur laquelle je me proposais d'appeler l'attention de l'Académie:
1*. Il peut arriver que du sulfate de cuivre, introduit dans certaines préparations alimentaires, s'en trouve
DAUSS CERTAIMS CAS D'£MPOISOBilfEMENT. 9
éliminé spoutanéiuent et complètement, même lorsqu'il a été employé en quantité considérable. St la préparation a été faite dans un vase de fonte non émalllée ou de fer non étamé , le sulfate de cuivre se trouve remplacé par une quantité équivalente de sulfate de fer.
2*. Lorsqu'on a lieu de penser qu'une préparation alimentaire a été empoisonnée par du sulfate de cuivre, et que cette préparation contient des substances dans lesquelles se trouvent' des principes albuminoldes jt c'est principalement sur ces substances que doit se porter l'attention des experts, parce qu'elles retiennent énergiquement le poison , alors même qu'il aurait complètement disparu de la partie liquide.
Dans l'observation qui précède^ l'accusé avait essayé d'incorporer la substance vénéneuse dans les aliments, en faisant cuire ceux-ci dans un liquide empoisonné. Sans être familier avec les réactions de la chimie , l'on peut supposer ici que la cuisson , en modiûant l'état ou même la nature des aliments , puisse les rendre plus aptes à s'approprier le sulfate de cuivre et à le conserver, même en présence de l'action dissolvante de l'eau , comme nous voyons les couleurs bon teint résister à l'action des lavages.
Dans le second exemple de tentative d'empoisonnement sur lequel je me propose d'appeler l'attention de l'Académie (1), le sulfate de cuivre avait été tout simplement mélangé en poudre avec une matière ali-
(1) Celle lenlalite remonte à Tannée 1857 ; elle afaU eu lien dans rarromlisseitienl de llortaiQ ( Maoclie )•
i 0 OBSERVATIONS SUR LE SULFATE DE CUIVRE
mentaire palvérulente elle-même , avec la farine de froment
Le salfate de cuivre se dissout très-facilement dans Tean froide , tandis que la farine ne s'y dissout pas ; lorsqu'on ne s'est pas encore familiarisé avec des recherches de cette nature, il semble que la séparation du sulfate de cuivre , en pareil cas , soit la chose du monde la plus simple. On est tenté de croire qu'un simple lavage doit su£Sre pour entraîner en dissolution le sel vénéneux.
SI ce dernier est très-abondant , l'eau pourra effectivement en entraîner une partie plus ou moins considérable ; mais s'il ne se trouve qu*en petite quantité dans le mélange , et il n'est pas nécessaire qu'il y soit très-abondant pour occasionner des accidents , la majeure partie souvent , la presque totalité quelquefois 9 pourra résister ù l'action dissolvante de l'eau et rester combinée avec les principes constHutifis de la farine.
Parmi les éléments susceptibles de contracter avec le sulfate de cuivre une assez intime union pour résister à l'action séparatrice d'un lavage , il en est deux surtout qui jouissent à un très-haut degré de cette propriété : Valbumine végétale et le gluten.
Si la quantité de sulfate de cuivre est peu considérable^ s'il est réduit en poudre impalpable , l'examen à la loupe de la farine empoisonnée n'offrira, le plus souvent^rien de particulier. Mais si, au lieu d'examiner la farine en masse, on en forme une pâte ferme qu'on malaxe ensuite sous un mince filet d'eau froide pour en extraire le gluten, celui-ci conserve toujours une teinte