SUR LA RÉVOLUTION JUDICIAIRE DE
dans laquelle l'orgiieil oational se complaisait Uo roi de France était fier de la chambre dorée de son par* lement de Paris ; c'était le premier objet qa'ii oSirait à l'admiration des étrangers, comme autrefois à Rome on leur montrait le Capitole.
Il se transportait aussi dans les provinces pour ?oir les magistrats et exercer avec eux les fonctions déjuge. Le 17 août 1563 , journée mémorable dans les anniies judiciaires de la Normandie, Charles IX, suivi des princes du sang et d'une foule de seigneurs , vint déclarer sa majorité au parlement de Rouen. Un procès Alt plaidé devant le monarque reconnu majeur. Le chancelier de Lhospital, qui l'accompagnait, avait voulu qu'en commençant son office de roi , U commençât en même temps celui de juge. Combien la présence d'un roi de France siégeant, délibérant avec les magistrats, redoublait le respect des populations pour des hommes dont les chefs de l'État aimaient à se faire les collaborateurs! Henri II était déjà venu au parlement de Normandie , et ]y vait pris séance avec le cortège le plus brillant; il Vit débattre une cause où il était intéressé; et, chose remarquable h une pareille époque, il la perdit.
Mais, pourquoi nos monarques se plaisaient-ils à entourer les parlements de tant d'honneurs , et à les revêtir de tant de puissance ? Sous le régime féodal, le roi, suivant le langage du temps, n'était que le plus grand fieffeux du royaume. Les seigneurs s'étaient emparés du pouvoir judiciaire comme d'un moyen assuré de dominer les peuples ; ils ne reconnaissaient pas de supérieurs, et se réservaient la liberté pour eux seub,
si toutefois on est libre soi-même, quand on impose la servitude aux autres.
Mais à la première lueur de civilisation, jaloux d'être présents et sentis partout, les rois cherchèrent à ressaisir les débris de la souveraineté dispersée en toutes mains ; ils créèrent, à de certaines distances, de vastes juridictions pour garder l'État d'espace en espace, pour faire pénétrer et circuler leur autorité dans toutes les parties du corps social. La France étant placée au cceur même du continent^ entre l'Empire, l'Angleterre et l'Espagne, il fallait, pour défendre ce poste périlleux et résister à une telle pression, une force et une liberté de mouvement incompatibles avec la division des pouvoirs et les résistances de l'esprit provincial; il fallait, aux desseins de la Providence dans le monde, un peuple au bras fort, à l'esprit logique et résolu, qui vécût d'une même pensée et s'inspirât aux mêmes sources d'enthousiasme et de dévouement; il fallait, au centre de l'Europe, une nation capable d'accepter avec entraînement et d'accomplir avec persévérance la grande mission sociale réservée à son initiative.
L'unité monarchique ne pouvait être constituée en France, qu*en brisant les chaînes pesantes de la féodalité et du despotisme théocratique. Les parlements furent les alliés courageux de la royauté, dans ce travail d'émancipation ; ils lui prêtèrent un appui constant et souvent héroïque. I/Estoiie raconte qu'aux jours de crise, les conseillers et présidents, hommes aussi rudement énergiques sous leurs robes rouges que les chefs militaires d'alors sous l'acier de leurs cuirasses, ne craignaient pas de descendre de leurs sièges et de mettre