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vait eu contre lui que la vertu , peut-être fût-il resté debout plus long-temps; mais la fatalité, ou plulôt la justice* lui réservait d'être atteint par ces flèches du ridicule qui avaient renversé tant de choses dans le Wlll*. siècle. Un procès fameux, qui intéressa la France et les étrangers, en (il l'objet de la risée générale et lui porta les derniers coups. L'un des memltfes de la nouvelle magistrature, Goezman, par une ostentation imprudente, vint se livrer à un public disposé à les condamner tous sans examen : il se plaignit judiciairement de tentatives faites par Beaumarchais, pour le corrompre dans une cause dont il était rapporteur. Quel est celui qui poursuivait en corruption dejoge? Un conseiller de qui Beaumarchais n'avait pu obleidr une audience qu'après vingt-deux démarches inutiles, et au prix de cent louis , remis à la femme de ce magistrat. M"*. Goezman lui en avait promis d'autres, moyennant un nouveau salaire; frappée de quelque crainte, elle fit des restitutions, mais, par un étrange excès de bassesse, elle retint quinze louis.
Beaumarchais, qui avait perdu un procès dont les hommes du barreau jugeaient le succès infaillible , ir* rite de tout ce que l'éclat fait contre lui a d'odieux , charmé en même temps de montrer l'originalité de son talent et la vigueur de son caractère , Beaumarchais met tous ces faits en relief avec une verve inépuisable, dans des Mémoires étincelants d'esprit et de galté, réunissant Teffet de la satire la plus amère ù celui d'une excellente comédie. Là, tout en prodiguant les formes du respect, il verse des flots de mépris sur le parlement Maupeou tout entier. A l'apparition de ces singuliers
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écrits, galerie de tableaux, espèce d'arène ouverte pour la première fois, où il semblait que Beaumarchais s*àmusât à mener en laisse tant de personnages si diversement ridicules ou vils, un rire inextinguible éclata de toutes parts ; et le rire est haut-justicier en France.
Sur ces entrefaites, la mort presque subite de I^uis XV, et Tavènement d'un roi honnête homme , ouvrirent à loutes les espérances un champ sans 11» mites. Le vœu qui redemandait les anciens parlements avaittoute l'impétuosité d'un vœu national; etLouisXVj, qui voulait être aimé, crut faire un acte bien venu du peuple , en les rappelant. Les Conseils supérieurs, qui avaient rêvé de longues destinées • reçurent ordre de cesser d'être , et le hardi chancelier fut exilé dans ses terres.
On a dit ( parce que , hélas ! le succès est souvent la mesure de la justice des hommes , et que l'histoire est un peu trop aux gages de ceux qui réussissent), que le coup d'état Maupeou était demeuré dans son avortement un coup d'état ridicule; selon nous, cette opinion manque de justesse et d'exactitude. Le changement que reçut l'organisation des Cours souveraines présentait certainement tous les caractères d'une œuvre sérieuse; Maupeou ne fit pas seulement des ruines , chose toujours facile quand on porte la main sur un vieil édifice. A l'ancienne magistrature , il en substitua une nouvelle qui , malgré ses défauts et sa déplorable origine, se maintint pendant quatre années, et dont l'existence fut marquée , dans les derniers temps, par les efforts qu'elle faisait pour se constituer l'organe de i'opinion publique.
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Mais ie sort de cette magistrature se trouvait falaleiDent lié à celui du ministre qui » en la créant « avait eu pour but de concentrer tous tes pouvoirs dans la personne du monarque ; d'un autre côté ^ il était fort difficile d'établir le despotisme d'une manière durable; Tair était plein d'idées libérales , et ou ne gouverne pas long-temps une nation à rebours de ses seDliments et de ses pensées.
Accompagnés, dans leur-exil, par les énergiques regrets du peuple, redemandés sans cesse et salués % leur retour par des transports d'allégresse» les parlements, témoins de cet enthousiasme désordonné, ne comprirent pas que c'était là un cri d'indépendance et de progrès : ils s'imaginèrent qu'ils ne s'agissait que d'eux-mêmes, et que le pays serait satisfait, s'ils reprenaient leur ancienne influence.
Les parlements avaient d'abord été l'avant-garde des classes moyennes, c'est ce qui avait fait leur force; ils en avaient l'esprit, les mœurs, les préjugés; toutes les sympathies du tiers-état leur étaient acquises; voilà pourquoi , si dévoués à la royauté contre l'Église et la f éodalitéy ils avaient , dans toutes les questions de snbside, un vote prêt contre la cour. Mais les traditions seigneuriales leur étaient venues: forts de leur existence politique, de leur richesse territoriale , les bomqgeois du parlement, comme parlait le grand Coudé , avaient pris la place de la noblesse ; c'est ce qui fit plus tard leur faiblesse.
Sous Maupeou, ils s'étaient rendus, par un accident de position, les échos des nouvelles idées; ils les voulaient conlre la royauté, non contre eux-mêmes; uue
fois rétablis sur leurs sièges, on les voit s'opposer aux innovations les plus utiles, arrêter tout progrès libéral ; le siècle s'agitait et les parlements, de venus la citadelle des abus, s'efforçaient de tout retenir. Quand le peuple, qu'ils avaient lancé dans les voies de la réforme, s'aperçoit qu'ils ne veulent ni l'y précéder,ni l'y suivre; que, gardiens soupçonneux du passé, ils s'acbarnent aux vieilles institutions, et prétendent faire rétrograder la société vers des principes épuisés, alors le divorce éclate irrévocablement entre les parlements et le public; les magistrats restent dans leur sanctuaire, désertés comme d'inutiles idoles, dans lesquelles la nation n'a plus foi.
Les voilà livrés à l'esprit destructeur qui se lève sur la société à la fin du XVilI*. siècle, grande démolition pour le bien et pour le mal, étrange réunion de la lumière qui éclaire les intelligences, et du feu qui brûle les entrailles mômes de notre antique nationalité. Engagés seuls dans une voie d'opposition désespérée, ils étaient désormais une institution impossible et intolérable pour tous. Abandonnés par l'esprit bourgeois qui avait fait leur force, comme je l'ai dit, n'éprouvant pas le besoin de se transformer, d'innover avec prudence et mesure, les parlements avaient perdu leur raison d'être , et le moment approchait ou ils verraient choir, de leur tête blanchie, cette couronne qu'ils avaient fièrement portée durant plusieurs siècles. « Il n'est pas d'écarts , dit le malheureux Louis XVI, auxquels mes parlements ne se soient livrés depuis un an. » Tels furent les adieux que leur laissa la royauté lorsqu'elle vint , dans un lit de justice, exprimer sou dernier mot sur les Cours sou-
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veralnes; les parlements avaient appelé les États-Généraux, tout en voulant leur imposer les formes suniinéesdel6U, c'est-à-dire enchatoer l'élément nomreaa dans les liens de l'impuissance. Les États-Gén^mn arrivèrent comme la mort pour eux, avec une exactitude irrésistible ; dès le 3 novembre 17S9, l' Assemblée nationale décréta des vacances indéfinies pour les parlements, et le 7 novembre 1790, ils ftirent supprimés^
Un acte matériel vint s'ajouter à ces proscriptions réitérées de la loi : à un Jour annoncé» des ofBdersma^ nicipaux se rendent aux lieux où chaque parlemcat tenait ses séances. Là, au milieu de la solitude el do silence de ces salles, naguère encore bruyantes et toutes remplies de conseillers souverains , un simple greffier attendait : il remit les clefs aux officiers moDlcipaux; puis, le procès-verbal dressé et i'hiscripdOD de scellé faite, tout se referma comme une tombe sur les anciens parlements de France.
Ainsi périt cette forte institution des premiers jours, que Dumoulin appelait la partie mystique du corps de la monarchie ; ainsi tomba ce grand arbre , abattu par ceux mêmes qu'il avait élevés et protégés sous son ombrage. Jamais on ne vit mieux que la reconnaissance n'est pas la vertu des peuples ; aucun signe de sensibilité n'accompagna les derniers soupirs de ces vieilles Cours de justice, qui furent l'un des principaux ressorts de notre existence nationale. Elles disparurent avec la monarchie, et avant elle-même. Quant à celui qnl les avait rappelées, il recueillit une royauté pleine d'orages, et en fut le martyr ; il fallait de la force, il eut de la vertu. A quoi bon la vertu dans la tempête, si ce
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n'est à bien mourir? Louis XVI mourut bien, voilà toute sa vie.
On doit tirer un enseignement de toutes ces observations. La magistrature actuelle ne possède pas le triple pouvoir politique, administratif et judiciaire des parlements, ses illustres devanciers; son pacifique empire n'est pas aussi vaste, mais elle y exerce une souveraineté sans partage, et nul ne peut en dépasser les frontières bien connues; il ne lui est permis ni de faire la loi ni de la braver. « Je puis faire juger qui je veux , et où je veux, disait Louis XIII au parlement de Paris. > Aucune puissance humaine n'oserait, aujourd'hui, tenir un pareil langage! Cet arbitraire odieux trouvait-il des adversaires au sein du parlement? Anne d'Autriche répondait aux mécontents, en leur envoyant des lettres d'exil : • Vous êtes de plaisantes gens, que de vouloir borner l'autorité du roi ! »
Il suit de là que, sous une monarchie absolue,la magistrature n'a qu'une existence précaire ; qu'elle est à la merci du pouvoir, et se trouve impuissante à remplir sa mission. Ce n'est que dans un État libre, dans un pays où les lois sont maîtresses des hommes, et non les hommes maîtres des lois, qu'elle jouit de toute son indépendance sacrée, qu'elle exerce toute sa force protectrice, et est en pleine possession d'elle-même.