DARIUS
Ces droits, je les confie à la garde du trône.
Quant à la dignité, l'honneur de la couronne
Est l'honneur des sujets, des grands, de tout l'état.
Le trône sur nous tous réfléchit son éclat.
Pour notre indépendance, il faut d'abord s'entendre:
Par ce mot si flatteur oserais-tu prétendre
De vivre par loi-méme, à l'exemple des Dieux?
Nul n'est indépendant sous la vnilte des cirux.
306 NOTICE BIOGKAPHIQUR F.T LITTÉRAIRE
Ses besoins reniiis«»inl s, la loi delà nature.
Tout Penchaliie ù Pélat ; ilébile crétture,
ToHt Tasservit aux lois de la nécessité.
Si le ciel imlail ta fière liberté ,
Qu'en ferais-tu, dis-moi, sans le secours des autre»?
IiDprudeut* songe donc que tes droits soiit les nôtres ;
Et que, si ton orgueil croit pouvoir tout oser ,
Le monde entier résiste et s'y fient opposer.
Les trois tragédies suivantes : Sélim iii, Balraciar et le Patriarche grec forment une sorte de trilogie , destinée à peindre les mœurs orientales, et qo*OD poorrait intituler : les Turcs. Ce sont plutôt des dialogues dramatiques que des tragédies proprement dites » des études historiques que des œuvres de pure imagination. Elles sont écrites plutôt en vue de la lecture qoe de il représentation , comme les Barricades et les Étau de Bloiset d'Orléans . de M. Vitet. Mais, ce qui fait leur mérite, nous ajouterions volontiers leur originalité* c'est la couleur locale , c'est la vérité du langage , ce sont les habitudes des passions, les détails des uMEors, c'est le cadre exact où se meuvent des caractères d'une énergie farouche , où se développent des sentiments d'une exaltation barbare. L'époque choisie par l'auteur est une des plus importantes de l'histoire ottomane : sous Séilm III , l'essai infructueux d'une régénération européenne; sous Balractar, la dernière lotte de la force brutale, mais raisonnable , contre le fanatisme le plus violent et le plus insensé ; du temps enfin du Patriarche grec, la suprême réaction religieuse et politique des Mahométans contre les Chrétiens , da (^oran contre l'Évangile, des Turcs contre les c;recs?
SLR PIEQRE DAVID. 305
GesoDt quinze ans qui résument des siècles. Et quels hommes se rencontrent dans cette période si pleine ? Le doux Sélim , cette victime d'un cœur généreux et d'une pensée élevée; Balractar, ce héros barbare, mais progressif à sa manière; Mahmoud, qui commença par la ruse pour flnir par la vengeance ; Balractar, qui forma , à Constantinople , la première troupe disciplinée, les Selmens ; Mahmoud, qui y détruisit la dernière troupe indisciplinée* les Janissaires 1
Avoir assisté à de pareils drames, avoir vu de pareilles scènes, n'est-ce pas là une incomparable bonne fortune pour un poète ? Ce fut celle de Pierre David ; et ne lui appartenait-il pas de peindre ces événements si décisifs, ces grandeurs monstrueuses, ces luttes si meurtrières entre la civilisation et la barbarie, luttes qu'on peut regarder comme les derniers efforts de la Turquie, de cet empire colossal, mais arriéré, qui fit un moment trembler l'Europe et qui lui fait pitié aujourd'hui, composé hétérogène de toutes les nations déchues de l'Asie, se ruant de ses déserts sur tout sol cultivé, pillant le blé avant l'or, brave parce qu'il aime mieux la mort par le feu que par la faim, tourbe confuse n'ayant ni lien de race, ni parité d'origine, ni sentiment de nationalité , unie seulement par l'exaltation la plus aveugle et la plus cruelle à la fois, le fanatisme.
Telles sont les passions, tels sont les carfictères et les hommes parmi lesquels Pierre David avait passé quinze ans, et qu'il voulut se rappeler et faire revivre une fois que, retiré des affaires publiques, le poète en lui remontait dans l'existence du diplomate pour demander à ce dernier des tableaux et des souvenirs. Ce
sont donc en quelque sorte des Mémoires poétiques que les trois tragédies que nous avons nommées plus haut, et surtout la quatrième* intitulée: Les numvaù jours de Smyi^ne, où le consul-général de France joue lui-même un rôle important La première de ces pièces a été seule imprimée à Falaise en 4836, les autres sont complètement inédites. Et ici notre lâche nous parait aussi difficile que délicate; les fragments abondent déjà trop dans celte biographie, et nous voilà très-embarrassé d'en produire de nouveaux. Que choisir? Tout se lie si bien dans ces dialogues tragiques , que ce qui nous parait clair à nous qui venons d'en relire Tensemble, aurait besoin pour les lecteurs d'explications et de commentaires. Il nous faut donc renoncer maintenant à une froide analyse et à d*incomplètes citations; peutêirc reviendrons-nous un jour sur ce sujet, quand l'auteur, mieux connu par cette première publication, aura réveillé dans le souvenir de ses compatriotes plus d'intérêt sur sa personne et sur ses écrits. Bornons-nous à dire aujourd'hui que SéLim II! contient les causes et les suites de celle catastrophe terrible où ce malheureux prince, déjà déchu, fut assassiné par ordre de son neveu Mustapha ; que Raïractar est le portrait, plein de vcrilé, de ce grand-vizir ambitieux, trop attaché à la mémoire de son premier maître, sultan Sélim, trop orgueilleux de sa puissance, et que Mahmoud sacrifie, quoiqu'il lui doive l'empire, à sa passion de régner par lui-même; que le Patriarche grec o.wÇm est la première victime de la réaction mahométane contre le soulèvement des chrétiens on 1821, le premier martyr de la régénération de la Grèce. Quant aux Mawmis jours de
Stnyme, c'est un drame tout intime, c'est le poète qui cliante ses propres travaux, c'est Camoëus racontant les batailles auxquelles il a pris part. Nous ajouterons que cesquatre tragédies sont écrites d'une plume émue et énergique à la fois ; que le style y emprunte avec bonheur le colons, les métaphores et l'esprit des Orientaux; qu'il est tantôt riche sans prodigalité, tantôt concis sans sécheresse, toujours pur et ferme dans sa nouveauté, ainsi que peuvent s'en convaincre ceux qui liront Sélim IIL
Avant d'écrire deux comédies en vers, Pierre David s'était essayé, très- jeune encore, dans le genre comique. Frappé d'un des ridicules de 1796 à 1798, ridicules de certaines femmes qui s'évertuaient à compter en politique, qui, formant un club, jouaient à l'Assemblée nationale et décrétaient l'émancipation du beau sexe, il avait esquissé contre elles une pièce en trois actes. Chose singulière ! l'ébauche de sa jeunesse put être achevée par lui trente-cinq ans plus tard, tant les ridicules varient peu comme les vices et les passions ! tant ils se reproduisent presqu'identiquement ! Seulement en 1833 la femme Libre avait remplacé la femme législatrice: un degré de plus de folie, voilà tout
Dans cette comédie en prose éclatent déjà cette gaieté, cette verve, celte ironie douce, quoiqu*acérée, qui brillent dans Quelques travers du jour , comédie achevée en février 1835. Quels sont ces travers? Une partie de ceux de l'époque: le romantisme outré, le dandisme ignorant , le despotisme ^e la mode , la coquetterie hors d'âge , la fausse noblesse , le goût ridicule du moyen^âge en architecture , la manie du
jOQrnalIsnie 9 le bourgeois aristocrate, le légitimiste révolatioDDaire, le juste-milleo égoïste, enfin, les folies contemporaines dans la société, dans la littérature , dans la politique. Gomme on le voit , un pareil sujet ne prétait guère qu'à ce genre de comédies qu'on désigne sous le nom de pièces à tiroir ; mais l'auteur a su relever ces portraits successifs par la Gnesse de la touche , la grâce du pinceau, la vérité du trait, ta justesse du coloris. Les Fâcheux de Molière sont le modèle de ce genre , et Pierre David s'en est rapproché autant que possible par le comique des détails et par l'attidsme de la forme. De semblables pièces ne s'analysent pas; mais on nous pardonnera peut-être d'en citer une scène au hasard: ce sont deux romantiques en face d'une bibliothèque composée de nos meilleurs auteurs français.
M®. Laurence.
Certes, les acquéreurs étaient fous,
LOURTILLB.
Étaient ivres; Ou les vendeurs, Madame, ont été bien fripons.
M*. Laurbncb.
Quels classiques Tatras amassés sur les ponts : Un Volinire in-quarto; Rousseau doré sur tranche; Racine en maroquin , enfant qu*on endimanché I
4 LOORVILLR.
Corneille in-folio , dout les tragiques vers. Noblement enfermés sous deux grands battants verts.
Semblent, comme ses rois et ses héros classiques, Accorder audience en habits magniGques I
M®. Laurbncb.
Et ce pédant Boileau 1
LOURVILLB.
Ce pftie Fénelon !
M*. LaURBNCB.
Cet obscur Montesquieu !
LoURVlLLB.
Cet ignorant Buffoo l
M®. Laurbncb*
Depuis le siècle usé qui vit naître leurs oeuvres.
Les a-t-OD vus jamais qu*aux mains de nos manœuvres?
Ah {«retournons bien vite à ces écrits divins.
Romantiques travaux de nos grands écrivains ;
Cette prose inouïe et ces vers sans césure.
Dont les soos cahotés déguisent la mesure ;
Ces inspirations d*un brûlant cauchemar
Où Tauteur haletant écrit tout au hasard ;
Ces images sans nombre, et dont l'art invisible
Va du grotesque au grand , du cynique à Phorrible ,
Alliance sublime et telle qu*à nos yeux
La montre la nature en tout temps , en tous lieux ;
Admirable contraste où se plaît le génie.
Dernier rftle du goût en sa longue agonie.
LoURVlLLB.
Le goût à l'agonie I il est bien enterré , Bfadame; et la ballade est son Miserere, Petit monstre hargneux, éplucheur de syllabes,
Idule des vieux Grecs, chassé par les Arabes,
Il se réfugia ckex nos auteurs français
Il gouTema Moataîgne et non point Rabelais ;
Boileau fut son graud-prèlre, et Racine ù sa suite
Encensa le faux dieu que Mercier mit en faite.
Voltaire, en lui faisant mille infidélités.
Quelquefois par décence invoquait ses clartés ;
Il lui bfttit un jour une étroite cbupel le
Que du beau nom de temple au collège on appelle ;
Mais d'un culte importun ironique prélat.
Dans Londres, le premier, il en fut Ta postât.
Par les mains de Victor, d'Alfred et d'Alexandre,
Le dieu, Tautel, le temple, enfin tout est en cendre.
Le goût est mort, bien mort Ce monstre a trop long-temps
D'un scapel sans pitié disséqué les talenls.
Les talents l'ont tué pour venger leurs blessures ;
Écrivons hardiment sans craindre ses morsures.
La Double hypocrisie ou les Élections est ane comédie de caractères et non de portraits; aussi a-Y-elle plos d'iiopor tance, et est-elle écrite en vers alexandrins, aa lieu de l'être en vers libres, comme la précédeote. £o voici les personnages: la marquise de Fremense et son frère Je comte de Longueuil,deuxgentiliatres infatués de leur noblesse; mais le comte est en même temps ambitieux et ruiné , il veut refaire sa fortune en devenant député. Sa morgue se plie donc aux nécessités d'une élection ; il a pris son parti sur les sacrifices d'amour-propre qu'il lui faut faire pour atteindre son bat, et consent à flatter un vieux général, son concurrent, pour obtenir en sa favc^ur le désistement qui lai est indispensable. 11 ira même jusqu'à lui demander sa fille pour le vicomte, sou fils, afin d'assurer son succès de scrutin ; il jouera le libéral, il adoptera d'antres gloires
SUR PIERRE DAVID. 3il
que celles de ses ancêtres; il dissimulera son opinioD, il matera son orgueil D'un autre côté, le général, flatté de faire entrer son enfant dans une grande famille, d'être reçu dans le noble faubourg, de n'avoir plus à soufl*rir des dédains d'une certaine noblesse, oubliera ses anciens griefs , ses vieilles luttes de parti , son origine et sa carrière : double hypocrisie. La marquise seule conservera jusqu'au bout ses préjugés de caste, ses hauteurs de grande dame, son mépris pour la roture, et s'efforcera de toute façon de faire avorter des projets qu'elle condamne. Tels sont les trois principaux caractères de la pièce. Autour d'eux se groupent le vicomte et la fille du général, deux amoureux naïfs et qui font peu de cas des questions de préséance ; un certain frère du générai, homme de sens et de conviction, honnête et actif manufacturier qui se rit des prétentions, raille les vanités et gourmande les apostasies; et enfin deux personnages secondaires, mais très- heureusement inventés, l'un majordome du comte, l'autre chef d'atelier d'une usine.
Dès le second acte, le comte et le général se sont mutuellement fait des concessions, c'est-ù-dire ont transigé avec leur conscience; mais la marquise ne transige pas, elle ! A toutes ces petites lâchetés récfproques^ à tous ces calculs de l'intérêt, elle répond par des emportements, comiques seulement, parce qu'ils sont exagérés: elle a raison à la manière du misanthrope contre Philinte ; elle outre ses sentiments, mais elle les garde intacts. Pui$,quaud elle s'aperçoit que les paroles sont insuflBsantes, elle agit, elle conspire en faveur de son bien-aimé préjugé. Le majordome, person-
DRge équivoque, saus foi ni loi, qui ne connaît au monde que le profil, la servira. Elle l'emploie contre son neveu d'aliord, en faisant charivariser le jeune vicomte pour avoir sollicité et accepté le grade de commandant de la garde nationale du canton. Ce coup d'estoc ne portant pas assez ."i fond, elle en essaie un autre : elle brouille tant qu'elle peut les cartes électorales, elle détache des voix du parti de son frère, elle intrigue pour l'insuccès, elle combat pour la ciiute des siens. Ce n'est pourtant pas assez encore ! Les passions, de part et d'autre, sont si tenaces chez des hommes mûrs , les volontés sont si fortes, l'intérêt est si profondément enraciné dans leurs cceurs, que les difficultés ne font que les entêter dans leur vœu, que les obstacles ne font que les enflammer dans leurs luttes; il faut donc laisser ces vieux pécheurs dan» leur impénitence , et miner la place d'un autre côté. Que va tenter la marquise? Un coup-d'état; elle prendra désormais à partie la jeunesse plus sensible , plus accessible, plusfière ; elle ira trouver laiille même du général, celle dont elle ne veut pas pour nièce, elle s'efforcera de la dégoûter d'une alliance disproportionnée par le rang, par la caste, par la naissance. La jeune iillerougira, pleurera, s'indignera, tant l'acharnée marquise frappe fort; mais son bourreau ni ne s'arrêtera, ni ne se repentira , tant il croit agir avec conscience, avec raison. Pauvre raison humaine, quelles sont tes bornes, quelles sont tes lois? tu es si souple que tu te façonnes à tous les caractères, à tous les esprits; tu ne sers d'ordinaire qu'à nous prouver que nous sommes dans le vrai, fussions-nous à cent pieds dans le faux. Cependant, à force de frapper, la marquise et
SUR PIERRE DAYia 313
son complice ont ébranlé l'édifice ; tout craque déjà , tout se lézarde , tout est prêt à crouler. Le comte blessé dans sa vanité se retire et boude, le général atteint dans son honneur gronde et se fâche, la jeune fille désolée se lamente et doute, le vicomte désespéré parle de mourir. Tout se brouille, s'envenime, et la marquise va triompher. Mais l'auteur, soit qu'il ait pitié de ses personnages , soit qu'il ne veuille pas à tout prix donner gain de cause à un préjugé sur le bon sens, à l'erreur sur la vérité , soit plutôt qu'il sente le besoin de réhabiliter chacun par un noble sentiment commun à tous , termine tous ses débats , apaise tontes ses disputes , calme toutes ses passions , par l'intervention d'un fait politique, qui rallie Immédiatement tous les divergents. De même que l'exempt, envoyé par Louis XIV, rétablit la paix dans la maison d'Orgon troublée par Tartuffe; de même les bruits de guerre de 1860 , époque où fut faite et où se passe la comédie dont nous parlons, suffisent pour rapprocher ceux que la marquise avait éloignés; devant les périls de la patrie, les nuances politiques s'effacent « les vanités se taisent , les intérêts se cachent , et la concorde se rétablit dans un même élan pour la France ; ce que l'esprit féodal devait disjoindre, le sentiment patriotique Tunit à jamais.
Hélas ! la noble cause du dénouement de la Double hypocrisie ne fut-elle pas elle-même une comédie! L'auteur, dans sa loyale sincérité, ne le croyait pas alors.
Telle fut toujours la hauteur de sa pensée^ telle fut la pureté de son cœur que , sans ignorer les vices sociaux, il tendait plutôt à les corriger qu'à les punir, que, sans
316 KOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉBAIRB
méconnaître les passions humaines , il s'efTorçaft plulôi de les ennoblir que de les réprimer. Cette vae bige et bienveillante est surtout sensible , da reste , dans les poèmes, dans les épttres, dans les poésies légères de sa vieillesse, à cette époque bieniieureose de sa ▼leoti il écrit lui-même, après avoir termîDé le Pairianki grec , cette note si vraie et si touchante :
« Cette tragédie, que j'avais méditée pendant quatre « ans , je l'ai écrite en vingt-huit jours ; je n'avab pas « tracé le plan par écrit • il était dans ma tête, et les « six vers qui la terminent étaient les seuls qal eussest <c été faits dès le temps de la première conception de c( l'ouvrage. J'étais à Gemy (sa maison de campagne), t tranquille et satisfait comme père de famille. Ce u calme de l'esprit a contribué beaucoup à la rapide « exécution de cette ébauche. Pour en faire un tableai» « il faudrait ce travail constant que Boileau reeoo- (( mande ; mais je suis bien vieux pour remettre vingt M fois sur le métier des ouvrages esquissés si tard. »
En 1835, Pierre David fonda, avec le concours de MM. Travers, de Brébisson, de f^a Fresnaye, Choisy, Lemcneur-Doray, feu Galeron et quelques autres, une Société aca4émique à Falaise. Plein de zèle pour cette création littéraire , il ne s'écoula pas une année. Jusqu'en 1865, qu'il n'apportât en tribut à ses séances solennelles, soit un poème en un chant, soit une épitre. C'est ainsi qu'il termina pour elle Le Véstwe et Pampéia. commencé <i Naples en 1827; puis, qu'il lui adressa successivement le Deuil d'une ville y hommage à la mémoire de M. Galerou, qui fit tant pour Falaise et comme chef de son parquet et comme organisateur de
SUR PIERRB DAVID. 315
sa bibliothèque; L'idée fixe au l'amour persàférant, charmant conte basé sur une anecdote réelle ; Falaise et Ajaccio, méditation sur deux cités illustrées par deux immortels berceaux, celui de Guillaume et celui de Napoléon ; le Baptistère de la Trinité, souvenir intime dont l'auteur fit une élévation toute religieuse; et surtout Épiménide à Gnosse, chef-d'œuvre de l'auteur dans ce genre^ où il se représente revenant à Falaise au bout de cinquante ans d'absence; Épiménide à Gnosse, en effet, c'est à la fois de l'attendrissement et de la fierté, de la tendresse filiale et de l'orgueil patriotique. Pierre David entoure sa ville natale d'une affection profonde, il lui fait place dans son cœur à côté de sa mère, et il pleure moins la seconde, parce qu'il jouit encore de la première ; il en aime le site et les monuments, il respire son air à pleins poumons, il baise le marbre de ses temples: amour, dévotion, sensibilité ardente, tendre délicatesse, tous les sentiments les plus nobles forment dans cette pièce une gerbe d'adoration poétique, dont chaque vers est un épi plein et mûr.
Mentionnerons-nous, en finissant, les chants d'amour et d'amitié, comme il les appelle lui-même? Oui, sans doute, puisqu'ils sont, plus peut-être que toute autre de ses poésies, le miroir de sa belle âme. Son affection pour sa femme fut toujours égale et fidèle: quel contraste avec les mœurs de son temps! Quel honorable paradoxe, au commencement de ce siècle, que ce langage purifié par l'unité du sentiment, ingénieux dans l'expression, mais toujours chaste, grave comme le devoir et doux comme le bonheur ! Quelle noble existence
que celle qui fut sans cesse à Fabri de toutes les espèces de séductions^ de celle de la beaaté, comme di celles de la fortune et des honneurs I Aussi n'aYOosnous pas hésité à entrer dans des développement peut-être un peu longs sur cette vie pleine de patrio tisme» de dévouement et des qualités les plus douce de Fhitimité. Puisse ce portrait sincère servir d'exen pie à la pratique des vertus, d'encoaragement à l culture des lettres, et conserver la mémoire de Pierr David dansTesprit de tous ceux qui Tout coddu, d même qu'il a un autel dans le cœur de ses enfants: or domestical