Mémoires. 4
Une profoode obscurité enveloppe, d'une manière générale, tout ce qui touche à la personnalité des enlumineurs du moyen âge. Des centaines de miniaturistes se sont succédé, créant par leur pinceau, pour la postérité, une galerie d'une richesse incomparable, sans que leur nom ni aucune particularité de leur existence aient presque jamais laissé aucune trace. A peine possédons-nous quelques rares documents d'archives, bien insufiBsants pour répondre à notre légitime désir de pénétrer dans l'intimité de ces artistes féconds, ingénieux et charmants.
Cependant, nous sommes peut-être moins pauvres que nous ne le croyons. Il existe des ressources, auxquelles on n'a pas encore suffisamment Lm 4
2 LES NO*^ POUR L*B]fLUHnrEUB
songé jusqu'ici , qui , exploitées avec méthode, eh(
peuvent nous apporter des lumières toutes nou- Qi«
velles. En somme, ce qui est surtout attachant dans 1 cr
rhonmie adonné au cuite d'une branche de Tart, 1 pi
ce n'est pas le côté bourgeois et terre-à-terre de la bc
vie purement matérielle, c'est le côté intellectuel, j^
ce sont les heures de labeur, c'est la production j^
de l'œuvre où se révèlent son talent et ses facultés ^1
créatrices. Saisir l'artiste chez lui, dans son inti- ^
mité, au milieu des siens, à travers les phases de son existence domestique, c'est bien sans doute ; c'est mieux encore de le surprendre penché sur ' j
sa tâche et de le suivre dans ses travaux. Quel | ^
intérêt ne prendrions-nous pas si, par quelque coup de baguette magique, nous pouvions nous trouver transportés dans un de ces ateliers, consacrés à l'exécution des livres enluminés, qui ont particulièrement fleuri en France du xm® au xv^ siècle ! * si nous pouvions assister aux préparatifs de la décoration d'un volume, voir le chef du travail , copiste ou libraire , en conférence avec ses collaborateurs artistiques, l'entendre leur donner ses ordres, leur développer le progranmie qu'ils auront à remplir ! Or, ce rêve, jusqu'à un certain point, peut devenir réalisable. L'écho des instructions exprimées par les libraires du moyen âge aux miniaturistes s'est prolongé à travers les siècles. 11 ne tient qu'à nous d'y prêter l'oreille.
En effet, à dater au moins du xm^ siècle, le
DANS LES HÂNUSCIItTS DU HOTEN AGE. 3
chef d'atelier ne se bornait pas à donner aux miniaturistes chargés d'exécuter les images des prescriptions verbales. Pour éviter toute erreur, il prenait soin, fort souvent, de leur indiquer leur besogne par écrit, au moyen de petites notes mises sur le feuiUet même de parchemin qu'ils devaient illustrer. Ces notes pour V enlumineur étaient tracées, près de la place laissée vide pour recevoir des peintures, d'une écriture très légère et facilement effaçable; ou bien encore, on les plaçait dans la marge inférieure, tout à fait au ras du bord. Toutes, en principe, étaient destinées à disparaître, une fois le livre terminé. On les grattait ; on les ponçait. Quant à celles qui étaient placées au bas des pages, elles devaient tomber sous le couteau du relieur.
Dans d'innombrables manuscrits, en inspectant attentivement les marges, on peut reconnaître des traces de notes de ce genre, ainsi enlevées après la fin du travail. Mais, par bonheur, il est arrivé que le grattage n'a pas été toujours poussé assez loin pour ne pas laisser la possibilité de lire encore la note, qu'à la reliure le bord inférieur du feuillet n'a pas été rogné d'assez près, ou même qu'on a totalement omis de procéder à cette suppression des indications devenues inutiles. Nous nous trouvons, par suite, avoir alors, à côté de l'œuvre du miniaturiste, le texte du programme d'après lequel cette œuvre a été exécutée. Quelquefois les notes pour l'enlumineur peuvent