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LES NOTES POUR L'ENLUMINEUR

prendre un caractère plus personnel. Par la langue dans laquelle elles sont écrites, eUes nous renseignent sur la nationalité de l'enlumineur ; elles vont même jusqu'à nous donner son nom.

Cette question des notes pour l'enlumineur avait depuis longtemps déjà attiré l'attention des deux signataires du présent travail; l'un s'en occupant à propos des manuscrits bibliques, l'autre, d'une manière plus générale, au point de vue de l'histoire de l'enluminure au moyen âge. Nous étant ainsi rencontrés sur le même terrain, il nous a paru à tous deux qu'il y aurait intérêt pour l'érudition à mettre en commun nos observations. De là, le mémoire qui va suivre, divisé en deux parties : la première, étudiant les notes pour l'enlumineur spécialement dans les manuscrits de la Bible; la seconde, les mêmes notes dans tous les autres genres de volumes écrits à la main, textes littéraires, ouvrages d'histoire ou de science, livres liturgiques, etc.

Les exemples que nous donnerons ne sont qu'une faible partie de ceux que nous avons recueillis de part et d'autre. Ce choix suffira à montrer quelle source d'indications on peut trouver dans ces notules tracées sans prétention, condamnées par leurs auteurs mêmes à une disparition immédiate et que le hasard a sauvées pour nous par une heureuse fortune.

DlirS LBS MANUSCRITS DU HOTEN AGE. 5

Les notes pour V enlumineur dans les manuscrits

de la Bible.

L'histoire de l'art au moyen âge nous montre un singulier esprit de suite dans la manière d'enlunainer la Bible. Pendant plusieurs siècles, les sujets des peintures qui accompagnent les divers livres bibliques restent les mêmes, et ces sujets sont presque toujours compris de la même façon et traités plus ou moins dans le même style. 11 y a eu certainement, dans l'art de décorer la Bible, depuis les temps les plus anciens jusqu'à la veille de la Renaissance, une tradition presque continue et qui a été très lente à se modifier. Qui a vu une Bible du xm^, du xiv® ou du xV' siècle les a vues presque toutes, et, dans cet art si constant avec lui-même, les différences seules valent la peine d'être relevées. Il en est de même des Bibles françaises, et la même continuité dans la tradition est la loi des principaux cycles de la peinture chrétienne, en particulier de l'Histoire de la Genèse, des Psaumes, de l'Histoire évangélique et de l'Apocalypse, et surtout des portraits des évangélistes, dont le type montre une si remarquable fixité. L'étude de la tradition dans l'art chrétien est une des plus attrayantes qui puissent se présenter à l'historien, et elle est presque sans limites. Un seul sujet nous préoccupe en ce moment, c'est

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la manière dont cette tradition s'est communiquée aux artistes dans les trois derniers siècles du moyen âge.

Ne croyons pas que les documents, sur les rapports du libraire et du peintre , soient d'autant plus abondants que le livre que nous étudions a été plus souvent copié. C'est le contraire qu'il faudrait dire, car, lorsqu'une édition se faisait en fabrique et à grand nombre, il était inutile de tracer aux ouvriers leur devoir : les modèles abondaient, et le peintre avait, pour ainsi dire, la tradition dans ses doigts. C'est ainsi que nous n'avons conservé presque aucune note sur les marges de la Yulgate, dont la librairie parisienne, pour ne parler que d'elle, a mis au jour, depuis le commencement du règne de saint Louis, tant de milliers d'exemplaires. La Bible française au contraire était un article de grand luxe et dont on copiait rarement plusieurs exemplaires à la fois. C'est pourquoi les Bibles historiales du xrv® et du xv^ siècle nous ont conservé la plus riche collection que l'on puisse désirer de notes pour l'enlumineur. L'ouvrier, soit écrivain, soit peintre ou décorateur, travaillait sans doute le plus souvent à domicile. Nous savons même qu'à Paris, au commencement du xrv® siècle, on utilisait le travail d'un prisonnier pour la besogne de copier la Bible, et même la Bible française :

Anno mîUeno trîcenteno duodeno, hoc opus transcriptum est a Roberto de Marchia clerico, Parisius in carcere

oins LES MANUSCUTS OU MOTBH AGE. 7

roancipalo : a quo yelit [eum] deliberare Deus, qui est retributor omnium bonoram^

Il faut recommander ce texte à ceux qui étudieront le régime intérieur des prisons et la question pénitentiaire au moyen âge^.

Cinq ans plus tard, en 1 31 7, la Bible de Robert de la Marche servait de modèle à un autre clerc, qui travaillait, lui, en liberté, à Jean de Papeleu, demeurant à Paris, dans la rue des Écrivains^. Il est probable que, pendant ces cinq ans, cette Bible était restée dans la boutique du libraire qui l'avait commandée. A côté des miniatures qui décorent plus ou moins bien la Bible du prisonnier, on lit encore^ quelques-unes des notes

1. Musée Britanniqae, 1. A. XX. (8. Berger, La Bible française au moyen âge, 1884, p. 188).

2. Disons ici, à ce propos, que d'autres manuscrits que la Bible ont été aussi exécutés dans des conditions analogues. On peut, par exemple, mettre en regard de la souscription de Robert de la Marcbe cette note finale, déjà relevée par M. Delisle (Le caMnet des manuscrits, t. Il, p. 389), qui termine le ms. français 1611 :

a Explicit le livre de Baudoyn, conte de Flandres, le VIII* jour de mars, Tan mil ÏTTÏc LXXITTI, fait par Gilet le Clerc, prisonnier, sans cuidié avoir mal pensé, es prisons du roy nostre sire à Troyes. — Ce livre appartient à honnoré escuyer Yonnet d'Oraille, maistre d'ostel de monseigneur le gouverneur, lequel, à Payde de Dieu, me puisse délivrer de mes douleurs et moy faire changier air.

f Detur pro pena scriptori pulcra puella.

ff Vostre humble prisonnier, natif de Vendeuvre : G. LE CLERC. — Mémoire dudit pouvre prisonnier. »

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