‹ Mémoires. 4Chapitre 110 sur 133 · Cf, Tite-Live · texte numérisé non relu

Cf, Tite-Live

f L'historien Procope fait le récit de cet événement dans les termes suivants :

c BeXio^ioc Sk ac&tàv x6 évreOOev èSCttnccv, Iç ic6Xcv ts Nou|tiSûv c l^upàv tià OaXaaov) xei|iivv)v âf tx6|ievoc, dixa ^|jLep&v ôSû Kop^c d6voc diéxovaov, tJv St) *Iicirovepéyiov xocXovfftv, ï\uiAe FeXfiiepa le c IlaicitoiSaiv to opoc &va6dlvTa oOxIri &Xcoffi|Mv P(0{iaiouc elvai ' xoOto c xh opoc iax\ (tèv 2v xoXç NoupiiSCocc lox^'^®^ àxp6TO{j.6v te êiri icXslorov c xat deiv&c &6aT0v {lUxpai yàp {>4^T}Xa\ éç oûri iravra^ôOev ocvéxou^Oy

c xaTcpxiQvrai dà èv aOrâ MocupoiSotoi BàpSapoi xa\ içéiktç àçjaia.

c MiQ^ebc ^voiMi napà toO ^pouc Ta lo^ara xeîTai. »

€ Bélisaire le poursuivit, et, arrivé à EUppone Royale, ville c de Numidie, située sur le littoral de la mer à dix journées c de marche de Garthage, il apprit que Gélimer s'était retiré t sur le mont Pappua pour être à l'ahri des Romains. Cette c montagne, située à l'extrémité de la Numidie, est très c ahrupte et presque inaccessible, tant les rochers qui Tenc tourent de toutes parts sont élevés. Elle est habitée par des

« Maures Barbares et une ville ancienne^ nommée Milève,

c se trouve à l'extrémité. »

« Il est certain qu'il faut lire MviXeoc au lieu de MYiSeoç, car il s'agit d'une ville située au delà d'Hippone Royale par rapport à Garthage, d'une ville située à l'extrémité de la Numidie, à la frontière occidentale, enfin d'une ville ancienne. Or, Milève remplit ces diverses conditions, tandis que Mideos est une localité complètement inconnue.

« Ge point parfaitement établi, comme il nous semble, il y a une remarque à faire , et c*est que le mont Pappua se trouvait à l'extrémité de la Numidie, tandis que Milève se trouvait à l'extrémité du mont Pappua. Mais, si le Pappua est à l'extrémité de la Numidie, Milève ne saurait être à l'extrémité du Pappua sans se trouver en dehors de la Numidie et par conséquent dans la Maurétanie Sitifienne. Il faut donc conclure rigoureusement que Milève était située à l'extrémité orientale du Pappua, par conséquent qu'il faut chercher le Pappua à l'ouest de Milève. Avec ces données, si nous considérons la carte de la Numidie, nous trouvons au delà et à l'ouest de Milève le massif du Zouagha et celui du Ferdjoua, séparés l'un de l'autre par l'oued Ëndja, qui est précisément la limite de la Numidie et de la Maurétanie.

c C'est à Textrémité du Zoaagha que s'ouvre le col de Fdoulès, qui donne accès dans une région de montagnes excessivement escarpées. Là, sur le roc môme, est gravée une inscription monumentale qui n'a pu être lue jusqu'ici d'une manière satisfaisante. Il y est question d'un roi et de son peuple, pressés par la faim et manquant de pain, d'une armée qui devait les tenir bloqués. On y parle d'une montagne, d'une victoire remportée, enfin du nom même de Bélisaire, d'après la lecture de M. Renier.

c II nous paraît très probable que ce texte se rapporte à l'événement dont nous venons de parler. Ainsi le roi Gélimer se serait rendu à Pharas, le chef des Hérules, que Bélisaire avait laissé pour le tenir bloqué, ou à Bélisaire lui-môme, en descendant au col de Fdoulès, et l'inscription monumentale aurait été gravée pour conserver et perpétuer la mémoire de cet événement, i

M. Héron de Yillefosse fait observer, après cette lecture, que M. L. Renier n'a pas, à sa connaissance, reconnu le nom de Bélisaire dans l'inscription, d'ailleurs très difficile à lire, du col de Fdoulès. Cette réserve faite, il partage l'avis de Monseigneur Toulotte au sujet de la position du mont Pappua. Shaw avait identifié le Pappua à l'Édougb, haute montagne qui s'élève à l'ouest de Bône. Mais rien, dans le texte de Procope, n'autorise à conclure que le mont Pappua soit dans le voisinage d'Hippone. L'Édough est d'ailleurs en pleine Numidie et non pas à l'extrémité de la province. C'est une identification à laquelle on ne peut s'arrêter. Le capitaine Ragot, toujours si judicieux dans ses observations, retrouve le mont Pappua dans le Babor même, dont les cimes escarpées ont souvent servi de refuge de nos jours aux tribus insurgées. Charles Tissot (I, 38), en étudiant le texte de Procope, dit qu'il faut chercher le lieu de retraite de Gélimer dans le massif montagneux qui sépare la Numidie de la Maurétanie Sitifienne. Ces deux savants sont arrivés, de leur côté, aux mômes conclusions que Monseigneur Toulotte, ce qui rend très probable la correction proposée par le savant prélat au texte de Procope.

On peut ajouter que les montagnes situées sur les confins

de la Numidie et de la Maurétanie ont toujours été dans l'antiquité le dernier refuge des insurgés aussi bien à l'époque de Tacfarinas qu'à celle de Firmus.

M. Héron de Villefosse, membre résidant, dépose sur le bureau la photographie d'une mosaïque découverte près d'Ârapurias, l'antique Emporiae, province de Gerona (Espagne), et représentant le Sacrifice d'Iphigénie.

Cette mosaïque, ou plutôt ce tableau central d'un pavé en mosaïque, mesure O^^ôO de hauteur sur 0™50 de largeur. Le monument est dans un bon état de conservation ; il est exécuté en marbres de diverses couleurs. Il se trouve aujourd'hui à Barcelone chez M. Angel Amor.

Le monument n'est pas inédit; il a été déjà publié en 1869 par M. H. Heydeman dans V Archaeologische Zeiiung, de Berlin (t. XXVIl, p. 7 à 10, pi. XIV). Mais la rareté et l'intérêt du sujet autorisent à en parler de nouveau, et notre confrère croit qu'il serait bon d'en donner une nouvelle reproduction dans un recueil français, dans le Bulletin de la Société, par exemple.

Tout le monde connaît la belle et célèbre peinture de Pompéï qui représente le même sujet. Dans ce tableau, conservé aujourd'hui au Musée de Naples, la scène est traitée d'une manière différente, quoiqu'on y retrouve les acteurs principaux du drame. Sur la fresque de Pompéï, Iphigénie, en pleurs, est représentée à demi nue, apportée de force à Tau tel par Ulysse et par Diomède. Le désespoir est peint sur le visage de la jeune princesse ; elle lève les mains vers le ciel ; elle se débat et cherche à échapper à ceux qui vont la conduire à la mort. Galchas, debout, à droite du tableau, un couteau à la main, paraît prêt à accomplir le cruel et sanglant sacri6ce. Mais son regard hésitant se porte vers le ciel ; déjà il a comme une révélation de la volonté de la déesse. Diane apparaît, en effet, dans un nuage au-dessus de lui; elle porte une couronne sur la tête et l'arc dans la main gauche ; elle commande en même temps à une nymphe de substituer comme victime à Tinnocente jeune fille la biche qu'elle tient par les cornes. La scène se passe au pied de l'autel de Diane

Lb SaGBIFICB D'IPHiaÉNIB.

Voulqae romane d'Ampuriag (Espagne).

Phosphoros, représentée sur une colonne, debout, entre deux chiens, tenant une torche allumée dans chaque main. Près de la statue de la déesse, et lui tournant le dos, Agamemnon est peint dans l'attitude de la plus profonde douleur, enye"loppé dans les plis de son manteau, la tête complètement Yoilée et cachant sou visage de la main droite. L'artiste, impuissant à exprimer le désespoir d'un père qui assiste à un événement aussi horrible que la mort de sa propre fille, a préféré recourir à un subterfuge et a voilé le visage d'Agamemnon^ Pline' raconte que cet artifice avait été imaginé par le peintre Timanthe. Les artistes qui eurent à traiter cette scène après lui ne manquèrent pas de limiter. Sur un autel grec de basse époque, du Musée des Offices à Florence, portant la signature du sculpteur Gléomène, Agamemnon est représenté dans cette posture ^.

Sur la mosaïque d'Ampurias, les personnages sont plus nombreux (on compte quinze figures), mais ceux qui ont été ajoutés sont des personnages secondaires. Le lieu de la scène est le môme : l'autel de Diane apparaît an premier plan ; des branches chargées de feuillages, une tôte de génisse^, une tablette, des offrandes ou des ustensiles religieux entourent l'autel. Sur une colonne voisine sont placées les statues d'Apollon et de Diane, le premier tenant la lyre, la seconde portant l'arc. On aperçoit au fond les tentes des Grecs, puis une sorte de portique qui figure une dépendance du temple, et, au dernier plan, des cyprès (ou d'autres arbres de forme allongée) représentant le bois sacré voisin du temple d'Aulis.

Au milieu de ce décor assez compliqué apparaît Iphigénie ;

1. Cf. W. Helbig, Wandgemaldê der vom Vesuv verichlliieien Stadte Campaniens, n* 1304.

2. a, N., XXXV, 36, 12; Valère Maxime, VIII, 11, 6; Cicéron, Orat, 22, 74; Quintilien, inst. Oraê,, II, 13, 12.

3. Raoul Rochette, Monumeais inédits d'antiquité figurée. p. 129, pi. XXVI.

4. La forme des cornes fait penser à une génisse, mais il semblerait pins naturel d'y voir la tète de la bicne de Diane tuée par Agamemnon. C'est cet acte irréli^enx aui avait causé la colère de la déesse et, par suite, retardait le départ de la flotte grecque; Diane ne pouvait être apaisée que par le sacrifice de la propre nlle d'Agamemnon.

elle est debout devant Tautel, Tair triste et résigné, vêtue de vêtements blancs, et la tête couverte d'un long voile blanc qui retombe sur ses épaules. Ulysse, reconnaissable à son bonnet pointu et à la lance dont il est armé, s'avance vers Pautel en la conduisant par la main, tandis que Tinfortunée princesse est accompagnée de l'autre côté par Diomède, également debout. et à demi drapé. Un bouclier rond, orné au centre de l'image d'un des Dioscures debout à côté de son cbeval qui se cabre, est placé derrière Diomède et au pied de la colonne qui sert de support aux images divines. Près d'Ulysse, Gaichas, en costume de sacrificateur, enveloppé dans un manteau d'une couleur éclatante, la tête ceinte d'une bandelette, se prépare à immoler la victime et déjà il a saisi de la main droite le couteau qui doit servir au sacrifice. Â droite du tableau, Agamemnon, drapé, la poitrine à demi nue, les mains croisées, s'éloigne en détournant ses regards de l'affreux spectacle; il semble abattu mais résigné. L'artiste lui a donné l'aspect et le costume de Jupiter ; il tient sa lance dans la main gauche et s'écarte un peu du groupe principal. Un Grec, armé et casqué (peut-être Ajax), séparé d' Agamemnon par un arbre , l'observe avec attention , comme s'il voulait lire sur son visage les impressions de son cœur et l'empêcher de faiblir. Un jeune esclave nu, tenant un plateau, des bandelettes et une aiguière, est placé au premier plan près de l'autel, prêt à servir le sacrificateur, tandis qu'un autre, caché derrière la colonne, regarde curieusement ce qui se passe. Derrière Iphigénie on aperçoit trois jeunes filles, ses sœurs ou ses compagnes. Dans le haut du tableau, à droite, apparaît Diane armée d'une lance et arrêtant par la corne la biche, lancée au galop, qui est destinée à remplacer l'innocente victime. Toute cette scène est décrite par Ovide en quelques vers^ :

Postquam pietatem publica causa,

Rexqae patrem vicit, castamque datura cruorem Flentibus ante aram stetit Iphigenia ministris, Vicia dea est, nubemque coulis objecit, et, inter Officium turbamque sacri vocesque precantum, Sapposita fertur mutasse Mycenida cerva.

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