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bares qui ont envahi et se sont partagé les anciennes provinces de l'empire romain. Les bijoux de Zadalisk rappellent ceux de la nécropole de Routkha, dont les produits sont du même style, mais plus riches. La présence de ce style au Caucase n'a pas encore été expliquée.
Sur la rive gauche de TOuroukh nous avons signalé Lizgor. Les sépultures fouillées dans cette localité ont fourni des objets dont le caractère n'est pas très ancien, puisqu'il existe encore dans les parures portées de nos jours par les habitants des montagnes. Je signalerai les boucles d'oreilles et les boutons en forme de tète de clou qui peuvent servir de prototypes aux boucles d'oreilles et aux boutons d'origine russe. Les vases de Lizgor sont, pour la plupart, vernissés et récents d'apparence.
Nous devons maintenant mentionner les sépultures de Makhtchesk, situées sur une hauteur dominant la rive gauche de l'Aïgomi-don, affluent de rOuroukh. Cette contrée aurait, selon la tradition, appartenu à un émigré de la ville de Madjar, le Hun Badila, de la maison des Abissalov..Les habitants et les maîtres actuels de la vallée prétendent être les descendants de cette race. Cette tradition concorde, jusqu'à un certain point, avec lés données historiques. En effet, vers la fin du iv* siècle de notre ère, les Huns, ainsi que l'indique Ammien Marcellin, envahirent LUI 4
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le pays occupé par les Alains, au nord du Caucase, chaîne de montagnes auprès de laquelle Procope nous montre les Huns et d'autres peuples hunniques.
La nécropole de Makhtchesk a, sans doute, servi pendant plusieurs siècles. Ceci expliquei^it la variété des objets funéraires dans les diverses tombes. Les plus intéressantes offrent les vestiges d'une population asiatique aux vêtements scintillants de paillettes d'or. Ces sépultures se composent de cistes en pierre renfermant chacune un squelette étendu sur le dos, sans terre pour le recouvrir. Lorsqu'on soulevait la dalle supérieure du sépulcre, M"'* Ouvaroff avait sous les yeux un spectacle frappant, détruit en quelques minutes par le contact de l'air. Les cadavres desséchés se présentaient aux regards, revêtus de plusieurs vêtements à longs pans, souvent en tissu de soie. Leur poitrine resplendissait de broderie d'or ou d'argent ; ce costume était ajusté par des agrafes, des boutons métalliques et des ceintures en cuir ou en soie. Leur tête était coiffée de petits bonnets de laine, ornés de plaques découpées en or, et de croissants en bronze. Près des oreilles se trouvaient des anneaux ornés; pour certaines personnes, ce sont des parures qui pendaient sur les tempes. Leurs jambes étaient chaussées de hautes bottes brodées. Un poignard, des couteaux, des pierres à aiguiser, des vases en verre,
DB MOSCOU BN ^1892. 51
de fabrication orientale, avaient souvent été déposés à côté du corps. Ces vases, sur lesquels Tor s'allie aux bleus les plus intenses ou au blanc le plus pur, sont des œuvres d'art tout à fait remarquables et peuvent être considérés comme des importations asiatiques. Les boucles d'oreilles sont ornées de globules en or ou en aident soufflé de grosseurs variées et artistiquement groupés. Elles ont tout particulièrement fixé notre attention, car elles rappellent celles de Kunagota, d'Ozora et de Szent-Endrei en Hongrie*. Ces dernières paraissent contemporaines du séjour des Avares dans le pays d'où elles proviennent. Celles du Caucase (Makhtchesk) sont données par ^me Ouvaroff comme datant de l'époque de la domination arabe, c'est-à-dire du vi* au vm^ siècle après J.-C. Dans tous les cas, cette analogie de parures caractéristiques, constatées jusqu'à ce jour seulement en Hongrie et au Caucase, est bien intéressante.
A côté des importantes collections de M"^^ la comtesse Ouvaroff, du comte Bobrinskoy et de tant d'autres que nous ne pouvons mentionner.
i. Baron de Baye, VArt barbare en Hongrie (Congrus de Bruxelles, 1894), p. 13. — Rapport sur une mission archéologique en Àutricke-Hongrie, p. 17; Paris, 1892. — Les découvertes de Kunagota, d'Ozora et de Szent-Endrei étaient accompagnées de monnaies d'or de Justin (565-578), de Pho« cas (602-610) et de Constantin Pogonat (668-685).
ti LE CONGRES INTERNATIONAL
se trouvait celle du professeur Samokvàsof. Le catalogue de celle-ci a été dressé et je suis chargé d'en offrir un exemplaire à notre Compagnie ^ Ces antiquités, recueillies sur différents points de la Russie, sont classées par leur possesseur en quatre époques : 1 ^ Époque cimmérienne (âge de la pierre et du bronze) ; %^ Époque scythe ou sarmate ; 3° Époque slave ; 4^ Époque des Polovetz et des Tartares. Cet essai de groupement est intéressant à connaître. Il nous semble cependant que la Russie couvre une trop grande surface du globe pour appliquer une seule classification aux antiquités qui se trouvent réparties sur les points extrêmes de son immense territoire. Cette observation n'est pas seulement applicable à l'âge de pierre, mais encore aux temps qui l'ont suivi.
Profitant des précédents créés dans les autres sessions^ où les questions relatives aux invasions des premiers siècles de notre ère ont été abordées, votre délégué a fait au Congrès de Moscou une communication sur l'origine orientale de l'orfèvrerie cloisonnée et son importation en Occi-
1. Prof. Samokvàsof, les Bases de la classification chrono" logique et le Catalogue de la collection des antiquités dû prof, D. Samokvàsof, (En russe.)
2. A Budapest (1876) et à Lisbonne (1880) : Henszlmann, Étude sur l'art gothique; — de Baye, les Instruments en pierre à l'époque des métaux; — G. Millescamps, Sur les silex tail" lés et emmanchés de l'époque mérovingienne.
dent par les Goths^ Les conclusions de cette étude ont provoqué d'intéressantes remarques de la part du comte Bobrinskoy. Il a reconnu avec les auteurs des Rouskia Drevnosti^ qu'une nouvelle orientation devait être donnée à l'étude des populations barbares qui, après avoir séjourné au nord du Palus-Méotide, inondèrent l'Occident. Ces archéologues admettent avec nous que la Russie méridionale doit fournir à l'Europe la genèse et l'histoire d'un art qui a précédé chez nous celui du moyen âge.
Mais, avant de terminer cette esquisse d'un Congrès consacré à l'archéologie préhistorique, nous devons faire remarquer qu'elle s'étend en Russie à des époques très récentes. Par exemple, on discute pour savoir si c'est aux Finnois ou aux Slaves qu'il faut attribuer une nécropole composée de kourganes, explorée par M. Viscovatow^, en Ësthonie, et rapportée au xi® ou xif siècle de notre ère. Parmi les nécropoles du Caucase et parmi les plus récentes, combien en est-il que l'on puisse dater et assigner sûrement à un peuple ? Comme on le voit, le domaine de la préhistoire s'étend, pour le sud comme pour le nord de la Russie, à des temps contemporains de nos époques historiques.
i. Séance du 20 août 1892.