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ÉGLISE DU NORD DE LA RUSSIE

90 éruDE sua les anciennes églises russes

cette ville, ne voulant point s'établir à Moscou » passèrent dans le Nord et y importèrent de nouveaux et plus parfaits modèles. Gela nous explique pourquoi les plus importants monuments de ce style architectural sont situés dans le nord de la Russie.

La patrie de ce style est donc le domaine de Novgorod. Mais comment s'y est-il formé? Sans insister sur cette époque éloignée où la Russie était encore privée de la lumière du christianisme, citons les opinions des personnes^ qui se sont spécialement occupées de ce style. Après rintroduction du christianisme en Russie, des églises furent bâties, principalement par des Grecs venus des différentes . villes de Tempire byzantin. Ges églises se distinguent par tous les traits caractéristiques du style byzantin, de sorte que nous pouvons dire que Tinfluence byzantine en Russie date de cette époque. Mais bientôt, à côté des architectes byzantins dont le nombre ne pouvait pas être très grand, apparaissent leurs confrères russes, formant parfois des corporations. Pendant que les architectes byzantins se tiennent de préférence dans les résidences des grands princes ou des princes apanages, en y élevant de coûteux édifices en pierre, tels que les cathédrales de ces villes, de riches couvents, des palais

i. Y. entre autres les travaux de M. J. Zabéline dans la Dréwniaia t Novala Rossia, i878, et de M. Souslow sur Tarchitecture russe.

pour ces princes, les architectes russes se conforment aux besoins de la population comparativement pauvre, et, comme les édifices en pierre sont trop coûteux, la pic^rre étant plus rare et le prix de son transport plus élevé, ils bâtissent des églises en bois, selon le goût de leur clientèle, en tâchant d'imiter les formes de l'architecture byzantine. Ainsi, à l'époque la plus reculée, nous voyons deux courants dans l'architecture russe : celui de Byzance et celui du peuple s'efforçant d'imiter les Byzantins. La première manière s'adaptait aux constructions en pierre et la deuxième à celles en bois ; nous pouvons subdiviser l'architecture de cette période en deux branches, selon ces matériaux, et les nommer simplement : architecture en bois et architecture en pierre. En comparant les plans des édifices des deux groupes, nous trouvons peu de différence essentielle : le même carré rectangle ou la même croix byzantine y sont adoptés pour base, avec l'abside saillante de l'autel et la même coupole (ou plusieurs coupoles) remplacée par une tente dans les édifices en bois. Cette substitution s'explique par la circonstance suivante : les architectes russes n'étaient pas en état d'élever une coupole en bois et se voyaient obligés par cela même d'accepter la forme pyramidale du toit. La construction des petites coupoles en bois ofirant moins de difficultés, nous trouvons parfois autour de la grande tente de petites coupoles en bois.

92 élUDB sua LES AlfGIENNBS EGLISES EUSSES

Avec le temps, le style byzantin, transféré en Russie vers le x® siècle, se modifie peu à peu, en partie parce que les architectes russes, se mettant à construire aussi des églises en pierre, étaient trop peu habiles pour imiter parfaitement les procédés des Byzantins ; d'autre part, à cause des exigences du climat et enfin sous Tinfluence du goût national et du talent personnel des constructeurs. Ainsi la coupole byzantine se transforme peu à peu en coupole à la forme c d'oignon > ; nous voyons apparaître le diadème (kokoschnik) comme ornement et pour faciliter la construction de tambour servant de base à la coupole. L'architecture des édifices en bois se développe en même temps, et, restant la même dans ses éléments, elle s'enrichit d'une quantité de motifs nouveaux et originaux, dans le nombre desquels nous rencontrons les différentes variétés de la toiture en forme de tente : celle-ci, s'élevant davantage, a tantôt quatre, tantôt six, tantôt huit faces, s'orne de jours, se place sur une tourelle à part ou bien consiste en une rangée de prismes polyèdres s'alternant avec des pyramides tronquées. Ce qui était dicté par la nécessité se fixe par l'usage, acquiert le droit d'existence, devient un nouveau motif architectural et rivalise avec les motifs de l'architecture en pierre. Aucune raison ne nous permet de supposer que la manière de couvrir en tentes était exclusivement novgorodienne : elle devait être en usage partout où manquait la

AUX TORS Bf FOtME DB TEUTES. 93

pos^ilHé d'ériger des églises en pierre aux grandes coupoles. Mais Novgorod peut être considéré comme la patrie de ce style, parce que ses architectes développèrent un simple procédé en un style indépendant, original et national. A la fin du XY^, au xvi* et en partie au xvii^ siècle, ce style apparaît dans tout son éclat original, correspondant au goût national, éclipsant les édifices en pierre dont les formes (à l'exception des grandes cathédrales), comparées aux édifices en bois, étaient petites et mesquines.

Voilà pourquoi, après la conquête de Novgorod, les princes moscovites s'efforcèrent d'attirer les architectes novgorodiens , dont une partie, comme il a été dit, s'exila dans le Nord et le reste apporta son style à Moscou. En faisant construire des églises, les princes russes se guidaient sur les motifs nationaux, même si l'œuvre de la construction était confiée aux artistes étrangers ; c'est pourquoi les cathédrales de Sanzdal, de Vladimir, de Moscou et d'autres grandes villes sont des monuments du style byzantin-russe, quoique quelques-unes d'entre elles furent bâties par des Italiens ou des Byzantins ; c'est pourquoi la cathédrale de Vassili-Blagennoi (du xvi® siècle) à Moscou porte un cachet si fortement prononcé du style septentrional, quoique bâtie par un étranger. L'existence d'une église en pierre, du style septentrional à Moscou au xvi^ siècle, donne lieu de croire que de semblables églises en bois n'y étaient point rares à cette époque.

94 iflUDE SUE £ES ANCIBNHES ifcLISES RUSSES

Au XYii* siècle, la tendance de Tarchîtecture en bois à dominer sur celle en pierre devient très considérable. Le nombre des églises de ce genre croit apparemment avec rapidité, et, dès la moitié du siècle, nous voyons paraître une série d'ordonnances défendant de construire des églises en tentes, c Que le toit de Téglise ne soit

pas en tente Bâtir l'église selon les règles ,

à cinq coupoles et non en tente Ne point

construire d'église en tente, > lisons-nous sans cesse dans ces défenses. M. Zabéline a parfaitement raison d'en voir la cause dans ce que < l'art original quittait tout à fait les modèles traditionnels de l'église ; c'est pourquoi le gouvernement se fit un devoir de protéger les anciennes formes byzantines. Bien sûr, écrit-il, que la liberté de l'art ne fut point prise en considération ; faisant suivre scrupuleusement les modèles traditionnels, on persécutait comme hérétique la moindre trace de conception individuelle dans les œuvres d'art. > C'est depuis ce temps que la forme de tente ne fut acceptée que pour la construction des clochers.

Gela nous explique pourquoi il n'y a pas d'églises en forme de tentes à Moscou de notre temps, tandis que les clochers de ce type y abondent. Gomme l'unique et peut-être le plus remarquable spécimen de cette architecture en bois, qui élevait aussi des édifices en pierre, nous pouvons indiquer l'église de Yassili-Blagennoi à Moscou.

Telle est l'origine et l'histoire du développe-

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ment de ce style qui nous laissa, comme monuments de l'architecture en bois, tant d'églises dans le nord de la Russie, et, comme monuments de l'architecture en pierre, l'église de Vassili-Blagennoi et les nombreux clochers de Moscou.

Pourtant il ne serait pas juste de croire que la persécution de ce style comme style d'église eût causé sa disparition. Au contraire, c'est précisé* ment au XYn^ siècle, quand l'usage de remplacer les coupoles par des tentes sur les églises fut sacrifié aux traditions byzantines, que ce style se manifeste avec éclat dans les constructions laïques, où le génie national était libre de la gène imposée par l'ancienne Byzance. Les monuments de cette époque témoignent avec évidence que la manière de donner aux toits la forme de tentes était un usage général. Sans m'arréter trop làdessus, je ne citerai que le palais du village Kolo* mensky, bâti au xvii^ siècle. Les toits en tente jouent un rôle considérable dans l'architecture de cet édifice. Il suffit d'un regard sur la plupart des tours du Kremlin de Moscou pour remarquer la même chose. La plupart des tours du Kremlin ainsi que de la muraille du Kitaï-Gorode furent couvertes en forme de tentes justement au xvm® siècle. A côté de la tente simple, nous y voyons la forme de la réunion de prismes à plusieurs faces aux pyramides tronquées, couronnées par une pyramide complète, forme que nous connaissons dans les églises en bois qui se trouvent dans le Nord. En y ajoutant que les toits en

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tentes apparaissent sur des maisons particulières bien avant le xvu^ siècle; que nous les rencontrons dans les temps les plus reculés; que des voyageurs étrangers ayant visité la Russie à diverses époques en donnent des descriptions, nous ne pouvons manquer de conclure que les toits en forme de tentes doivent être considérés comme un motif national de l'architecture russe dans lequel l'influence gothique n'est pour rien.

Cet exposé si court, que les proportions de notre étude n'ont pas permis de détailler, nous prouve la fausseté de l'opinion qui suppose que des architectes étrangers ont pu introduire chez nous des motifs gothiques. Quant à la deuxième supposition, qui ne repose sur aucun fait, nous répétons qu'une ressemblance extérieure n'est pas preuve suffisante d'imitation. Autrement nous serions obligés de reconnaître l'influence égyptienne sur l'ancien Mexique , car dans les deux pays on trouve des pyramides; l'influence de l'Inde et de l'Indo-Ghine sur le style gothique, car là aussi se rencontrent des toits en forme de tentes, ou bien encore, comme le pensait Gaksthausen, l'influence du style gothique sur le style arméno-géorgien, où nous voyons aussi des toits en tentes et des voûtes en arc brisé.

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