Le Codex de Saint-Jacques de Compostelle (Liber de mira
424 SAHITE-FOT DE CONQUES,
des nombreux pèlerins qui se rendaient au tombeau du grand apôtre. Il a dû être rédigé au commencement du xu^ siècle.
Nous y voyons^ que, des quatre routes qui conduisaient nos pères à Gompostelle et qui se réunissaient à Puente-la-Reina, à quelque distance de Pampelune, la seconde, partant du Puy, passait à Conques et à Moissac. La première gagnait Puente-la-Reina par Saint-Gilles, Montpellier, Toulouse et le [)brt d'Aspe. De plus, le Codex signale les reliques de sainte Foy parmi celles qu'il convient de vénérer au passage^. Il n'est donc plus surprenant qu'il ait pu y avoir entre Conques, Toulouse et Compostelle un échange d'inspirations artistiques entretenu par le courant des pèlerinages et de la dévotion^. Le culte de sainte Foy était alors répandu dans toute l'Europe occidentale, et nombreuses étaient dans l'univers chrétien
cuits sancH JacoM), liv. IV, publié par le P. F. Fita, avec le concours de J. Vinson. Paris, Maisonneuve, 1882, in-8*.
3. On sait que sainte Foy, originaire d'Agen, fut martyrisée dans sa viiie natale, où elle resta en grande vénération, même après que ses reliques eurent été transportées à Conques au IX* siècle. Or, il y eut à Cîompostelle, au commencement du XII* siècle, un chanoine originaire d'Agen, nommé Bernard, qui devint évoque de Salamanque et en dernier lieu archevêque de Santiago. Il mourut en 1152. N'est-il pas admissible qu'il ait porté et introduit dans cette dernière ville le culte de sa sainte compatriote ? — Nous devons ce renseignement à l'obligeance du R. P. Ferreiro, chanoine de Santiago.
SillfT-SBBIflS DE TOULOUSE, ETC. 425
les possessions de Fabbaye de Conques* Nous avons eu à signaler ailleurs^ ce fait qu'en 1034 Roger P' de Tosny, seigneur de Gastillon, en Normandie, alla seconder don Sanche d'Aragon dans sa lutte contre les Maures et fit le pèlerinage de Compostelle. A son retour, il visita à Conques le tombeau de sainte Foy, rapporta des reliques de la jeune sainte, qu'il donna pour patronne à l'abbaye qu'il fondait à Gastillon, en même temps qu'il changeait ce dernier nom en celui de Couches, le même en latin que Conques.
Venons maintenant au détail.
Six rosaces en marqueterie de pierre et quelques fragments de dessins géométriques sont, à la façade de Conques, les seuls spécimens de cette ornementation polychrome qui était un des traits caractéristiques de l'art auvergnat à l'époque qui nous occupe et dont on remarque des spécimens si curieux et si complets à Notre-Dame-du-Port de Clermont, à Issoire et à Brioude.
A Conques, les piliers qui séparent les travées de la nef offrent alternativement deux dispositions différentes. Les uns, carrés, sont flanqués sur chaque face d'une colonne cylindrique engagée; les autres, cruciformes, offrent une saillie rectangulaire dans chaque angle rentrant. Les premiers rappellent par leur plan certains piliers de la cathédrale de Santiago; les autres sont conçus
1. L' Église SairUe^Foy de Conches (Eure) et ses vitrauw. Gaen, 1889, p. 2.
•126 SAniTB-FOT DE CONQUBS,
d'après un parti intermédfaire entre ceux de cette église et ceux de Saint-Sernin. Les uns et les autres se retrouvent dans les églises romanes de la région auvergnate.
A Conques, aussi bien qu'à Toulouse et à Gompostelle, chaque travée du triforium embrasse, sous un arc en plein cintre sensiblement surhaussé, deux arcades surélevées ayant pour support com* mun deux colonnettes jumelles à chapiteau unique et reposant aux extrémités sur le chapiteau d'une colonne engagée. Colonnes et colonnettes ont des bases attiques largement profilées et des chapiteaux d'une belle exécution.
La disposition des tribunes dans les trois églises est la même que dans les églises auvergnates, mais avec plus d'ampleur. La galerie est plus spa^ cieuse, les ouvertures plus hautes et plus larges, l'ordonnance plus élancée, la décoration plus soignée. Il semble que les architectes, en donnant par suite plus de hauteur à leurs églises, aient eu la préoccupation commune d'y déverser plus de lumière et de faire contraster une certaine élégance avec la noble sobriété des parties basses. Le même but a été atteint par l'emploi des mêmes moyens.
Nous avons fait remarquer déjà que les collatéraux et le triforium, qui, à Conques, bordent les deux côtés du transept, le couronnent complètement à Toulouse. Il en est de même à Santiago de Compostelle.
SAIirr-SERlflN D£ TOUIX>DSE, BTC. ^127
L'abside de nos trois églises, avec sa oouronne de chapelles rayonnantes formant à Textérieur autant d'absidioles, reproduit l'ordonnance générale des églises d'Auvergne. Toutefois, il y a lieu de signaler d'importantes modifications de détail. A l'église de Conques et à la basilique de Toulouse, le soubassement des absidioles est buté par des contreforts carrés qui, à la hauteur de la base des fenêtres, se terminent carrément pour supporter une colonne semi- circulaire engagée. Celle-ci, couronnée par le triple rang de billettes qui con^ tourne les archivoltes, porte la corniche du toit par l'intermédiaire d'une colonnette et de son chapiteau. Au contraire, dans les églises purement auvergnates, Notre-Dame-du-Port, Orcival, Issoire, par exemple, les colonnes et colonnettes superposées reposent sur un soubassement continu, mais portent aussi directement la base du toit.
Cependant, dans les angles rentrants formés par l'intersection des absidioles avec le mur du déambulatoire, à Conques comme à Toulouse, la colonnette isolée monte d'un seul jet du contrefort carré à la base du toit. Là, en effet, il n'y a à résister à aucune poussée, et celte colonnette est plutôt un ornement qu'un membre utile et actif.
Plus haut, au-dessus de la toiture des absidioles, une nâuraille semi-circulaire pleine, mais décorée à Compostelle d'ouvertures simulées, indique la galerie en demi-berceau annulaire qui continue
I2ft SAIRTE-FOr DB CONQDBS, BTC*
autour du chœur la galerie du triforium. A Tiotérieur, une première rangée d'ouvertures donne quelque jour à cette galerie, tandis qu'une seconde, percée au-dessus, éclaire le chœur. C'est une différence de plus à constater avec les églises romanoauvei^nates, où le triforium s'arrête à la naissance du chœur et où par suite existe seule la rangée de fenêtres destinées à déverser dans le chœur la lumière extérieure.
Après ce rapide examen, nous ne croyons pas téméraire de conclure que la diffusion du culte de sainte Foy, ainsi que la grande vogue* du pèlerinage de Gompostelle, ont simultanément contribué à créer et à entretenir un véritable mouvement architectural et artistique. Au nombre des pèlerins des deux sanctuaires, comme parmi les moines qui les peuplaient, il dut se rencontrer des artistes désireux de contribuer à en augmenter le lustre matériel. Poussés par une louable émulation, ils établirent de l'un à l'autre un échange incessant de perfectionnements et d'embellissements, tandis que Toulouse bénéficiait de sa situation, à proximité du chemin qui reliait Conques et Compostelle, et aussi du concours que lui attirait le merveilleux trésor de ses reliques insignes.
Il y a là plus d'éléments qu'il n'en faut pour expliquer la parenté indiscutable des trois églises.